Zimbabwe – Mugabe accuse : l’Occident a contaminé son pays pour justifier une intervention militaire

12 12 2008

Pour un tyran, que vaut la vie de son peuple ? Rien. Absolument rien. La preuve nous est donnée, de la manière la plus cruelle qui soit, par cette déclaration dénuée de tout humanisme de Robert Mugabe, âgé de 84 ans dont 28 au pouvoir. « Je suis heureux d’annoncer que nos médecins ont été aidés par d’autres [organisations], par l’OMS et ils ont maintenant enrayé le choléra », vient de déclarer le vieux dictateur. Tiens donc. Posture antioccidentale habituelle.

Il y a pire. L’épidémie s’étend maintenant aux pays voisins, en particulier à l’Afrique du Sud. En janvier 2009, cinq millions d’habitants auront besoin d’une aide alimentaire. Quel gâchis! Shanda Tonme, journaliste du Messager, tire les conclusions qui s’imposent : « Les dirigeants sud-africains sont pleinement responsables du sort actuel du peuple du Zimbabwe. Si la bande de Thabo Mbéki ne s’était pas montrée complaisante à l’égard de Robert Mugabe, il est certain que ce dictateur de la pire espèce aurait quitté le pouvoir et rendu possible l’alternance ». Nous avions traité de cette question ici. Publiquement, les États-Unis s’abstiennent de critiquer l’Afrique du Sud ainsi que la France, comme nous le verrons ultérieurement.

Le pays agonise devant un aréopage international impuissant à agir. Selon le ministère des Affaires étrangères français, les autorités zimbabwéennes ont refusé des visas à une équipe de six experts en déplacement pour « apporter une première aide sanitaire et médicale ». Il a même interdit l’entrée à l’ex-président américain Jimmy Carter et à l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan en mission humanitaire et d’observation dans le pays.

Mugabe se réclame d’une fin de crise (qui n’en est pas une, bien évidemment) pour, une nouvelle fois, pester sa haine contre les dirigeants blancs qui n’en veulent qu’à sa personne : « À cause du choléra, M. Brown, M. Sarkozy et M. Bush voulaient une intervention militaire. Maintenant qu’il n’y a plus de choléra, il n’y a plus de raison de faire la guerre ». Et la folie furieuse de Mugabe n’a aucune limite : c’est l’Occident qui est accusé d’avoir « contaminé [le pays] avec du choléra » pour « justifier une intervention militaire ».

Le Zimbabwe est devant une réalité infernale : 783 morts du choléra depuis août et plus de 16 403 cas suspects. L’ambassadeur des États-Unis à Harare, James McGee, ne peut que dire tout haut ce que le monde entier appréhende : « La situation est vraiment grave. Un seul homme entouré de sa bande tient le pays en otage et le Zimbabwe est en train de tomber rapidement au niveau d’un État défaillant. Il est temps que Mugabe s’en aille. Il n’est plus utile au Zimbabwe ».

Javier Solana, haut représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune, a déclaré que les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont convenu d’annoncer que le temps est venu pour que M. Mugabe démissionne. Pressentant une montée de la pression internationale, l’Union africaine (UA) s’est opposée à un durcissement des sanctions infligées au Zimbabwe. Comme l’indique Shanda Tonme : « Devant le drame du peuple zimbabwéen livré au choléra, au Sida, à la tuberculose et toutes les pandémies de la misère chronique à cause des agissements d’un chef d’État criminel, les instances dirigeantes de l’Organisation sont restées muettes. Ce qui retient l’attention, c’est au contraire la continuité du soutien explicite dont bénéficie le tyran de la part de l’organisation ».

Pour sa part, l’Afrique du Sud a exclu d’envoyer des troupes au Zimbabwe et continue à soutenir les négociations sur l’improbable partage du pouvoir entre Mugabe et Tsvangirai. L’UA a plutôt demandé aux gouvernements africains et à leurs partenaires étrangers d’aider le gouvernement zimbabwéen à lutter contre ce fléau. Sans qu’aucun commentaire sur la situation politique du pays et les appels à la démission lancés par les Occidentaux n’y soit fait.

