Chavez – Président à vie – « Aló Presidente »

16 02 2009

Dix-sept millions de Vénézuéliens étaient appelés aux urnes dimanche. « Chavez si! », clamaient les pancartes en faveur du référendum. « Non à la réélection illimitée », clamaient d’autres pancartes, rejetant la demande d’amendement d’Hugo Chávez. Après avoir reçu 94,2% des résultats, l’option du oui a obtenu 54,36% des suffrages et l’option du non 45,63%, a annoncé, lors d’une brève conférence de presse, Tibisay Lucena, présidente du Conseil national électoral. Le oui a recueilli 6,3 millions de voix et le non cinq millions, tandis que l’abstention a atteint 32,9% des suffrages, selon des résultats partiels.

Le président vénézuélien Chávez ne visait rien de moins que faire adopter un amendement constitutionnel pour lever toute limitation du nombre de mandats, en d’autres mots, il veut les coudées franches pour se représenter éternellement. Il a réussi. « Il n’appartient pas au temps de défaire un président mais bien au peuple ». L’article 230 de la constitution actuelle n’autorisait que deux mandats électifs consécutifs. Chávez est parvenu à faire sauter ce boulon gênant de la constitution qui fera désormais que président, gouverneurs, maires et députés pourront être élus sans limite de mandat.

Vanessa Davies est en charge de la propagande et membre de la direction du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV). Elle résumait ainsi l’enjeu du référendum de dimanche : « C’est toutes nos conquêtes depuis dix ans qui sont en jeu, dans le domaine économique, politique et social ». L’issue du référendum restait très incertaine à l’ouverture du scrutin, dimanche matin. C’est pourquoi Chavez déclarait, quelque temps avant la tenue du référendum : « Tout le monde doit voter, qu’aucun honnête homme ne s’abstienne de voter pour le oui ».

Hugo Chávez aime le pouvoir. Il a été réélu en décembre 2006 avec 62 % des suffrages pour six ans. Il ne s’en cache plus. « Le dimanche, il est animateur de radio et de télévision [pour l’émission Aló Presidente]. Pendant ses loisirs, il est joueur de base-ball, chanteur et peintre. En tant que président du Venezuela, il est tour à tour civil et militaire. Et à partir du 27 janvier, Hugo Chávez sera également éditorialiste, trois fois par semaine, pour différents quotidiens de son pays », écrivait le quotidien espagnol El Païs, en janvier dernier, cité par le Courrier international.

Selon la constitution actuelle du pays, Hugo Chávez ne pouvait pas se présenter aux élections de 2012 et il aurait dû quitter la présidence au début de 2013. Il voulait faire sauter ce verrou pour mener à terme son socialisme du XXIème siècle. Il avait besoin de temps. Il aura beaucoup de temps. Chavez sait faire : il consulte. C’est la cinquième fois qu’il sonde le peuple par référendum depuis son arrivée au pouvoir.

Après avoir glissé son bulletin dans l’urne, Chávez déclarait, selon l’Express : « Mon destin politique se joue aujourd’hui. C’est important pour moi en tant qu’être humain et en tant que soldat engagé dans ce combat ». Le président vénézuélien avait, en janvier, reçu le soutien du Brésilien Lula pour qui la limite des mandats présidentiels est inexistante dans bien de pays européens ainsi qu’en Colombie.

Hugo Chávez inspire l’admiration et la détestation, la confiance et la suspicion, l’adhésion et le rejet. Ses airs fantasques, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses frasques en font un président admiré ou détesté. Il résiste par monts et par vaux aux nombreuses tentatives de déstabilisation tant de l’opposition que des médias étrangers. Rappelez-vous cette déclaration à la soixante et unième assemblée des Nations-Unies, en 2006. Chavez déclare : « Le diable s’est introduit chez eux. Le diable, le diable lui-même, est dans leur maison. Et Hier, le diable est venu ici. Ici, le diable est entré. Juste ici ». Chavez parlait du président Georges W. Bush et il fait le signe de croix.

