Le mensonge est qu’aucun pays ne dit vouloir la bombe

30 08 2010

A l’occasion de la première Journée internationale contre les essais nucléaires qui sera célébrée le 29 août, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé tous les États à ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE). « Nous ne saurions léguer ces problèmes aux générations futures. Chacun de nous doit s’employer à bâtir aujourd’hui un monde vivant dans de meilleures conditions de sûreté et de sécurité », a conclu le Secrétaire général de l’ONU. Le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Ali Treki, a aussi appelé « la communauté internationale à embrasser l’idée d’étendre les zones exempts d’armes nucléaires, y compris au Moyen-Orient ». « Actuellement il y a un élan pour le désarmement, qui doit se traduire par une rapide entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires », a-t-il ajouté. Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) a été négocié à Genève entre 1994 et 1996. 44 États, qui avaient des capacités de technologie nucléaire au moment des négociations finales du Traité en 1996, sont listés dans le Traité. Parmi eux, il en manque neuf : la Chine, la Corée du Nord, l’Égypte, l’Inde, l’Indonésie, l’Iran, Israël, le Pakistan et les États-Unis. En mai l’Indonésie a annoncé son intention de ratifier le TICE. La Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan n’ont pas encore signé. Outre ces pays, 182 pays ont signé, dont 153 ont ratifié le Traité et parmi eux trois États possesseurs d’armes nucléaires : la France, la Fédération de Russie, et le Royaume-Uni.

Lors de sa rencontre avec les Ambassadeurs de France, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a fait mention d’un arc de crise qui s’étend des frontières du Pakistan aux confins du Sahel, en passant par l’Iran et le Proche-Orient. Dans une circonlocution lourde de sens, le président Sarkozy a lancé : il est des moments de l’Histoire où le sort hésite entre le meilleur et le pire. (…) Nous sommes aujourd’hui dans l’un de ces moments.

Les Occidentaux suspectent Téhéran de chercher à obtenir l’arme atomique sous couvert de programme nucléaire civil. L’Iran est-il seul à viser cet objectif?

Dans son discours annuel, Nicolas Sarkozy a, pour cette édition 2010, fustigé à nouveau l’Iran en se montrant profondément irrité de l’appui que donnent les Russes à ce dernier pour obtenir de l’uranium enrichi à 3,5%. Pour le chef du programme nucléaire iranien, Ali Akbar Salehi, le chargement des 165 barres de combustible dans le réacteur de la centrale de Bouchehr est un succès technologique et politique pour l’Iran, et une arête en travers de la gorge de ses ennemis. Derrière cette rhétorique, la France sait fort bien que les objectifs de Mahmoud Ahmadinejad ne se limiteront pas à un combustible faiblement enrichi (3,5%).

La Russie considère que cette collaboration avec l’Iran aurait permis de préserver le régime de non-prolifération. La centrale de Bouchehr constitue le noyau du nucléaire civil iranien. « La Russie a de nouveau montré au monde entier qu’elle disposait de ressources et de technologies dignes d’un acteur-clé sur le marché énergétique mondial », déclarait à Moscou le directeur du Centre d’études de l’Iran contemporain, Radjab Safarov, cité par Ria Novosti.

Le ministère russe des Affaires étrangères déclare pour sa part, en appui à l’Iran, que la centrale de Bouchehr ne peut être utilisée à des fins militaires. Sergueï Kirienko, chef de Rosatom, se montre rassurant en soulignant que la possibilité d’une utilisation non pacifique de la centrale de Bouchehr n’existe tout simplement pas et n’a jamais existé. Moscou explique que, pendant toute la durée d’exploitation du site, le combustible sera obligatoirement restitué après irradiation. Le processus sera contrôlé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ce qui devrait exclure un détournement du combustible nucléaire à des fins autres que civiles.

Officiellement, le réacteur prendra un mois et demi pour atteindre 50% de sa puissance, permettant son raccordement au réseau national d’électricité, et six à sept mois pour que la centrale fournisse sa puissance maximale de 1.000 mégawatts. Mais, prévient le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, Israël sera rayé de la carte si un quelconque raid préventif est lancé sur cette centrale. « Toute agression contre la centrale recevra une riposte sérieuse de la part de l’Iran ».

Comme le rappelle Ria Novosti : « la construction de la centrale de Bouchehr a été entamée par l’Allemagne en 1975. Les Allemands ont toutefois renoncé à poursuivre les travaux après la révolution iranienne de 1979, la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran, ainsi que l’embargo américain sur la livraison des hautes technologies à l’Iran. En 1995, la Russie et l’Iran ont signé un contrat d’un milliard de dollars portant sur l’achèvement des travaux de construction. Moscou a également promis de livrer un réacteur VVER-1000, de l’alimenter en combustible nucléaire et de former des spécialistes iraniens. Le montant du contrat sur la livraison du réacteur VVER-1000 s’est chiffré à 850 millions de dollars ». Il revient à Moscou d’avoir obtenu de l’ONU que la centrale de Bouchehr échappe à l’embargo international contre tout transfert d’équipements ou technologies nucléaires vers l’Iran.

Washington manœuvre avec beaucoup de circonspection. Placé devant un fait accompli, le Département d’État américain se veut lui aussi rassurant : « La mise en marche de la centrale nucléaire de Bouchehr en Iran ne présente aucun danger et qu’elle ne peut pas être utilisée à des fins militaires ». Le communiqué précise, comme l’avait fait Moscou, « que les activités de cette centrale sont soumises au contrôle de l’Agence Internationale à l’Énergie Atomique ».

Depuis 2006, l’Iran est sous le coup de sanctions internationales après plusieurs condamnations de son programme nucléaire par le Conseil de sécurité de l’ONU. Cela n’a nullement freiné son président, Mahmoud Ahmadinejad. Téhéran entend parvenir à enrichir lui-même l’uranium à 20%, histoire de prouver au monde que son pays peut produire la bombe atomique. Ce qui dépasse nettement le rôle prétendu de la centrale nucléaire de Bouchehr. Pour parvenir à cette fin, Téhéran a proposé à la Moscou de créer un consortium sous licence russe. Ce qui pourrait permettre à l’état iranien d’effectuer une partie du travail d’enrichissement en Iran, et l’autre partie en Russie.

Ces bonnes paroles ne rassurent pas pour autant le Koweït. La centrale de Bouchehr, en bord de mer, se trouve à quelque 300 km des côtes koweïtiennes. Devant l’inquiétude grandissante de l’émirat sur de possibles fuites nucléaires qui atteindraient le pays, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ramin Mehmanparast a tenu à rassurer les parlementaires koweïtiens en réaffirmant que la centrale respectait des niveaux élevés de protection approuvés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Pour Israël, l’obtention de l’arme nucléaire par l’Iran fera que la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Égypte s’armeront également et cela aura des répercussions dans le monde entier.