Elle a même rejeté tout projet d’intervention d’une force de maintien de la paix pour renverser Robert Mugabe, comme le proposaient le premier ministre kényan, Raila Odinga, et l’archevêque sud-africain, Desmond Tutu. Pour l’heure, le Botswana a durci le ton et suggéré de priver Mugabe des ressources telles que l’essence, afin de le contraindre à quitter le pouvoir.

L’ancienne Rhodésie est aux prises avec une réalité économique incontournable et irréversible : les prix doublent au quotidien, la monnaie nationale est au plus bas et la population est au bord de la famine. Le directeur de Human Rights Watch, Kennett Roth, estime que « les dirigeants régionaux et internationaux doivent agir d’urgence ».

Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et plus récemment la Belgique ont demandé le départ de Robert Mugabe. Dialogue de sourds. La réponse du ministre zimbabwéen de la Communication est claire : « Nous ne voulons pas que les Belges nous fassent la leçon quand leurs mains sont pleines du sang du Congo ».

Nicolas Sarkozy a emboîté le pas à la Grande-Bretagne, l’ex-puissance coloniale, en réclamant le départ de Robert Mugabe : « Je dis aujourd’hui que le président Mugabe doit partir. Vous avez assez pris en otage votre peuple, les habitants du Zimbabwe ont le droit à la liberté, à la sécurité et au respect ». Malgré ces invitations pressantes de la France, de la Grande Bretagne et de la Belgique, Jean Asselborn, chef de la diplomatie luxembourgeoise, croit que l’UE est trop éloignée du Zimbabwe pour intervenir efficacement. Il suggère plutôt que des pressions intensives viennent de l’Afrique du Sud. Fait extraordinaire, dans les circonstances, Nicolas Sarkozy a rendu hommage au président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, qui a servi de médiateur dans la crise entre le pouvoir et l’opposition au Zimbabwe.

Celui pour qui Nicolas Sarkozy n’a que des hommages à offrir est le même qui, pendant des années, a nié la réalité du sida dans son pays. La ministre de la Santé de l’ex-président Mbeki, la fidèle Manto Tshabala-Msimang, proposait pour combattre ce fléau du jus de citron, des betteraves, de l’huile d’olive et de l’ail. Ce remède lui valu le sobriquet de « Docteur Betterave ». Aujourd’hui, son pays a l’une des plus fortes prévalences de sida sur son territoire, avec 5 millions et demi de personnes infectées, ce qui représente 19% de la population adulte. Comme l’indique The Guardian, ce refus de la réalité a entraîné 330 000 morts, selon des chercheurs de l’Université Harvard, à Boston, sous la direction de Pride Chigwedere, de l’École de santé publique (Agence Science Presse). Le sida en Afrique du Sud, le cholera au Zimbabwe.

Lors de son discours à l’Elysée, dans le cadre de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Nicolas Sarkozy affirmait : « Quelle que soit la partie du monde où on se trouve (…), on est un être humain qui a des droits humains, qui sont universels » et « nous n’avons pas le droit de nous cacher derrière la culture, derrière le respect des traditions (…) pour contester aux uns ce qu’on reconnaîtrait aux autres ». Par la même occasion, le président s’en est pris au président du Zimbabwe, Robert Mugabe et au président soudanais Omar el-Béchir. Mais il a opté pour un ton plus mesuré s’agissant de la Chine.

Sikhanyiso Ndlovu, ministre de l’Information du Zimbabwe, défend Robert Mugabe : « Le Zimbabwe est un État souverain, avec un président qui a été élu conformément à la constitution. Aucun chef étranger, aussi puissant soit-il, n’a le droit de lui demander de s’en aller ».

Amnesty International rappelle que depuis un mois, une vingtaine d’opposants au régime de Robert Mugabe ont été enlevés. Le Zimbabwe n’avait pas connu pareille répression depuis printemps dernier qui avait fait 180 morts. Pays de 13 millions d’habitants, le Zimbabwe est ruiné. Le dictateur, lui, s’est enrichi. Mugabe et son épouse sont interdits d’entrée dans l’UE et leurs avoirs en Europe sont gelés.

