Le terrible gâchis de Jean Charest : le gaz de schiste

3 09 2010

Une chose apparaît de plus en plus évidente. Notre premier ministre n’a plus la qualité morale pour gouverner. Empêtré dans un procès avec son ex-ministre de la justice, ciblé par une commission d’enquête sur le processus de nomination des juges, dénoncé de toutes parts sur sa gestion des gaz de schiste, Jean Charest n’est plus à l’écoute de la population et la population n’écoute plus son premier ministre.

L’opposition clame haut ce que pense le peuple tout bas. Le gouvernement Charest semble avoir les pieds bien ancrés dans le ciment de l’industrie pétrolière et gazière du Québec. La population semble inquiète et une grande partie s’oppose à l’exploration et à l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire. Jean Charest et son gouvernement persistent et signent. Il a cédé pieds et mains liés les droits de cette ressource naturelle à l’industrie gazière, sans aucune vision sur l’avenir et sur les générations futures. La cupidité d’aujourd’hui occupe la place prévision pour  demain. De quoi sera fait demain? Bien malin qui pourrait répondre à cette question dans le gouvernement de Jean Charest.

Il faut rappeler que l’industrie pétrolière et gazière, forte des permis que lui a délivrés le gouvernement Charest (Au Québec, l’obtention de permis de prospection ou d’extraction de gaz de schiste n’est pas sujette au Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement), s’est permise de pointer des lieux d’exploration du gaz de schiste sans en informer ni les citoyens ni les élus municipaux. N’eut été de la vigilance d’un journaliste qui a découvert ces sites d’exploration, qu’en aurions-nous su? La population, à la lumière du désastre dans le Golfe du Mexique, estime que cette industrie comporte des risques élevés pour l’environnement. Notamment la contamination de la nappe phréatique.

Pour répondre, a posteriori, aux objections de la population, le gouvernement de Jean Charest a confié au Bureau d’audiences publiques en environnement le mandat de procéder à une analyse environnementale. Ce qu’il faut toutefois savoir est le fait que ce Bureau n’a de rôle que consultatif et ne jouit d’aucun mécanisme coercitif pour stopper maintenant cette exploration gazière. Les citoyens et les citoyennes mesurent pleinement à quel point leur gouvernement les mène en bateau.

La population québécoise ne sera pas rassurée davantage en apprenant qu’une nouvelle plateforme venait d’exploser dans le golfe du Mexique. Les 13 employés de la plateforme de Mariner Energy, la compagnie propriétaire, avaient d’abord cru à une nouvelle fuite de pétrole dans le golfe. La plateforme est située à quelque 130 km au sud de Vermilion Bay, en Louisiane. Elle produisait jusqu’à son explosion 1.400 barils de pétrole et plus de 250.000 m3 de gaz par jour. Selon le gouverneur de la Louisiane, Bobby Jindal, les sept puits ont été fermés.

Et pendant ce temps, au Québec, le gouvernement qui n’est plus à l’écoute de sa population laisse des compagnies gazières creuser des centaines de puits de forage sur son territoire. Et ces puits, sans exagération aucune, pourraient se retrouver dans votre cour arrière. Comme l’explique l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), le gaz de schiste, aussi appelé gaz de shale, est un gaz emprisonné dans du schiste, roche sédimentaire déposée à l’origine sous forme d’argile et de limon. Il est moins perméable que le béton, de sorte que le gaz naturel ne peut s’écouler facilement vers les puits. En fait, il est si solidement emprisonné qu’il doit d’abord circuler dans des espaces poreux mille fois plus petits que ceux du grès des réservoirs conventionnels. Les schistes sont une des sources « non classiques » de gaz naturel, qui incluent le méthane de houille et le gaz de réservoirs étanches. Le potentiel de gaz de schistes au Canada s’élèverait à 1 000 billions de pieds cubes.