En effet, il semble bien que la course à l’utilisation du nucléaire ne s’arrête pas aux portes de l’Iran. Le chef spirituel du Hezbollah, Hassan Nasrallah, considère que le Liban doit s’engager également dans la voie du nucléaire : « Le gouvernement libanais doit construire une centrale nucléaire pour régler le problème des sévères pénuries en électricité dans le pays ». Selon Hassan Nasrallah, la centrale de Bouchehr, qui assurera une grande partie des besoins énergétiques de l’Iran, a coûté moins que ce que le Liban a dépensé pour produire son électricité. Hassan Nasrallah voit même dans l’installation d’une telle installation un avantage financier pour le Liban : « Nous pouvons avoir des centrales nucléaires qui non seulement assureront de l’énergie à l’ensemble du Liban, mais nous permettra également d’en vendre à la Syrie, à Chypre, à la Turquie, à la Jordanie et d’autres pays ». Avec un déficit qui constitue 3% du Produit intérieur brut (PIB), l’électricité représente un gouffre financier pour le gouvernement qui vient d’adopter un projet de réforme de six milliards de dollars pour redresser ce secteur.

Une rumeur avait circulé, en février 2010, sur un projet d’Israël et de la Jordanie de se doter d’une centrale nucléaire commune pour produire de l’électricité. Selon une dépêche de l’agence JSSNews, Israël avait l’intention de demander officiellement à la France de construire une centrale nucléaire civile pour fournir l’État Hébreu et la Jordanie en électricité. Le ministre Jean-Louis Borloo s’était montré très intéressé par ce projet. Quelques heures plus tard, la même agence, JSSNews, annonçait que la Jordanie aurait renoncé au projet, en raison du fait que cette coopération priverait la Jordanie de son indépendance nucléaire. En juin 2010, soit quelques mois plus tard, The Wall Street Journal annonce que le Royaume Hachémite de Jordanie négocie avec les États-Unis un accord de transfert de technologies. Washington poserait comme condition que la Jordanie renonce à produire son combustible.

La Jordanie n’échappe pas à la nécessité de réduire sa dépendance au pétrole. La solution passe donc par le nucléaire civil. C’est en 2009 que la Commission jordanienne de l’énergie atomique avait annoncé le lancement d’une étude de faisabilité sur un site devant accueillir la première centrale nucléaire du royaume. L’un de ses atouts réside dans ses importantes réserves d’uranium. Dans ses cartons, elle envisage donc d’installer sur son territoire une première centrale d’une capacité initiale de 750 à 1.100 MWe qui devrait pourrait être en opération en 2015. La Jordanie prévoit d’investir 872 millions de dollars (environ 640 millions d’euros) pour la production d’énergie et 386 millions de dollars (environ 283 millions d’euros) dans la transmission d’électricité d’ici à 2014. A terme, au cours des 20 prochaines années, le Royaume vise l’ouverture de 4 centrales. Depuis, la Jordanie a signé des accords de coopération nucléaire avec plusieurs pays dont la France, la Russie, la Chine et l’Argentine. La Corée, le Canada, la France et les États-Unis suivent aussi de près ces projets de la Jordanie. La première centrale nucléaire pourrait être érigée très près du port d’Eilat sur une zone de faille sismique. Ce qui indispose Israël. S’agissant de la France, un accord minier entre le gouvernement jordanien et le groupe nucléaire français Areva avait été signé en février dernier dans le cadre de la visite du Premier ministre français, François Fillon. Cet accord, qui s’élèverait à 600 millions d’euros, visait l’exploitation des gisements d’uranium dans le centre de la Jordanie.

L’Égypte vient d’officialiser le choix du site d’Al-Dabaa, sur la côte méditerranéenne, pour la construction de sa première centrale nucléaire, un projet destiné à répondre à des besoins énergétiques dictés par une forte croissance économique et démographique. Le président Hosni Moubarak a décidé qu’Al-Dabaa serait l’emplacement de la première centrale électrique fonctionnant à l’énergie nucléaire en Égypte. Le coût d’une telle centrale à quatre milliards de dollars (3,1 milliards d’euros). La future centrale devrait produire 1.000 mégawatts à partir de 2018 ou 2019. Le site d’Al-Dabaa situé à l’ouest d’Alexandrie avait déjà été choisi pour une centrale nucléaire dès le début des années 1980. Il fut abandonné après la tragédie de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986. Comme l’indique RFI, la consommation égyptienne d’électricité augmente de 13% par an. A ce train, les stations thermiques consommeront toutes les réserves de gaz égyptien en vingt ans.

Cité par l’agence de presse officielle Suna, Mohamed Ahmed Hassan al Taeb du Soudan a affirmé que son pays planifiait le projet d’une centrale nucléaire d’ici à 2020, en coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Selon le quotidien Le Monde, du côté du bureau de presse de l’AIEA, la prudence reste de rigueur. Le Soudan a reçu une équipe de l’AIEA le lundi 23 août. Il existe bel et bien un programme destiné à aider le Soudan à déterminer son meilleur mix énergétique à horizon 2030, incluant le potentiel de l’énergie nucléaire pour l’électricité. Mais la date de 2020 laisse l’agence sceptique.

Le mensonge est qu’aucun pays ne dit vouloir la bombe. La vérité est qu’une réelle compétition a commencé. Une dizaine de pays du monde arabo-musulman s’intéressent beaucoup au nucléaire civil. Le motif en est leurs besoins énergiques. D’autres pays comme la Corée du Nord et le Soudain invoquent les mêmes motifs pour se doter du nucléaire civil. La Corée du Nord aurait même donné assistance à la Syrie. L’Afrique du Sud possède également le nucléaire. Qui contrôlera, une fois acquis ce nucléaire civil, les dérapages et les détournements?

Comme le rappelle Le Post, lors de la dernière Conférence générale annuelle de l’AIEA en septembre 2009, une résolution adoptée avec difficulté demandait à Israël de rejoindre le TNP et de placer ainsi toutes ses installations nucléaires sous la supervision de l’AIEA dans le cadre des mesures de sauvegarde. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui refuse de connaître qu’Israël dispose d’un arsenal nucléaire, n’a pas cru nécessaire de rencontrer le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Yukiya Amano, qui était en visite en Palestine. Amano avait annoncé en juillet qu’il allait entrer personnellement en contact avec les autorités israéliennes afin de les persuader de signer le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

Le ministre des Infrastructures nationales, Ouzi Landau avait, selon Israël7, pourtant, en mars 2010, déclaré qu’Israël souhaitait faire partie du cercle des États produisant de l’électricité à partir de l’énergie nucléaire. Le ministre Landau s’était même engagé, au nom de son pays, à ce que cette centrale soit soumise à un contrôle international.





L’Afrique, dites-vous?

28 08 2010

L’Afrique, dites-vous? La République démocratique du Congo, (RDC, ex-Zaïre), vient d’être pointée sérieusement du doigt par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) des Nations unies. Relativement à la période 1993-2003, le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) des Nations unies parvient à dresser un inventaire exhaustif des crimes et massacres commis par certains génocidaires qui occupent encore aujourd’hui des postes d’influence en RDC.

