Israël – « Un gouvernement en sursis »

13 02 2009

« Le peuple a choisi Kadima », s’est autoproclamée Tzipi Livni. « Le camp national, sous la direction du Likoud, a gagné avec une avance très nette. Avec l’aide de Dieu, je serai à la tête du prochain gouvernement », a déclaré Benyamin Netanyahu. « La surprise c’est peut être la victoire de Tzipi Livni et son parti, le Kadima, mais ce qui est plus important c’est que le camp de la droite s’est considérablement renforcé », a lancé Avigdor Lieberman.

Les élections en Israël sont organisées selon le mode de scrutin proportionnel plurinominal (également appelé représentation proportionnelle à scrutin de liste, RPSL) et d’après la méthode d’Hondt. En soixante ans d’existence, plus de 30 gouvernements ont été élus à la tête d’Israël dont la durée moyenne ne dépassait pas, en général, les 26 ou 27 mois. Aucun ne s’est rendu à terme. Je peux comprendre Ehud Barack qui va consacrer ses efforts à réformer le système électoral : « Cela ne peut plus continuer. Il est inconcevable que la coalition soit faite d’un trop grand nombre de partis et de compromis trop nombreux, parfois radicaux ». Mme Livni a souligné « l’archaïsme » de la division politique en Israël en « camps », ajoutant que la « terre d’Israël n’appartient pas à la droite, de même que la paix n’appartient pas à la gauche ».

Selon la commission centrale, le taux de participation a atteint 65,2% des inscrits, soit un taux supérieur de 1,7 point à celui constaté au scrutin de 2006, et ce malgré le mauvais temps. Au point de départ, les élections ne devaient avoir qu’en 2010. La démission d’Ehud Olmert, mêlé à des affaires de corruption, a devancé le scrutin selon un mode de scrutin proportionnel, Tsipi Livni ayant également échoué à former un gouvernement d’union.

Le parti de centre-droit Kadima de Tzipi Livni est légèrement en tête. Kadima obtient 28 mandats, le Likoud 27, Israël Beitenou 15, le Parti travailliste 13 et Shass, 11, l’Union nationale, 4, le Foyer juif, 3,les trois partis arabes 11, la liste orthodoxe Judaïsme unifié de la Thora, 4, Meretz, 3. (Guysen) .

Pour former un gouvernement, Tzipi Livni ne disposerait que du soutien théorique de 55 députés alors que son adversaire, Benyamin Netanyahu, compterait une majorité de 65 députés.

Il n’est pas faux de dire que la formation de droite Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman détient une balance du pouvoir. « Nous n’excluons personne. Mais mon souhait fondamental va vers un gouvernement nationaliste », a expliqué Lieberman.

De son côté, Livni tend la main à Benyamin Netanyahu pour l’inviter à joindre un gouvernement qu’elle dirigerait. « Il faut désormais respecter le choix des électeurs, respecter la décision des urnes, et rejoindre un gouvernement d’union nationale sous notre direction ». Pourtant, encore une fois, si on prend en compte le fait que Netanyahu apparaît en meilleure position pour former un gouvernement, quel fut en réalité le vrai choix des électeurs ? Il appartiendra au président Shimon Peres d’interpréter cette volonté populaire et pour cela, il commencera dès la semaine prochaine ses consultations avec tous les partis représentés au parlement. Il lui faudra choisir le député qui a le plus de chance de constituer une majorité. Le parlementaire ainsi choisi bénéficiera d’une période de 28 jours, qui peut être prolongée de 14 jours supplémentaires, pour former un gouvernement.

