Pour l’honneur de la France, vaut mieux une « erreur de jugement » qu’une partie de fesses

28 10 2008

DSK blanchi n’est pas une bonne nouvelle. Contrairement à ce que plusieurs s’imaginent, la France ne sort pas grandie de cette histoire de fesses. Le fait divers en tant que tel m’importe peu. Ce qui est occulté ici est ce reproche sévère du Front monétaire international selon lequel DSK a démontré une « sérieuse erreur de jugement ».

DSK n’a commis « ni harcèlement, ni favoritisme, ou tout autre abus d’autorité ». Bien. Mais il a commis des actes « regrettables et reflétant une sérieuse erreur de jugement ». L’honneur est sauf. Les amis de DSK se félicitent de la bonne décision du FMI de blanchir leur compatriote. Jean Quatremer pose la bonne question : « On peut se demander ce qui se serait passé si le monde ne traversait pas une telle crise bancaire et boursière, le FMI n’ayant aucun intérêt à perdre son directeur en ce moment ».

Il convient de diviser en deux, comme l’a fait le FMI, cet incident plus que regrettable. Le fait divers en lui-même et la clairvoyance d’un gestionnaire de l’une des institutions les plus importantes. Le simple fait de céder, en privé, à une partie de jambes en l’air avec une employée de l’organisme est en soi gênant et condamnable. La conduite du directeur général se doit d’être en permanence irréprochable, a décrété le conseil d’administration du FMI. La brève liaison qu’a entretenue M. Strauss-Kahn avec une ancienne responsable du département Afrique du FMI était, selon ce même conseil d’administration, mutuellement consentie et le directeur général ne s’était rendu coupable ni de harcèlement sexuel, ni de favoritisme ou d’abus de pouvoir.

NI harcèlement sexuel ni favoritisme ou abus de pouvoir, mais une sérieuse erreur de jugement. Manquer de jugement semble moins grave aux yeux du conseil d’administration qu’une « relation physique consensuelle de courte durée intervenue en janvier 2008 ». Qui plus est avec une ancienne responsable du département Afrique du FMI. DSK reconnaît toutefois avoir commis « une grave erreur de jugement » et s’engage à avoir une conduite exemplaire à l’avenir.

Les socialistes ont salué le dénouement de cette affaire. « C’est une bonne nouvelle pour tout le monde », renchérit l’UMP. La ministre Lagarde commente en ces termes ce dédouanement de la conduite de DSK : « Ce qui est important c’est que le Fonds monétaire international sorte renforcé et que son directeur général Dominique Strauss-Kahn puisse faire son travail dans les meilleures conditions ».

Le directeur général montre et avoue lui-même une grave erreur de jugement et le Front monétaire international en sortirait renforcé ? Roger Karoutchi, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, déclare pour sa part que dans cette affaire, « il n’y ait pas de fragilisation du FMI ». Ségolène Royal avait dit espérer, peu avant la décision du conseil d’administration du FMI que Strauss-Kahn, qui fut son rival dans la primaire PS de 2006, soit blanchi dans cette histoire, parce que sinon, pour la réputation du sérieux et de la compétence de la France, ce serait très embêtant.

Selon ce raisonnement, il vaut mieux être blanchi d’une histoire de cul que d’une erreur de jugement. Grâce à ce pardon du conseil d’administration du FMI, la réputation du sérieux et de la compétence de la France sont sauves.

Douce France.


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12 responses

28 10 2008
Gilles

Mes amis, je ne comprends que faire l’amour soit une erreur de jugement ; le jugement n’a pas beaucoup d’influence sur le désir ! Si erreur de jugement il y a, je pense qu’elle consiste à avoir révélé cette affaire qui aurait dû rester privée, puisqu’il n’y a eu « ni harcèlement, ni favoritisme, ou tout autre abus d’autorité ». Aussi, je me demande quel est le rapport avec l’honneur de la France ; D.S.K. n’est pas la France.
 
Il me semble que nos journalistes auraient mieux à faire qu’à rapporter ces petites incartades.
 

28 10 2008
Pierre Chantelois

Gilles

a) Pourquoi alors DSK a-t-il cru devoir demander pardon et pourquoi s’est-t-il senti l’obligation de préciser par lui-même que cet incident était une erreur de jugement ? Pourquoi DSK a-t-il déclaré aux employés du FMI qu’il prenait « l’entière responsabilité » de « l’incident » ? « L’incident constitue une erreur de jugement de ma part, dont je prends l’entière responsabilité », a écrit le directeur général du fonds, dans un courriel adressé aux services du FMI.

b) Quant au FMI, l’enquête « visait à savoir dans quelles conditions l’employée a quitté le FMI ». La liaison n’intéressait pas les enquêteurs : « Ils voulaient seulement savoir comment le dossier a été géré ».

c) L’article 6 du code d’éthique du FMI énonce en ces termes la conduite des officiers : « Vous devez vous efforcer d’éviter que l’apparence même de votre conduite paraisse inappropriée ».

d) Comme le rapporte Le Monde : « Après avoir étudié le rapport de neuf pages qui estime que la liaison de courte durée a été librement consentie, le conseil d’administration du Fonds a jugé à l’unanimité, samedi 25 octobre, que l’incident est regrettable et représente une grave erreur de jugement, mais qu’aucun harcèlement, aucun favoritisme ni un quelconque abus de pouvoir du directeur général n’avaient été relevés ».

