Canada – Les frères Kohail risquent la décapitation en Arabie Saoudite

27 12 2008

Les frères Mohammed et Sultan Kohail sont d’origine palestinienne mais ils sont citoyens canadiens depuis 2005. Ils sont depuis retournés, avec leurs parents, en Arabie saoudite, où ils ont grandi. Mohammed Kohail, 23 ans, emprisonné dans ce pays depuis le printemps 2007, est condamné à la peine de mort par décapitation à la suite du décès, il y a deux ans, de Munzer al-Haraki, un étudiant Syrien âgé de 19 ans. Le jugement a été rendu par un tribunal islamique, appliquant la Charia. Une altercation, dans une cour d’école, est le point de départ de ce drame qui touche deux familles. Mohamed, aurait été accusé d’avoir insulté une jeune femme, Raneem Haraki. Il est intervenu, accompagné de Muhanna Ezzat, Jordanien, âgé de 22 ans, dans une bagarre qui a fait plusieurs blessés et qui s’est terminée par le décès du jeune Munzer al-Haraki.

Mohamed Kohail a été condamné à la décapitation et tous les recours pour en appeler de cette sentence sont épuisés. La Cour de cassation a confirmé les peines de mort prononcées par le tribunal correctionnel de Djeddah contre Mohamed Kohail et le Jordanien Mehanna Ezzat, jugés responsables de la mort d’un jeune ressortissant syrien, rapportait, en novembre dernier, le quotidien saoudien Al-Riyad. Son dernier appel a été rejeté au début du mois de novembre. Son dossier se trouve maintenant entre les mains du roi saoudien.

Sultan, le jeune frère âgé de 18 ans, lui aussi impliqué dans la bagarre, avait, à l’issue d’un premier procès, été condamné à 200 coups de fouet et à un an de prison. Les 200 coups de fouet pouvaient être donnés en plusieurs séances, en public ou à l’intérieur d’une prison. Décision rejetée. La partie adverse a obtenu la permission qu’il soit jugé comme adulte.

La semaine dernière, les trois mêmes juges qui ont condamné à mort Mohamed Kohail ont procédé à l’audition du procès. Sultan était mineur au moment des faits reprochés. Il risque la même sentence que son frère, Mohamed, soit la décapitation. L’enjeu est de savoir si le procès de Sultan doit être considéré comme une affaire privée ou publique. S’il est jugé d’intérêt public, Sultan Kohail pourra implorer le pardon royal. Les avocats de Sultan Kohail ont demandé que de nouveaux juges soient assignés afin d’éviter que ce dernier soit jugé par ceux-là même qui ont condamné Mohamed Kohail.

En janvier 2006, l’Arabie saoudite avait déclaré au Comité des droits de l’enfant (chargé de la mise en œuvre de la Convention des droits de l’enfant par les États) qu’aucun mineur, âgé de moins de dix-huit ans, n’avait été exécuté depuis l’entrée en vigueur de la Convention dans le royaume, en février 1996.

Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 158 personnes en 2007 ; parmi elles, 76 étaient de nationalité étrangère, indique Amnistie Internationale. Au moins 82 personnes, dont près de la moitié ressortissantes d’autres pays, ont été exécutées depuis le début de l’année 2008. Pour la section canadienne francophone de l’organisme, il apparaît clairement que le procès du jeune Kohail a été l’objet d’un « processus judiciaire complètement en deçà de toutes les normes internationales de présomption d’innocence, de recours à un avocat, de processus d’appel ». « En Arabie Saoudite, rien de tout ça n’est garanti », a déclaré Anne Sainte-Marie, porte-parole canadienne de l’organisme.

Le système judiciaire de ce pays ne répond pas aux normes internationales. « Il faut insister pour que l’Arabie Saoudite réponde aux normes internationales de justice. Pour l’instant, c’est un système tellement arbitraire! Le roi peut se lever le matin et décider de châtier ou de pardonner… Les parents des victimes peuvent effacer une sentence, moyennant une somme d’argent… Il n’y a pas de présomption d’innocence, le recours à un avocat n’est pas reconnu, même que dans certains cas les avocats sont blâmés pour avoir défendu les accusés. De plus, les aveux sont couramment obtenus sous la torture », a expliqué la porte-parole d’Amnistie.