Avant Hugo Chavez, « ce peuple était à la dérive, l’argent rentrait et on ne voyait aucun résultat, maintenant il sert à aider les gens », déclarait à l’AFP, Ana Llamuca, une électrice de Caracas favorable au « oui ». Pour d’autres, autoriser Hugo Chavez à se maintenir à la tête de l’Etat, même par le biais d’une victoire à un nouveau scrutin, est dangereux. « Nous ne voulons pas que quiconque reste perpétuellement au pouvoir », soulignait Carmen Gilarte, 50 ans, en se plaignant auprès d’Associated Press, de la corruption au sein du gouvernement et de la criminalité. « Nous devons donner des chances à la prochaine génération », jugeait-elle.

La prochaine génération devra attendre.

Rappel. Le 1er décembre 2007, Chávez subit, par 51% des voix, un échec à une tentative de réforme qui portait sur soixante-neuf articles de la Constitution. La « dérive dictatoriale » d’Hugo Chávez était au cœur de la campagne de l’opposition. Chávez a balayé du revers de la main ce reproche. « Dix ans, ce n’est rien. Je ne sais pas de quoi ils se plaignent ». Pour illustrer son propos, Chávez, qui ne résiste à aucune audace, s’est comparé à Franklin Roosevelt qui avait été élu à quatre reprises à la Maison Blanche. Et Chávez avait prévenu qu’en cas de nouvel échec, rien ne l’empêcherait de mener une nouvelle tentative.

Cette fois encore, l’homme des grands meetings et des longues envolées oratoires, calqués sur le lider maximo, ironisait, avec succès, semble-t-il, ses opposants : « J’entends à l’instant un des leaders de l’opposition dire que Chávez va tout leur prendre, de leur petit vélo à leur maison. Eux, c’est mensonges, mensonges, mensonges. Nous c’est la vérité, la vérité, la vérité ». L’homme des grands meetings supporte, par contre, très mal la critique : Luis Herrero, eurodéputé espagnol du Parti populaire (PP, droite) a été expulsé vendredi soir du Venezuela après avoir publiquement traité le président Chávez de « dictateur » et mis en doute la fiabilité du processus électoral au Venezuela. Hugo Chávez « est une personne qui ne comprend pas les règles de la démocratie », a déclaré l’eurodéputé Herrero.

L’opposition a aussi tenu ses grandes manifestations. Manuel Rosales, ancien candidat de l’opposition à la présidence, constatait que derrière cette réforme, ainsi que l’a dit le président Chávez en personne, se cache l’amorce de ce qui serait un pays, un Etat doté d’un système castriste et communiste. Il s’en trouve même parmi les partisans de Chavez pour dire NON au président. Ce groupe se montrait réservé, selon Reuters, quant à l’opportunité de multiplier les mandats. Ainsi Emilio Negrin, leader de la puissante Union bolivarienne des étudiants (UBE, 25 000 affiliés) qui soutient pourtant l’action de Chávez, s’était prononcé contre la réforme constitutionnelle : « Nous sommes persuadés que tout processus révolutionnaire doit sublimer le personnalisme. En conséquence, nous appelons à voter non ».

Une heure avant la fermeture officielle des bureaux de vote, Chávez, qui ne craint pas la témérité de ses propos, déclarait que la victoire lui était acquise. « J’ai une foi renforcée concernant le résultat de dimanche. Ma confiance en la victoire est infiniment plus grande que le 1er décembre 2007 », déclarait Hugo Chávez.

Et la confiance du peuple ? Lors de sa prestation de serment, le 2 février 1999, Chávez s’était engagé, rappelle la Presse canadienne, à mettre en œuvre une révolution pacifique, à éradiquer la corruption, à libérer le Venezuela de sa dépendance envers le pétrole et à renouer avec les idéaux de Simon Bolivar, le héros de l’indépendance latino-américaine. Force est d’admettre qu’au cours des cinq dernières années, le pays, qui a tiré des bénéfices fabuleux du pétrole (90% des exportations), alimentant jusqu’à 70% du budget du Venezuela, neuvième producteur mondial, a consacré près de 85 milliards de dollars (68 milliards d’euros) aux programmes d’aide aux populations démunies. Que ce soit aux plans de l’alphabétisme, l’alimentation, l’habitat, l’ouverture de dispensaires, Hugo Chávez a voulu marquer par des gestes concrets la Révolution bolivarienne. Ces initiatives ont assis la grande popularité de Chávez auprès de larges couches de la population.

La richesse est bien éphémère.

