Je serai absent quelques jours

27 02 2009

Je sais bien. Personne n’est irremplaçable.

Je serai absent quelques jours.

Un peu de rouille sur la carrosserie,

m’ont dit les mécaniciens.

Quelques applications d’antirouille

et hop! les parutions reprendront de plus bel.

Soyez aussi patient

que je suis impatient de revenir !

Pierre R. Chantelois





Jeux d’enfants, jeux de boules en cinq temps

26 02 2009

Les enfants témoignent par leurs jeux de leur grande faculté d’abstraction

et de leur haute puissance imaginative.

Ils jouent sans joujoux.

Charles Baudelaire

Grands jeux dans un petit espace

Grands jeux dans un petit espace

Seul accessoire, une boule bien inoffensive...

Seul accessoire, une boule bien inoffensive...

En position d'attaque pour une autre boule

En position d'attaque pour une autre boule

Un nouvel essai de boule... qui déclare forfait ?

Un nouvel essai de boule... qui déclare forfait ?

Aucun des deux valeureux guerriers ne cède la victoire

Aucun des deux valeureux guerriers ne cède la victoire





Partir pour découvrir s’il y a de nouveaux horizons

25 02 2009

Il y a ceux qui partent.

Partir, c’est s’éloigner toujours un peu, parfois beaucoup.

Il y a ceux qui partent…

Avec la conscience de partir,

Ou avec l’inconscience du plaisir de quitter.

Il y a ceux qui partent.

Pour ne plus regarder derrière

Sans coup férir et sans prière.

Et il y a ceux qui restent.

Un premier contact pour se familiariser

Un premier contact pour se familiariser

Il y a ceux qui partent...

Il y a ceux qui partent...

Un départ pour découvrir ...

Un départ pour découvrir ...

Il y a ceux qui restent

Il y a ceux qui restent

Il y en d'autres qui suivront ...

Il y en d'autres qui suivront ...

Et ceux qui resteront pour les regarder partir.

Et ceux qui resteront pour les regarder partir.

Il ne reste parfois que le regard pour constater la solitude

Il ne reste parfois que le regard pour constater la solitude





Que parte la nuit, que nous quitte l’ennui.

24 02 2009

Lorsque reparaît le soleil

S’ajoutent au jour des accents vermeils

Qui annoncent le printemps

Depuis longtemps laissé vacant.

Les dorures redeviennent étincelantes

Les enluminures revivent pimpantes

Pour le bonheur des yeux

Pour la félicité des dieux.

Céleste et auguste, sous tes rayons,

Astre renaissant, libéré de ton bâillon,

Je te regarde jusqu’à m’éblouir

Et tes feux pour m’ébaudir.

Vivement ton retour, vivement le jour

Que parte la nuit, que nous quitte l’ennui.

L'hiver, c'est la nuit de la vie

L'hiver, c'est la nuit de la vie

L'assemblée se réunit pour accueillir le jour

L'assemblée se réunit pour accueillir le jour

De glace et de froidure, l'illusion et le rêve

De glace et de froidure, l'illusion et le rêve

Un peu de chaleur dans l'imaginaire des glaces

Un peu de chaleur dans l'imaginaire des glaces

Illusion dans l'heure d'un instant de bonheur

Illusion dans l'heure d'un instant de bonheur

Figé dans le temps au gré du vent

Figé dans le temps au gré du vent

Manifeste pour une simple tendresse

Manifeste pour une simple tendresse

D'antan vers le temps présent

D'antan vers le temps présent

Le bonheur vient vers ceux qui croient en lui

Le bonheur vient vers ceux qui croient en lui





Mourir, est-ce le naufrage appréhendé ?

