La Chine exige plus de la France : qu’elle lui soit d’une totale soumission !

28 11 2008

« Le gouvernement et le peuple chinois s’opposent résolument à quelque activité séparatiste que ce soit du Dalaï Lama à l’étranger, ainsi qu’aux contacts avec les dirigeants étrangers », a déclaré Qin Gang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Chine.

C’est reparti ! La Chine entend dicter à Nicolas Sarkozy une ligne de conduite conforme à sa politique de répression contre le Dalaï Lama. Déjà que Nicolas Sarkozy s’est lamentablement écrasé devant Hu Jintao. Pourquoi ne le ferait-il pas une nouvelle fois, même s’il occupe le poste de président de l’Union européenne encore pour quelques semaines. Pour montrer le sérieux de leurs remontrances, les Chinois ont demandé le report du XIe Sommet Union européenne-Chine, prévu pour se tenir le 1er décembre prochain » à Lyon (France).

La Chine prend ombrage d’une prochaine rencontre, le 6 décembre prochain, dans le cadre d’une réunion de Prix Nobel organisée à Gdansk (Pologne), entre le Dalai Lama et le président français, Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’UE. Gordon Brown avait pu rencontrer fin en mai dernier le dalaï lama sans provoquer les foudres de Pékin parce que la rencontre avait été qualifiée d’interreligieuse plutôt que politique. Sagesse anglaise ou clairvoyance, c’est selon, n’est-ce pas ? Autre fait à remarquer : les Chinois n’avaient pas réagi aux rencontres qu’a eues le président américain George W. Bush avec le Dalaï Lama. Deux poids deux mesures, c’est clair.

Le baillon, c'est si simple !

Le bâillon, c'est si simple !

Pékin le souhaite sans le dire : Nicolas Sarkozy doit surseoir une deuxième fois à sa rencontre avec le chef spirituel tibétain. Point. Quel qu’en soit le prix que pourrait payer, au plan intérieur, le président français. Les Chinois aiment bien s’improviser donneurs de leçons. Depuis les Jeux olympiques, le beau vernis sur la surface chinoise s’est depuis estompé, en raison notamment des scandales qui ont ébranlé le gouvernement de Hu Jintao : lait frelaté et autres.

La Chine se fait forte, en d’autres circonstances, de jouer la ligne dure : elle se sait plus que jamais courtisée sur les questions financière et sur la crise qui secoue les pays industrialisés. Ce qui est reproché ici à la France est de n’avoir pas su, comme Gordon Brown l’avait fait auparavant, avertir officieusement les Chinois de cette rencontre future entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï Lama. Les Chinois n’aiment pas lire, dans les actualités, les rencontres officielles qui interviennent dans les affaires délicates qui les touchent, comme cette question des séparatistes du Tibet. Mardi, 2 décembre, au cours du Sommet France-Chine, François Fillon et l’avionneur européen, Airbus, devaient signer à l’Elysée d’importants contrats avec les Chinois relativement à la vente de 20 long-courriers A330, en cours de négociation. L’accord signé avec la centrale d’achat chinoise CASGC en 2007 portait sur un engagement de 110 moyen-courriers A320 et de 40 long-courriers A330.

Selon les Chinois, la priorité de l’UE doit-elle d’abord passer par Pékin ou par le Tibet ? Les Jeux Olympiques sont terminés mais les rancœurs sont encore tenaces. La Chine voit en Nicolas Sarkozy une girouette qui tourne au gré du vent. Il n’est pas nécessaire d’être un fin devin pour comprendre l’absence de respect qu’éprouve, à l’égard du président français, la capitale chinoise. Sarkozy a cédé une fois. Pourquoi ne le ferait-il pas une deuxième fois, selon cette même théorie de la girouette, s’interrogent les autorités chinoises ?

Bernard Kouchner n’a que cette réplique à présenter à Hu Jintao : « Nous regrettons cette décision. Nous la comprenons mal ». Il ajoute : « On ne peut pas se laisser dicter, même par des amis, la conduite de la France ». Trop peu trop tard. Pékin détient le maillon fort, la France se situe au centre du maillon faible. Avoir cédé une première fois a suscité des attentes qui iront croissantes et plus exigeantes. Le Quai d’Orsay devrait bien le savoir.