Le rapport, dans sa version non officielle, montre, selon les extraits pubiiés par le quotidien Le Monde, que les attaques systématiques et généralisées (contre les Hutus réfugiés en République démocratique du Congo) révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de guerre ou de génocide. Le rapport pointerait huit pays, dont l’Angola, pour des crimes commis entre 1998 et 2003. Il est important de noter également que le rapport inventorie 600 crimes graves commis par différentes forces issues de plusieurs nations, mais selon des experts, le Rwanda est davantage épinglé en raison de l’accusation de génocide. Le HCDH qualifie ainsi certaines des exactions qui ont été commises dans le pays de « crimes contre l’humanité, crimes de guerre, voire de génocide ». Le Congo a été déchiré par deux guerres distinctes. La première, celle de 1996-1997, a permis l’installation de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir. La seconde, qui s’est étalée de 1998 à 2003, s’est produite après que Kabila eut tenté de s’affranchir de ses alliés rwandais, qui se sont alors retournés contre lui.

D’après Le Monde, Kigali a déployé « ses réseaux et son énergie pour tenter d’étouffer ce rapport » pendant « des semaines ». « Selon nos sources », poursuit le journal, « Paul Kagamé a menacé directement le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, lors d’une rencontre à Madrid en juillet, de retirer les troupes rwandaises des missions de maintien de la paix de l’ONU ». Les enquêteurs de l’ONU estiment que « les attaques systématiques et généralisées (contre des Hutus réfugiés en RDC) révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide ». Le Rwanda qualifie ce rapport de malveillant, offensant et ridicule.

Rupert Colville, porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, s’est déclaré déçu vendredi que le document ait été divulgué dans la presse. Par suite des pressions de Paul  Kagamé qui a menacé de retirer les troupes rwandaises des missions de maintien de la paix de l’ONU si le rapport était publié, il est possible que le rapport final soit expurgé du terme génocide pour qualifier les crimes qui y sont listés.

La RDC fait également l’objet d’une autre dénonciation de la part de l’organisation des Nations Unies pour les cas de viols collectifs commis du 30 juillet au 3 août derniers. Les assaillants étaient, selon les habitants, membres des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), qui comptent dans leurs rangs nombre d’anciens auteurs du génocide de 1994, accompagnés de rebelles Maï-Maï, milice tribale congolaise. Les rebelles ont violé près de 200 femmes et quelques jeunes garçons durant quatre jours à la fin de juillet, à Luvungi, à quelques kilomètres d’une base des Casques bleus de l’ONU dans l’est du Congo-Kinshasa. Luvungi se trouve sur la route principale reliant Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, et la ville minière de Walikale. Elle compte environ 2.200 habitants. Will Cragin de l’International Medical Corps raconte que des femmes ont été violés par un groupe estimé à entre 200 et 400 rebelles. Et selon le docteur Kasimbo Charles Kacha, responsable médical du district, confirme pour sa part que quatre jeunes garçons également ont été violés.

Le Rwanda a profité de ces événements pour affirmer que le moment est plutôt mal choisi pour dénoncer les exactions commises contre les populations Hutus alors que la Monusco, actuellement déployée au Congo n’a pas réussi en août dernier à faire cesser les viols collectifs en RDC. Le viol massif et systématique est utilisé comme une arme de guerre de plus en plus couramment dans l’est de la RDC.

En avril dernier, le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés, rapportait qu’au moins 1.244 femmes avaient été violées au cours du premier trimestre 2010, soit « près de 14 viols par jour en moyenne ». Plus d’un tiers des viols ont eu lieu dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’ONU a fait état d’au moins 8 300 viols en 2009 mais estime que leur chiffre réel est largement supérieur.

Le secrétaire exécutif du mouvement rebelle, Callixte Mbarushimana, s’est empressé de dénoncer ces crimes puisque, selon ce dernier, les rebelles « ne sont en rien impliquées dans ces actes odieux et s’insurgent contre des accusations dénuées de tout fondement lancées contre elles par le secrétaire général de l’ONU ». Selon Mbarushimana, « les FDLR se posent de sérieuses questions sur les motivations réelles qui ont poussé la haute autorité de l’ONU à s’empresser de les incriminer avant même de diligenter une enquête préliminaire sur ces actes odieux ».

La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a déclaré dans un communiqué que « les États-Unis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour travailler avec l’ONU et le gouvernement de la RDC pour arrêter les responsables de ces actes, et pour façonner un environnement sûr pour les femmes, les enfants et tous les civils qui vivent à l’est du Congo ».

Depuis 1996, « la RDC est passée de 15 384 cas de viol par an en moyenne à 4 976 cas » en 2010, a commenté le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, en évoquant « une réduction de près de 70 % ». En avril dernier, le gouvernement congolais lui-même avait reproché à la Monuc (devenue Monusco) sa passivité présumée lors de combats ayant fait un tué parmi les civils.

Sources : AFP, AP, Jeune Afrique, Le Monde, Reuter





Comment aider le Pakistan, un pays réputé corrompu?

26 08 2010

Les Nation Unies viennent de lancer un appel pour disposer d’au moins 40 hélicoptères gros-porteurs afin de venir en aide à environ 800.000 personnes totalement isolées au Pakistan. Ces personnes risquent de mourir de faim ou de maladie si les Nations unies n’obtiennent pas rapidement ces hélicoptères. Le niveau des eaux baisse dans le nord du pays, mais le sud reste menacé par les crues de l’Indus. À l’autre bout de la chaîne d’aide humanitaire, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) exhorte le gouvernement pakistanais à apporter rapidement de l’aide à ces 800.000 sinistrés.

Les promesses de dons de la communauté internationale affluent au Pakistan. Le total des engagements reçus par le Pakistan est jusqu’ici de 815,58 millions de dollars. Après avoir déjà fourni une aide de 60 millions de yuans, soit environ sept millions d’euros, le gouvernement chinois a décidé d’acheminer un convoi d’aide humanitaire d’une valeur de 60 millions de yuans supplémentaires, afin de venir en aide aux personnes sinistrées. Une équipe de secouristes chinois de 55 membres est arrivée jeudi à Rawalpindi avec 25 tonnes d’équipements médicaux et de médicaments. Le gouvernement et le peuple pakistanais ont, selon le Quotidien du peuple en ligne, remercié la Chine pour son assistance, disant que la nourriture, les tentes et les médicaments offerts par le gouvernement chinois répondaient aux besoins les plus urgents de son pays. Washington portera à 200 millions de dollars l’aide versée aux sinistrés. Cette somme sera puisée dans l’enveloppe de 7,5 milliards d’aide au développement du Pakistan votée en septembre dernier par le Congrès. Le Canada vient de bonifier son aide : le leader du gouvernement à la Chambre des communes, John Baird, a promis d’égaler les dons de la population faits entre le 2 août et le 12 septembre.

Le Front monétaire international a amorcé une réunion avec les dirigeants pakistanais pour évaluer les conséquences économiques des inondations. Une telle rencontre, qui devrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin de la semaine prochaine, pourrait signifier la possibilité d’un assouplissement des conditions de remboursement d’un prêt de 10 milliards de dollars en 2008. Le ministre pakistanais des Finances, Abdoul Hafeez Shaikh, et le gouverneur de la Banque centrale, Yaseen Anwar, se sont joints aux discussions et explorent toutes les options destinées à sauver l’économie pakistanaise. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, M. Shah Mehmood Qureshi, estime les nouvelles pertes encourues par suite de ce sinistre à 43 milliards de dollars. Le Pakistan a une dette extérieure de 54 milliards de dollars et consacre chaque année 3 milliards à son remboursement.