23 02 2009

Ce texte a été publié, une première fois, le 16 mars 2007

Une population vieillissante

Le vieillissement de la population est le résultat d’un succès, le succès de l’humanité dans son projet de contrôler le nombre d’êtres humains. Il faut maintenant que des changements de société puissent permettre aux populations de bénéficier pleinement d’une vie plus longue et de vivre mieux. « La population mondiale continue de vieillir et dépassera les 9 milliards d’habitants d’ici à 2050 », confirme un rapport de la Division de la population de l’Organisation des Nations Unies, intitulé « Révision 2006 ». « La moitié de la croissance démographique mondiale sera attribuable à la longévité ou à l’augmentation du nombre de personnes de plus de 60 ans, entre 2005 et 2050. Ainsi, dans les régions plus développées, la population âgée de 60 ans et plus devrait presque doubler, atteignant 406 millions en 2050, contre 245 millions en 2005. Le Canada qui compte actuellement 31,7 millions de personnes aura 39,1 millions d’habitants en 2050, selon les prévisions de l’ONU. Sa croissance démographique sera inférieure à la moyenne mondiale avec un taux de 23,34 % ».

Les projections montrent qu’en 2031, les aînés constitueront entre 23 % et 25 % de la population canadienne (Bélanger et autres, 2005). Le vieillissement des baby-boomers, le faible taux de fécondité et l’augmentation de l’espérance de vie contribueront tous à la multiplication par deux prévue de la proportion des aînés au cours des 25 prochaines années.

« La vieillesse est comparable à l’ascension d’une montagne. Plus vous montez, plus vous êtes fatigué et hors d’haleine, mais combien votre vision s’est élargie ! » Ingmar Bergman

Toute personne âgée ou toute personne handicapée a droit d’être protégée contre toute forme d’exploitation. Toute personne a aussi droit à la protection et à la sécurité que doivent lui apporter sa famille ou les personnes qui en tiennent lieu. Article 48 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (L.R.Q. c. C-12)

Selon le ministère de la Justice du Canada, il n’est pas possible de connaître toute l’étendue de la violence commise à l’égard des personnes âgées. Il est assez largement reconnu qu’il existe trois formes principales de violence à l’égard des personnes âgées :

  • la violence commise à l’égard des personnes âgées qui vivent seules ou avec des membres de leur famille ou d’autres personnes dans des maisons privées (notamment les personnes âgées recevant des soins à domicile ou des soins communautaires);
  • la violence commise en milieu institutionnel;
  • la négligence de soi.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fait sienne la définition adoptée par le Réseau international pour la prévention des maltraitances aux personnes âgées : « On entend par maltraitance des personnes âgées un acte isolé ou répété, ou l’absence d’intervention appropriée, qui se produit dans toute relation de confiance et cause un préjudice ou une détresse chez la personne âgée ».

Les études démographiques démontrent qu’un Québécois sur huit est actuellement âgé de 65 ans et plus. Cette proportion passera d’ailleurs à une personne sur quatre dans près de 20 ans (Statistiques Canada, 2001).

Malgré un taux de victimisation inférieur à celui de la population en général, la peur du crime chez les aînés est bien réelle. Bien que diverses mesures de protection visant à en atténuer les effets ont été mise en place, les aînés n’échappent pas aux phénomènes de violence et d’abus, non plus qu’aux situations qui compromettent leur sécurité.

« Les pleurs des vieillards sont aussi terribles que ceux des enfants sont naturels » Honoré de Balzac

Statistiques Canada vient de publier un rapport plutôt rassurant selon lequel les aînés subissent les niveaux les plus faibles de crimes avec violence et de crimes contre les biens comparativement aux personnes plus jeunes. Il est important de rappeler que les aînés constituent, au Canada, l’un des groupes de population dont la croissance est la plus rapide au Canada. Le recensement de 2001 a révélé qu’il y avait près de 4 millions d’aînés âgés de 65 ans et plus, ce qui représente 13 % de la population de la nation. Cela est particulièrement vrai dans le cas des aînés âgés de 80 ans et plus, soit le groupe d’âge qui augmente au rythme le plus rapide. De 1991 à 2001, le nombre de membres de ce groupe d’âge a bondi de 41 %, passant d’environ 660.000 à 932.000. On estime qu’en 2011, le nombre d’aînés plus âgés au Canada atteindra 1,3 million.