La France n’organise pas les événements du 6 décembre à Gdansk. Il s’agit de cérémonies commémorant le 25e anniversaire de la remise du prix Nobel de la paix à l’ex-président polonais Lech Walesa. Le Dalaï Lama y sera présent comme d’autres prix Nobel y seront présents. Les autorités de Pékin le savent fort bien. Elles ne veulent cependant voir que la seule rencontre du président de l’UE en exercice avec le leader spirituel des Tibétains en exil. L’occasion est trop belle : isoler davantage la France des 27 de l’UE qui reprocheront à cette dernière son éternelle improvisation sur la question du Tibet. Mais cette dernière ne devra pas oublier qu’elle-même avait procédé à l’attribution du Prix Sakharov 2008 au dissident chinois Hu Jia, actuellement emprisonné.

La Chine avait, la semaine dernière, mis en garde la France sur l’impact négatif d’une telle rencontre entre Nicolas Sarkozy et le chef spirituel des Tibétains en Pologne. Nicolas Sarkozy s’était contenté de minimiser l’importance de cette rencontre, indiquant qu’il en parlerait avec Pékin. Dialogue infructueux, tant s’en faut.

Il importe peu à Hu Jintao et à ses caciques que quelque 580 délégués rassemblés, pendant six jours à Dharamsala, aient choisi de s’aligner sur la « voie moyenne » prônée par le chef spirituel tibétain. Qu’importe le fait que le Congrès de la jeunesse tibétaine prône, tant l’impatience grandit, une radicalisation du combat et l’exigence de l’indépendance. Le gouvernement chinois accuse régulièrement le Dalaï Lama de ne pas avoir renoncé à l’indépendance du Tibet. Que le reste du monde préfère la voie diplomatique indiffère totalement les autorités chinoises. Pékin rejette tout principe d’autonomie et exige, au contraire, une complète soumission de la part du Tibet et du monde sur cette épineuse question.

La Chine exige rien de moins que cette soumission se prolonge à l’ensemble des pays qui acceptent de transiger avec le Dalaï Lama. Dont la France. « La France ne cesse de dire que la Chine est un partenaire stratégique. Elle devrait faire plus que les autres pays, respecter sa parole et se donner comme objectif d’avoir un comportement exemplaire », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Qin Gang.

« On a parié sur l’ouverture chinoise et maintenant les Chinois veulent nous humilier et nous mettre à genoux », a lancé Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Vert au Parlement européen, qui rappelle que Nicolas Sarkozy avait déclaré, avant les Jeux olympiques de Pékin, que : « on ne peut humilier un quart de l’humanité ». Jean Quatremer cite à nouveau Daniel Cohn-Bendit : « Les Chinois ne vous respectent que si vous leur tenez tête. Sarkozy est humilié : il s’est même rendu avec son fils à la cérémonie d’ouverture pour les amadouer. Pour rien ».

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16 responses

28 11 2008
Françoise

Pierre,

Comme tout cela était prévisible. Les Chinois ont trouvé le maillon faible… J’attends de voir si l’on va se « se laisser dicter, même par des amis, la conduite de la France ». Je ne parierai pas un centime que « non ».

28 11 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Le dilemme est presque cornélien. Sarkozy voudrait bien prolonger son mandat au sein de l’UE, cela est impossible. Dès lors il vise l’Eurogroupe. La Chine risque de lui imposer, bien malgré lui, un bilan particulièrement négatif de sa présidence au sein de l’UE. Nicolas Sarkozy devra, au terme de cette présidence, composer avec des problèmes intérieurs autrement plus graves et avec l’humeur maussade des Français lorsque viendra le temps d’emprunter, en 2009, plus de 165 milliards d’euros sur les marchés financiers pour rembourser le capital dû et les intérêts annuels de la dette. Beaucoup de problèmes à l’horizon pas si lointain.

Il faut se rappeler que la semaine dernière, Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, s’était montré particulièrement cinglant à propos des suggestions de gouvernement de la zone euro réclamée par Sarkozy. Juncker avait déclaré qu’il tentait « modestement d’animer les travaux des ministres des Finances, dont Sarkozy a relevé qu’ils ne sont pas à la hauteur », tout en soulignant sans un agacement profond que : « Moi, je ne recherche pas la présidence de l’Eurogroupe pour le plaisir et ma gloire personnelle. Je le fais par devoir ».

Pierre R.

