Dépistage à la garderie : la France aime résolument ses enfants (bis)

3 12 2008

Je crois bien que c’était en 2005. Nicolas Sarkozy est ministre de l’intérieur. Dans son avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance, le ministre propose rien de moins qu’un dépistage précoce des enfants présentant des troubles du comportement. En 1945, un mineur sur 166 était mis en cause dans une affaire pénale. Aujourd’hui c’est un sur 30.

« Détecter à l’âge de trois ans un enfant qui a un comportement violent, c’est le servir », vient de déclarer Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, qui ajoute : « Il faut accompagner ces enfants dont on voit qu’ils sont en train de partir sur le mauvais chemin ».

« Il faut agir plus tôt, détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, dès le primaire, il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes », déclarait Nicolas Sarkozy en 2005. Lefebvre en remet une couche : « Quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu’il a un comportement violent, c’est le servir, c’est lui être utile à lui que de mettre en place une politique de prévention tout de suite ».

L’article 46, des Principes directeurs des Nations Unies pour la prévention de la délinquance juvénile (Principes directeurs de Riyad), adoptés par l’Assemblée générale dans sa résolution 45/112 du 14 décembre 1990, stipule : « Le placement des jeunes en institutions devrait n’intervenir qu’en dernier ressort et ne durer que le temps absolument indispensable, l’intérêt de l’enfant étant la considération essentielle. Il faudrait définir strictement les critères de recours aux interventions officielles de ce type, qui devraient être limitées normalement aux situations suivantes: a) l’enfant ou l’adolescent a enduré des souffrances infligées par ses parents ou tuteurs; b) l’enfant ou l’adolescent a subi des violences sexuelles, physiques ou affectives de la part des parents ou tuteurs; c) l’enfant ou l’adolescent a été négligé, abandonné ou exploité par ses parents ou tuteurs; d) l’enfant est menacé physiquement ou moralement par le comportement de ses parents ou tuteurs; et e) l’enfant ou l’adolescent est exposé à un grave danger physique ou psychologique du fait de son propre comportement et ni lui, ni ses parents ou tuteurs, ni les services communautaires hors institution ne peuvent parer ce danger par des moyens autres que le placement en institution ».

L’article 56 stipule : « Pour prévenir toute stigmatisation, victimisation et criminalisation ultérieures des jeunes, il faudrait adopter des textes disposant que les actes non considérés comme délictuels ou pénalisés s’ils sont commis par un adulte ne devraient pas être sanctionnés s’ils sont commis par un jeune ».

Sera-t-il un futur délinquant ?

Sera-t-il un futur délinquant ?

Loin du bruit et de la fureur, cinq minutes de grâces. La petite délinquance aurait pu débuter ici. (Je serai de retour lundi).

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12 responses

3 12 2008
Françoise

Pierre,
 
Tour cela va trop loin. Je ne sais pas si à 3 ans un enfant peut « partir sur le mauvais chemin », ni même ce qu’est « le mauvais chemin » qu’il peut prendre. Ce que je sais, par contre, c’est qu’on emmène la France sur un très mauvais chemin.

3 12 2008
Pierre R. Chantelois

Françoise

Tout ceci est comme un plan diabolique. L’expression est mal choisie mais je pense aux deux enfants de mon copain de Caen. Deux belles petites filles. Nous en avons parlé. Ces dépistages avec des chiens dans les classes d’école sont terrifiants. Il faut lire le témoignage de Zoé – elle a 13 ans – qui a fait l’objet de fouilles dans une classe, surveillée par un molosse. Le ministre Darcos s’étonne ! L’inspecteur d’académie, Jean-Marie Louvet, ne nie pas les faits et il affirme qu’il n’est pas question de suspendre ces opérations. Et d’ajouter : « La loi s’applique partout ».

Oui Françoise. Tout cela va trop loin.

Pierre R.

3 12 2008
Françoise

Pierre,

J’ai lu hier cette affreuse histoire et ce que dit la jeune fille de cette intervention des gendarmes. Je suis atterrée. Et on prend pour prétexte « l’information sur les drogues »… Dissimuler les mauvaises actions sous de « beaux » prétextes ce n’est pas nouveau et l’Histoire nous a appris jusqu’où cela peut mener.

On peut supposer que ces gens qui nous gouvernent voient en tout être humain un possible coupable de tout et n’importe quoi, et ce dès la naissance. Ont-ils tellement peur de leurs semblables qu’ils ne pensent qu’à s’en protéger ? Alors que ce sont eux qui terrorisent la population. Là, vraiment je vous avoue que je ne sais pas où nous allons et ça me fait vraiment peur.