Les élections régionales et municipales de 2008 ont été marquées par un recul du chavisme, qui a perdu trois Etats et la mairie de Caracas. Les partisans de Chávez ont cependant conservé 17 Etats sur 23, et gardé un avantage numérique (5,5 millions de voix contre 4,5 pour l’opposition).

Depuis le mois d’août dernier, le cours de l’or noir subit une chute dramatique. L’inflation a atteint 30 % en 2008 et la croissance a chuté, passant de 8,4 % en 2007 à 4,9 % un an plus tard. L’opposition évoque l’insécurité croissante dans le pays, que le président Chávez n’a pas su éradiquer, et où le taux d’homicide, 49 pour 100.000 habitants, est de plus en plus élevé, soit presque dix fois plus qu’aux Etats-Unis, selon des données de l’Observatoire de la violence au Venezuela.

(Sources : AFP, Associated Press, Courrier international, Presse canadienne, Reuters, El Pais, L’Express)

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18 responses

16 02 2009
Gilles

Pierre a écrit :
« Nous ne voulons pas que quiconque reste perpétuellement au pouvoir », soulignait Carmen Gilarte, 50 ans, een se plaignant auprès d’Associated Press de la corruption au sein du gouvernement et de la criminalité.

Sous un régime de droite, il n’y aurait aucune corruption et presque pas de criminalité ? Quoi qu’il en soit, Chávez pourra être candidat autant de fois qu’il le voudra, mais rien ne dit qu’il sera réélu perpétuellement.

Pour me limiter à des figures connues du Commonwealth, ce parangon de vertu démocratique, Victoria a régné pendant soixante-trois ans (1837 à 1901) [Well… vous me direz qu’elle n’a pas été élue.], William Mackenzie-King a été premier ministre pendant vingt-deux ans (1921 à 1930 et 1935 à 1948), Wilfrid Laurier pendant quinze ans (1896 à 1911), Pierre Trudeau pendant onze ans (1968 à 1979), Margaret Thatcher pendant onze ans aussi (1979 à 1990) et last but not least, Jean Chrétien pendant dix ans (1993 à 2003).

À mon avis, tous ont été aussi autoritaires que Chávez, et beaucoup moins préoccupés par le sort du petit peuple ; bien sûr ils étaient plus « polis », quoique dans le cas de Mᵐᵉ Thatcher, on puisse en discuter. Ne trouvez-vous pas qu’on a des exigences beaucoup plus strictes pour les autres que pour nous-mêmes, et qu’on oublie facilement les coups bas et les tentatives de déstabilisation soutenues par les puissants États démocratiques ourdies contre quiconque ose changer l’ordre des choses ?
 

16 02 2009
Pierre Chantelois

Gilles

Il est clair que Hugo Chavez acceptera de se soumettre aux suffrages universels à moins qu’il ne réalise que la présente situation économique, qui se dégrade à vue d’œil, ne compromette ses chances. De plus, il est un empêcheur de tourner en rond et il n’aime pas le rôle que les États-Unis se sont donnés en Amérique latine. Personnellement, nonobstant ses frasques qui le caractérisent si bien, je crois que Chavez a été un bon président pour la classe pauvre. L’a-t-il été pour l’ensemble de la population ? C’est une autre question. Le restera-t-il ? Il faudra voir en fonction de la chute du prix du pétrole qui placera le Venezuela en mauvaise posture. Quand le brut vénézuélien était coté à 116 dollars le baril en juillet dernier, un ancien économiste en chef de la Banque centrale, José Guerra, estimait les revenus annuels à environ 19 milliards de dollars. Mais à la mi-décembre, le prix du pétrole est descendu à 31 dollars l’unité. Au Venezuela, un litre d’essence coûte entre trois et quatre centimes de dollar depuis dix ans. Une boisson gazeuse vaut vingt fois plus, une bouteille d’eau 25 fois plus et une tasse de café expresso dans une boulangerie coûte trente fois plus.