Ce qu’il faut savoir est le fait que la procédure d’appel est très compliquée en Arabie saoudite. Le condamné pourrait payer le « prix du sang », une procédure en vertu de laquelle sa famille peut payer un dédommagement à la famille lésée. En vertu de la charia, la famille de la victime a le droit d’exiger le « Qisas » (ou châtiment équivalent au délit). Elle peut en revanche accorder son pardon sans aucune compensation ou bien exiger la « Diya » (ou prix du sang versé).

Mohamed Kohail aurait été battu dans le but de lui faire signer des aveux. La torture est une pratique courante en Arabie saoudite, où les tribunaux appliquent la loi coranique. L‘avocat de Mohamed Kohail s’était vu dans l’obligation de quitter le tribunal, sous menace de voir son droit de pratique révoqué, lorsqu’il avait tenté de faire appel de la sentence de son client, rapportait Nelson Wyatt, de la Presse canadienne.

En mars dernier, le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, avait mandaté trois hauts fonctionnaires afin de solliciter la clémence des autorités saoudiennes. Plus tôt, au cours de 2008, le gouvernement canadien avait refusé d’intervenir dans le cas de Ronald Allen Smith, originaire de l’Alberta, condamné à mort au Montana, pays du président Georges W. Bush, pour un double meurtre.

La peine de mort a été abolie au Canada en 1976. Lorsqu’un citoyen canadien est condamné à l’étranger à la peine de mort, il est de tradition que le Canada intervienne pour solliciter du pays qui a prononcé une telle sentence que cette dernière soit commuée en emprisonnement à vie. Ce qu’avait refusé de faire Stephen Harper à l’égard des États-Unis dans le cas de Ronald Allen Smith. Les conservateurs avaient alors laissé savoir qu’ils n’entendaient plus intervenir dans le cas de Canadiens reconnus coupables au terme d’un procès équitable dans un État de droit.

Toutefois, sous la pression de l’opinion publique, Sécurité publique Canada émettait un communiqué informant la population canadienne des démarches du ministre Stockwell Day qui était, les 25 et 26 mars derniers, de passage en Arabie saoudite. Monsieur Day a rencontré le Prince Mohammed bin Nayef, sous-ministre saoudien de l’Intérieur, ainsi que le Prince Muqrin bin Abdul Aziz Al Saud, le chef de la Présidence du Service des renseignements. Le ministre a fait connaître le point de vue du gouvernement canadien et il a demandé que soit effectué un examen de la décision de la magistrature saoudienne afin que soit respecté le droit fondamental de Mohamed Kohail à un procès impartial. « Nous exhortons le gouvernement saoudien à annuler la condamnation à mort », a déclaré le ministre.

Depuis, il semble que la situation n’a pas évolué très rapidement. La famille est inquiète car les délais d’exécution sont proches. Entre le 20 et le 23 décembre, des responsables canadiens se sont entretenus avec leurs homologues saoudiens. Selon Béatrice Vaugrante, directrice générale de la section francophone d’Amnistie internationale Canada, les démarches diplomatiques se font dans un contexte difficile. Selon madame Vaugrante, en entrevue à Radio-Canada, il faut encourager le gouvernement, ainsi que la population canadienne, à dénoncer le système judiciaire saoudien.

Selon la presse canadienne, la famille Kohail refuse de laisser Mohamed et Sultan admettre leur responsabilité, estimant qu’ils n’y sont pour rien dans le décès de M. al-Haraki. La famille de la victime a de son côté dénoncé l’intervention du Canada dans ce dossier et prévenu qu’aucun pardon ne sera possible tant que les deux frères n’auront pas reconnu leur culpabilité.

La famille Kohail pourrait se plier à certaines des exigences de la famille de la victime en versant une compensation financière et en présentant même des excuses publiques.

(Sources : Canoë, Presse canadienne, Radio-Canada)

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25 responses

27 12 2008
Françoise

Pierre,

Les Conventions internationales ne sont vraiment respectées nulle part. Quand je vois qu’en France on peut envisager d’enfermer des enfants de 12 ans, quand « on » gracie arbitrairement, que mon pays est continuellement « épinglé » pour son non respect des Droits de l’Homme…

Il est certain que le régime en Arabie Saoudite est un des plus rétrograde, mais que dire de Guantanamo par exemple et autres joyeusetés…

27 12 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Mais qui sont les 26 autres personnes ? Selon ce que nous dit Rue89, les criminels, les personnes condamnées pour des affaires de mœurs (crime ou délit) et les récidivistes ne sauraient être concernés.

