Qui ne ment pas est un mauvais politicien !

12 02 2009

« Gouverner, c’est l’art de mentir », me disait un vieux sage. Voltaire l’avait reconnu bien avant nous : la politique est l’art de mentir à propos. Sans être totalement désabusé, le vieux sage me confiait n’avoir pu confiance dans le discours politicien. Un jour, c’est tout blanc. Le lendemain, c’est tout noir. La vérité n’est pas l’apanage de la politique. Et nous n’avons d’autre choix, il faut bien élire les gouvernements pour qu’ils nous gouvernent. Cette lapalissade m’est inspirée par la situation économique qui prévaut dans notre beau monde actuel. Pour Jean-Claude Saint-Louis : « En politique, à partir du premier ministre jusqu’au simple député, tous cachent, contournent, déforment systématiquement la vérité, sans en ressentir la moindre gêne. Aveuglés par le pouvoir, la gloire, les limousines, les flatteries de leur entourage, les politiciens jouent les importants et mentent effrontément ».

Il y a toujours deux discours qui accompagnent la vie politique. Celui d’avant les élections. Celui d’après les élections. Prenons cet exemple au plan local. En novembre dernier, le Premier ministre du Québec déclenche des élections. De gouvernement minoritaire, il voudrait bien diriger un gouvernement majoritaire. Son discours est essentiellement fondé sur ce postulat : « un gouvernement minoritaire n’est pas l’idéal pour le Québec en ces temps incertains ».

Pour Jean Charest, « ces temps incertains » faisaient référence directement à la situation économique qui sévit chez nos voisins du Sud, en Europe, et ailleurs dans le monde. En octobre 2008, pourtant, soit un mois avant cet appel aux urnes, le premier ministre, avait, après avoir jonglé avec l’idée, écarté la tenue d’élections générales au Québec à court terme. La raison en était simple : « Notre priorité numéro un est l’économie. On n’a pas la tête, le lendemain d’une élection fédérale, à une autre priorité que celle-là. Nous allons rester concentré là-dessus ». À peine un mois plus tard, ce même Premier ministre déclarait que : « le Québec avait besoin d’un gouvernement stable et fort pour faire face à « la tempête économique ».

En octobre 2008, notre Premier ministre annonçait qu’il n’y aurait pas de déficit. Le Québec en serait exempté. « On a planifié, fait des réserves, tout fait pour assurer l’équilibre budgétaire. C’est au Québec que l’on a le mieux contrôlé la croissance des dépenses ». Dalton McGuinty, Premier ministre de l’Ontario, province voisine, avouait que son gouvernement prévoyait et planifiait un déficit à court terme. Pourtant… Pourtant, le 4 novembre dernier, veille du déclenchement des élections générales, le gouvernement de Jean Charest déposait une mise à jour économique selon laquelle le Québec allait maintenir les finances en équilibre en 2009 et 2010, quoi qu’il arrive. Tout au cours de la campagne électorale qui a suivi, le chef libéral avait promis de ne faire aucun déficit au cours de son mandat d’une durée normale de quatre ans.

Réélu à la tête d’un gouvernement majoritaire, Jean Charest se rend, à la fin de janvier 2009, à Davos. Il prépare, de loin, de très loin, le terrain miné auquel il sera rapidement confronté : « Jean Charest prévoit de nouvelles mesures pour « soutenir l’emploi » dans le budget de mars prochain, quitte à plonger le Québec en déficit ». Le brave homme envisage donc de replonger le Québec en déficit afin de faire face à la crise économique mondiale.

Quelques jours précédant le départ de Jean Charest pour Davos, la ministre des Finances avait soutenu qu’elle ne pensait pas qu’il y aurait un déficit cette année, soit en 2008-2009, mais qu’elle ne pouvait se prononcer pour l’année suivante.

Moins de quinze jours plus tard, la ministre des Finances, madame Monique Jérôme-Forget, vient de confirmer qu’il y aura un déficit en 2009. Et c’est cette même ministre qui, alors que le fédéral et plusieurs autres provinces annonçaient que 2009-2010 serait déficitaire, pavoisait que le Québec avait les réserves nécessaires pour survivre sans déficit.

Le gouvernement d’Ottawa avait, avant les élections générales du mardi 14 octobre 2008, soutenu hors de tout doute que le Canada allait maintenir son équilibre budgétaire. « Bien que le gouvernement continue de planifier en vue de maintenir l’équilibre budgétaire, on ne peut exclure la possibilité d’un déficit, étant donné l’instabilité de la situation économique et, en particulier, le fléchissement rapide des prix des produits de base. Advenant une situation déficitaire, le gouvernement veillera à ce que les déficits enregistrés soient temporaires et peu élevés », avait déclaré le Ministre des Finances, John Flaherty. Nous savons maintenant que le Canada fera face à une série de déficits totalisant 86 milliards $ en six ans

Sur quelle planète vivent nos politiciens ? Certainement pas la même que les populations durement touchées par la récession mondiale. Notre ministre des Finances, pour seule excuse, explique que tous les grands organismes financiers et économiques, dont le Conference Board, n’avaient pas prévu un ralentissement aussi important de l’économie. En d’autres mots, les prévisions de croissance des plus hautes instances économiques se sont effondrées en janvier.