Les aînés du Canada (c.-à-d. les personnes âgées de 65 ans et plus) seraient donc moins susceptibles d’être victimes de crimes avec violence et de crimes contre les biens que les personnes plus jeunes. Près de la moitié des personnes aînées, qui ont été victimes de violence, l’ont été par un membre de la famille, comparativement à 39 % pour les victimes plus jeunes. Un peu plus du tiers (35 %) des auteurs de cette violence familiale, contre les aînés, étaient des enfants adultes et 31 % étaient le fait de conjoints actuels ou d’anciens conjoints. Dans la plupart des cas où il y a eu des blessures, celles-ci étaient mineures et ne nécessitaient aucuns soins médicaux ou nécessitaient uniquement des premiers soins de base. Seulement 2 % des cas de violence sur des personnes aînées et des victimes plus jeunes ont causé des blessures majeures.

Sur le plan de la sécurité personnelle, la satisfaction des aînés s’est améliorée légèrement au cours de la période allant de 1999 à 2004. En 2004, la vaste majorité (92 %) des personnes aînées ont déclaré être satisfaites de leur niveau global de sécurité par rapport à la criminalité comparativement à 89 % en 1999. Cette augmentation élimine l’écart entre les aînés et les Canadiens plus jeunes, ce qui donne lieu à des niveaux de satisfaction relativement comparables à l’égard de la sécurité personnelle (92 % comparativement à 94 %).

« […] Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants;
Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l’oeil du vieillard on voit de la lumière
 » […]

Victor Hugo, Booz endormi

Les formes de violence

Le ministère de la Justice du Canada souligne que les personnes âgées, victimes d’une violence, peuvent ne pas vouloir — ou ne pas pouvoir — signaler les actes commis à leur égard pour les raisons suivantes :

  • déficience cognitive, notamment démence ou maladie d’Alzheimer
  • fragilité physique ou invalidité
  • difficultés à s’exprimer ou barrières culturelles empêchant l’accès à de l’information, à des ressources et à du soutien
  • isolement social ou géographique
  • dépendance par rapport à l’agresseur (émotive, physique ou économique)
  • crainte de représailles ou d’abandon
  • crainte d’être placées en établissement
  • crainte d’une intervention extérieure (perte d’indépendance et contrôle)
  • crainte de ne pas être crues
  • honte ou stigmates
  • croyances au sujet de l’importance du mariage et de la famille
  • pressions visant à maintenir la réputation de la famille ou de la collectivité.

Tout acte verbal ou non verbal qui réduit la confiance en soi ou la dignité d’une personne âgée, en résidence ou sous la responsabilité d’un membre de sa famille, et qui menace son intégrité psychologique et émotive constitue de la violence, par exemple :

  • menacer d’employer la violence
  • menacer d’abandonner la personne âgée
  • lui faire peur intentionnellement
  • lui faire croire qu’elle ne recevra pas la nourriture ou les soins dont elle a besoin
  • lui mentir
  • ne pas se préoccuper des actes de violence qui auraient été commis contre elle
  • l’insulter, blasphémer ou proférer des injures
  • faire des remarques désobligeantes ou tenir des propos calomnieux à d’autres personnes à son sujet
  • l’isoler ou l’empêcher de recevoir des visiteurs
  • cacher des renseignements importants qu’elle a le droit de connaître
  • l’humilier à cause de sa façon de parler
  • mal interpréter intentionnellement ses pratiques traditionnelles
  • parler constamment de la mort avec elle
  • lui dire qu’elle cause beaucoup trop de problèmes
  • l’ignorer ou la critiquer de manière excessive
  • se montrer trop familier avec elle et manquer de respect envers elle
  • lui donner des ordres de façon déraisonnable
  • la traiter comme une servante
  • la traiter comme un enfant.