Vous avez raison. Voilà une autre occasion ratée pour Nicolas Sarkozy de bien montrer qu’il entendait respecter, au cours de son mandat, les promesses qu’il avait faites tout au cours de sa campagne électorale.

Faut-il se surprendre du cynisme de la population face aux politiciens dont la seule évocation a été déroutée de son sens originel (personne faisant de la politique)pour signifier de plus en plus tout ce qui tourne autour du mensonge, du profit, du népotisme, des abus de toutes sortes et autres joyeusetés, comme vous le dites si bien.

Pierre R.

27 12 2008
posuto

Que peut-on faire Pierre ? Une pétition à signer, les crottes de mon chien à envoyer à l’ambassade ?.. Il faut agir où on peut comme on peut !

RV

27 12 2008
posuto

Je voudrais ajouter, sans esprit polémiste mais avec sincérité, que j’ai du mal à comprendre la pertinence de l’argument qui consiste à dire :! « et nous alors, que critiquons-nous les pays comme l’Arabie Saoudite, alors que nous avons Sarkozy et Bush ? » Je me demande si en Arabie Saoudite, il y a des intellectuels blogueurs pour dire « Attention, ne critiquons pas l’Occident puisque nous nous décapitons des gens par dizaines ! »…

RV

27 12 2008
Françoise

@ Posuto,

Loin de moi l’idée de ne pas critiquer les pays comme l’Arabie Saoudite. Je voulais simplement faire remarquer que dans des pays qui n’ont pas la Charia pour seule et unique loi, des pays qui se disent « de droit« , la justice est aussi rendue de façon ‘arbitraire‘ et varie selon les caprices des princes qui les gouvernent.

27 12 2008
posuto

Et alors, cela doit-il nous empêcher de hurler contre la peine de mort, pratiquée de façon moyennâgeuse en plus ? Nos valeurs sont-elles universelles ou non ? La mauvaise conscience coloniale de la gauche nous pousse trop souvent à dénoncer du bout des lèvres les régimes les pires de la planète, parce qu’à une époque nous les avions martyrisés par cette horreur que fut la colonisation. Mais si nous acceptons que l’économie et ses injustices soient mondialisées, ne devons-nous pas prôner aussi la démocratie mondialisée ? Bush sera, est effacé par la démocratie de son pays, pas les Princes sanglants d’Arabie ! Et eux, personne ne leur lance de godasses !

RV

27 12 2008
Françoise

J’essaie de t’expliquer que je suis d’accord avec toi, et voilà que tu montes dur tes grands chevaux. Je n’ai aucun « complexe colonialiste » et je dénonce aussi bien l’Arabie que la Chine que n’importe quel régime obscurantiste et autoritaire. Cela doit-il pour autant m’empêcher de dénoncer ce qui se passe en Occident ?

(Bush ne sera plus président en Janvier, et je m’en réjouis. J’attends pour me réjouir « complètement » de voir quelle sera concrètement la politique d’Obama, dans son ensemble et vis-à-vis de l’Arabie saoudite).

27 12 2008
posuto

Je trouve très exagéré de votre part, tout de même, d’écrire (je vous cite) « dans des pays qui n’ont pas la Charia pour seule et unique loi, des pays qui se disent “de droit”, la justice est aussi rendue de façon ’arbitraire’ et varie selon les caprices des princes qui les gouvernent. »

Nous avons, et notre échange ici en est la preuve, des contre-pouvoirs d’une autre tenue qu’en Arabie Saoudite il me semble ! Et ce n’est pas une règle générale ce que vous dites. En général la justice est indépendante et émane de la démocratie !

(oui, désolé, je ne tutoie pas facilement dans la vraie vie, encore moins sur Internet…). Oui, nous sommes dans des pays qui se disent de droit parce qu’ils le sont !

27 12 2008
clusiau

Mais si nous acceptons que l’économie et ses injustices soient mondialisées, ne devons-nous pas prôner aussi la démocratie mondialisée ? …posuto

Je pense que vous vous méprenez sur les buts de la mondialisation.

Ce n’est pas pour démocratiser le monde mais bien pour que les pays démocratiques volent et violent impunémement les pays qui ne le sont pas, rendant leurs habitants esclaves.

