Gaza – Joe The Plumber rehausse le journalisme spectacle : il se dit protégé de Dieu

12 01 2009

« Israël n’a jamais accepté qu’une influence extérieure décide de son droit à défendre ses citoyens. L’armée continuera à opérer pour défendre les citoyens d’Israël ». Telle était la réponse de l’État hébreu à la résolution 1860 des Nations-Unies qui soulignait « l’urgence » d’un cessez-le-feu « immédiat, durable et pleinement respecté ».

La guerre à Gaza vient de franchir une nouvelle étape : elle s’est transportée à travers les médias. Les déclarations se superposent pour atteindre des volumes sonores plus élevés les uns que les autres. Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem accuse Israël d’avoir commis des « crimes de guerre » lors de son offensive militaire. De son côté, le premier ministre Ehud Olmert déclare que « Israël se rapproche de ses objectifs mais plus de patience et de détermination sont nécessaires pour y parvenir afin de changer la situation en matière de sécurité dans le sud et pour que ses citoyens vivent en sécurité pendant longtemps ». Yoav Galant est le commandant de la région sud d’Israël. Pour faire cesser la contrebande des armes par les tunnels tout au long de la bande frontière avec l’Égypte, il préconise la réoccupation provisoire de secteurs entiers de la bande de Gaza.

L'opinion publique a-t-elle une vue exacte de ce qui se passe à Gaza ?

L'opinion publique a-t-elle une vue exacte de ce qui se passe à Gaza ?

La frontière de Gaza reste résolument fermée aux journalistes étrangers, même si Israël consent à laisse passer quelques humanitaires. Daniel Seaman, chef du bureau de presse gouvernemental, a une explication pour cet interdit d’accès : « Nos soldats ne vont pas se sacrifier pour les protéger ». Pour Benjamin Barthe, de l’Express, la stratégie présente découle de l’expérience passée : « Quand les grandes chaînes internationales rapportaient le carnage de Cana, au Liban, en 2006, Israël était contraint de freiner son intervention militaire. Aujourd’hui, quand un bombardement fait 40 morts dans une école de la bande de Gaza, ça passe. Parce que, pour caricaturer, Christiane Amanpour, la star de CNN, est coincée à Jérusalem et qu’elle n’en parle que 10 minutes à l’antenne alors que, sur place, son sujet tiendrait plus de deux heures ».

Une société britannique de relations publiques, qui a déjà travaillé pour les gouvernements libanais et nord-irlandais, a ainsi été spécialement embauchée pour « articuler le message du côté israélien ». Le Foreign Press Association dénonce cette tentative de contrôle de l’information. Cela constitue « une violation grave de la liberté de la presse et place Israël aux côtés d’une poignée de régimes qui empêchent régulièrement les journalistes de faire leur travail ». La Cour suprême d’Israël avait elle-même, tout récemment, émis un arrêt ordonnant au gouvernement d’autoriser l’entrée de correspondants étrangers dans la bande de Gaza. Une violation qui ne semble pas affecter le gouvernement israélien, décidé de mener à terme ses objectifs. Claudio Pagliara, correspondant de la RAI à Jérusalem, estime cette tactique dangereuse pour l’État hébreu : « C’est même dommage pour l’image d’Israël parce qu’on a quand même la voix de Gaza, des images qui sont tournées par des cameramen palestiniens ».

Daniel Seaman, chef du bureau de presse gouvernemental, s’est plaint, face à commentaires de plus en plus négatifs des associations de presse que la presse mondiale ne s’inquiète que du sort des Palestiniens (…) « Pourquoi ne rend-elle pas compte de ce qui se passe dans le sud d’Israël? ». Monsieur Seaman sera heureux d’apprendre que Joe The Plumber, dont il a été abondamment question lors de la dernière campagne présidentielle américaine, celui-là même qui avait interpellé Barack Obama sur ses intentions face à la middle class américaine, couvrira, du côté d’Israël, la guerre dans la bande de Gaza. De son vrai nom, Samuel Wurzelbacher se décrit comme un homme pacifique aux multiples questions sur la région. Joe couvrira le conflit pour un site Internet pro-républicain et conservateur, pjtv.com. Il a affirmé à des journalistes qu’il irait là-bas afin de donner la parole aux Joe israéliens, c’est-à-dire les « monsieurs tout le monde ». Tout en ajoutant :  « En tant que chrétien, je crois que je suis vraiment bien protégé par Dieu. Ca ne veut pas dire qu’il va arrêter un tir de mortier pour moi, mais il faut que je tente ma chance ». Parmi les déclarations les plus surprenantes de Joe, il y a celle-ci : « To be honest with ya, I don’t think journalists should be (allowed) anywhere near . . . war. You guys report where our troops are at, what’s happening day-to-day, you make a big deal out of it. I think it’s asinine. I like back in World War One and World War Two when you go to the theatre and you’d see your troops on the screen and everyone be really excited and happy for them ». Nous sommes très loin, mais vraiment très loin, du blogue de Sameh Akram Habeeb qui a le mérite de nous proposer une autre facette de la vie à Gaza, par ces temps-ci.

