L’axe Téhéran-Damas-Washington : tour de Babel ou voie d’avenir ?

6 03 2009

Pour Mahmoud Abbas, il n’y aurait pas de nouvelles négociations, si le prochain gouvernement israélien se refuse à la création de deux Etats et s’il ne gèle pas la colonisation. Pour Hillary Clinton, l’engagement des Etats-Unis pour la solution de deux États est clair et précis. George Mitchell, l’émissaire spécial américain pour le Proche-Orient, ne reviendra dans la région qu’après la formation d’un nouveau gouvernement en Israël. Benjamin Netanyahu a peu de temps pour former un nouveau gouvernement. La date butoir est le 3 avril 2009. La rumeur veut qu’Avigdor Liberman, président du parti de droite Israël Beiténou, soit pressenti pour occuper les fonctions de ministre des Affaires étrangères. Selon le Jerusalem Post, « le dirigeant du parti Israël Beiteinou, Avigdor Lieberman, a déclaré avoir changé de position au fil des années et soutient désormais la création d’un Etat palestinien. Il a ajouté ne pas avoir caché cette opinion lors de la récente campagne électorale ».

Il semble bien que les États-Unis feront entendre, au Proche-Orient, un discours différent de celui de la dernière décennie. Que le futur gouvernement d’Israël en soit bien informé : « Au final, œuvrer à une solution à deux Etats est inévitable » a répété la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton. À la « paix économique » de Benjamin Netanyahu, qui accorderait une plus grande autonomie à la Palestine, les États-Unis opposeront la création d’un État autonome. En clair, la question palestinienne ne sera pas la priorité du futur ministre des Affaires étrangères autrement que dans sa dimension économique. À moins d’un revirement spectaculaire, comme l’annonçait le Jerusalem Post.

Rassurer Ramallah d’un changement de cap de la nouvelle administration de Barack Obama, et d’une plus grande écoute aux demandes palestiniennes, constituera sans nul doute une source de crispation entre Israël et les États-Unis. « C’est quelque chose qui me concerne passionnément, qui me tient à cœur, pas seulement quelque chose qui est dans mon portefeuille », a confié madame Clinton.

Il faut relever également, dans le discours de Nicolas Sarkozy à Charm el-Cheikh, cette petite phrase pleine de sous-entendus, selon laquelle l’ouverture permanente des points de passage est une priorité. « Gaza ne doit plus être une prison à ciel ouvert ». Personne n’a intérêt à cette situation. L’ouverture de Gaza doit aller de pair avec la fermeture des tunnels.

Sans compromettre pour autant le soutien des États-Unis à la sécurité d’Israël, madame Clinton a rappelé que son pays soutenait également, et très fermement, les efforts de l’Autorité palestinienne sous la direction du président Abbas. Faisant abstraction de l’autorité chancelante du président Abbas, la rivalité inépuisable avec le Hamas, la lenteur des négociations entre le mouvement islamiste et Israël sur le sort du soldat Chalit, madame Clinton maintient le cap. « Il est temps d’avancer dans ce dossier. Nous ne pouvons plus aller de nouveaux échecs en nouveaux retards, ni continuer à regretter ce que des décisions différentes auraient pu entraîner. L’heure n’est plus aux récriminations. Il est maintenant temps de penser à l’avenir », a soutenu la Secrétaire d’État, au risque, encore une fois, de créer des tensions avec le futur gouvernement Netanyahu.

Que madame Clinton souffle le chaud et le froid ne modifiera pas la donne politique au Moyen-Orient. Benjamin Netanyahu devra former son gouvernement, si tant qu’il y parvient, avec le noyau dur de l’extrême droite. Ce qui l’éloignera davantage du projet d’Annapolis, qui est la base actuelle du processus de paix. Du côté palestinien, les divisions sont encore profondes entre le Fatah et le Hamas. « Pour les Palestiniens, il est temps de rompre la spirale de rejet et de résistance, de rompre avec ceux qui exploitent les souffrances du peuple innocent, et de montrer au monde ce que le talent et le savoir-faire d’un peuple exceptionnel peuvent construire et créer », a déclaré madame Clinton.

Ce discours de madame Clinton rejoint celui de Nicolas Sarkozy à Charm el-Cheikh : « La réconciliation inter-palestinienne est l’une des clés de la paix et l’une des conditions de la création d’un Etat palestinien. Le monde veut aider les Palestiniens, mais les Palestiniens doivent s’aider eux-mêmes en se réconciliant ». Sauf qu’après 22 jours d’offensive israélienne sur Gaza, comment rapprocher les parties pour relancer les négociations de paix ?

Comme pour alimenter les dissensions, Israël annonce un plan de destruction de 88 habitations arabes dans la partie orientale à Jérusalem-Est. Le motif serait qu’elles ont été érigées sans un permis de construire. Or, les Palestiniens soutiennent qu’il est quasi impossible d’obtenir de tels permis de la mairie. Qui plus est, la presse israélienne révélait en même temps un nouveau plan de développement des colonies en Cisjordanie dont les objectifs sont d’ériger 73 000 logements et d’y loger 280 000 personnes en plus. Ce qui agace au plus haut point les États-Unis : « Il est clair que ce genre d’activité n’aide pas et n’est pas conforme aux obligations souscrites aux termes de la feuille de route », a prévenu la Secrétaire d’État.