27 12 2008
Françoise

@ Posuto;

En général la justice est indépendante et émane de la démocratie !

En général… Je ne sais pas si nos discussions sur le Net constituent un bien fort contre-pouvoir, j’en doute. Quant à la démocratie dans nos pays, je suis désolée de le constater, mais elle se réduit comme peau de chagrin. Si tu trouves que notre Justice est libre; qu’il y a vraiment séparation des pouvoirs, que les lois de plus en plus répressives et « sécuritaires » sont un signe de bonne démocratie, alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

27 12 2008
Pierre Chantelois

Françoise
RV
Clusiau

Excellents échanges. À partir du moment où nous rendons publique cette affaire, il y a déjà une forme de protestation. Je n’accepte pas ce qui se passe en Arabie Saoudite pour plusieurs raisons : les deux enfants n’ont pas eu droit à un procès juste et équitable. Refus d’entendre les témoins, tortures pour obtenir des aveux, exclusion du tribunal de l’avocat de la défense, condamnation à des sentences inhumaines d’un adolescent mineur (200 coups de fouet) en lieu et place d’une rééducation et d’une réinsertion sociale, ne démontrent pas à mes yeux que les frères Mohammed et Sultan Kohail ont été bien servis par la justice, fusse-t-elle occidentale ou islamique.

La dénonciation au Canada a été très vive lorsque le gouvernement canadien s’est refusé d’intervenir (affaire Ronald Allen Smith) dans un pays dit « de droit » comme les États-Unis qui n’hésitent pas à recourir à Guantanamo pour soustraire du droit, justement, certains prisonniers. Le Canada refuse toujours d’intervenir dans le cas de l’enfant-soldat Omar Khadr parce qu’il est jugé par les États-Unis, non devant des tribunaux civils, mais devant un tribunal militaire à Guantanamo. L’attitude des États-Unis et du Canada est abjecte et infondée dans le cas de cet enfant-soldat.

J’ai dénoncé les deux. J’ai dénoncé également à maintes reprises Nicolas Sarkozy pour avoir commenté et cautérisé des personnes, des groupes, qui ont commis des délits. Le commentaire d’un président de la République qui se situe au-dessus du système judiciaire est profondément préjudiciable à l’égard des justiciables. Veuillez me pardonner cette formulation. Des promesses non tenues sont tout autant préjudiciables pour la crédibilité même du système qui nous gouverne en démocratie.

Je dénonce personnellement les abus, d’où qu’ils viennent sans hésitation. Du Canada, de la France, des États-Unis ou de l’Arabie Saoudite. D’où qu’ils viennent.

Et ces abus doivent être dénoncés sur autant de tribunes qu’il est possible de le faire. Je me suis gardé de porter un jugement sur la Charia. Je l’ai présentée comme un état de fait et non comme un état de droit. C’est à partir de cet état de fait que deux adolescents, qui n’ont eu droit à aucun procès juste et équitable, sont condamnés en 2008 à la décapitation. Ni la France ni le Canada ne condamnent à la décapitation. Il reste encore les États-Unis pour imposer une peine capitale jugée inhumaine, soit l’injection mortelle. Je parle de ces pays, et non de la Chine ou d’autres, parce qu’il en a été question dans nos échanges.

Il m’apparaît urgent, dans les circonstances, que toute personne soucieuse de justice et de démocratie dénonce tous les abus commis au nom de cette justice et de cette démocratie. Il ne faut surtout pas taire ces abus. Il faut les dénoncer avec vigueur.

Je n’ai pas vocation à changer le monde. Mais si je peux déposer un petit cailloux pour me donner l’illusion de le rendre meilleur, je le ferai sans hésitation.

Merci pour ces échanges que je trouve fructueux et pluriels.

Pierre R.

27 12 2008
posuto

Françoise, vos arguments sont spécieux : le fait d’être vigilant quant à nos libertés est une chose, le fait de dire que toute la démocratie s’écroule en est une autre. Nous avons plus de libertés aujourd’hui que jamais. Et quand je dis ça je ne défends pas Sarkozy ! Puisque à notre tête se trouve un individu dont les soutiens voudraient bien les rogner. Donc je pense qu’il faut alarmer sur les dangers qui menacent la démocratie, mais pas affirmer qu’elle n’existe plus ici ! En Occident les libertés sont menacées. En Arabie Saoudite, en Chine, en Iran, au Zimbabwe, en Birmanie, etc…, elles n’existent pas. Est-ce un fait ou non ?