Une fois en position de gouvernement majoritaire, rien ne fait plus obstacle aux politiciens de se livrer aux petites politiques. Le Québec vient de replonger radicalement en déficit, en 2009-2010, pour la première fois depuis une dizaine d’années. « J’ai toujours été franche », se défendait la ministre Jérôme-Forget. Mais elle s’est refusé de spéculer pour les années à venir. La population peut attendre le bon vouloir de ces messieurs dames de la politique. « Je n’ai dit que la vérité, rien d’autre que la vérité », a-t-elle insisté. Selon la ministre, le Québec est, comme tout le monde, en « récession », mais à un niveau de gravité moindre.

La France est également confrontée à ces petits mensonges qui n’en ont pas l’air. « Quand on dit que je n’ai pas tenu promesse, c’est faux ! », se défendait Nicolas Sarkozy relativement à des déclarations faites sur l’avenir du site lorrain de Gandrange. Un an après la promesse du président de maintenir en totalité l’activité de l’aciérie d’ArcelorMittal à Gandrange (Moselle), élus et syndicats lorrains s’estiment floués et accusent le chef de l’État de leur avoir menti.

Sur la nomination du Président de France télévision, le président de la France a-t-il été pris en défaut de mensonge ? C’est ce que croit, à ce qu’il semble, Laurent Fabius. Lors de son intervention télévisée du 5 février, Nicolas Sarkozy avait caricaturé cette image qui veut que le président seul dans son bureau nomme le président de France Télévisions. C’est une plaisanterie, un mensonge. Le président s’est montré rassurant : le processus de nomination prévoit que le nom proposé part aux commissions des affaires culturelles de l’Assemblée nationale et du Sénat où il doit être accepté à la majorité des trois cinquièmes. 

Or tout indique que cette déclaration soit une demi-vérité. C’est pour s’opposer et non accepter que les commissions des affaires culturelles doivent avoir la majorité des trois cinquièmes. Ce que s’était bien gardé de dire le président de la République. Dès lors, « est-ce que le président de la République aurait prononcé un énorme mensonge devant 15 millions de personnes », a demandé au Premier ministre le député socialiste Laurent Fabius ? Et la réponse de François Fillion : « Est-ce un revirement ou un mensonge? »

Si le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité, comme le disait Cocteau, que dire du politicien ?

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3 responses

12 02 2009
clusiau

Bonjour Pierre,

Ce que vous décrivez ce matin c’est la démocratie à gogo pour gagas.

Car il faut être triplement gaga pour croire dans une telle supercherie que le monde politique, suite épouvantable mais logique du système monarchique.

Les seuls qui « croient » dans la politique sont ceux qui en vivent plus ou moins grassement. On ne tue pas son gagne-pain au contraire on s’arrange pour qu’il grandisse même si, comme dans les décisions politiques, ça ne servira strictement à rien. La politique créé des emplois qui en fait ne servent en rien le citoyen qui ne les a jamais demandés.

Lorsque vous êtes en dehors de ce milieu, vous n’y comprenez rien puisque tout ce qui est logique dans la réalité quotidienne des personnes humaines est carrément illogique en politique.

Si les personnes humaines semblent prêtes, les preuves sont faites, à ce qu’un chef de pacotille les entraîne dans l’abîme et les pousse dedans comme les lemmings, les politiciens et autres serviteurs du monde politique eux ne sont pas si sots. Leur monde enfle à vue d’œil sur le dos des taxés et pas moyen de le stopper à date.

Saviez-vous Pierre qu’au moins 45% des travailleurs (!) du Québec sont employés par un quelconque palier de gouvernement ? N’est-ce pas là la preuve que notre système n’est pas ce qu’il prétend être.

On pourrait facilement prouver que les « budgets alloués » à un politicien sont comme l’argent qu’une personne reçoit par héritage. Il est généralement dilapidé et la raison en est simple ; il a été acquis sans effort.

Qui a fait accroire aux personnes humaines un jour jadis qu’elle avait besoin d’un chef ?

Mon scénario est que cette notion se matérialisa lorsque des personnes faibles se réunirent un jour pour se battre contre un puissant et le vaincre. Puis ils restèrent ainsi même lorsque le danger fut écarté. Depuis ce temps, un faible qui a l’apparence d’un fort peut dominer des faibles et étouffer tous les forts au point d’en faire des faibles. Bonne journée.

12 02 2009
posuto

Comment ? No comment…

13 02 2009
Pierre Chantelois

Lorsque vous êtes en dehors de ce milieu, vous n’y comprenez rien …

Clusiau

Vous avez bien raison. Comme je l’indiquais dans la chronique, comprendre les arcanes de la politique exige d’y vivre côte-à-côte et d’éviter d’y entrer de plein pied. Il faut savoir garder ses distances car ce n’est pas long, nous pouvons risquer en tout temps d’être happé par le système. J’ai connu beaucoup de personnes que le système politique a littéralement broyé et rejeté comme des malpropres. Des vies gâchées et perdues.

Posuto

Je vous comprends.

Pierre R.

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