Le ministère de la Justice du Canada identifie les signes suivants, entre autres, qui peuvent indiquer qu’une personne âgée est victime de violence :

  • dépression, crainte, anxiété, passivité
  • blessures inexpliquées
  • déshydratation, malnutrition ou manque de nourriture
  • hygiène négligée, rougeurs, plaies de lit
  • sédation excessive

Une personne est susceptible d’être victime de violence à pratiquement toutes les étapes de sa vie — enfance, adolescence, début de l’âge adulte, âge moyen, vieillesse —, mais la nature et les conséquences de cette violence peuvent varier en fonction de sa situation. La violence commise à l’égard des personnes âgées reste encore un domaine négligé et trop peu exploré. Vieillir est un droit, la maltraitance est un crime. La tolérance n’a plus sa place dans une société dite civilisée.

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux

Même riches ils sont pauvres, ils n’ont plus d’illusions et n’ont qu’un cœur pour deux.

Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d’antan

Que l’on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps

Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d’hier

Et d’avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières

Et s’ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d’argent

Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends.

Jacques Brel, les vieux





Quand le travail donne les bleus au cœur !

20 02 2009

Après avoir vu le monde de l’enfance qui doit faire face, très tôt, au harcèlement, qu’en est-il du monde adulte en milieu de travail ? Ce texte a été publié le 19 février 2007.

Dans votre vie personnelle, vous considérez comme un querelleur, un cas limite sur la tolérance et un indécrottable convaincu que vos idées sont les meilleures ou un pacificateur? Êtes-vous soumis à la maison et violent au bureau ou en entreprise ?

Pourriez-vous répondre – intérieurement – à ces questions : au bureau ou en entreprise, vous considérez-vous

  • épargné (e) par la violence au bureau ?
  • témoin indifférent (e) à une certaine violence à l’égard de personnes ciblées ?
  • victime de la violence d’un supérieur, d’un collègue ou d’un groupe ?
  • auteur (e) vous-même d’une certaine violence en vertu de votre autorité, en participant à des séances de harcèlement ou de brimades à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes ?
  • totalement étranger (étrangère) à toute manifestation de violence ?

Je n’ai pu m’empêcher d’emprunter ce titre à une québécoise, Jacinthe Legros, qui présentait un mémoire à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en Sciences de l’orientation pour l’obtention du grade de maître ès arts. Madame Legros avait centré son mémoire sur la résilience et le pouvoir d’agir des personnes qui vivent de la violence psychologique au travail (ce que la France nomme le harcèlement moral). Karl Marx n’avait-il pas prédit que l’homme vivrait des jours meilleurs puisque le travail devait le libérer ? En effet, la machine allait être l’outil de l’émancipation de l’humanité. Où en sommes-nous en 2007 ?

La violence en milieu de travail et d’entreprise

Au Canada, une étude du Metropolitan Action Committee on Violence Against Women and Children (METRAC) révèle que 28 % des harceleurs sont des amis ou des collègues. Plus de 26 % des victimes de harcèlement criminel affirment avoir perdu du temps de travail.

Au Québec, Courcy (2002) prétend que cinq ou six travailleurs se suicident hebdomadairement pour une raison liée à leur travail. Cinq ou six travailleurs par semaine, cela signifie une moyenne de 286 suicides par année. Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 1999, il y a eu un total de 1610 suicides au Québec dont 1373 chez la population âgée entre 20 et 64 ans. On peut supposer qu’au Québec, près de 21 % des suicides seraient en lien avec le monde du travail.

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT) (1998), la violence au travail est répandue partout dans le monde et elle est « en train de devenir sur toute la planète un grave sujet de préoccupation » En Suède, Leymann (1996) estime que le harcèlement psychologique est à l’origine de 10 à 15 % des suicides.

Une enquête européenne conduite auprès des travailleurs sur la perception qu’ils ont de leurs conditions de travail, réalisée au printemps 2000 par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail dans l’ensemble des 15 États membres de l’Union européenne, a révélé que :

  • 3 millions (2%) de travailleurs ont été l’objet de violence physique de la part de personnes également occupées sur le lieu de travail au cours des 12 derniers mois qui ont précédé l’enquête ;
  • 6 millions (4%) de travailleurs ont été l’objet de violence physique de la part de personnes extérieures au lieu de travail ;
  • 3 millions (2%) de travailleurs ont fait l’objet de harcèlement sexuel ;
  • 13 millions (9%) de travailleurs ont fait l’objet d’intimidation ou de harcèlement moral.