Pierre, on est d’accord. La polémique a beau être un peu vive elle est courtoise et fructueuse, enfin je crois.

27 12 2008
clusiau

…..le fait d’être vigilant quant à nos libertés est une chose, le fait de dire que toute la démocratie s’écroule en est une autre … posuto

Mais il n’y a pas de démocratie. Il n’y a jamais eu de démocratie. Il n’y a que l’illusion démocratique. Democracy for the Few.

Ce qui s’écroule c’est le capitalisme qui devient une sorte de socialisme bâtard aux USA. Chez vous s’est déjà arrivé mais la vente de feu de vos institutions s’en vient.

27 12 2008
Françoise

Nous avons plus de libertés aujourd’hui que jamais.

Cite-les moi ?

27 12 2008
posuto

Ah, bien, puisqu’on en est là, citez-moi celles que l’on a perdues !

Bloguer, s’exprimer, critiquer, voter, se déplacer, se syndiquer, se réunir, je suppose que ce sont des fadaises ?… Et qu’on peut faire tout ça en Arabie saoudite ?…

Ceci est mon dernier commentaire, il y a des limites à importuner l’ami Pierre avec nos échanges. Répondez-moi pour avoir le dernier mot si vous le souhaitez, mais moi j’en ai terminé. Et, je le répète, je ne tutoie pas facilement, et c’est une valeur dont j’ai le droit de me réclamer…

27 12 2008
Françoise

Je pourrais, sans peine, trouver des exemples pour montrer que ces libertés que nous avons eues, il est vrai, disparaissent peu à peu.

Je me contenterai de dire que le tutoiement n’a rien d’insultant.

27 12 2008
Gilles

Il est vrai que les idéaux de 1789 ont valeur universelle, comme le dit Françoise, et il est vrai aussi que le régime actuel en France les oublie ; il n’est que de lire les journaux pour se constater que ce qui retient l’attention du président et de ses ministres et détermine leurs actions sont avant tout la répression et le maintien des privilèges, les nombreuses modifications aux lois (du travail et de la police, en particulier) sont là pour le prouver.

Posuto pense que les blogueurs constituent un contre-pouvoir (on pouvait penser cela des journaux et des télés aussi, avant que le jeu des rachats et des nominations en fassent de simples instruments du pouvoir politique) ; certes nous pouvons écrire ce que nous pensons, mais le gouvernement n’en tient aucun compte, à de rares exceptions près. Je le dis souvent et je dois le répéter : nos démocraties ne sont que formelles. Nous devons voter pour les candidats choisis par les partis, qui par nature n’ont qu’un seul but, le pouvoir, nous n’avons pas la possibilité d’élire nos voisins (par exemple) pour nous représenter. Et une fois élus, les députés doivent suivre la ligne de parti sous peine d’être privés de tout moyen d’action. Parallèlement, la médiatisation de l’information a fait disparaître entièrement l’opinion publique.

Il est pénible de l’admettre, mais la tyrannie peut être « douce », c’est-à-dire qu’elle s’exerce sur les esprits sans trop contraindre l’expression des idées, les droits superficiels, le droit de vote. Je veux dire que l’habilité de nos régimes consiste à tout noyer dans le bruit médiatique et pendant ce temps, des policiers fouillent les écoliers dans leurs classes, et on installe des caméras partout. Mais ils font aussi l’erreur de gérer l’économie trop manifestement au profit de quelques-uns, et un jour les gens qui ont faim se révoltent.
 

27 12 2008
Gilles

Posuto,

Nous n’avons pas plus de libertés qu’à l’époque de nos grand-pères, il faut de nombreuses et complexes démarches administratives pour entreprendre quoi que ce soit, les tarifs des services publics augmentent sans cesse et leur qualité diminue, les services assurés par l’État sont confiés à des entreprises qui ne voient que le profit et donc offrent des prestations minimales ; tout cela est économique, mais c’est la Nouvelle-Tyrannie, qui plutôt que mettre les gens en prison pour avoir dit Vive la République !, les prive du revenu de leur travail, quand elle n’exporte pas le travail à l’étranger. Pas de pain, pas de liberté.