Pourquoi s’il n’y a aucune faute, le Conseil s’est-il senti dans la même obligation de préciser que l’incident, pour regrettable qu’il soit, représente une grave erreur de jugement de la part du directeur général ?

C’est la question que je pose. Est-il moins répréhensible de commettre une grave erreur de jugement que d’adopter une conduite inappropriée ?

Et, encore une fois, pour le quotidien Le Monde : « C’est un soupir de soulagement général qui a été poussé, en France, à l’annonce de l’absolution de l’ancien ministre des finances ».

À lire, le commentaire de François Bazin dans Le Nouvel Observateur : vie privée, vie publique : « ce n’est pas la première fois que sa brillante carrière est ainsi mise à mal par des incidents de parcours qui nourrissent le doute et l’empêchent, du même coup, d’atteindre les sommets qui lui semblent promis. Avec lui, c’est toujours le même scénario. Celui du détail qui gâche tout ».

Comme l’indique avec à-propos François Bazin : « Lorsque DSK est parti pour Washington, ses amis n’ont pas été les derniers à lui rappeler qu’en terre américaine il est des mélanges de genres qui ne pardonnent pas. Puritanisme ? Sans doute ! Strict respect de cette ligne invisible qui sépare vie publique et vie privée ? Plus certainement ! »

Pierre R.

28 10 2008
Gilles

Pierre,
 
J’ai lu ton article, les articles du Monde, celui du New York Times celui du Wall Street Journal, mais je n’arrive pas à prendre cette affaire au sérieux, comme ces importants personnages… et toi. D’une part je trouve qu’on juge D.S. K. trop sévèrement — c’est-à-dire que les organismes internationaux et les journalistes sont trop sujets au politically correct — et d’autre part il ne faut pas oublier que plusieurs personnages n’ont pas digéré le fait qu’un Français ait obtenu le poste (mais les Américains soutenaient sa candidature).
 
[…] pourquoi ne pas se féliciter de la désignation d’un Français à l’expertise économique reconnue, au sens politique éprouvé, aux talents de communication et de pédagogie appréciés, aussi conscient des vertus de la mondialisation que de la nécessité de la réguler ! La nomination de DSK à la tête de l’une des plus grandes institutions internationales laisse pourtant un goût légèrement amer.
   — Le Monde, Article archivé du 30 Septembre 2007
 
Alors, tout cela compte moins que sa compétence ? Tous ces esprits économiques semblent oublier que nous avons des désirs ou plus exactement, il s’agit de ne pas se faire prendre (le mari de Mᵐᵉ Nagy a découvert leurs courriels) et de ne pas être trop imprudent.
 
Finalement, on dirait une intrigue d’opérette et pour répondre à ta question, je maintiens que c’est une erreur de jugement seulement dans l’esprit des censeurs. Note aussi que « grave erreur de jugement » et « conduite inappropriée » sont des expressions conventionnelles qu’il ne faut pas prendre à la lettre ; elles sont comme l’auto-critique des soviétiques, un moyen pour les accusateurs qui se prennent très au sérieux de ne pas perdre la face, du moment que l’accusé les prononce.
 

28 10 2008
Pierre Chantelois

Mon cher Gilles

Intéressante conversation. Au Canada, un ministre conservateur se voit confier la responsabilité de la condition physique et du sport amateur en mars 1988 et le Premier ministre Brian Mulroney le désigne leader adjoint du gouvernement à la Chambre des communes le 30 janvier 1989. Pendant qu’il se trouve en Nouvelle-Zélande, lors des Jeux du Commonwealth, en janvier 1990, ce jeune ministre démissionne du Cabinet pour être intervenu dans une cause juridique et avoir malencontreusement communiqué avec un juge dans une affaire concernant l’Association canadienne d’athlétisme. Il était intervenu en faveur d’un athlète. Son nom : Jean Charest, l’actuel Premier ministre du Québec. Conduite inappropriée.

J. Charest revient au Cabinet en tant que ministre de l’Environnement le 21 avril 1991 et dirige la délégation canadienne au Sommet de la Terre, qui a lieu au Brésil. Il siège aussi au Comité du Cabinet chargé des priorités et de la planification, et à celui chargé de l’unité canadienne et des négociations constitutionnelles. (Source : l’Encyclopédie canadienne)

Pierre R.