Le tsunami de la droite n’a pas eu lieu. La grande ferveur populaire, manifestée en début de campagne pour Benyamin Netanyahu, n’a pas donné les résultats escomptés. Par contre, Avigdor Lieberman a fait des gains en faisant élire quatre députés de plus à la Knesset. Et ces gains substantiels, en comparaison de ses adversaires, le conforteront dans ses exigences de « mettre à bas le Hamas » et lui assureront une voix prédominante pour forcer le nouveau gouvernement de rejeter toute négociation ou toute trêve avec ce dernier. Selon le Jerusalem Post, Avigdor Lieberman a refusé mardi soir d’apporter son soutien à Tsipi Livni. « Nous voulons un gouvernement de droite. C’est notre souhait et nous ne le cachons pas. […] La question principale aujourd’hui ne concerne pas seulement les frontières mais surtout le caractère d’Israël en tant qu’Etat juif, sioniste et démocratique ». Et Lieberman poursuit : « Notre premier objectif est clair, détruire le Hamas (…). Depuis 7 ans nous nous réveillons chaque matin et allons dormir tous les soirs avec une nouvelle attaque de roquettes. Cela doit prendre fin. Celui qui veut de nous comme partenaire au gouvernement doit changer sa politique ». Il faudra voir le sens que donne, au mot démocratie, Avigdor Lieberman.

En termes de nombres, la droite a gagné. À ce propos, je viens de lire les déclarations de Bernard Kouchner sur le Nouvel Observateur. La France n’est pas neutre dans cette élection. « Tzipi Livni peut essayer de former un gouvernement qui peut paraître contradictoire », estime le ministre des Affaires étrangères, faisant allusion à une possible alliance entre le Kadima et le parti d’Avigdor Lieberman. « La droite a gagné les élections législatives en Israël mais néanmoins, Tzipi Livni pourrait être appelée par le président Shimon Peres à former un gouvernement. Le système israélien, la proportionnelle intégrale permet toutes les coalitions », déclarait Kouchner qui accompagne Nicolas Sarkozy. Par contre ce dernier a refusé de commenter aussi clairement l’élection israélienne : « Je préfère réserver mes commentaires après la formation du nouveau gouvernement. C’est au président Shimon Peres de désigner celui ou celle qui aura à conduire la nécessaire coalition ».

La question que plusieurs analystes et observateurs se posent est bien évidemment les conséquences de ces résultats sur le processus de paix au Moyen-Orient. Il est de plus en plus évident que la présence et l’influence croissantes des partis de droite compromettront tout accord de paix, provisoire ou non. L’Autorité palestinienne de Mamoud Abbas particulièrement affaiblie, l’élection du Hamas venue diviser les rangs palestiniens et la présence possible d’un gouvernement de droite en Israël ne sont pas des conditions idéales pour créer un État palestinien à côté de celui d’Israël. Le Proche-Orient vient d’envoyer à Barack Obama le pire message qu’il pouvait souhaiter : d’espoir la région se tournera davantage vers le désespoir.

Le Jerusalem Post note également que Washington garde un oeil sur cette situation. Je cite : « Les programmes de deux adversaires principaux sont très différents. Côté Kadima, Tzipi Livni met l’accent sur la paix et encourage les négociations avec les Palestiniens. De son côté, le Likoud et Benyamin Netanyahou critiquent ces signes d’ouverture et s’opposent aux concessions israéliennes. Le point de vue de Livni rassure davantage Washington ». Et le Jerusalem Post souligne que l’administration Obama penche d’avantage en faveur de Livni, en particulier parce que Netanyahou, qui était Premier ministre durant le mandat de Bill Clinton, n’a pas facilité les rapports. Le Post cite Aaron David Miller, auteur du livre « The Much Too Promised Land » : « la situation est si mauvaise que l’idée des pressions américaines a ses limites, en particulier parce qu’aujourd’hui, peu de choses peuvent être entreprises sur le front israélo-palestinien ».

Le New York Times s’est intéressé à cette question de confusion sur les résultats de l’élection. Surtout en ce qui touche l’équilibre des tendances. Si Tzipi Livni est au pouvoir, les alliances ne seront certes pas les mêmes que si Benjamin Netanyahu forme un gouvernement avec Avigdor Lieberman. Le Temps, quotidien suisse, a consacré également un long article sur Israël, une société à la dérive.

