La Chine donne des leçons mais gomme ses erreurs !

8 12 2008

Un proverbe chinois dit :

L’usage du monde conduit à la défiance,
La défiance mène aux soupçons,
Les soupçons mènent à la finesse,
La finesse à la méchanceté,
Et la méchanceté à tout.

La Chine reproche à la France son rapprochement avec le Tibet. Elle prend ombrage du fait que le président, Nicolas Sarkozy, rencontre le Dalaï Lama (un réfugié politique qui mène depuis longtemps des activités séparatistes) non pas sur son territoire, mais dans le cadre d’une rencontre des Nobels à Gdansk. Pékin fait mine d’ignorer, dans ses menaces, que 2.000 entreprises françaises employant 300.000 personnes sont présentes en Chine.

Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage (Lao-Tseu)

Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage (Lao-Tseu)

Les caciques du parti communiste chinois, qui déterminent les vraies règles du gouvernement, n’aiment résolument pas que le Dalaï Lama leur donne des leçons de bonne conduite. Que ce moinillon se promène en distillant des conseils au centre de la sagesse et qu’il fasse l’objet d’une écoute qui sorte de l’ordinaire, fâche, il va sans dire, les quinquagénaires, les septuagénaires et les octogénaires de la Chine moderne.

Nicolas Sarkozy s’est fait rappeler, très aimablement par le Dalaï Lama, que : « les bonnes relations, les relations amicales avec la Chine sont très, très importantes. Mais cela ne veut pas dire que l’on peut oublier les principes ». De l’autre côté, loin de la voie du milieu, la Chine a identifié un maillon faible au sein de l’UE : la France. En stigmatisant toute action de la France à l’égard du Tibet, elle tente ainsi de semer la discorde au sein de l’Europe. Nicolas Sarkozy n’est pas modeste. La Chine le sait fort bien. Certaines de ses décisions sont sérieusement remises en question au sein de l’Union. De cela aussi la Chine en est consciente.

Sauf que, chaque fois qu’il est question d’une décision touchant la Chine, s’il y a discorde, la France s’excuse en déléguant des émissaires. Avant les jeux olympiques, Jean-Pierre Raffarin avait eu pour mandat de colmater les brèches. Qui sera le prochain émissaire qui aura, une fois de plus, le mandat de la France de réparer les pots cassés, si tant est qu’une simple rencontre du président français avec le Dalaï Lama constitue une insulte irréparable  ? Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, l’entretien de Nicolas Sarkozy et du Dalaï Lama aurait « fait beaucoup de mal aux relations bilatérales sino-françaises ». Pire. Une telle rencontre, dans le jargon si particulier de la Chine, aurait : « saboté les fondations politiques des relations Chine-France et Chine-UE ». Et comme si le peuple chinois entier se préoccupait au premier rang de ces atermoiements, le ministère chinois des Affaires étrangères précise que : « cette mauvaise action de la France est une grossière intrusion dans les affaires intérieures chinoises et a blessé gravement les sentiments du peuple chinois ». En termes clairs, la France a grossièrement interféré dans les affaires intérieures chinoises.

Maniant le bâton et la carotte, la Chine appelle toutefois, de façon bien maternelle, la France : « à corriger ses erreurs afin de permettre aux relations sino-françaises de maintenir un développement sain et stable ».

Malgré les efforts qu’elle a soutenus dans le passé, la France n’est pas parvenue à s’inscrire parmi les pays les plus respectés de la Chine. Le président américain, George W. Bush, la chancelière allemande, Angela Merkel, ou le Premier ministre britannique, Gordon Brown, ont été plutôt épargnés par suite de leur rencontre avec le Dalaï Lama. Il faut dire qu’aucun d’eux n’avait lié leur participation aux Jeux olympiques à une reprise du dialogue entre la Chine et le Tibet. Et Nicolas Sarkozy vient de rappeler, à l’issue de sa rencontre à Gdansk, qu’il « partageait les inquiétudes » du Dalaï Lama sur la situation au Tibet.

Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, He Yafei, qualifie le Dalaï Lama de séparatiste et de voyou politique.

L’agence de nouvelles Xinhua, dans un commentaire diffusé en ligne, prend à témoin le Financial Times : « Comme l’indique le journal britannique Financial Times, Sarkozy veut maintenir le dialogue avec la Chine au niveau économique et commercial, mais estime que cela ne peut pas l’empêcher de se mêler dans le problème du Tibet ». L’agence rappelle de plus, au passage, que « depuis plus de cinq décennies, les relations sino-françaises se sont développées dans l’ensemble de manière saine. Elles ont été toutefois marquées par des revers occasionnels à cause de la tentative de la France de jouer la carte des droits de l’homme avec la Chine et de sa vente d’armes à Taiwan, acte à l’encontre des intérêts fondamentaux de la Chine ». Se réclamant du Général de Gaulles, Xinhua se fonde sur l’histoire : « A force de vision et de courage, le général de Gaulle a ouvert la porte des relations amicales entre la France et la Chine il y a 44 ans, faisant la France le premier des pays occidentaux à établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine ».

Pour tenter d’accroître la division qui devrait conséquemment s’ensuivre au sein de l’UE à l’égard de la France, Xinhua soutient, non sans audace, que « l’acte imprudent de la France, qui assume la présidence de l’UE, sur le problème du Tibet a non seulement sapé les relations sino-françaises, mais a également entravé le processus de dialogue, échanges et coopération entre la Chine et l’UE ».

Nicolas Sarkozy soutient que, en tant que président du Conseil de l’Europe, « je porte des valeurs, des convictions. C’était mon devoir de le faire, je le fais bien volontiers ».

Au-delà de ces vœux pieux, du président français, les intérêts économiques des deux pays gommeront-ils ces pommes de discorde idéologique  ? Le Figaro rappelle très justement que la Chine continentale, neuvième cliente de la France, a importé l’an dernier pour neuf milliards d’euros de produits français, principalement du matériel ferroviaire et des avions. Pékin, de son côté, lui a vendu pour 28,7 milliards de marchandises, jouets, machines électroniques, textiles. Le chiffre d’affaires directement généré dans l’ensemble de la Chine continentale par la France en 2007 atteignait 25 milliards d’euros.

Fait intéressant, lorsque les européens ont décidé de taxer fortement les vis et les boulons fabriqués en Chine et d’interdire toutes les importations de produits contenant du soja destinés aux enfants, Pékin a appelé l’Union au dialogue. Elle est le plus grand producteur de vis, de boulons et d’écrous au monde et l’Union européenne est son premier marché. S’agissant du soja destiné aux enfants, quelque 294.000 enfants au total sont tombés malades en Chine après avoir ingéré de la mélamine dans des produits laitiers contaminés. L’UE a donc décidé d’interdire toutes les importations chinoises des produits à base soja pour les enfants. En 2007, l’UE a importé de Chine environ 68.000 tonnes de divers sojas ou de produits à base de soja, pour une valeur de 34 millions d’euros. Le porte-parole chinois, Liu Jianchao, soutient que la Chine attache une grande importance à la sûreté des aliments et à la sûreté de nos exportations alimentaires. Monsieur Liu a invité l’UE au dialogue : « Nous maintenons que cette question devrait être résolue à travers le dialogue et des consultations ».

Avec la Chine, les formes de dialogue s’adaptent aux faits et aux circonstances qui l’avantagent ou la désavantagent. Le China Daily, rappelle France-Presse, rapportait la semaine dernière que les exportations de produits laitiers chinois étaient pratiquement à l’arrêt, à une période de l’année où l’industrie laitière tourne habituellement à plein régime. Elles se sont effondrées de 92% en octobre. Et au cours du même mois, de la mélamine avait été détectée dans des œufs, les poules ayant probablement été nourries avec des aliments frelatés. Depuis que le scandale a éclaté en septembre, 22,3 millions de petits Chinois ont été examinés, un chiffre qui donne une échelle du gigantisme du pays mais aussi de la psychose qui a agité la Chine, de la Mongolie intérieure septentrionale au Guangdong méridional.