Que dire de la position officielle des médias occidentaux ? Les éditorialistes européens et canadiens sont frileux à l’idée de condamner ouvertement Israël pour l’ampleur démesurée de son action militaire à Gaza. N’est pas Newsweek qui veut : Newsweek vient d’exhorter Barack Obama à être très dur avec Israël afin de faire avancer la paix dans la région : « […] the days of America’s exclusive ties to Israel may be coming to an end. Despite efforts to sound reassuring during the campaign, the new administration will have to be tough, much tougher than either Bill Clinton or George W. Bush were, if it’s serious about Arab-Israeli peacemaking ».

Dans sa grande majorité, l’opinion israélienne ne sait pas ce qui se passe dans la bande de Gaza, soutient Serge Dumont, correspondant du quotidien Le Temps à Tel-Aviv. « À l’exception de quelques intellectuels, elle n’a par exemple jamais su que les points de passage entre leur pays et le territoire palestinien sont restés fermés durant les six mois de trêve avec l’organisation islamiste », écrit Serge Dumont, qui poursuit : « Depuis le début de «Plomb durci», les radios-télévisions israéliennes multiplient les émissions spéciales en direct et en continu. Mais elles n’ont pas grand-chose à dire ou à montrer puisque la censure militaire s’est faite beaucoup plus pesante que lors de la deuxième guerre du Liban. Résultat? Si les chutes de roquettes palestiniennes sont traitées en long et en large même lorsque l’engin s’est abattu dans un champ, les frappes israéliennes de Gaza ne sont illustrées que par des colonnes de fumée filmées de loin ou par des images d’hélicoptères de combat filant dans le ciel bleu ».

Pour parvenir à un bouclage de l’information en provenance de Gaza, Israël a visé dans ses objectifs de destruction les centres de presse. « Les bureaux d’Al-Aqsa Television ont été détruits par un bombardement aérien le 28 décembre, ceux du journal Al-Resalah à Gaza City ont été bombardés le 3 janvier et ceux de la radio Sawt Al-Aqsa le 4 janvier », a affirmé l’ONG Presse Emblème Campagne (PEC) dans un communiqué. La PEC, basée à Genève et qui milite pour une meilleure protection des journalistes dans les zones de conflits, a condamné ces attaques contre les médias palestiniens à Gaza, et demandé un accès libre des médias au territoire palestinien et la création d’une commission d’enquête internationale. « En tant que pays démocratique, Israël devrait nous donner un accès illimité à ce qui se passe», a estimé Glenys Sugarman, secrétaire générale de la Foreign Press.

Gideon Lévy, journaliste israélien au quotidien de gauche Haaretz, ne peut plus, comme ses confrères, entrer dans la bande de Gaza depuis la fin 2006. Il dénonce une « politique délibérée visant à minimiser les souffrances des Palestiniens ». Il dénonce également, entre autres choses, l’action d’Israël qui : « dépasse toute proportion et franchit toutes les lignes rouges d’humanité, de moralité, de sagesse et de droit international ».

Patrick Besson, de l’hebdomadaire Le Point, fait état, sur son blogue, des sujets de préoccupation pour 2009. Il écrit : « L’opération « Plomb durci » de Tsahal dans la bande de Gaza ? Heureusement que les Israéliens ne sont pas serbes, sinon Tzipi Livni et Ehoud Olmert seraient en route pour le Tribunal international de La Haye ».

Nirmeen Kharma Elsarraj écrit sur le blog de groupe Lamentations-Gaza (en anglais) : « Je ne veux pas que mes enfants me voient déchiquetée. Les images à la télévision des morts sont si terrifiantes et je sais ce que ça veut dire pour les enfants de voir de telles choses. Ce que je veux vraiment, c’est que tout ça finisse et que mes enfants et moi, on vive comme n’importe qui d’autre dans le monde. Je veux juste me débarrasser de cette culpabilité par rapport à mes enfants. Est-ce que j’ai fait une erreur en ayant des enfants ? Est-ce que je n’ai pas le droit d’être mère? Mais je fais pourtant du bon “travail’ de mère en étant une source de réconfort pour mes enfants ». Pour se faire une opinion de ce qui se vit en deça des frontières de Gaza, il faut recourir aux blogues relayeurs, tels que Global Voices, en français.