De même en Belgique, une recherche (*) a été entreprise en 2001 afin, notamment, d’étudier les comportements de harcèlement moral et sexuel dans les lieux de travail et de déterminer l’ampleur de ce phénomène. Les résultats montrent que :

  • 11,5% des personnes interrogées déclarent s’être senties victimes d’au moins un comportement de harcèlement moral ;
  • 8% déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel ;
  • 3,5% déclarent avoir été victimes de violence physique.

Aux États Unis, chaque année plus de

  • 16 millions de personnes subiraient du harcèlement ;
  • 6 millions recevraient des menaces ;
  • 2 millions seraient victimes d’assaut.

Dans le cadre de l’Union Européenne, une enquête réalisée au printemps 2000 par la Fondation Européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail dans l’ensemble des 15 États membres a révélé que trois (3) millions (2%) de travailleurs ont été l’objet de violence physique de la part d’autres employés au cours des 12 derniers mois qui ont précédé l’enquête.

Les résultats d’une enquête européenne, rendus publics en 2002, par Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, révèlent que 4% de la population active déclarent avoir été victimes de réelle violence physique de la part de personnes extérieures au lieu de travail. Un nombre plus important de travailleurs auraient souffert de menaces, insultes ou autres formes d’agression psychologique émanant de personnes extérieures au lieu de travail. Les environnements à risque sont en majeure partie concentrés dans le secteur des services et, notamment, dans les entreprises des secteurs de la santé, du transport, de la vente au détail, de la restauration, de la finance, et de l’éducation.

Le contact direct avec les clients augmente le risque d’être confronté à la violence. Le secteur de la santé est souvent mentionné dans les pays de l’UE comme le plus affecté par ce phénomène. Le secteur de la vente au détail représente aussi un secteur à haut risque. Les professions suivantes constituent des exemples de travailleurs particulièrement exposés à la violence: infirmiers et autres travailleurs du secteur de la santé, chauffeurs de taxi, conducteurs de bus, employés effectuant des travaux au domicile des clients, personnel des stations stations-service, caissiers, agents de sécurité, coursiers, officiers de police, gardiens de parking, travailleurs sociaux et responsables de logements sociaux.

Voici quelques estimations des coûts spécifiques du harcèlement moral

  • Au Royaume-Uni, on a estimé que 40 millions de journées de travail sont perdues chaque année à cause de maladies liées au stress et qu’entre un tiers et une moitié de ces cas peuvent avoir le harcèlement moral au travail pour origine ;
  • L’absence d’un travailleur coûte à un employeur entre 100 et 400 euros par jour ;
  • En un an, un travailleur harcelé peut coûter à son employeur entre 17 500 et 50 000 euros ;
  • Pour un seul poste, les coûts des flux de personnel atteignent selon les estimations entre 7 500 et 400 000 euros, en fonction des qualifications requises ;
  • L’OIT estime à 150 000 euros par an le coût total de la “violence psychologique” dans une entreprise de 1 000 travailleurs en Allemagne ;
  • Pour l’économie allemande dans son ensemble, le harcèlement moral au travail équivaudrait à une perte annuelle de 15 à 50 milliards d’euro.