Le Monde cite des spécialistes : « L’insécurité occupe le premier rang des préoccupations des Vénézuéliens, avant le coût de la vie et le chômage, tous les sondages le confirment. Pour Roberto Briceño Leon, de l’Observatoire vénézuélien de la violence, le discours incendiaire de M. Chavez, qui n’a de cesse de « valoriser et justifier la violence au nom de la révolution », a sa part de responsabilité. « Le président incarne la revanche sociale des démunis », estime Oscar Schemel de l’institut de sondages Hinterlaces. « Son message a semé la haine dans les secteurs marginaux ». Pourtant, tout indique depuis que depuis dix ans qu’il est au pouvoir, ajoutés aux revenus pétroliers, le régime a disposé de 200 milliards de dollars durant ces huit dernières années. Il n’existe aucune reddition de compte pour le président Chavez. Il dénonçait lui-même en 1998 la corruption du régime au pouvoir sur toutes les tribunes et se prononçait en faveur d’une meilleure démocratie et d’une répartition plus équitable des richesses du pays. Lors des élections législatives du 8 novembre 1998, à la tête de la coalition « Patriotic Pole », il gagne 34 % des sièges. Moins d’un mois plus tard, le 6 décembre, Chavez accédait à la présidence du Venezuela en défaisant Henrique Salas Romer.

Comme l’indique les indicateurs fournis par diverses organisations internationales tels que l’indice de corruption, de liberté économique, de développement humain et de dénutrition montrent tous un pays en plein recul. En janvier dernier, dans le cadre de son émission Alo Presidente, Hugo Chavez reconnaissait qu’avec plus de 12.000 homicides par an, la criminalité est l’une des principales préoccupations des 27 millions de Vénézuéliens. Le taux d’homicides à Caracas détient le record d’Amérique latine. Il est près de cinq fois plus élevé qu’à Bogota, capitale de la Colombie voisine. En outre, le gouvernement chiffre à 382 le nombre de Vénézuéliens séquestrés en 2007.

Chavez a admis qu’en 2007 son administration « a été recalée » (« reprobó ») en diverses matières. Il a cité l’inflation, chiffrée officiellement à 22,5% l’an dernier, l’un des taux les plus élevés de la planète et le double de celui escompté. Le lancement le 1er janvier du « bolivar fort », valant 1.000 bolivars antérieurs, s’inscrit officiellement à la fois dans la lutte contre l’inflation et dans la recherche d’un prestige monétaire.

Pierre R.

16 02 2009
Françoise

« Il avait besoin de temps. Il aura beaucoup de temps. Chavez sait faire : il consulte. C’est la cinquième fois qu’il sonde le peuple par référendum depuis son arrivée au pouvoir. »

Ma foi, j’aimerais bien que dans nos pays non américano-latins, et notamment dans le mien, on « consulte » ainsi. Le résultat du vote, 54,36% des suffrages, est meilleur que celui de l’élection de notre président, dont on nous répète à l’envie qu’il a eu la majorité des votes exprimés, ce qui lui permet de faire tout et n’importe quoi « légitimement« .

« Force est d’admettre qu’au cours des cinq dernières années, le pays […] a consacré près de 85 milliards de dollars (68 milliards d’euros) aux programmes d’aide aux populations démunies. »

Force est d’admettre que dans nos pays non américano-latins on ne consacre pas autant d’argent au bien des peuples, on leur en ponctionne au moins autant pour « le bien » des entreprises et des banques et sans contre-partie.

Je trouve que l’on manque un peu (beaucoup) d’objectivité dans tout cela. Mr Chavez dérange en effet, mais par contre de bons dirigeants comme ceux d’Israël, par exemple, ne dérangent personne, mêmes quand ils affament et massacrent à longueur de temps…

L’avenir dira ce que sera la gouvernance de Mr Chavez, mais si on y réfléchit bien peut-être vaut-il mieux un bon président à vie qu’une succession de dirigeants qui ne respectent pas le peuple, qui ne font rien pour améliorer la situation des plus démunis, qui bafouent les libertés fondamentales comme c’est le plus souvent le cas (je pense entre autres à mon pays et à l’Italie).

16 02 2009
Pierre Chantelois

Françoise

Comme j’ai tenté de l’expliquer, Hugo Chavez n’est pas un président comme tout le monde le souhaiterait qu’il soit. Est-ce un vilain défaut ? Pas du tout. Sauf qu’il récolte ce qu’il sème : un certain manque de crédibilité. Rien n’est tout blanc. Rien n’est tout noir.