Ces préoccupations sont bien loin d’une simple rencontre entre le président de la France et le chef religieux du Tibet. D’autant plus que l’agence saoudienne de sécurité des aliments vient d’annoncer la découverte de mélamine dans un lot de lait en poudre fabriqué par Nestlé dans une usine chinoise !

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4 responses

8 12 2008
Formosa Daily » La Chine donne des leçons mais gomme ses erreurs !

[…] post:  La Chine donne des leçons mais gomme ses erreurs ! Tags: chine, humour, News, religion, sarkozy, science, septembre-2007, septembre-2008, solitude, […]

8 12 2008
Françoise

« À force de vision et de courage, le général de Gaulle a ouvert la porte des relations amicales entre la France et la Chine […] »

Certainement, mais une chose est certaine, le général De Gaulle ne s’est jamais laissé dicter sa politique par un pays étranger.

Que la Chine balaie devant sa porte avant de vouloir faire « le ménage » chez les autres. Elle doit faire face aux problèmes internes que provoquent la chute de sa croissance, les fermetures de nombres de ses industries grandes et petites, le chômage qui en découle. Avec la crise actuelle et ses produits frelatés, ce n’est plus qu’un colosse aux pieds d’argile…

8 12 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Nous nous rejoignons sur le constat des relations France-Chine. La Chine est en mauvaise posture pour donner des leçons à quiconque. Toutefois, elle tente de diviser les 27 en profitant du caractère flamboyant de Nicolas Sarkozy pour accentuer davantage à gros traits sa personnalité. Mais entre nous, le Général de Gaulle avait une posture que n’a malheureusement pas Nicolas Sarkozy.

Pierre R.

10 12 2008
pièce détachée

Sans être du tout experte en diplomatie, il me semble que la rencontre du Dalaï-Lama et de Sarkozy sous les sourcils froncés de la Chine est un spectacle de marionnettes pour les enfants que nous sommes censés être.

Et si la Chine avait joué à faire les gros yeux à l’histrion Sarkozy en sachant qu’il passerait outre, mais qu’on pouvait bien lui accorder ce caprice soi-disant humaniste, puisque ses trépignements ne changeront strictement rien aux rapports de force ?

L’avenir du Tibet, tout le monde s’en contrefout — à commencer par Sarkozy —, sauf les Tibétains eux-mêmes (pas de pétrole, pas d’enjeu géopolitique, pas de terres rentables pour l’agro-alimentaire, etc.; à part des étendues désertiques propices aux essais nucléaires, je ne vois pas…).

Quant aux empoisonnements, peu importe — soit dit sans aucun cynisme — que cette fois-ci leur source soit chinoise. L’industrie agro-alimentaire sans frontières nous déverse du lait à la mélamine comme elle nous a servi ailleurs de la viande à la dioxine. Et elle remet ça : en Irlande du Nord, il est question ces jours-ci d’huile de moteur dans l’alimentation des volailles. Les Restaus du Cœur distribuaient en France, il y a deux ans, des boîtes de pâté composé majoritairement de «peaux de volaille» (écrit en petit sur l’étiquette). C’est un «don de la CEE» (écrit en gros).

Pour la prestance de de Gaulle… «À douze ans, il est déjà grand comme une planche à voile, avec de beaux yeux lourds d’épagneul déçu, un menton fuyant les mondanités sous une bouche d’une tristesse de Chopin surmontée d’un nez plus grand que mon interphone. […] Depuis [sa mort], nous n’avons plus de grand homme, mais des petits qui grenouillent et sautillent de droite et de gauche avec une sérénité dans l’incompétence qui force le respect.» (Pierre Desproges).

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