Définitions

Aux États-Unis, on parle souvent d’”employee abuse” (abus commis sur des travailleurs) ou de “workplace terrorism” (terrorisme sur le lieu de travail) pour désigner le harcèlement moral au travail. Les experts américains sont également coutumiers de l’expression “mobbing” (persécution), qui est notamment aussi employée en Allemagne, Italie et Suède. Le verbe allemand “mobben” est défini comme le “harcèlement incessant à l’encontre de collègues mené dans l’intention de les chasser de leur poste”. Ce verbe a pour origine le verbe anglais “to mob”, qui renvoie au fait d’agresser une personne. Au Royaume-Uni, on désigne ce phénomène par “workplace bullying” (harcèlement moral sur le lieu de travail) ou simplement “bullying” (harcèlement). Les chercheurs anglais Hoel, Rayner et Cooper (2003) ont utilisé l’expression bullying pour caractériser le phénomène. Il s’agit d’une situation où un ou plusieurs individus, sur une période de temps, font continuellement les frais d’actions négatives d’une ou de plusieurs personnes. Dans cette situation, la cible du bullying éprouve de la difficulté à se défendre elle-même contre ces conduites agressives, puisque les actes reprochés prennent surtout la forme d’un abus hiérarchique vertical, donc d’un supérieur à l’égard d’un subordonné (par exemple : circulation de rumeurs, exclusion, discrimination, etc.). Le bullying s’emploie également dans le contexte du harcèlement à l’école, qui implique davantage d’agression et de menace physiques que le harcèlement moral sur le lieu de travail. La nature plus psychologique du harcèlement sur le lieu de travail est indiquée par l’expression française “harcèlement moral”.

En résumé

  • Les brimades représentent une façon d’humilier, de saper le moral d’individus ou de groupes d’employés ;
  • Le mobbing (psychoterreur) est une forme collective de violence « faire constamment des remarques négatives sur une personne ou la critiquer sans arrêt, l’isoler en la laissant sans contact social et médire ou diffuser de fausses informations sur elle ;
  • Le bullying (fausses accusations) consiste en des tentatives conduites par des collègues de travail et des supérieurs hiérarchiques pour jeter le discrédit sur une personne par de fausses allégations d’incompétence, fausses allégations d’actes criminels, dénonciations etc.

Drida (1999), cité par Jacinthe Legros, identifie deux pratiques de harcèlement : le harcèlement actif et le harcèlement réactionnel. Le harcèlement est dit actif lorsqu’il y a une intention volontaire de faire souffrir l’autre par malveillance. […] Le harcèlement réactionnel résulte d’une situation devenue intolérable et qui génère un stress que la personne ne parvient plus à gérer. Les agressions visent à obtenir, maintenir ou récupérer un pouvoir sur l’autre. Dans ce contexte, la constante du harcèlement réactionnel est que ce « n’est plus une technique visant la déstructuration de l’autre, mais une réaction visant à se préserver ou se protéger de quelqu’un de précis représentant un danger pour soi-même ou pour le groupe ».

Marie France Hirogoyen, auteure d’un livre sur le harcèlement moral et la violence perverse au quotidien, regroupe en quatre grandes catégories le harcèlement moral au bureau ou en entreprise :

  • Atteintes aux conditions de travail ;
  • Isolement et refus de communication ;
  • Atteinte à la dignité ;
  • Violence verbale, physique ou sexuelle.

Heinz Leymann, auteur d’un livre sur La persécution au travail classe en cinq catégories les agissements constitutifs du mobbing

  • Empêcher la victime de s’exprimer
  • Isoler la victime
  • Déconsidérer la victime auprès de ses collègues
  • Discréditer la victime dans son travail
  • Compromettre la santé de la victime

Analyse de cas

« Mon boss me pourrit la vie ! ». Karim, vingt-trois ans, technicien en maintenance, va au travail à reculons. Il reconnaît être «à bout» et «en pleine dépression». Son supérieur (cadre intermédiaire) le harcèle, du matin au soir. « Il me sait nerveusement fragile et fait tout pour me rendre fou et me tuer au travail. Il m’interdit de prendre du répit, exerce sur moi un chantage continuel, dépense toute son énergie à m’induire en erreur et à saboter ma confiance en moi. Il use de non-dits pour créer des malentendus qui se transforment en fautes professionnelles. Il me pollue la vie même le week-end, me laissant entendre par exemple qu’il m’aurait balancé à la direction pour me faire virer ».