Comme le rappelle Rue89, il y a une forte inclinaison marquée du chavisme au népotisme : outre Barinas, le frère aîné du Président, Adrian Chavez, est ministre de l’Education après être passé par le secrétariat de la présidence de la République ; Adelis Chavez, autre frère du président, est membre de l’administration de Sofitasa, une banque liée à l’État. Asdrubal Chavez, un cousin, est vice-président de la puissante entreprise pétrolière publique, Petroleos de Venezuela (PDVSA). Si, en plus, on mentionne le cas d’Anibal Chavez (encore un frère ! ), maire de Sabaneta, ville où le Chavez a vu le jour, il faudra peut-être aussi penser le chavisme comme une très belle histoire de famille.

En août 2008, Courrier international reproduit un article de El Nuevo Herald, référence pour la communauté latino-américaine de Miami. C’est le deuxième titre hispanophone le plus lu aux États-Unis. Parce qu’il est publié aux États-Unis, doit-on s’en méfier ? El Nuevo Herald est récompensé en 2002 par le prix Ortega et Gasset d’El País espagnol pour ses chroniques et ses reportages sur la guerre d’Afghanistan.

Toujours est-il que El Nuevo Herald publiait en août 2008 que la présidente de l’Assemblée nationale Cilia Flores a permis la nomination à des postes législatifs de quarante parents et amis, une première dans l’histoire du pays. Selon un récent rapport d’Amnesty International, il y aurait non seulement 4,5 millions d’armes en circulation au Venezuela provenant d’achats légaux, mais également de la contrebande et du recyclage d’armes policières, du jamais vu dans le pays.

Notons enfin que, toujours selon El Nuevo Herald, malgré la prospérité, la dette extérieure du Venezuela est passée à 40 milliards de dollars, tandis que la dette intérieure dépasse désormais les 30 milliards de dollars, soit un endettement total sans précédent de 70 milliards de dollars. En outre, selon les chiffres de la Banque centrale du Venezuela, le pays a connu cette année la plus forte baisse des investissements étrangers directs, qui sont passés de 6,2 milliards de dollars en 1997 à 646 millions de dollars en 2007, soit une diminution de plus de 5,5 milliards de dollars.

Rien n’est tout blanc. Rien n’est tout noir.

Pierre R.

16 02 2009
Françoise

Pierre,

En effet rien n’est tout blanc rien n’est tout noir, mais n’y a-t-il pas, malgré tout, des gens que l’on « noircit » plus que d’autres (et je ne parle pas que de Mr Chavez) ?

16 02 2009
thurar

Les élections régionales et municipales de 2008 ont été marquées par un recul du chavisme, qui a perdu trois Etats et la mairie de Caracas. Les partisans de Chávez ont cependant conservé 17 Etats sur 23, et gardé un avantage numérique (5,5 millions de voix contre 4,5 pour l’opposition).

Venezuela, une victoire au goût de… victoire
Maurice Lemoine
jeudi 27 novembre 2008
monde-diplomatique.fr

Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) remporte dix-sept des vingt-deux États où le poste de gouverneur était en jeu. (…) Par ailleurs, le PSUV remporte deux cent trente-trois mairies (80 % des municipios), dont dix-huit des vingt-quatre capitales d’Etat.(…)

l’opposition a perdu 555 442 voix par rapport au référendum sur la proposition de réforme constitutionnelle rejetée l’année passée tandis que les « chavistes » progressent, eux, de 694 342 voix. D’autre part, le résultat a marqué un échec total de la « dissidence chaviste » de gouverneurs sortants – Sucre, Guárico, Trujillo, Aragua et Carabobo – qui avaient pris leurs distances avec le pouvoir. De sorte que, plutôt que d’avoir perdu des Etats, le pouvoir en a gagné (dix-sept au lieu de quinze avant les élections).(…)

16 02 2009
Pierre Chantelois

Thurar

Vous avez raison de souligner cet aspect de l’actualité vénézuélienne. Permettez-moi à mon tour de vous citer cette analyse d’Edgardo Lander, sociologue et professeur titulaire de l’Université centrale du Venezuela, qui cite un sondage sectoriel de Datanalisis montrant l’appui de la population aux politiques en matière d’alimentation, de santé et d’éducation. Mais cette enquête d’opinion reflète aussi l’échec « dans d’autres domaines de la vie quotidienne dont le gouvernement ne s’est pas préoccupé ». En particulier, l’insécurité, la mobilité et la gestion des déchets. Si le gouvernement veut continuer à développer ses politiques et à bénéficier de l’appui électoral de la majorité des Vénézuéliens, « il doit résoudre urgemment ces problèmes. Le gouvernement doit se battre sur le terrain de la gestion ». C’est un aspect crucial depuis le changement politique qui a démarré en 2006. Lors des élections régionales et municipales [novembre 2008], les gens ont voté contre l’incapacité des Diosdado Cabello, Rangel Ávalos et Juan Barreto. « Mais, affirme Lander, ils n’ont pas nécessairement voté contre le processus de changement ».