« A moins qu’une aide massive soit acheminée immédiatement, de vastes zones actuellement coupées du monde retomberont aux mains des taliban pakistanais et d’autres groupes extrémistes », écrit l’analyste pakistanais Ahmed Rashid dans le quotidien londonien The Daily Telegraph, cité par l’Express. « Si la situation devait se dégrader, le risque serait grand de voir apparaître une chaîne continue liant les bases terroristes de Quetta (Pakistan) et du Sud-afghan à celles du Yémen, de la Somalie et du Sahel », commentait, devant les ambassadeurs de France réunis à l’Elysée, Nicolas Sarkozy. Il y a deux jours, trois attentats suicide ont fait une quarantaine de morts dans les régions tribales du Pakistan.

Des associations humanitaires liées à la mouvance islamiste, voire terroriste, les membres de l’ONG Jamaat-ud-Dawa (JuD), distribuent aides et soins médicaux. Gagnant la sympathie de la population. Ils arrivent par camions sur les zones sinistrées et distribuent à tour de bras des vivres, du matériel et même 5 000 roupies (44 €) en liquide à chaque famille. « Jusqu’ici, nous avons aidé plus de 250 000 personnes », expliquait, la semaine dernière à l’AFP, Atique Chochan, porte-parole de la JuD.

Mosharraf Zaidi écrit, sur Slate, qu’entre notre peur du terrorisme, l’inquiétude que peut nous inspirer un pays musulman doté de l’arme nucléaire, et l’embarras de la communauté internationale face à un service de renseignement qui fait ce qui lui chante (et non ce que nous voulons qu’il fasse), une chose est sûre : le Pakistan met le monde – et tout particulièrement les Américains – extrêmement mal à l’aise. Selon une étude Gallup datée de 2008, aux États-Unis, seuls l’Afghanistan, l’Irak, l’Autorité palestinienne, la Corée du Nord et l’Iran étaient moins populaires que le Pakistan.

Dans l’Humanité, Hassane Zerrouky écrivait le 19 août dernier : « Le Pakistan est sans doute victime d’une image dégradée, en proie à une violence extrême, où les islamistes radicaux font régner une insécurité de tous les instants, d’un pays où il semble que Ben Laden et al-Qaida continuent d’agir en toute impunité, où, du fait de la loi religieuse (la charia), les femmes ne sont pas des citoyennes à part entière. En outre, le Pakistan donne également l’image d’un pays instable politiquement – l’assassinat de Benazir Bhutto en mars 2007 est encore présent dans les mémoires –, entachée par une corruption gangrenant les institutions à tous les niveaux. La presse britannique évoquait, au début de la semaine, le détournement par le président pakistanais, Asif Ali Zardari, d’une partie des 367 millions d’euros destinés aux sinistrés du tremblement de terre d’octobre 2008 ».

Une porte-parole de l’ONG Care International, à Genève, Melanie Brooks disait craindre que les personnes associent le Pakistan au terrorisme. L’ONU doit leur expliquer que l’argent ne va pas aller dans les mains des talibans. « Les sinistrés sont des mères, des paysans, des enfants. Mais dans le passé, les informations liées au Pakistan étaient toujours liées aux talibans et au terrorisme », commentait Melanie Brooks.

Selon des informations dont dispose le gouvernement américain, les talibans pakistanais prépareraient des attaques contre des étrangers participant aux opérations humanitaires en cours au Pakistan. Les talibans pakistanais pourraient aussi préparer des attaques contre des responsables fédéraux et provinciaux à Islamabad. Toutefois, selon un général américain, les forces américaines engagées dans ces opérations n’ont pas fait état de problèmes de sécurité (Source AFP). Rajiv Shah, administrateur de l’USAID, déclarait : « les temps sont durs économiquement dans le monde entier. Il faudra que le Pakistan fasse une réelle démonstration de transparence et rende des comptes, et que les ressources dépensées donnent des résultats pour que les appels à la reconstruction soient entendus ».

La vie continue au Pakistan. Lundi, un kamikaze a tué au moins 20 personnes, dont un dignitaire religieux, et fait plus de 40 blessés en faisant exploser sa bombe dans une mosquée du nord-ouest du Pakistan, bastion des talibans alliés à Al-Qaïda. Dans un autre district tribal du nord-ouest, Kurram, sept personnes avaient péri plus tôt dans l’explosion d’une mine lors d’une réunion de notables tribaux. Personne n’a été en mesure de dire s’il s’agissait d’un attentat les visant ou d’une explosion accidentelle de la mine.

Tahir Imran Mian est journaliste à Islamabad. Il a dénoncé, sur France24 et sur Facebook, une vidéo qui montre le lynchage de deux adolescents au Pakistan. Deux frères, Mughees Butt, 19 ans, et Muneeb Butt, 15 ans, par suite d’une altercation avec un groupe de jeunes gens, ont été lapidés sur la place publique. Les gens ont commencé par les frapper avec des bâtons, et à leur lancer des pierres. Le plus jeune est mort en quelques minutes, mais le calvaire de son aîné a duré une heure et demie. A la fin, des témoins affirment qu’il implorait qu’on l’abatte pour mettre un terme à ses souffrances. Lorsque les deux garçons ont été pendus à des poteaux, à deux pas du poste de secours où se trouve le poste de police, il était vraisemblablement toujours en vie. 15 policiers étaient présents lors du lynchage. Ils ont uniquement été suspendus et sont accusés d’avoir commis une bavure, ce qui leur vaudrait au maximum deux ans de prison.

La Dépêche s’est interrogée : Pourquoi le Pakistan ne vous intéresse-t-il pas ? Elle a invité ses lecteurs à commenter cette indifférence à l’égard du Pakistan. Un lecteur répond : « un pays qui grouille de pauvres gens en dessous du seuil de pauvreté… Et qui possède la bombe atomique… on est tenté de le laisser résoudre ses problèmes tout seul ». Un autre lecteur répond ainsi : « parce qu’il y a d’autres pays qui le méritent plus. C’est un pays de terroristes qui dépensent des millions pour acheter des armes. Cet argent servirait mieux à aider les gens les plus pauvres, à permettre aux petites filles d’accéder à l’éducation ».





Sarkozy : une fin de règne cahotique

25 08 2010

Aux yeux de Nicolas Sarkozy, que vaut l’Europe? Bizarrement, aux beaux jours de son règne, le président français a fait de l’Europe sa priorité. Au moment où la France devait occuper la présidence de l’Union européenne. La crise économique a changé la donne. Nicolas Sarkozy a semblé délaisser l’Europe dans son désir de changer le capitalisme mondial en se rangeant du côté du G20. Rien n’est gratuit dans la stratégie de Nicolas Sarkozy. La France présidera en 2011 le G8 et le G20. Après avoir occupé pour si peu le terrain européen, rien de mieux que de viser un forum plus large. Quitte à renier quelques vieux principes républicains. Pourrait-on imaginer un nouveau Bretton Wood qui passerait par l’imaginaire de Nicolas Sarkozy?