Derrière le visage du harceleur se cache un être avide de reconnaissance et de pouvoir. Pour les conserver ou masquer son incompétence, il est prêt à éliminer tout ce qui pourrait y faire obstacle. Il va alors choisir une victime, un “bouc émissaire”, pas comme on le croit souvent, quelqu’un de plus faible que les autres mais plutôt quelqu’un de consciencieux, de lucide et donc inquiétant pour lui.

Le harceleur excelle dans l’art de détecter le point faible, la faille qu’il va pouvoir exploiter pour anéantir les défenses de sa victime ; c’est là qu’il va l’attaquer s’appliquant à insinuer le doute (en elle et chez les autres) sur ses compétences, sa valeur personnelle. Ceci jusqu’à ce qu’elle perde tous ses moyens. Empêché de penser, de comprendre, de réagir, l’agressé est poussé à la faute, ce qui justifie à la fois l’attitude de l’agresseur et le silence de l’entourage.

Si rien ne vient lui faire obstacle, les choses ne cesseront qu’avec la capitulation de la victime (départ, longue maladie pour dépression, troubles psychosomatiques graves…).

Pour se sentir le plus fort, le harceleur a besoin d’un autre à tenir en son pouvoir. S’il ne peut le corrompre, il lui faut le réduire à néant. C’est difficile à concevoir, mais c’est à transformer sa victime en marionnettes, à la dévitaliser, à l’anéantir, qu’il trouve sa plus grande jouissance.

Questions

  1. Que peut faire Karim pour remédier à la situation ?
  2. Que conseilleriez-vous à Karim si vous étiez son confident ?
  3. Karim peut-il et devrait-il tenter de protéger son emploi ?
  4. Karim devrait-il porter plainte ?
  5. Agiriez-vous, vous-même, pour défendre Karim ou considéreriez-vous que cela ne vous concerne pas ?




L’école ou le terreau de la violence

19 02 2009
Photo - Sûreté du Québec

Photo - Sûreté du Québec

Le milieu scolaire du Québec est en émoi. David Fortin a 14 ans. Il n’est pas comme les autres élèves de sa classe. Il est solitaire. Il s’est fait une carapace. Depuis sa première année au scolaire, il est la risée des autres, de tous les autres. Selon sa mère, en entrevue avec Marc Saint-Hilaire, du Quotidien du Saguenay : « David s’est fait une carapace solide, impénétrable. Il ne pleure plus, ne montre plus ses sentiments. Les personnes ressources lui ont toujours dit d’ignorer ce qu’on lui faisait endurer, et que tout cela cesserait ». Malgré une corpulence imposante il mesure 1,73 mètre et pèse 75 kilos , il s’est toujours opposé à répliquer par la violence. Sa mère est impuissante face au système. « Au fil des années, le jeune homme a plusieurs fois appelé au secours; ses parents ont également multiplié les démarches auprès des autorités scolaires. Malheureusement, leurs efforts sont demeurés vains ». David est disparu depuis le 10 février dernier. Sans laisser de message. Sans laisser de trace. C’est le mystère complet. Une mobilisation s’organise. Il faut que cela cesse. Pour combien de temps ?

Il y a ce mot de François Mitterrand qui définit bien l’objet de cet article : « Laissez la tyrannie régner sur un mètre carré, elle gagnera bientôt la surface de la terre ».

Le harcèlement ou la violence n’a pas de frontière. Dans les plus grandes métropoles du monde ou dans les plus petits bleds, nul n’est à l’abri du harcèlement et de la violence. L’Observatoire national de la délinquance (OND) a publié, en 2008, une vaste enquête sur le harcèlement et la violence. Près de la moitié des violences physiques sont commises au sein des familles. En moyenne, neuf victimes de violences sexuelles sur 10 ne portent pas plainte. Cela montre l’ampleur du tabou, qui est encore plus fort quand on la violence sexuelle se passe dans la famille. De plus, une victime sur cinq est un homme. Cela brise un cliché.

Plus près de nous, la question se pose à nouveau : la violence à l’école est-elle un mal de vivre ?

