Poupées vaudou – Selon un lecteur, Nicolas Sarkozy cristallise volontairement l’attention sur sa personne

30 10 2008

David contre Goliath. La société Tear Prod vient de remporter une première victoire devant le tribunal de grande instance de Paris a débouté le chef de l’État qui avait demandé l’interdiction de commercialiser une poupée vaudou à son effigie. Madame Ségolène enfonce le clou : « C’est indispensable de garder le sens de l’humour, j’ai été sollicitée pour porter plainte, j’ai refusé car je considère que c’est un droit à la caricature », a-t-elle déclaré, critiquant une situation où « un pouvoir en place commence à pourchasser les caricaturistes ». Me Thierry Herzog, l’avocat du président, estime, après avoir pris connaissance du jugement, que la décision n’est pas conforme à la jurisprudence. Il fera donc appel de cette décision de référé.

Un lecteur du Nouvel Observateur, qui ne manque pas de perspicacité, réagit en ces termes à cette affaire devant les tribunaux : « Je pense que Nicolas Sarkozy cristallise volontairement l’attention sur sa personne. Il réussit au delà de toute espérance. Ainsi le gouvernement, plus discret, a les mains plus libres. Cela change des présidents précédents qui, en difficulté, ne se gênaient pas pour jeter en pâture un membre du gvt en guise de soupape de sécurité. Nicolas Sarkozy fait l’inverse, il soutient voire il remplace momentanément. Cela explique, en partie, les cafouillages de l’opposition » (AlainC).

53 cm cuivre

« Alberto Cuprita » 1997 H : 53 cm cuivre

Mais sur quelle base se fonde la décision du juge des référés du TGI de Paris ? Sur le fait que « Nicolas Sarkozy ne constitue ni une atteinte à la dignité humaine, ni une attaque personnelle. Elle s’inscrit dans les limites autorisées de la liberté d’expression et du droit à l’humour ». Le juge répondait ainsi à l’argument de Maître Thierry Herzog selon qui : « L’exploitation de l’image commerciale d’une personne à des fins commerciales doit avoir été expressément autorisée par celle-ci ».

Cette action en justice est la sixième engagée par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l’Élysée. Maître Thierry Herzog se veut rassurant : « Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing avaient eu, eux aussi, recours à la justice dans le passé ».

Un lecteur du quotidien Le Monde, Didier C, réagit en ces termes à cette même décision du TGI de Paris : « Il semble que cette histoire est symptomatique d’une dérive particulièrement dangereuse pour notre démocratie. Dérive déjà entamée avec la loi relative au délit d’outrage aux symboles de la république. Il est encourageant de voir que les magistrats ont bien perçu les dérives totalitaires du pouvoir actuel. Dérives qui mettent en péril notre société ».

S’agissant de jurisprudence, dont Maître Herzog doute qu’elle ait été prise en compte dans la décision du TGI de Paris, il faut lire l’excellent compte rendu d’Avocats-Publishing, pour qui il est admis, depuis une décision du Tribunal de Grande Instance de Nancy du 15 octobre 1976, que la reproduction caricaturale de l’image du Président Valéry Giscard d’Estaing sur un jeu de cartes était une atteinte à son image. L’ordonnance de référé rendue à l’époque précisait que la « caricature des personnes notoires ne peut être réalisée à une fin publicitaire car elle est alors détournée de sa fin ».

Selon Avocats-Publishing, jusqu’à ce jour, tous les spécialistes du droit à l’image s’accordait donc à dire que « l’exploitation publicitaire ou commerciale de l’image caricaturée d’une personne n’a pas donné lieu… à des décisions favorables ». Les spécialistes considèrent que : « En jugeant ainsi, le juge des référés a donc rompu avec cette solution qui consistait à distinguer entre l’exercice parodique, exercé selon les lois du genre (journaux satiriques, émission humoristiques, stand up… et l’exploitation purement commerciale de l’image d’autrui en raison de sa notoriété ».

Commentant ainsi l’évolution du droit, en France, les Avocats-Publishing constatent que : « cette décision sera peut-être suivie d’un appel et pourquoi pas d’un pourvoi qui pourrait permettre à la cour de cassation de réaffirmer, ou pas, sa jurisprudence ». En tout état de cause, « elle n’est guère surprenante, depuis quelques mois, d’autres personnalités, plus ou moins connues du grand public, ont pu faire les frais d’une tolérance plus grande de la justice à l’égard de la consommation d’images de V.I.P », concluent les spécialistes.

Selon Me Georges Kiejman, avocat de Charlie Hebdo, interrogé par LCI.fr, « le juge des référés ne juge jamais au fond. Il juge sur ce qui est évident. Là, il semble avoir trouvé évident que l’image du président était une image dont n’importe qui pouvait s’emparer dans les limites de la caricature et de la parodie. On verra ce que dira le juge du fond, s’il est saisi, dans cette affaire qui est au carrefour de plusieurs droits : le droit à l’image, le droit à la caricature d’une personne publique et le droit au respect, que chacun peut exiger ».

Le conseil que donne Me Georges Kiejman et qui, selon les dernières informations, ne sera pas suivi d’effet, est simple : « Je serais Nicolas Sarkozy, je ne ferais pas appel. Je laisserais tomber. Je crois que quand on est célèbre, il faut se résigner à des atteintes à sa personne, dès lors qu’elles ne mettent pas en cause votre honorabilité. A sa place, j’aurais simplement haussé des épaules. Même si cela peut être agaçant de se dire que n’importe quel quidam à trouver le moyen de faire de l’argent avec vous ».

Photo : Alberto Cuprita

Voici une excellente vidéo sur la question réalisée par Bakchich.

Que dire de ce nouveau clip qui circule dans la blogosphère et qui reprend une image bien particulière de Nicolas Sarkozy ?

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7 responses

30 10 2008
Gilles

Par contre, Sarkozy n’a jamais protesté contre celle-ci, of course. Si j’étais cynique, je dirais que ce qui le frustre le plus, c’est de ne pas avoir eu l’idée d’une Poupée Sarkozy, genre GI-Joe.
 

30 10 2008
Gilles

Et une Poupée Carla genre Barbie, aussi.
 

30 10 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Je crois bien que c’est le seul endroit où Nicolas Sarkozy retrouve le silence des lieux et la quiétude de l’esprit, loin du fracas et du tumulte urbains. The Speedy French President a trouvé en ces lieux la vraie posture présidentielle 🙂

Pierre R.

30 10 2008
Catherine

Oooh! Non! pas de Barbie ni de GI-Joe! Le Wax Musuem est suffisant, Mr Sarkozy pourrait soufrir d’un mal de tête ingérissable…

30 10 2008
Françoise

Une chose est certaine c’est une excellente publicité pour la société Tear Prod. Tear Prod doit même souhaiter qu’il y ait appel… 🙂

Qui connaissait leur existence avant la plainte de Mr Sarkozy ? Je ne dois pas être la seule à l’avoir ignorée.

30 10 2008
Pierre Chantelois

Catherine

Entièrement d’accord. Le Wax Museum nous présente un président figé dans le temps. Une pause dans la vie politique de Nicolas Sarkozy.

Françoise

Bien évidemment. Nicolas Sarkozy a fait sa propre promotion et a promu ce qu’il souhaitait interdire. Quelle ironie.

Pierre R.

31 10 2008
Gilles

Le président Sarkozy, ne transigeant jamais avec les grands principes, fait appel.
 

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