(Sources : Afrik.com, Agence Science-Presse, France Presse, Le Messager, Le Monde, Presse canadienne, The Guardian)


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12 responses

12 12 2008
Françoise

Nos chères « élites dirigeantes » s’imaginent-elles qu’il suffira de demander gentiment à Mr Mugabe de bien vouloir prendre sa retraite ?

Discours et postures encore que toutes ces belles paroles sur les Droits de l’Homme, car au fond qui cela attriste vraiment que l’on meurt de maladie et de faim au Zimbabwe ? Certainement pas nos dirigeants qui ne s’attristent déjà pas de ceux qui sont dans la misère dans leur propre pays…

12 12 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Force est de constater qu’il est de bon ton pour certains politiciens de s’apitoyer sur le sort des populations souffrantes à l’étranger tout en feignant d’ignorer la souffrance au sein de leur propre pays. La tentation aurait été forte, je vous avoue, d’épiloguer davantage sur les déclarations du président Sarkozy, notamment cette phrase : on est un être humain qui a des droits humains, qui sont universels. Je m’abstiens François puisque vous êtes autant au fait que je puisse l’être de l’application qu’en fait réellement le président de la République.

Au Canada, notre premier ministre, Stephen Harper, a gardé le silence sur le soixantième, lui qui a refusé d’adopter la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. La clé étant mise dans la porte du Parlement par ce même Premier ministre, le Canada redeviendra sensible aux misères du monde qu’au retour de janvier 2009.

Pierre R.

12 12 2008
clusiau

…..La clé étant mise dans la porte du Parlement par ce même Premier ministre,….Pierre

N’est-ce pas la déléguée de la Reine qui a mis la clé dans la porte parce que le Premier Ministre en était incapable ?

12 12 2008
Pierre Chantelois

Clusiau

Au point de départ, la demande est venue du Premier ministre qui voulait éviter un vote de défiance à l’égard de son gouvernement. Pour ce faire, il a pris deux décisions : a) de reporter le vote d’une semaine et b) de demander la prorogation de la Session auprès de la gouverneure générale du Canada. Il évitait ainsi d’être renversé et de céder la place à un gouvernement de coalition. Il appartenait à la gouverneure générale d’accepter ou non de mettre la clé dans la porte du parlement. Elle aurait pu également demander à l’opposition de former un gouvernement. Les constitutionnalistes canadiens ne sont jamais parvenus à une interprétation commune sur les pouvoirs de la gouverneure générale.

Pierre R.

13 12 2008
clusiau

…..Les constitutionnalistes canadiens ne sont jamais parvenus à une interprétation commune sur les pouvoirs de la gouverneure générale…P

Je suis plutôt du type ignare alors je ne voudrais pas défier des constitutionnalistes mais il me semble que, rien qu’à ouère on oué ben, qu’un Premier Ministre d’un pays qui doit demander l’autorisation de la représentante de la Reine pour agir ou passer un règlement est signe d’un pays qui n’est pas libre mais sous la gouverne d’un ordre étranger n’est donc pas un vrai pays !

Le Canada est-il vraiment un pays libre ou encore une colonie britanique ?

13 12 2008
Pierre R. Chantelois

Clusiau

Bonne question. Il est évident que dans toutes les provinces et au Canada, les symboles de la monarchie britannique sont encore éminemment présents. Hélas.

Pierre R.

13 12 2008
clusiau

Symboles Pierre ?
Mais sans ce « symbole » qu’est Michaëlle Jean, qui aurait pris la décision de fermer le parlement pour quelques semaines ?

C’est la Reine qui gouverne le Canada, les règlements de notre Constitution le prouvent sinon, quel besoin avait Harper de sa royale approbation ?

J’en reviens tout simplement pas. Et je me demande maintenant que je suis témoin de ça, est-ce que le fait d’avoir son portrait sur nos billets de banque apporte une quelconque ristourne à la Reine ?

13 12 2008
Pierre R. Chantelois

Clusiau

Vous avez de ces questions qui font mon bonheur.

« […] le fait d’avoir son portrait sur nos billets de banque apporte une quelconque ristourne à la Reine ? » Je vous recommande la lecture de cet excellent article de mon collègue François Marginean sur Les 7 du Québec.