Le Conseil canadien de la sécurité définit ainsi l’intimidation à l’école : « L’intimidation est une forme de relations sociales dans laquelle un individu en agresse un autre de façon répétée. Son agression peut être physique, verbale ou psychologique. Les agresseurs se répartissent également entre garçons et filles. Les premiers sont plus susceptibles de recourir à l’agression physique – bousculades et coups de pied par exemple – tandis que les secondes exercent plutôt des persécutions verbales. L’extorsion, l’intimidation et la destruction des biens personnels de la victime relèvent toutes de ce schème de comportement ».

Les formes de violence, en milieu scolaire, par exemple, sont multiples. « Une étude québécoise parue en 2003 révèle que 80 % des événements étudiés étaient de nature psychologique, 15% de nature physique et 6% à caractère sexuel. Un élève était l’agresseur dans 89% des situations de violence physique. Un collègue était l’agresseur dans 25% des cas de violence psychologique ».

En Angleterre, l’expression qui est retenue pour définir l’intimidation est Bullying. Le titre de bullie est attribué au jeune agresseur(e).

Les méchancetés lancées sur l’internet sont plus virulentes que celles lancées dans la cour d’école. « L’écran de l’ordinateur, cela enlève la retenue qu’une personne a naturellement dans le vrai monde. Quand tu es face à face avec quelqu’un et que tu es méchant, tu as un minimum d’empathie car tu vois la réaction. Pas sur l’internet », explique l’Américain John Halligan qui, depuis le suicide de son fils, multiplie les conférences pour exiger que les États américains adoptent des lois qui préviennent la cyberintimidation dans les écoles.

En Suède, devant le nombre élevé de suicides de jeunes, victimes d’intimidation, le gouvernement mandate le professeur Dan Olweus, professeur de psychologie à l’université de Bergen (Norvège), dans les années 1960, pour mener une recherche sur la question. C’est à partir de la fin des années 1970 qu’il forge le concept de school bullying. Le school bullying possède trois caractéristiques : « une conduite agressive d’un élève envers un autre avec intention de nuire, qui se répète régulièrement et engendre une relation dominé/dominant. Il ne s’agit donc pas de disputes ou de bagarres ordinaires et quasi quotidiennes dans les cours de récréation. Les études montrent cependant que ces formes de harcèlement touchent majoritairement les élèves entre 8 et 11 ans. Chez les adolescents, le bullying prend souvent des formes verbales, en lien avec le développement de leurs facultés d’expression ».

Selon Nicole Catheline, qui a publié en septembre 2008 un essai sur les Harcèlements à l’école, le phénomène du School bullying, bien connu dans les pays anglo-saxons, est très peu étudié en France. Pourtant, il touche « 15 % des élèves, vivant tous les jours des brimades à l’école sous l’œil inquiet de leurs parents, partagés entre sentiment de culpabilité et sensation d’impuissance ».

Les statistiques sont particulièrement inquiétantes et accablantes. Aux États-Unis, par exemple, on dénombre :

– Un cas de bullying chaque sept minutes.
– Les adultes interviennent dans 4% des cas.
– Les autres enfants interviennent dans 11% des cas.
– 85% des gais ou qui sont considérés comme tel sont victimes d’insultes au secondaire.
– Les 2/3 d’entre eux ont été victimes de harcèlement sexuel.
– 21% ont subi la violence physique.
– Dans 82% des cas, aucun membre du personnel n’est intervenu lors de propos homophobes.

En Angleterre, la situation n’est guère mieux :

– Une école primaire sur quatre est le lieu de violence à chaque trimestre.
– Une école secondaire sur dix est le lieu de violence à chaque trimestre.
– Un élève sur dix à l’école primaire et un élève sur 25 au secondaire sont brutalisés plusieurs fois par semaine.
– La taille de l’école et la diversité ethnique n’ont pas de lien avec le degré de violence.
– Les autorités estiment que 18 à 20 jeunes se suicident chaque année à la suite d’actes d’intimidation.