Nicolas Sarkozy s’est préparé de longue date. En mars dernier, le président français, de New-York, exhortait son homologue, Barack Obama, à entendre l’appel de l’Europe sur la réforme de la gouvernance mondiale : « Si l’Europe et les États-Unis n’inventent pas ce nouveau modèle, personne ne le fera ». Il n’y a pourtant pas si longtemps la France voyait démesurément grand. Les Charles de Gaulle, François Mitterand et Jacques Chirac projetaient toujours dans cette France cette image séculaire de « grande nation », ce qui n’était pas sans irriter les voisins européens. Les atermoiements de Nicolas Sarkozy, sa gesticulation, ses sautes d’humeur, ses volte-face, font-elles encore le poids aujourd’hui?

Rappelez-vous. C’était avant la crise. Le président investissait massivement (euphémisme) pour encourager les heures supplémentaires, l’accession à la propriété et la constitution d’un héritage. Après la crise, la France qu’incarne Nicolas Sarkozy n’hésite plus à distiller sa pédagogie de bon gestionnaire. Même si les caisses de l’État sont vides. Le bon gestionnaire est sans le sou. La Grande France en est réduite à procéder à des ponctions de 10 milliards d’euros sur les niches fiscales.

Nicolas Sarkozy est de plus en plus brouillé par les scandales. Nicolas Sarkozy voit fondre sa crédibilité. L’affaire Bettencourt-Woerth a une portée d’ondes dévastatrices considérable. Le comble réside dans le fait que des ministres vont jusqu’à remettre en cause le droit des médias de mener des investigations sur le financement occulte des campagnes présidentielles. Le gouvernement n’a d’objectif présent que de faire taire les scandales qui l’affaiblissent. Au risque de bafouer ignoblement les principes républicains de liberté, égalité et fraternité qui ont marqué les jalons historiques de la Grande France.

Le bon gestionnaire s’effondre sous les révélations truculentes d’une presse de moins en moins servile et plus caustique à l’égard du président. Un Français sur deux (55%) souhaite que la gauche gagne la prochaine présidentielle, selon un sondage Viavoice pour Libération. Le bon gestionnaire que se veut Nicolas Sarkozy n’est crédité que d’une popularité de 34% seulement. C’est peu. Et le président de la prochaine rencontre du G8 et du G20 aura fort à faire pour donner des leçons de gouvernance.

Avec le discours de Grenoble, le président Nicolas Sarkozy a abaissé d’un cran la dignité présidentielle française. Le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, a qualifié Nicolas Sarkozy de délinquant constitutionnel. Le pape Benoît XVI, qui s’exprimait depuis sa résidence d’été de Castel Gandolfo, n’a pu omettre de souligner que les textes liturgiques de ce jour nous redisent que tous les hommes sont appelés au salut. C’est aussi une invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines, à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toute nation et de toute langue.

Les coups les plus durs sont venus de New-York. En date du 5 août dernier, le New York Times se pourfend d’un éditorial assassin, Xenophobia : Casting Out the Un-French, à l’égard de la France. Dans un pays qui a longtemps défendu avec orgueil le principe d’égalité devant la loi de tous les citoyens français, écrit le New-York Times, Nicolas Sarkozy « attise dangereusement les sentiments anti-immigrés » au nom de « calculs politiques à court terme ». Le Times poursuit : «Faire campagne contre les immigrés est populaire chez les électeurs français de souche et M. Sarkozy ne s’en est jamais caché ». Et comme l’indique le Figaro, le journal NYT note au passage que Nicolas Sarkozy a pour père un immigrant hongrois naturalisé et qu’il a épousé une Italienne ayant également acquis la nationalité française. Il rappelle également à celui « qui aime être appelé Sarko l’Américain » qu’aux États-Unis, la citoyenneté américaine est protégée par le 14e amendement, qu’elle soit de naissance ou acquise.

Il semble bien que l’Amérique n’a pas entendu le message du ministre de l’Immigration. Eric Besson n’a pas hésité à déclarer que la France « n’a pas de leçons à recevoir », car elle est le pays « le plus respectueux du droit des étrangers ». Le 12 août dernier, un comité des Nations unies a noté une recrudescence notable du racisme et de la xénophobie en France, notamment à l’encontre des gens du voyage. Foreign Policy se demande « What’s behind Sarkozy’s crackdown on the Roma? » Et de conclure : Il s’agit en fait d’une « stratégie politique de Nicolas Sarkozy ». Le Times de Londres évoque, pour sa part, le souvenir de la Gestapo. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, cité par Courrier international, dénonce un président qui « multiplie les gesticulations, croyant faire montre de force alors qu’il révèle ainsi sa faiblesse ».

Tous ces bruits et ces gesticulations ont-ils pour objectif premier de faire glisser sous la carpette les scandales de la France et sa piètre économie? Christine Lagarde a assuré que la France ferait tout ce qui est nécessaire pour ramener son déficit public à 6% du PIB en 2011. C’est un engagement très, très fort de la part du président et du gouvernement, a dit Christine Lagarde. L’exécutif jure que ni l’impôt sur le revenu, ni la TVA, ni l’impôt sur les sociétés ne seront augmentés. Tous les Premiers ministres français, depuis des années, ont pris l’engagement de ramener le déficit sous la barre des 3% sans l’atteindre. La Suède, le Canada et l’Irlande ont pourtant retrouvé un équilibre budgétaire sans alourdir la pression fiscale des populations par des augmentations d’impôt. Le déficit budgétaire, qui sera de 8 % en 2010, devra être ramené à 6 % l’an prochain. Comment la France s’y prendra pour parvenir à retrouver une gestion équilibrée de son budget, surtout avant la rencontre du G8 et du G20 en 2011? Pour l’agence de notation Moody’s, la France n’a jamais été si près de perdre sa note AAA et donc un peu de sa crédibilité auprès des investisseurs.

Les compressions visées toucheront principalement les niches favorisant l’épargne salariale, l’assurance vie ou l’épargne retraite. Les salaires des fonctionnaires seront gelés. Le non-remplacement d’un poste de fonctionnaire sur deux qui quitte pour la retraite perdurera. Le défi est de taille : la France doit trouver entre 3 et 3,5 milliards d’euros supplémentaires si elle veut réussir à ramener son déficit à 6 % du PIB en 2011. Les 470 niches fiscales recensées représentent un manque à gagner pour l’État en 2010 de 75 milliards d’euros.

Au moment où emploi et croissance sont les thèmes prioritaires pour les Français, la présidence devra discourir sur la décroissance et les compressions. Sarkozy entend de plus faire de la réforme du régime des retraites un symbole de son quinquennat. Les Français ne sont guère enchantés de travailler progressivement deux ans de plus pour compenser les dépenses excessives de l’État. Qui plus est, le nombre de salariés partant en retraite a fondu : en 2009, ils n’étaient que 734 000, contre 785 000 l’année précédente. Les messages sont un peu contradictoires entre le gouvernement et le parti de la majorité : le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, a déclaré que « l’heure n’est pas à une révolution concernant l’assurance-vie », à propos du placement préféré des Français, dont les avantages fiscaux pourraient être réduits.