Comment le peuple de Gaza pourra-t-il espérer le moindre assoupplissement de ses conditions de vie insoutenables avec un gouvernement de droite qui n’a d’espoir que de botter les arabes israéliens hors d’Israël ?

À Gaza, la population ne se fait plus d’illusions. Jalal Khader, un avocat palestinien, déclarait à Paul Akim, journaliste de 20minutes, manifestait tout de même une certaine crainte : « je suis inquiet de voir la société israélienne virer de plus en plus vers la droite. Un gouvernement israélien de droite va chercher à imposer sa politique. Ce sera d’autant plus difficile de trouver une solution négociée ». Rami Rabayah, ancien fonctionnaire de l’Autorité palestinienne, ajoute : « Pour nous, il n’y a pas vraiment d’enjeu. Kadima est resté au pouvoir pendant quatre ans pour finir par faire la guerre à Gaza. Ça ne peut pas vraiment être pire ».

Selon un diplomate qui commentait la présente situation auprès du correspondant de l’hebdomadaire L’Express, « Vous ne pourrez pas changer la politique interne des Palestiniens sans processus de paix sérieux qui renforcera la place des modérés. Et si vous ne donnez pas satisfaction aux aspirations nationales des Palestiniens rapidement, c’est le Hamas qui sera renforcé ».

Benjamin Barthe, du quotidien Le Monde, a peut-être donné une analyse assez réaliste de la situation qui prévaut, par exemple, à Nazareth-Illit. Yaffa, 52 ans, la gérante d’un magasin de vêtements pour enfants, lui expliquait en termes qui défient la langue de bois : « On a besoin de Lieberman pour finir le boulot à Gaza. Mille trois cents morts, ce n’est pas suffisant. Il faut qu’ils sortent tous avec le drapeau blanc ».

Par contre, les résultats du scrutin de mardi montrent également que les Israéliens sont pragmatiques. Cette nouvelle consultation, c’était la cinquième en dix ans. Certaines dérives à droite ont freiné l’ardeur des citoyens juifs à voter massivement pour les partis extrêmes. Le message est limpide et, que ce soit Tzipi Livni ou Benyamin Netanyahu, le prochain gouvernement d’union devrait refléter cette tendance. « Le nouveau gouvernement doit être établi sur les bases du camp nationaliste. Le peuple a choisi la droite et nous devons honorer la volonté du peuple », a déclaré, au Jerusalem Post, le dirigeant Shas, Eli Yishai. « Nous œuvrons ensemble, avec le parti du Judaïsme unifié de la Torah, pour faire partie d’un gouvernement stable fondé sur les principes que nous défendons, ce qui inclut la préservation du statu quo ».

Une question persistante demeure. Combien de temps résistera le prochain gouvernement, qu’il soit du centre ou d’extrême-droite ? « Ce sont les élections les plus à droite de l’histoire d’Israël », écrivait ce week-end l’éditorialiste vedette, Nahum Barnea, dans le quotidien à grand tirage Yedioth Ahronoth, cité par le quotidien Le Figaro.

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3 responses

13 02 2009
Françoise

Pierre,

Est-il vraiment important de savoir qui sera dans le gouvernement d’Israël et qui en sera le premier ministre ? Tous ont soutenu toutes le guerres, aucun n’est pour la paix. Alors…

13 02 2009
Pierre Chantelois

Françoise

Il reste une chose importante à mes yeux, le comportement qu’adoptera Barack Obama face à un Israël viré littéralement à droite, pour ne pas dire à l’extrême-droite. Au plan de l’analyse politique, la situation va être des plus intéressantes à observer. Pour le premier mandat de Barack Obama, le Moyen-Orient va devenir une épine dans le pied et risque de lui empoisonner la vie. D’autre part, il faudra voir quelles pressions pourront exercer sur leur grande amie Israël les États-Unis pour les contraindre à revenir à la feuille de route.

Je vous prédis une année fertile en rebondissements 🙂

Pierre R.

13 02 2009
Françoise

« Je vous prédis une année fertile en rebondissements. »

S’ils ne sont pas meurtriers cela ira…

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