Mais il y a un autre aspect, plus grave : certes on peut dire ce qu’on veut (sur un blog ou dans un commentaire à un article de journal) mais toute protestation est noyée dans le tintamarre médiatique et est oubliée dès le lendemain (sauf quelques rares exceptions). Il ne faut pas s’imaginer que défiler dans les rues est une preuve de liberté, quand chaque manifestant est filmé et fiché.
 

27 12 2008
Gilles

Pierre,

Il neige sur ton blog, ou j’ai des illusions ?
 

27 12 2008
Pierre Chantelois

« … nous pouvons écrire ce que nous pensons, mais le gouvernement n’en tient aucun compte, à de rares exceptions près ».

Gilles

Merci de ces précisions. Toutefois, une question me turlupine. Pourquoi le président de la République a créé une équipe de vigilance sur les tendances qui se dégagent des blogues en matière d’analyse ou de constats politiques. Est-ce que l’épisode de Nicolas Princen vous rappelle une anecdote épicée qui a fait bien rire la blogosphère ?

D’autre part, sur l’influence des blogs, Gilles, pourquoi diable cette tendance qui se dégage aux États-Unis : pour la première fois aux États-Unis, cette année, Internet dépasserait les journaux traditionnels comme source principale d’information. Dans une étude de l’institut Pew, 40% des adultes américains interrogés répondent obtenir la plupart de leurs informations nationales ou internationales sur Internet, contre seulement 27% en septembre 2007.

Depuis trois jours, vous n’êtes pas sans savoir que le Vietnam a resserré son contrôle des blogs, dans une nouvelle circulaire qui interdit de « s’opposer à l’État » ou « nuire à l’ordre social » et demande aux fournisseurs de service internet de constituer des bases de données et bloquer tout contenu jugé illégal. Internet permet à la population vietnamienne de s’exprimer avec une marge de manœuvre qu’elle n’a pas dans les médias traditionnels, contrôlés plus facilement et très étroitement par le régime communiste (AFP).

Connaissez-vous Jim MacMillan : he is a journalist who left a newspaper but now delights in experimenting with new ways to gather and share news ? Il s’est posé la question suivante sur rue89 : Un journal peut-il abandonner son imprimerie ?

Et que dire de Drudge Report ? Du blog The Huffington Report ? The Politico ?

Le NewYorkTimes, par exemple, est le 16eme plus grand site sur le web. Mais cela ne résout pas le problème du modèle économique et des rentrées publicitaires. Les encarts publicitaires sur la presse papier étant largement plus chers. Mais s’ils continuent de faire leur métier correctement, nul douter que les versions web des grands journaux rattraperont en ligne ce qu’ils ont perdu avec la version papier.

Le monde change. Pour autre preuve, dans un autre domaine, Amnesty International aux États-Unis en devenant un MVNO (Mobile Virtual Network Operator ou opérateur mobile virtuel), baptisé Amnesty Wireless. Il exploitera ainsi le réseau CDMA de l’opérateur américain Sprint. Mais le profit n’est pas ce qui intéresse l’ONG. Par ce biais, l’organisation espère surtout inciter les Américains à faire de nouveaux dons. Ainsi, à chaque appel d’un des téléphones mobiles proposés par Amnesty Wireless, 10% des revenus générés seront reversés à Amnesty International.

En vérité, je crois que de plus en plus, au contraire, que le pouvoir de la blogosphère se dessine au point d’ébranler les colonnes de peuple et la vie des Princes.

Oui il neige sur sur le blogue. Petite application cachée de WordPress. 🙂

Pierre R.

28 12 2008
Gilles

Pierre a écrit :
Petite application cachée de WordPress.

Merci !

Il est vrai que le président surveille les tendances qui se dégagent des blogs, et sans doute que la plupart des États font de même. Ce que je voulais dire, c’est que peu de gens lisent les blogs et ceux qui les lisent en tiennent souvent un ; ils constituent donc la partie la plus consciente de la population.

Comme tu le démontres, les blogs concurrencent les journaux imprimés, auprès de ceux qui s’informent. Je pense toujours que ce n’est qu’une minorité des citoyens.
 

28 12 2008
gaetanpelletier

Gilles,
Pierre,

Intéressant cette prise de conscience.