Bien que la reine Élisabeth II soit aussi monarque du Royaume-Uni, le Royaume-Uni ne détient pas pour autant une souveraineté sur le Canada (ni le Canada sur le Royaume-Uni). Dans toutes les affaires, la Reine du Canada est conseillée exclusivement par son gouvernement canadien. comme c’est le cas au Royaume-Uni, le rôle de la Reine est presque entièrement symbolique et culturel, et les pouvoirs qui sont légalement les siens sont pratiqués entièrement selon le conseil du gouvernement élu. Or, dans des circonstances exceptionnelles, la Reine peut agir contre ces conseils sur la base de ses pouvoirs de réserve. Dans la pratique, la monarchie agit en « ‘sceau d’approbation » et est un symbole cérémonial de l’autorité exécutive. On pourrait dire que la Reine « règne » sans « commander ».

« Le Gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs de chaque province exercent leurs pouvoirs par l’entremise d’un cabinet, lequel est dirigé par un premier ministre.(…)

Dans des circonstances très exceptionnelles, le Gouverneur général pourrait refuser la tenue d’élections. Ainsi, si un appel aux urnes ne donnait à aucun parti une majorité absolue et si le premier ministre demandait la tenue de nouvelles élections sans même permettre au nouveau Parlement de se réunir, le Gouverneur général devrait refuser. En effet, dans tout régime parlementaire digne de ce nom, le Parlement nouvellement élu doit au moins avoir la possibilité de se réunir et de déterminer s’il est en mesure de s’occuper des affaires de l’État. De même si un cabinet minoritaire était battu sur une motion de défiance très tôt dans la première session du nouveau Parlement, et s’il existait une possibilité raisonnable qu’un autre parti puisse former un gouvernement et former un gouvernement et obtenir l’appui de la Chambre des communes, le Gouverneur général pourrait refuser la tenue de nouvelles élections. La même chose vaut pour les lieutenants-gouverneurs à l’échelon provincial.(…)

Lorsque le premier ministre donne sa démission ou décède, le Cabinet est dissout. Si le parti d’allégeance du premier ministre détient toujours la majorité aux Communes ou à l’assemblée législative, le Gouverneur général ou le lieutenant-gouverneur doit alors nommer sans délai un successeur. Un premier ministre démissionnaire ne peut proposer un successeur au Gouverneur général ou au lieutenant-gouverneur à moins d’y être invité et, même alors, son avis n’est pas contraignant. »(…)

Eugene A. Forsey, Les Canadiens et leur système de gouvernement, (Gouvernement du Canada) Ministre des Approvisionnements et Services Canada, 1991, 3e éd., 57 pages, p. 5 et 6 in L’Encyclopédie de l’Agora.

Pierre R.

14 12 2008
emachedé

Je ne peux que confirmer les propos de Pierre et d’ajouter: « encore heureux! »
Parce qu’une famille royale seulement capable de dilapider le peu d’argent public que le Royaume Uni et l’Europe lui octroient, c’est déjà bien au-dessus de ce qu’elle mérite.

Quant au Zimbabwe une intervention militaire africaine reste une priorité car les mots et les réunions diplomatiques ont leur limite. Les embargos ridicules qui n’affaiblissent que les plus pauvres aussi.
Le vieux lion et sa cour risque de ne pas lâcher le pouvoir sans user la force.
Malheureusement…

14 12 2008
clusiau

Wow, merci Pierre.

14 12 2008
clusiau

Pierre merci pour le lien vers les 7. J’y suis allé et bien sûr, j’ai laissé ma trace, hîhîhî…. Au plaisir.

14 12 2008
clusiau

J’m’excuse, Pierre, je n’avais pas lu celle-là.

… On pourrait dire que la Reine « règne » sans « commander »…..

Mais n’est-ce pas son rôle aussi en Angleterre ?

Bizarre, deux pays souverains qui partagent le même Reine qui ne commande pas !

En fait c’est donc ça le Commonwealth ? Une Reine sans pouvoir pour tout l’Empire mais qui demeure la propriété des Anglais. Ils payent pour la royauté, un symbole que les gens aiment, mais le Commonwealth a beaucoup payé et doit encore payer des « royautés » sans aucun doute. Bon dimanche.

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