Autre source qui risque d’indisposer le futur gouvernement israélien : l’envoi par Washington de deux émissaires à Damas pour amorcer un dégel entre les deux capitales. Jeffrey Feltman, secrétaire d’Etat-adjoint au Proche-Orient et ancien ambassadeur américain à Beyrouth et Daniel Shapiro, conseiller Proche-Orient à la Maison Blanche, ont pour mandat de rétablir des ponts et tenter d’isoler davantage l’Iran de sa zone d’influence au Moyen-Orient.

En réponse à la conférence des donateurs de Charm el-Cheikh, Téhéran a organisé une conférence sur la bande de Gaza. À cette occasion, le guide suprême Ali Khamenei a, en présence de représentants du Hamas, qualifié Israël de « tumeur cancéreuse » et a prôné la résistance des musulmans pour « sauver la Palestine ». Mahmoud Abbas a aussitôt répliqué : « arrêtez de vous ingérer dans nos affaires ». Tout en poursuivant, avec Hillary Clinton à ses côtés, que l’Iran « intervient uniquement pour approfondir la division entre les Palestiniens ». Madame Clinton a rappelé que ces propos constituaient « une claire ingérence dans les affaires intérieures palestiniennes ». Le guide suprême a aussi accusé le président américain, Barack Obama, de prendre la « défense du terrorisme gouvernemental » d’Israël malgré ses promesses de changement de politique.

Mahmoud Zahar, le plus influent dirigeant du Hamas de l’intérieur, a reconnu que l’Iran finançait le Hamas notamment en payant les salaires des employés depuis la victoire du Hamas aux législatives de 2006. Voilà qui n’est pas de nature à rapprocher les frères d’armes palestiniens. Mahmoud Ahmadinejad a même appelé à l’établissement d’un « front global antisioniste » et à « punir sérieusement les criminels sionistes ».

Si l’Amérique favorise une main tendue au dialogue, avec la Syrie, par exemple, le cas de l’Iran continue de susciter de grandes interrogations. L’enjeu est évidemment l’arme atomique. « L’Iran représente une menace pour l’Europe et pour la Russie, nous pensons que nous devons en parler et c’est ce que nous allons faire », a déclaré madame Clinton.

Aux inquiétudes formulées par son homologue des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah Ben Zayed al-Nahyan, sur un axe Washington-Téhéran au détriment de la zone d’infliuence des pays arabes au Proche-Orient, madame Clinton a voulu se montrer réaliste : « Nos yeux sont grands ouverts ». Selon Cheikh Abdullah Ben Zayed al-Nahyan, « madame Clinton a dit qu’elle n’était pas naïve au sujet de l’Iran, qu’elle n’avait aucune illusion ». Sur un autre plan, Barack Obama a, dans une lettre expédiée au président russe, Dmitri Medvedev, proposé un rapprochement inédit à Moscou : les Etats-Unis renonceraient au déploiement de leur bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque si Moscou aidait à faire pression sur l’Iran pour obtenir l’arrêt de son programme nucléaire. En réplique, Moscou a indiqué qu’il n’était pas prêt à jouer l’apaisement tant que les États-Unis n’abandonneraient pas le projet de bouclier antimissile.

L’Etat hébreu qui ne renonce pas à bombarder les sites de recherche nucléaire iraniens n’est plus assuré du soutien de la Maison Blanche sur une pareille éventualité. Barack Obama a formulé les conditions gagnantes pour un rapprochement entre les deux capitales : les mollahs devront renoncer à la bombe atomique, cesser de financer le terrorisme et mettre fin aux discours belliqueux vis-à-vis d’Israël. Pour retirer leurs troupes d’Irak, une détente entre Washington et Téhéran serait bienvenue.

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3 responses

7 03 2009
posuto

Plus que jamais, la politique de cette zone est un casse-tête incroyable. Mais l’on cherche encore les bonnes volontés dans certaines parties, visiblement… en attendant, les medias ont oublié les souffrances des civils palestiniens, aucun suivi de la dernière guerre…

8 03 2009
Pierre Chantelois

RV

Il est vrai que les grands de ce monde parlementent, que ceux qui voudraient se croire parmi les grands piaffent d’impatience, et les gens plus modestes n’ont d’autres choix que de regarder… regarder… et regarder. Un peu triste tout cela.

Pierre R.

8 03 2009
gaetanpelletier

Bonjour Pierre,
Votre dernière mise à jour indique le 18 février.
Pourtant, on vous dirait à jour…
Et, espérons-le, en forme.
_________________________
Gaza,
Une crise en couvre une autre. D’autres surgissent.
On plastronne. J’espère que l’agenda des USA est
à quelques unes qui traînent depuis trop longtemps.
On parle souvent de l’Iran ces temps-ci…
Espérons que cela restera au plan larvaire.
C’est déjà suffisant comme ça.

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