La facture pour le carburant a bondi de 12% sur un an, et celle pour le fioul domestique de 24%. Le coût des réparations automobile ont grimpé de 3% et la facture des fruits et légumes de 14%. Conséquence : le pouvoir d’achat des ménages français a reculé de 0,4% en un an, sous l’effet de l’inflation, comme l’indique une enquête de l’Institut national de la consommation (INC) – (Source AFP)

Nicolas Sarkozy espère retrouver au cours du G8 et du G20 l’aura qu’il avait su obtenir lors de la présidence française de l’Union européenne. Le président français devra parcourir une longue route pour retrouver cet aura. Selon un sondage Ifop paru dans le JDD, Nicolas Sarkozy ne recueille que 36% d’opinions favorables. La cote de popularité du Premier ministre reste nettement au-dessus de celle du chef de l’État : 46% en sont plutôt satisfaits et 7% très satisfaits.

En terminant, rien n’est gagné pour Nicolas Sarkozy. Les prochaines rencontres du G8 et du G20 pourraient constituer un cuisant échec pour le président mégalomane français. John Vinocur, du quotidien américain International Herald Tribune, édition du 27 juillet 2010 publiée à Paris, pose un jugement sévère mais lucide sur le président français : Est-il concevable que Sarkozy et la France aient l’autorité et le soutien international nécessaire pour essayer de mettre un panier de devises à égalité avec le dollar ? De plus, les grandes ambitions de Sarko ont généralement explosé sous la pression de leur excès. Son projet d’Union pour la Méditerranée, où la France devait avoir le rôle clé dans une quasi-confédération rassemblant pays arabes et pays de l’Europe du Sud, n’a abouti à rien.





L’heure de quitter a sonné pour Jean Charest

24 08 2010

Rien ne va plus. Tout ce qu’entreprend le premier ministre Jean Charest ne trouve plus grâce aux yeux de la population québécoise. Imaginez : 67 pour cent de la population jugent que le dernier remaniement de Jean Charest n’aura pas pour conséquence de le réhabiliter aux yeux de l’électorat. Il n’y a que 11 pour cent de la population qui croit que Jean Charest pourra se refaire une nouvelle image avec ce cabinet malhabilement remanié.

Il existe une tradition non écrite au Québec qui veut qu’un premier ministre, au cours d’un deuxième mandat, soit sans détour répudié par la population. Un gouvernement fatigué qui fatigue la population. Le dernier sondage Léger Marketing pour Le Devoir et The Gazette ne donne pas dans la dentelle : 57 pour cent de la population québécoise veulent le départ de Jean Charest. Point.

Le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement dans son ensemble s’élève à 76 pour cent des répondants.

Qui pourrait remplacer Jean Charest. La situation n’est guère meilleure. Denis Coderre est en tête des candidats potentiels avec seulement 11 pour cent d’adhésion. Philippe Couillard ne récolte que 10 pour cent.

La Commission Bastarache, par suite de la décision précipitée de Jean Charest, pour éviter une enquête publique sur les scandales qui ont éclaboussé son gouvernement, ne fait l’objet d’aucune crédibilité dans la population. Au contraire. Marc Bellemare est la personne en qui la population voue sa pleine confiance. Plus de la moitié des Québécois (53%) considère Marc Bellemare toujours aussi crédible alors Jean Charest et son gouvernement ne récoltent que 12 pour cent. Ce sondage Angus Reid pour la Presse démontre bien que la population ne démord d’une commission d’enquête publique puisque 69 pour cent des répondants sont de cet avis. Et 59 pour cent des répondants croient Marc Bellemare lorsqu’il affirme que Jean Charest est lié à un possible trafic d’influence.

La réalité est brutale. Selon un autre sondage Angus Reid pour La Presse, 72 pour cent des répondants francophones souhaitent le départ de Jean Charest et 54 pour cent souhaitent le départ de Pauline Marois. Selon ce même sondage, 66 pour cent des répondants, dans leur ensemble, ont manifesté le vœu de voir Jean Charest quitter la scène politique. Après son mea culpa, Jean Charest devrait sérieusement envisager de démissionner. Jean Charest voulait une majorité. Il l’a obtenue. Il n’a su que faire de cette majorité en créant au sein de la population un cynisme exacerbé.

Avec un aplomb qui sonne faux, Jean Charest affirme qu’il ne craint nullement la campagne électorale dans la circonscription de Saint-Laurent. Il tentera d’y faire élire Jean-Marc Fournier. Le Premier ministre ne croit tout simplement que les travaux de la Commission Bastarache porteront ombrage à cette campagne électorale. Il ne faut pas oublier que c’est ce même Jean-Marc Fournier qui a touché en 2008 une allocation de départ de 145 000 $. Tout récemment, le ministre Jacques Dupuis avait empoché également une prime de départ de 150 000 $.

Jean Charest a droit à un salaire de 183 000 $ de l’Assemblée nationale. Il reçoit du Parti libéral du Québec une allocation supplémentaire de 75 000 $. Force est de constater que le parti politique du premier ministre est l’objet de sévères critiques sur ses mœurs politiques et sur l’éthique. Le scandale des garderies et du financement occulte du secteur de la construction ont anéanti les efforts de Jean Charest de faire bien paraître son gouvernement.

Jean Charest, face à une manifestation aussi éclatante de mécontentement de la population, résistera encore combien de temps avant de déclencher une réelle commission d’enquête pour faire la lumière sur les scandales de son gouvernement? À défaut d’une telle commission, son départ est vivement souhaité.





Bastarache-Bellemare, un combat de coqs

23 08 2010

La commission sur le processus de nomination des juges a convoqué l’ancien ministre de la Justice, Marc Bellemare, les mardi et mercredi 24 et 25 août. Le processus de nomination des juges vous intéresse-t-il autant que les tractations douteuses qui président au financement des partis politiques  ? Suivrez-vous les débats de la Commission Bastarache, dans la mesure où son président veut bien rendre publics les travaux de sa Commission  ?

Comment cette commission pourra-t-elle ramener la confiance du public à l’égard de la magistrature du Québec ? Dans un récent sondage d’Angus Reid, à peine 22 pour cent des 804 personnes interrogées croient que les juges sont nommés sur la base de leurs compétences professionnelles. Selon ce même sondage, la grande majorité croit que les honorables juges sont nommés en raison de leurs liens avec le parti au pouvoir. J’aime bien ce vieux Albert Einstein. Brillant et si éclairé. Il l’a dit et répété : « Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome ». Qu’aurions-nous fait sans lui ?

Selon le quotidien La Presse, de ce jour, Me Bellemare est toujours aussi crédible aux yeux des Québécois, révèle un sondage réalisé par Angus Reid. Quand on leur demande s’ils croient Me Bellemare «lorsqu’il dit que Jean Charest a participé à ce possible trafic d’influence», 59% des gens disaient «oui» en août, un score quasi identique à celui d’avril (60%). Toujours selon La Presse, 12% seulement des répondants retiennent la version du gouvernement.

Après des déclarations incendiaires, des retournements spectaculaires, Marc Bellemare a décidé de se présenter devant la Commission. Pour expliquer sa danse de la toupie, l’ancien ministre de la Justice affirme qu’il croyait fermement que son témoignage serait public et que sa comparution serait même télédiffusée. Aussitôt, cette affirmation a été rejetée par la Commission qui, par voie de communiqué, a déclaré que ses procureurs « ne peuvent offrir de garanties concernant la publicité d’un témoignage à quiconque ni prendre d’engagements à cet égard auprès d’un témoin sans connaître ses allégations précises, ni l’identité des personnes qui pourraient être visées par son témoignage ». La Commission a aussi précisé que le commissaire peut, selon les circonstances, imposer une ordonnance de non-publication ou un huis clos.