28 10 2008
Gilles

À mon avis une tentative d’influencer un juge et une aventure ne sont pas comparables. Bref, j’exige des politiques et des haut-fonctionnaires non la conformité avec la morale sexuelle, mais premièrement qu’ils aient de hautes idées pour l’administration de la polis et deuxièmement qu’ils respectent l’autonomie des trois pouvoirs (du moins dans les systèmes d’inspiration britannique).
 

28 10 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Point de vue éminemment intéressant que je ne partage pas mais que je respecte. La question est là : DSK a-t-il eu une haute idée pour l’administration de la polis en adoptant une posture hautement risquée qui risquait, en tant que personne publique, d’être ainsi l’objet d’indiscrétions malveillantes ? Je vous ferai remarquer que madame Piroska Nagy, épouse de Mario Blejer, ancien chef de la banque centrale d’Argentine, n’était pas une voisine de palier. C’est une employée du FMI qui travaillait comme chargée de mission au Ghana (a former senior official in the IMF’s Africa department). Et je rappelle, en terminant cet échange, que le Times de Londres précisait que « The investigation was launched when Mario Blejer, a senior Argentine economist, said Mrs Nagy, his wife, had been seduced at the Davos international forum. »

Pierre R.

28 10 2008
Françoise

Pierre et Gilles,

Intéressante discussion. Personnellement l’histoire de fesses, comme dit Pierre, m’importe peu, et je suis assez d’accord avec Gilles pour dire que cela ne devrait pas être mis sur la place publique s’il n’y a pas eu d’avantages accordés à la dame. Ce qui me dérange le plus, c’est le fait qu’un homme qui se prétend « socialiste » soit directeur du FMI, dont on sait que ce ne sont pas les idéaux socialistes qui en déterminent les décisions. Enfin, l’attitude et les déclarations du-dit DSK dans cette affaire, sont assez lamentables. La seule chose qui compte encore une fois c’est bien de garder la bonne place.

28 10 2008
Pierre Chantelois

Françoise

La fonction justifie parfois la posture. Et tous les avantages qui viennent avec cette dernière. Vous avez pleinement raison. Il est intéressant de se remémorer le parcours de DSK tant au privé que dans le secteur public. L’Expansion a consacré un excellent article sur cette question.

Pierre R.

28 10 2008
Gilles

Pierre,
 
Si seules les personnes irréprochables du point moral ou social pouvaient occuper les postes importants, nous n’aurions jamais eu Talleyrand, ni Mᵐᵉ de Staël, ni Pierre le Grand, ni René Lévesque, ni… Tu vois certainement ce que je veux dire.
 
 
Françoise,
 
Il y a des indications que DSK administre le FMI en accord avec ses idées socialistes. Bien sûr, qu’il soit ambitieux, et ait des relations dans le grand monde est pour ainsi dire inhérent à ce milieu et il n’y serait pas, s’il était doux et humble de cœur.
 

28 10 2008
Françoise

« Il y a des indications que DSK administre le FMI en accord avec ses idées socialistes. »

Gilles,

Ses idées socialistes sont celles des « socialistes » actuels, c’est à dire pas « socialistes » du tout. Il y a antinomie totale à mon avis, entre socialisme et FMI. On jugera aux actes et aux résultats …

28 10 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Je suis tenté de vous donner raison lorsque vous écrivez : Il y a antinomie totale à mon avis, entre socialisme et FMI. La preuve en est l’Amérique Latine dont une grande partie a adopté un virage à gauche et rejeté nettement le Front monétaire international et la Banque mondiale. Six États d’Amérique latine (Argentine, Brésil, Paraguay, Équateur, Bolivie et Venezuela) ont décidé, rappelez-vous, de créer La Banque du Sud et de prendre des distances vis-à-vis de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de la Banque interaméricaine de développement afin de retrouver la maîtrise de leurs finances. Pour le président équatorien, Rafael Correa, la Banque du Sud devrait être au cœur d’un réseau financier pour le développement, en tant qu’alternative au FMI et à d’autres organismes. Il y a évidemment des exceptions : la Colombie et le Pérou sont des fidèles soutiens de la politique des États-Unis dans la région.

N’oublions pas non plus que l’Islande, avant de frapper à la porte du FMI, s’était d’abord tournée vers Moscou pour un prêt de 2 milliards de dollars. Le Pakistan avait fait la même démarche auprès de Pékin.

Le Temps titrait : la crise financière redonne une nouvelle vie à un FMI en sursis.

Pierre R.

28 10 2008
Françoise

Pierre,

La politique du FMI a enfoncé un peu plus les pays pauvres dans la pauvreté. (et je crains fort que DSK puisse, même s’il le voulait, y changer grand chose). Je repense toujours à cet excellent article de Serge Halimi FMI-FAiM, qui le démontre bien.

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