28 11 2008
Françoise

Pierre,

Plus cela va et plus on s’aperçoit que la politique extérieure de la France n’a pas de ligne directrice forte. On agit au coup par coup, en se contredisant bien souvent du jour au lendemain. Il semble que le plus important est de paraître, on brasse du vent pour avoir l’air de faire quelque chose… En France les belles promesses ne sont et ne seront pas tenues, on agit en dépit du bon sens, on a fait la part belle à ceux qui possèdent et cela continue. Le chômage explose (celui des jeunes en particulier), les classes moyennes s’appauvrissent et l’on poursuit la même politique de privilèges, jusqu’à quand cela va-t-il tenir ?

On ne nous dit pas souvent quel regard portent, sur Mr Sarkozy, les dirigeants étrangers, mais il ne doit pas être tout d’admiration. Je n’en veux que pour exemple cette vidéo du président russe

28 11 2008
Dominique Hasselmann

Nicolas Sarkozy s’est cru soudain le maître du monde mais il a du mal à exercer l’empire sur lui-même.

Voici de retour un billet écrit, qui vient comme un contrepoint à vos récentes photos « festives » de fin d’année.

Nous suivons ainsi les premières neiges sur les SDF (ici on a évoqué l’idée de les « contraindre », mais, devant l’opposition de quelques spécialiste du « terrain », on a vite reculé : ils verront d’abord à quoi ressemble un repas chaud et un bon matelas dans un lieu accueillant, puis décideront en toute conscience, car le gouverment n’est pour rien dans leur situation).

Quant aux « enfants de moins de 12 ans », on envisage – attention, il ne s’agit que d’un projet ! – de les mettre en prison, mais c’est uniquement pour leur bien : « Ne mégottons pas : en prison à 3 ans ! »

Allez, joyeux Noël !

28 11 2008
clusiau

Je crois que cette bataille pour le Tibet est bel et bien perdue, comme celle des territoires palestiniens volés. Oubliez ça, ils ne reviendront pas à leurs propriétaires. Il faudra s’y faire ou faire la guerre.

Les gens devraient le réaliser lorsqu’ils sont battus….

29 11 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Il est clair, nous l’avons tellement répété, que le président Sarkozy ne laisse personne indifférent. Devons-nous nous surprendre, comme vous le soulignez si bien, qu’il est difficile de suivre le parcours et la politique réelle de la présidence en matière d’affaires extérieures ? Merci pour l’invitation au vidéo. C’est à voir !

Dominique

Vous avez raison. Après quelques photos festives, je me sentais une nouvelle forme pour traiter de cette nouvelle qui touche les relations de la Chine avec la France. Et vous avez raison de soulever le cas des SDF et de ces enfants de moins de 12 ans. Une abomination. J’écoutais une entrevue à France Culture où il était question de cette Europe qui vit maintenant en forteresse. Je l’ai déjà dit. La France m’inquiète. Beaucoup.

Clusiau

Hélas! Comme vous avez raison. Et le pire, c’est que la jeunesse tibétaine en est maintenant pleinement consciente.

Pierre R.

30 11 2008
Gilles

« Le gouvernement et le peuple canadiens s’opposent résolument à quelque activité séparatiste que ce soit du premier ministre du Québec* à l’étranger, ainsi qu’aux contacts avec les dirigeants étrangers », a déclaré a déclaré Jean Chrétien, le premier ministre du Canada.
 
Le pouvoir agit partout de la même manière.
 
__________
* C’était en 1999, le premier ministre Bouchard devait rencontrer le président du Mexique.

30 11 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Je reste persuadé que l’un des facteurs d’animosité du Québec à l’égard de Stéphane Dion relève de sa volonté de restreindre les droits du Québec par sa Loi sur la clarté référendaire.

Aux dernières élections, la monnaie de sa pièce lui fut rendue.

Il faut se rappeler que le gouvernement fédéral a toujours été hostile, particulièrement sous Pierre Elliott TRUDEAU, à l’action du Québec sur le plan international. Mais soyons honnête : la fermeture de la majorité des délégations du Québec à l’étranger en février 1996 est l’œuvre de Lucien Bouchard, premier ministre du Québec et chef d’un gouvernement péquiste, au détriment du fait que démonstration avait été faite dans la décennie de 1960 que la politique d’immigration du gouvernement canadien servait à assimiler les francophones.

Devant le corps consulaire à Montréal, le 12 avril 1965, Paul Gérin-Lajoie, ministre libéral sous un gouvernement du Québec, affirmait, devant des représentants étrangers, la volonté du Québec de développer ses activités internationales sans le consentement ou la supervision du gouvernement fédéral. Et c’est Daniel Johnson, père, sous un gouvernement conservateur d’Union Nationale, que la loi de 1967 donne naissance au ministère des Affaires intergouvernementales (MAI) qui remplace le ministère des Relations fédérales-provinciales.