Marc Bellemare bat le fer en réitérant à satiété que la commission Bastarache est un « exercice coûteux et inutile qui ne vise qu’à favoriser le premier ministre (Jean Charest) dans le cadre de la poursuite qu’il a intentée contre (lui) ». Le fait que le premier ministre ait confié à Michel Bastarache, qui travaille pour Heenan Blaikie, un cabinet très proche du Parti libéral du Québec et qui profite de généreux contrats du gouvernement, la présidence de cette Commission discrédite l’exercice à sa base même. L’exclusion de l’opposition officielle aux travaux de la Commission ajoute au cynisme public qui ne voit dans cette parade qu’une futilité de plus, laquelle coûtera des millions de dollars.

La commission Bastarache, qui n’a pas encore officiellement commencé ses travaux, a déjà englouti plus de 1,3 million $. Michel Bastarache touche 250 $ de l’heure, pour un maximum de huit heures par jour. Près de 575 000 $ ont été dépensés pour la rémunération du personnel. Le budget prévu ? Aucune idée. La Commission ne bénéficie pas d’une enveloppe budgétaire fixe.

Lors de sa nomination par le premier ministre, Michel Bastarache a estimé que son enquête ne se limitait pas aux cas précis évoqués par Me Bellemare. « Il m’incombe, en l’espèce, de vérifier s’il existe ou non un problème systémique d’intervention de tiers quant aux nominations à la Cour du Québec. Pour garantir la confiance du public en notre système judiciaire, on doit faire la lumière sur les inférences que l’on peut tirer des allégations de Me Bellemare ». Et par hasard, le commissaire élargit la portée de son mandat aux années de gouvernance péquiste. La commission se penchera sur le fonctionnement du processus de nomination sur une période de 10 ans, soit depuis le 1er janvier 2000, alors que le PQ était au pouvoir sous Lucien Bouchard, puis sous Bernard Landry. Et pourtant Michel Bastarache, dans une décision qui portait à confusion, refuse à l’opposition un statut de participant, ce qu’il accorde au Parti libéral et déclare ne pas être « convaincu que l’opposition officielle ait un intérêt réel à l’égard de questions particulières qui seront soulevées lors de l’enquête, ni suis-je convaincu qu’elle ait une perspective, une expérience ou une expertise particulière qui pourrait être utile à la Commission ».

Vous y comprenez quelque chose ? Le juge Bastarache indique par contre qu’il lui paraissait « utile de voir si les processus ou les pratiques ont changé durant la dernière décennie, et si l’un ou l’autre a eu quelque impact sur l’intégrité et la fiabilité du système ». Sans la présence de l’Opposition officielle qui était au pouvoir dans les années 2000.

Bernard Landry commentait en ces termes la décision de Michel Bastarache d’élargir son mandat : « Un ancien juge de la Cour suprême, sans exception, ne peut pas être sympathique à des indépendantistes. C’est plutôt le contraire ». L’ancien premier ministre s’interrogeait sur les motifs du commissaire Bastarache : « Pourquoi essayer d’élargir l’enquête à un parti qui n’est aucunement accusé et qui n’est plus au pouvoir  ? Est-ce parce qu’il ne veut pas que le parti souverainiste en sorte indemne »  ? C’est ce qui a fait dire à Amir Khadir que cette commission « est politique avant d’être judiciaire ou administrative ».

Selon un autre sondage Angus Reid, très récent également, faut-il vraiment se surprendre que soixante-douze pour cent (72%) des personnes interrogées estiment que les politiciens font du mauvais travail ? La naïveté a un prix. La grande majorité des Québécois (71%) sont insatisfaits de la performance du gouvernement Charest et 66% s souhaitent voir M. Charest céder sa place. 54% des répondants voudraient que Pauline Marois parte. Nous pouvons congédier des politiciens. Essayez d’en faire autant avec des juges!

Que ferez-vous le 24 août ? En adulte libre, vous pourrez faire ce que bon vous plaira. Il y a des parcs où l’odeur des fleurs est meilleure que les miasmes de la politique.





Après Georges W. Bush, Barack Obama

21 08 2010

« Nous allons assister au premier procès d’un enfant soldat dans l’histoire moderne », a déclaré, auprès du juge militaire Patrick Parrish, l’avocat d’Omar Khadr, le lieutenant-colonel Jon Jackson. « Il n’existe aucun doute que M. Khadr a été soumis à des traitements dégradants », a poursuivi l’avocat. « Quand le président Obama a été élu, j’ai cru que nous allions fermer le livre de Guantanamo et des tribunaux d’exception, mais à la place, le président a décidé d’ajouter un nouveau chapitre, triste et pathétique, à ce livre », a observé l’avocat de l’enfant-soldat, Omar Khadr,maintenant âgé de 23 ans.

Le système judiciaire d’exception a été créé, en 2006, par l’administration Bush, pour juger les détenus de Guantanamo, également connue sous le nom de JTF-GTMO (Joint Task Force Guantanamo). Le 26 octobre 2001, le président George Walker Bush signe le USA Patriot Act (« United and Strenghtening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism »),voté par le Congrès à une très large majorité, qui autorise la détention sans limite et sans chef d’accusation depuis 2001. Cette loi remet en force la notion de « combattants hors-la-loi » (unlawful combatants) pour déférer devant des juridictions militaires d’exception l’ensemble des ressortissants étrangers accusés de « terrorisme », ainsi que les membres présumés d’al-Qaida capturés hors du territoire américain (décret présidentiel du 13 novembre 2001).

Il convient de rappeler que dans le préambule de la constitution des États-Unis de l’Amérique du Nord, il est écrit :

Nous, le peuple des États-Unis, afin de former une union plus parfaite, d’établir la justice, d’assurer la tranquillité intérieure, de pourvoir à la défense commune, d’accroître le bien-être général, et d’assurer pour nous, comme pour notre postérité, les bienfaits de la liberté, nous faisons, nous ordonnons et établissons cette constitution pour les États-Unis d’Amérique.

Barack Obama, dès son arrivée à la Maison Blanche, avait tenu ses promesses en annonçant la fermeture de ce camp de prisonniers de l’armée américaine. En effet, lLe 22 janvier 2009, il avait signé un décret présidentiel ordonnant la fermeture du camp dans un délai d’un an. Depuis, il a fait volte-face. « Rien n’empêche dans le droit américain de traduire un mineur en justice », a souligné David Iglesias, porte-parole de l’accusation dans le procès d’Omar Khadr, en expliquant que le ministère public n’hésiterait pas à demander une peine de prison à vie si le jeune homme est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. Il faut savoir également que cinq autres détenus – soupçonnés d’avoir joué un rôle important dans les attentats du 11 septembre – sont en attente de procès : retenus sans inculpation, ils ignorent s’ils seront jugés par un tribunal militaire ou civil. Entre 2002 et décembre 2008, 779 personnes sont passées par cet établissement dont cinq se sont suicidées.