La question du leadership et de la construction d’une société plus juste et démocratique n’est possible que moyennant la construction d’espaces de débat plus larges et de leaderships alternatifs.

Pierre R.

16 02 2009
thurar

Citation : La question du leadership et de la construction d’une société plus juste et démocratique n’est possible que moyennant la construction d’espaces de débat plus larges et de leaderships alternatifs. »

Ce n’est surement pas moi qui vous contredirai sur ce point, et j’irais même plus loin : je ne suis quand à moi pas sur que Chavez soit le mieux placé pour ouvrir cet espace démocratique tant il reprend une vielle tradition « caudilliste militariste et étatiste » trés forte en Amérique du sud.

10 ans de « chavisme » : entretien avec des anarchistes vénézuéliens
une traduction d’un entretien de libertaires venezuéliens avec Charles Reeve en mars 2008.

Mon point était juste de souligner qu’il me semblait factuellement difficile d’affirmer :  » Les élections régionales et municipales de 2008 ont été marquées par un recul du chavisme, (…) »

ps : le site du journal des deux intervenants de l’itw

16 02 2009
Françoise

On critique le fait que Mr Chavez pourra être rééligible à vie, je voudrais rappeler que ce n’est que depuis 1951 que le président des États-Unis, par exemple, ne peut exercer plus de deux mandats, le président ne peut exercer que deux mandats (XXIIe amendement, proposé le 21 mars 1947, ratifié le 27 février 1951). Le cas de Mr Chavez n’est donc pas exceptionnel. Dans la mesure où il remet son mandat en jeu c’est aux électeurs de décider s’ils le maintiennent ou non.

16 02 2009
Pierre Chantelois

Françoise

Merci pour l’information. Je profite de votre commentaire pour porter à votre attention une excellente entrevue de Zeit-Fragen (Horizons et Débats, Suisse) avec l’ex ambassadeur au Vénézuéla, Walter Suter – Le Venezuela est en train de se défaire du néolibéralisme. Walter Suter a été pendant quatre décennies membre du service diplomatique suisse, dont plus de trente ans en relations avec l’Amérique latine (Argentine, Chili, Paraguay) ; de 2003 a 2007, il a occupé le poste d’ambassadeur suisse extraordinaire et plénipotentiaire auprès de la République bolivarienne du Venezuela, à Caracas. Parallèlement il a été, jusqu’à sa retraite en 2007, chef de l’inspection consulaire et financière de l’EDA (Département fédéral suisse des Affaires étrangères).

Pour rétablir un équilibre dans la perception du Vénézuéla, je propose cet autre point de vue de Walter Suter qui dresse un portrait fort pertinent de la situation actuelle au Vénézuela et qui jette un œil positif sur les réformes d’Hugo Chavez.

Une analyse et un témoignage incontournables.

Pierre R.

16 02 2009
Françoise

Merci Pierre pour cet article qui rétablit un peu l’équilibre avec ce que disent les médias occidentaux « rarement objectifs lorsqu’ils rendent compte de cette évolution chez les Latino-Américains. »

16 02 2009
Gilles

J’oubliais le suave Robert Bourassa, premier ministre du Québec pendant 14 ans (1970 à 1976 et 1985 à 1994) avec un hiatus de neuf ans, il est vrai.
 
En ce qui concerne Chávez, il ne faut pas se laisser berner par les reportages plutôt défavorables de la presse américaine, d’autant plus que les États-Unis, qu’on pourrait croire néophytes dans le domaine de la diplomatie, ont tendance à soutenir les « hommes forts » : Somoza, Hussein, Noriega, Pinochet. S’ils ne soutiennent pas Chávez, c’est soit qu’il n’est pas suffisamment fort, soit qu’il est trop fort. Bien sûr les États-Unis retirent leur soutien aussi facilement qu’ils l’accordent, mais depuis le XIXᵉ siècle (spécifiquement la guerre hispano-américaine en 1898) ils ne poursuivent qu’un seul but, simple, par des moyens le plus souvent très complexes : entraver le développement de tout État qui pourrait concurrencer leur commerce.