Patrick Lagacé est chroniqueur au quotidien La Presse, de Montréal. Il s’est rendu en Israël avec la ferme intention de pénétrer dans la bande de Gaza. Patrick Lagacé fait état d’un répertoire mis à la disposition des médias par The Israel Project. Dans ce répertoire, on trouve des élus, des universitaires, des médecins, des profs, des citoyens du sud d’Israël qui peuvent témoigner de la vie sous les roquettes du Hamas. Une jeune israélienne, Yael Kfir, lui déclare : « Oui, il y a des innocents qui sont morts à Gaza. Mais c’est la faute du Hamas, qui utilise la population civile pour se cacher et pour faire passer Israël pour le méchant s’il y a des morts ». Yael a 13 ans. Elle était dans le répertoire The Israel Project. « With parental consent », pouvons-nous lire à côté de son nom. Avec le consentement des parents. « Yael, sans le savoir, est une petite soldate. Une petite soldate dans la guerre parallèle qui se déroule en filigrane de toutes les guerres : la guerre de l’image. Dans cette guerre, les Israéliens sont aussi présents qu’aux abords de Gaza », écrit Patrick Lagacé.

En empruntant le point de passage de Rafah, entre l’Egypte et la bande de Gaza, huit députés européens, auxquels s’ajoute un sénateur italien, séjourneront à Gaza jusqu’à mardi afin d’évaluer la situation sur le terrain. Ils visiteront, avec l’aide des membres de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa), des camps de réfugiés et des hôpitaux de Gaza. À leur retour au Parlement européen, ils tiendront une conférence de presse. Ce qui permettra la circulation d’une information plus objective sur l’état de la situation à Gaza. Vous pouvez déjà entendre un premier témoignage d’Hélène Flautre, sur RTL.

Naomi Klein est connue. Auteure d’un livre La stratégie du choc, elle vient de lancer un cri de ralliement : Enough. It’s time for a boycott. Naomi Klein écrit : « Depuis 2006, Israël s’est régulièrement enfoncé dans la criminalité : extension des colonies, une guerre scandaleuse contre le Liban, une punition collective contre Gaza via un blocus brutal. Malgré cette escalade, Israël n’a subit aucune mesure de représailles, au contraire. Les armes et les 3 milliards d’aide annuelle dispensées par les États-Unis ne sont qu’une partie. Pendant toute cette période charnière, Israël a grandement renforcé ses relations diplomatiques, culturelles et commerciales avec divers autres alliés […] Le boycott n’est pas un dogme mais une tactique. La raison de le tenter est d’ordre pratique : pour un pays si petit et dépendent de son commerce extérieur, cela pourrait se révéler efficace ». Force est de constater que madame Klein ne fait pas l’unanimité, tant s’en faut.

Gideon Lévy, journaliste israélien au quotidien de gauche Haaretz, écrivait, le 9 janvier dernier : « Quiconque prêche pour cette guerre et croit en la justesse des massacres qu’elle inflige n’a aucun droit de parler de moralité et d’humanité. Il n’y a rien de tel que tuer et nourrir simultanément. Cette attitude est une représentation fidèle du sentiment israélien basique et dual qui nous accompagne depuis toujours : Commettre le mal, mais se sentir purs à nos propres yeux. Tuer, démolir, affamer, emprisonner et humilier – et être dans notre droit, pour ne pas dire des « justes ». Les va-t-en-guerre « justes » ne pourront pas se permettre ce luxe. Quiconque justifie cette guerre justifie également tous ses crimes. Quiconque la considère comme une guerre défensive doit porter la responsabilité morale de ses conséquences. Quiconque encourage aujourd’hui les politiciens et l’armée à la poursuivre devra aussi porter la marque de Caïn qui sera gravée sur son front après la guerre. Tous ceux qui soutiennent cette guerre soutiennent aussi l’horreur » (Traduction : Questions critiques).


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3 responses

12 01 2009
Françoise

Pierre,

Moins il y a de témoins des crimes et mieux les criminels se portent… Avec Joe comme défenseur, ils sont sauvés…

Il n’y a pas de limites à l’ignominie.

12 01 2009
Pierre Chantelois

Françoise

Je suis d’accord. L’embauche de Wurzelbacher montre à quel point l’information sur le sort de la population de Gaza est foncièrement biaisée et dangereusement déficiente pour la démocratie.

Pierre R.

12 01 2009
gaetanpelletier

Titre: Gaza: le Conseil des droits de l’homme de l’ONU condamne Israël.
33 voix pour. 1 contre…. Le Canada.
Certains pays ont motivé leur abstention. Le Canada aurait pu au moins s’abstenir et en invoquer les raisons.

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