Moi, blogueur… Jamais! C’est ce que je m’étais dit au départ. Mon «site» n’était qu’un outil de rangement pour tous mes écrits qui envahissent mon «bureau». Je me suis fait prendre au jeu. Comment? En lisant de «vrais» blogs. J’entends par là des analyses fouillées et éclairantes. Et je me suis transformé en «activiste». J’ai la peau sensible à l’injustice, à l’hypocrisie, et à «l’hypersocialisation», sorte de phénomène qui fait du citoyen, le Morlock des États qui semblent désormais appartenir aux grands financiers… On mange de l’humain pour nourrir commerces et industries. Un nouveau cannibalisme? On dirait.

Je me suis fait traiter d’anarchiste par mon fils, étudiant en philosophie… Un brin!… Mais très très soucieux du développement de nos sociétés.

Le blog, pour moi, c’était Patrick Lagacé. J’ai quitté un jour en lui envoyant un email lui disant que son blog ressemblait à une bataille de taverne des années soixante. Je ne sais pas s’il a été insulté, mais moi je l’aurais été.

Autre constatation.

Les journaux… Je m’interroge. Quand les lettres des lecteurs sont de loin meilleures et mieux fouillées que les articles souvent écrits à la hâte… ????

LA DOUCEUR DE LA TYRANNIE

Belle prise de conscience, et je la partage:

«Il est pénible de l’admettre, mais la tyrannie peut être « douce », c’est-à-dire qu’elle s’exerce sur les esprits sans trop contraindre l’expression des idées, les droits superficiels, le droit de vote.» ( Gilles)

LE PROBLÈME

Comme disait Gilles, «ceux qui s’informent». Force m’a été de constater que «la vérité» (sic) se trouvait dans les blogs sérieux. Mais le problème reste que les gens sont habitués à consommer de l’information. On ramasse, on jette. Ça va de pair avec notre monde. Quant aux livres, les meilleurs, les plus «fouillés» ne sont pas très lus. Peu sont intéressés à creuser… Un demi siècle de surface, avec pour modèle de société les U.S.A… Quand ils sont bons, ils sont faits par un universitaire dans un mode universitaire : tellement surchargés et précautionneux, qu’on en perd le fil.

«En vérité, je crois que de plus en plus, au contraire, que le pouvoir de la blogosphère se dessine au point d’ébranler les colonnes de peuple et la vie des Princes.» ( Pierre ).

Voilà! Ne serait-ce qu’un pixel, l’ensemble finit par former une image. Et je me dis que ça vaut la peine de poursuivre.

M. BOUCHARD

M. Bouchard (Bouchard-Taylor) se plaignait du peu de rôle des intellectuels dans la société. Un autre problème. Quel gouvernement veut d’un intellectuel? On veut des économistes. La vieille recette de la réussite sociale par le rang occupé doit finir son règne. Le bonheur – ou du moins la recherche de celui-ci – doit être dans un compromis et une certaine répartition de richesses, et surtout de valeurs autres que le P.I.B et le développement durable.

En cela, je pense que les blogs commencent à avoir un sérieux effet. En autant que les penseurs ne passent pas pour des paranoïaques…

Nous ne sommes plus en 1950. Le savoir n’est plus celui d’une élite. Les prises de conscience non plus.

28 12 2008
Pierre Chantelois

Gaëtan

C’est à mon tour de vous remercier pour votre intervention et vos réflexions. Je ne sais pas ce que sera la blogosphère dans 25 ans mais j’ose espérer qu’elle sera libre et qu’elle portera hauts les principes de la libre expression.

Pierre R.

28 12 2008
clusiau

….Nous ne sommes plus en 1950. Le savoir n’est plus celui d’une élite. Les prises de conscience non plus…..

Non mais, d’une prise de conscience à l’autre, c’est encore et toujours une élite qui mène et qui n’en fait qu’à sa tête….N’ont-ils pas peur que leur fassions rouler un jour ?

28 12 2008
gaetanpelletier

clusiau

Oui. J’ai cependant oublié de préciser que – c’est du moins ce qu’il m’apparaît – les blogs américains ont développé une énorme prise de conscience sur leur pays et les activités illicites.
Il reste au peuple à faire changer un peu les choses. Plus le problème est grave, plus le changement s’avère nécessaire. Et les U.S.A. ont besoin d’un bon virage.
Leur politique étrangère a laissé bien des traces et des blessures.

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