Et c’est devant ce tribunal d’exception que le juge militaire américain, le colonel Patrick Parrish, a déclaré – dans un premier temps – recevables les « aveux » que l’accusé dit avoir faits sous la contrainte et décidé – dans un second temps – qu’« il n’y a aucune preuve crédible que l’accusé ait été torturé (…) même si on utilise une définition large (de la notion de torture) en tenant compte de l’âge de l’accusé ». Les aveux dans lesquelles le Canadien reconnaît avoir lancé la grenade « sont fiables, possèdent assez d’éléments probants, ont été livrés volontairement et ne résultent pas de la torture ou de mauvais traitements », conclut le juge.

Pour Rob Freer, spécialiste des États-Unis à Amnesty International, « les États-Unis ont fait la sourde oreille face aux appels répétés de la communauté internationale, notamment de hauts responsables des Nations unies, leur déconseillant d’établir le dangereux précédent consistant à juger dans le cadre d’un procès inique une personne qui aurait commis des  » crimes de guerre  » alors qu’elle était mineure. […] Le juge militaire a mis environ 90 secondes pour statuer, sans fournir d’explications, que n’importe laquelle des déclarations faites par ce jeune détenu pendant cette période peut être utilisée contre lui ».

Il semblerait que le juge Parrish ait volontairement ignoré le fait que la réforme très contestée des tribunaux militaires d’exception de Guantanamo, préparée par l’administration Obama et votée par le Congrès à l’automne 2009, prévoyaiit et prévoit toujours qu’ «aucune déclaration obtenue sous la torture ou par un traitement cruel, inhumain ou humiliant, qu’elle ait été obtenue sous couvert de la loi ou non, ne peut être admise par une commission militaire ». Devant ce même juge, un des interrogateurs avait pourtant raconté avoir inventé un scénario de viol pour l’impressionner. Denis Edney, avocat civil canadien du jeune homme, a déclaré aussitôt la décision du juge Parrish connue : « C’est une honte. Le juge Parrish doit retourner à l’école apprendre les bases du droit et de l’humanité ». Radhika Coomaraswamy, émissaire des Nations unies pour les enfants dans les conflits armés, rejette ce tribunal militaire d’exception : « Les normes concernant la justice des enfants sont claires: les enfants ne doivent pas être jugés par des tribunaux militaires ».

En juin 2006, la Cour suprême des États-Unis déclarait illégales les procédures judiciaires d’exception mises en place à Guantánamo. Pour Human Rights Watch, qui avait fortement soutenu les premières initiatives de Barack Obama, « la poursuite du recours aux tribunaux militaires d’exception est une grave erreur. En raison de leur procédure de niveau inférieur, et de leur lourd passif, Human Rights Watch ne croit pas que les décisions prises par ces tribunaux seront considérées comme légitimes, aussi bien à l’intérieur des États-Unis qu’internationalement ».

Les effets se font lourds sur la réputation de Barack Obama. Richard Hétu, correspondant de La Presse à New York depuis 1994, rapporte quelques détails d’une entrevue qu’accordait au journal The Hill le porte-parole de la présidence américaine Robert Gibbs. Ce dernier s’en prenait à la gauche professionnelle américaine qui critique le président : « J’entends ces gens dire qu’il est comme George Bush. Ces gens ont besoin d’être soumis à des tests antidopage. Je veux dire, c’est fou ». Comme le précise Richard Hétu, The Hill fait notamment allusion, dans son article, aux retards concernant la fermeture de Guantanamo.

L’Association américaine de défense des libertés civiles (Aclu) ne se montre guère, dans un rapport dévastateur, tendre envers l’administration Obama qui « risque d’établir une nouvelle norme conforme aux pires choix de l’ère Bush » en matière de sécurité nationale. Pour bien intentionné qu’il fut, Barack Obama, qui avait promis d’interdire la torture, de fermer Guantanamo ou de garantir la transparence de son gouvernement, n’a pas cessé de modifier substantiellement et progressivement son plan de match jusqu’à l’abandonner parfois. « Malheureusement la situation s’est répétée à chaque fois pendant les premiers 18 mois de cette administration: une importante réussite a été suivie par un recul », déplore l’ACLU. Le choix de la détention illimitée sans procès pour une cinquantaine de détenus de Guantanamo est inacceptable même si l’ACLU reconnaît à l’administration « le mérite d’avoir libéré 67 prisonniers » de Guantanamo.

En janvier 2010, Michel Colomès, dans une analyse qu’il signait dans l’hebdomadaire Le Point, écrivait : « il pourrait y avoir pour Obama une bonne occasion de montrer qu’il est un vrai démocrate et de se distinguer des pratiques douteuses de son prédécesseur : que les jugements d’une justice, qui ne serait plus d’exception, mais rendue au nom de la justice américaine ordinaire, fassent le tri entre les détenus qui peuvent s’amender au prix d’une légère sanction, voire être libérés, et ceux qui doivent être condamnés lourdement pour leur participation au terrorisme. Les tribunaux d’exception, quels que soient les pays qui les mettent en pratique, ont toujours des échecs exceptionnels ».

Pour ce grand pays qui donne des leçons de justice et de démocratie, pour ce président qui a jeté une vaste lumière d’espoir et de paix sur le monde, pour cet homme qui vient des minorités visibles et qui a gravi un à un les échelons de la réussite au-delà des adversités sociales, l’occasion est ratée. Hélas!

Au Canada, le gouvernement Harper souhaitait extrader Abdullah Khadr, âgé de 29 ans, frère d’Omar Khadr, vers les États-Unis qui l’accusent d’avoir obtenu des armes au nom d’Al-Qaïda. Abdullah Khadr était détenu au Canada depuis le 17 décembre 2005, après son retour du Pakistan. Le magistrat Chris Speyer a indiqué que les autorités américaines n’avaient pas respecté toutes les règles dans ce dossier. « La somme des violations des droits humains est à la fois choquante et injustifiable », a écrit le juge Speyer dans sa décision. Et le juge de poursuivre : « compte tenu de cette faute grave, il ne peut y avoir un cas plus clair qui mérite un arrêt des procédures ». C’est pour ces raisons que le juge a ordonné la libération d’Abdullah Khadr.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada, juge grave le comportement du premier ministre Stephen Harper et de son gouvernement : « Le refus borné du gouvernement de protéger les droits fondamentaux d’Omar Khadr n’est plus seulement embarrassant. Sur la scène internationale, la position du Canada comme pays qui défend les droits de la personne universels est devenue une moquerie ». Amir Attaran, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, se montre très pessimiste : « Les Américains sont disposés à utiliser des preuves obtenues sous la torture, poursuit-il, découragé. Ils sont disposés à utiliser des preuves provenant de témoignages qui ont été modifiés ou altérés après les faits. C’est digne de la fiction. Ça n’arrive pas dans les vrais tribunaux. Et finalement, dans les pays civilisés, les enfants ne sont pas traînés en justice pour des crimes de guerre. […] Peu importe quand le procès débutera, la seule certitude qu’on peut avoir, c’est que les États-Unis, en allant de l’avant, violeront les exigences d’équité et de transparence nécessaires à tout processus judiciaire dans le monde civilisé ».

Et Stephen Harper se fait complice de ces dénis de justice.