La raison de leur soutien aux régimes autoritaires, particulièrement en Amérique du Sud (à condition qu’ils ne soient pas « trop » forts comme je disais, et j’ajouterais ni trop imaginatifs) est que ceux-ci sont généralement « libéraux », c’est-à-dire convaincus que la richesse des nations appartient de droit à l’élite. Alors ? Quoique son style populiste pourrait le laisser supposer, Chávez n’est ni libéral ni autoritaire ; un article de la constitution du Venezuela stipule en effet que le président peut être révoqué à mi-mandat (referéndum presidencial), et il s’y est soumis.

Je serais critique sur un point, cependant. Chávez a financé son action sociale grâce à un seul atout économique, le plus facile à exploiter, le pétrole. Il me semble qu’il aurait pu miser sur les énergies vertes… quoique l’Amérique et l’Europe n’aient pas de leçon à donner en ce domaine non plus. Pierre souligne que le prix du pétrole à chuté considérablement, mais aucun expert ne peut expliquer clairement et surtout, par des raisons économiques, les fluctuations des prix de cette ressource. Il ne faut pas oublier que c’est une arme politique puissante. Pour finir, je disais que la presse américaine est généralement hostile à Chávez, et insiste sur l’insécurité qui règne dans le pays (taux d’homicide à 49/100 000), bien que la violence urbaine soit pire, aux États-Unis*, mais la cause est certainement à chercher ailleurs que dans le socialisme.
 
* Nul besoin de rappeler les tueries dans les écoles et les émeutes raciales, et la brutalité policière récurrente. Voir Sophie Body-Gendrot, Les nouvelles formes de la violence urbaine aux États-Unis, Cultures & Conflits, 1992. Texte intégral ici.
 

16 02 2009
Gilles

[…] la guerre hispano-américaine de 1898 […]

J’ai hâte que WordPress corrige ce bug (si le chiffre 8 est suivi d’une parenthèse, il s’affiche comme un smiley) !

16 02 2009
Pierre Chantelois

Gilles

Merci d’avoir souligné. C’est corrigé 🙂

Pierre R.

16 02 2009
Pierre Chantelois

Gilles

Au grand désespoir des États-Unis, il faut ajouter que l’axe de coopération se déplace de plus en plus. La Russie et la Bolivie viennent de conclure une entente de coopération militaire et énergétique. Dmitri Medvedev, sous des déclarations diplomatiques, entend bien jouer dans la cour arrière des États-Unis, rendant ainsi la monnaie de sa pièce à l’Oncle Sam. Evo Morales a salué le « retour de la Russie en Amérique latine » disant apprécier son rôle « pour l’établissement d’un monde multipolaire ». Il s’est aussi dit prêt à « travailler ensemble pour sauver l’humanité ».

Bon. Une fois ces belles choses dites, il reste les intérêts économiques. La Russie contribuera à la construction de gazoducs et à l’exploration de gisements en Bolivie. Bien voilà.

Mais force est de reconnaître que les États-Unis n’ont pas évacué complètement le champ et qu’ils n’ont pas été expulsés indéfiniment de la région. La Banque mondiale (BM), toujours présente malgré la création de la Banco del sur, va apporter 13 milliards de dollars (10 milliards d’euros) en 2009 à l’Amérique latine et aux Caraïbes, plus d’un tiers du total mondial de ses apports, pour aider la région à affronter la crise économique mondiale.

Je viens de lire sur Marianne cette phrase citée par le journaliste, Bernard Maris : « L’histoire économique est un sourd qui répond à des questions économiques qu’on ne lui a jamais posées », Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte (poche) Livre remarquable.

Pierre R.

18 02 2009
clusiau

Viva Chavez….Viva la Revolucion…!

18 02 2009
Pierre Chantelois

Clusiau

Bravissimo !

Pierre R.

19 02 2009
clusiau

Pierre pour d’autres infos sur la pauvreté qui avait reculé au Venezuela avec Chavez.

Poverty Rates in Venezuela: Getting the Numbers Right
http://www.rethinkvenezuela.com/downloads/ceprpov.htm

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