Et c’est grâce au Général de Gaulle qu’est donné au Québec le statut de « gouvernement participant » lui permettant d’agir comme État dans le cadre de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) lors des Conférences de Niamey I (1969) et II (1970). Tradition que n’a pas perpétuée Nicolas Sarkozy, trop préoccupé à bien servir Paul Desmarais et son empire.

Pierre R.

30 11 2008
marine

Espérons que malgré la crise, Sarkozy fasse preuve de bon sens et résiste à cette « attaque ».
Il faut dire qu’au niveau de la politique internationale, la France n’est pas en ce moment un point fort, malgré son statut actuel de présidence de l’Union européenne … !

30 11 2008
clusiau

Bon dimanche,

On dirait que la Chine perçoit le Tibet comme Israël perçoit la Palestine.

Transiger avec les Palestiniens, rencontrer le président du Hamas élu, vous y pensez pas, vous devez être antisémite !

Dit-on maintenant de Sarkozozo qu’il est un antibridé !

En fait je me répète mais je pense que le Tibet va demeurer Chinois comme Israël va conserver ses acquis. Y aura pas de retour en arrière et dans le cas du Tibet, à part le Dalaï Lama qui semble charmant, mais c’est un vendeur aussi, le passé esclavagiste et dictatorial du Tibet joue contre lui. Personne ne voudrait revenir à ça.

La religion devient du folklore, les temples sont devenus des bordels, des discothèques, le Tibet, far-west des chinois, entre dans une nouvelle ère et ne peut pas revenir en arrière. On le sait.

Dans cette même logique politique mondiale actuelle, la Chine a autant de légitimité de condamner Sarkozy de vouloir parler avec le Dalaï Lama qu’Israël le condamnerait de vouloir parler au Président du Hamas.

30 11 2008
clusiau

….la fermeture de la majorité des délégations du Québec à l’étranger en février 1996 est l’œuvre de Lucien Bouchard, premier ministre du Québec et chef d’un gouvernement péquiste….

Non mais, les québécois sont-ils assez tartes d’avoir voté pour un tel hypocrite, incroyable.

30 11 2008
Pierre Chantelois

Marine

Je crois que beaucoup de Français, ne serait-ce que pour la fierté de la France, partagent votre souhait. Je profite de l’occasion pour inviter les lecteurs à consulter votre blogue. Ils y trouveront une lettre franchement très drôle adressée au Ministre de la Défense Nationale. Un blogue éclectique intéressant à consulter.

Clusiau

Je crois hélas! que vous avez raison sur le Tibet. Je ne parle pas du Tibet du Dalaï Lama actuel. Je parle surtout en fonction de la prochaine génération qui devra émigrer si elle veut survivre car elle ne sera plus bienvenue dans son propre pays conquis.

Le règne de Lucien Bouchard fut un passage difficile pour la cause de l’indépendance du Québec. À n’en pas douter.

Pierre R.

30 11 2008
RV

Ils sont tous fatigants, les Chinois, Sarkozy, on a juste envie de leur dire m…

30 11 2008
clusiau

Pierre je suis hors sujet et je m’en excuse mais je devais vous informer de la situation des Gazéens bloqués de l’extérieur par les isaréliens.

Une punition collective épouvantable et personne n’en parle.

The Real News : une vidéo à voir avec un reporter de l’intérieur.

30 11 2008
Gilles

Clusiau a écrit :
Non mais, les québécois sont-ils assez tartes d’avoir voté pour un tel hypocrite, incroyable.

Lucien Bouchard était très charismatique et les femmes le trouvaient beau. Pour la petite histoire, il était membre du Parti Conservateur fédéral avant de fonder le Bloc Québécois (avec d’autres), comme Jean Charest (qui lui, est devenu chef du Parti Libéral). Bref, deux constatations : l’appartenance à un parti de Droite ou de Gauche compte moins, au Québec, que l’adhésion à l’idée de l’indépendance ou le refus de celle-ci ; et les deux, Bouchard et Charest, connaissaient mal le Québec pour y avoir peu vécu, avant de devenir chefs de partis québécois.
 

1 12 2008
Pierre Chantelois

Clusiau

Merci pour le lien. Je vais m’empresser de regarder cette vidéo. (Jamais à mes yeux hors sujet 🙂 )

Gilles

Nous partageons le même avis.

Pierre R.

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