3 12 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Tout se déroule comme si un plan en établissait les étapes par cycles successifs. D’abord culpabiliser. Déstabiliser la population. Insécuriser. Et agir. Il faut lire les commentaires à la suite de ces articles ou dénonciations. Ils vont de l’enthousiasme le plus délirant à l’idée de cette répression (en prison les dealers, quel qu’en soit le prix à payer et les conséquences sur des enfants traumatisés!) jusqu’à l’écœurement le plus complet. Toutes les société sont ainsi. En situation de crise, les dérapages sont fréquents. Le Canada est en pleine crise dont l’épicentre n’est autre que le gouvernement minoritaire conservateur lui-même. D’avoir élu ce gouvernement en position minoritaire est une mince consolation car il est toujours possible de stopper son agenda de droite.

Tout se passe comme si plus rien n’était sacré. Aucune chasse-gardée, pas même le monde des enfants. Du fichage au flickage, ils vont apprendre à la dure ce que leur réserve la société de demain.

Tout cela c’est bien triste. Nous avons raison d’avoir peur.

Pierre R.

3 12 2008
Françoise

Je suis entièrement d’accord avec vous.

« Nous avons raison d’avoir peur. »

Oui, et malheureusement nous ne sommes pas assez nombreux, chez vous comme chez nous, à réaliser à quoi tout cela peut aboutir.

3 12 2008
clusiau

La prévention est une maladie.

De plus en plus débile et dire qu’il y a des gens pour écouter ces discours niais. Quand même, de mettre la responsabilité de la violence à l’enfant, vouloir le soigner, c’est tout à fait ignoble.

La violence dans l’enfant est la démonstration pure et simple de ce qu’il vit et endure dans son entourage et ne peut exprimer autrement puisque c’est ce qu’il connaît de mot « demander ».

Je suis renversé par tant d’ignorance, en France en plus. Minable.

3 12 2008
clusiau

Ce qu’a écrit Ivan Illich dans les années ’70 dans la « Némésis médicale » était vrai. L’appropriation de la santé par la médecine est chose faite il se trouve même des gens en place, souvent des décideurs, non-médecins, pour poursuivre dans cette veine avec des règlements qui nient la liberté individuelle de la personne humaine et force des traitements pour des « fausses » maladies.

Je le répète, pour moi, la prévention est un mythe, digne des sorciers qui prédisaient le furtur. La prévention est devenue une obsession, surtout pour les paranoïaques qui s’ignorent, une excuse pour ceux qui veulent imposer leur volonté.

3 12 2008
clusiau

S’cusez j’éclate ce matin, ce doit être mon troisième espresso !

La folie préventive devrait bientôt, avec l’excuse de problèmes de comportement futur, fouiller dans le ventre de la mère pour opérer sur un foetus indiscipliné.

On dirait que des personnes, j’sais pas trop qui, voudraient faire une race parfaite, soumise. C’est pire que la religion cette dictature médicale.

3 12 2008
serrière

Très sérieux tout cela!

3 12 2008
Pierre R. Chantelois

Clusiau

Ce sujet est intarissable. Il nous atteint au plus profond. Et je comprends bien votre démonstration. Selon Aristote, l’étonnement est la première vertu pour qui s’aventure dans la philosophie. Il faut savoir s’étonner que les choses soient comme elles sont.

Dans un monde policé à souhait, nous sommes loin de l’école sans contrainte que proposait Illich. Tout se passe comme si l’enfant devait correspondre à un modèle défini par l’État. Le Canada n’échappe pas, je le répète, à ces dérapages que tentent tant bien que mal de nous imposer Stephen Harper.

Chantal

Très sérieux, en effet.

Pierre R.

4 12 2008
Gilles

Relisez A Brave New World (Le Meilleur des mondes) d’Orwell, écrit en 1931. Ce qui me déconcerte n’est pas qu’Orwell ait prévu presque toutes les dérives actuelles, c’est que les régimes autoritaires les reproduisent fidèlement, à chaque époque.
 

4 12 2008
Pierre R. Chantelois

Gilles

La question que nous pourrions nous poser est la suivante : est-ce que les régimes autoritaires s’inspirent d’Orwell ou est-ce Orwell qui a prédit ces dérives ? Évidemment, nonobstant le caractère sérieux de votre remarque, je me suis permis cette boutade tant la situation est lourde de conséquences.

Pierre R.

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