Aux objections de la population, l’industrie réagit. Le président de la compagnie Questerre Energy – qui se hâte à forer dans nos terres avec une précipitation injustifiable – déplore que le discours véhiculé au sein de cette dernière se fonde sur de « vieux mythes provenant des groupes de pression politiques américains » (Le Soleil et Le Devoir, 6 août 2010). Au grand dam de l’industrie pétrolière et gazière, des voix s’élèvent au Québec pour dire : assez.

Un forum s’adressera, le 10 septembre prochain, au grand public, pour débattre de la question. Le Forum Urgence Énergie organisé par l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), le mouvement « Sortons le Québec du nucléaire » (MSQN), le regroupement citoyen « Mobilisation Gaz de Schiste » (MGS), et la Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l’environnement (UQAM) , s’inscrit dans le contexte global d’une vaste critique sociale sur les choix énergétiques actuels du gouvernement du Québec. Précédant le Congrès mondial de l’énergie, qui s’ouvrira le 12 septembre, le Forum souhaite mettre en lumière des voix alternatives pour le développement énergétique du Québec.

Un groupe d’universitaires disent non à l’exploitation sans contrôle préalable des gaz de schiste : « Avec le constat alarmant des multiples problèmes générés par la récente activité gazière aux États-Unis, de nouvelles voix se font entendre, dont celle du Sénat de l’État de New York qui demande un moratoire sur toute exploration et exploitation, tant qu’on n’aura pas fait le bilan des dégâts, des risques et des possibilités d’amélioration des pratiques. Au Québec, il devient pour le moins extrêmement urgent de disposer des rapports de caractérisation de chacun des sites avant l’ouverture des chantiers et d’obtenir des études qui montreraient avec rigueur que l’activité gazière dans la vallée du Saint-Laurent ne présente pas les mêmes risques de contamination et d’accidents que dans les structures géologiques semblables du nord des États-Unis ».

Les universitaires opposent à l’industrie, qui tente de rassurer la population sur le bien-fondé de l’exploration et l’exploitation des gaz des schistes,  les inquiétudes soulevées en Alberta et en Colombie Britannique, de même que l’analyse intitulée Energy Strategy – The Utica Shale Gas Play qui décrit les risques financiers pour les investisseurs potentiels, risques associés à des explosions de puits, des explosions et des feux dans les infrastructures de collecte de gaz, des bris mécaniques avec fuites de gaz, des déversements, ainsi que des accidents impliquant des personnes ou causant des dommages à l’environnement.

Est-ce trop peu trop tard? Le gouvernement du Québec songe à se doter d’une commission pour gérer et surveiller l’exploitation des gaz de schiste dans la province. La ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, veut également soustraire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures à la Loi sur les mines. Le gouvernement de Stephen Harper a été prévenu par ses fonctionnaires que le processus d’extraction du gaz, que l’on appelle la fracturation hydraulique, nécessitera des quantités significatives d’eau douce et augmentera les émissions canadiennes de dioxyde de carbone. Selon le site Les Affaires, la mise en œuvre de tels projets dans des secteurs dépourvus d’infrastructures entraînerait la construction de routes, de stations de forage et de gazoducs qui pourraient créer une « fragmentation à grande échelle des habitats » pour la faune.

Pour calmer les inquiétudes des citoyens sur l’exploration des gaz de schiste, l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) lance une campagne d’information qu’elle veut totalement transparente. Sauf que ce n’est pas le rôle d’une association privée de rassurer la population. Il appartient au gouvernement du Québec de faire en sorte de répondre adéquatement aux interrogations de sa population. Que viendra dire l’APGQ? Que tout va bien. Qu’il n’existe aucun danger de contamination des sols, de pollution atmosphérique et que la population n’en retirera que des bénéfices. Entre temps, le gouvernement n’impose aucun moratoire sur ces puits de forage et l’industrie poursuivra son exploration.

Le gouvernement du Québec est discrédité de toutes parts. Il est urgent que le premier ministre Jean Charest quitte pour des cieux meilleurs son poste qui n’est plus l’objet de confiance de la part de l’électorat. Si le gouvernement avait fait ses devoirs avant d’émettre des permis en consultant la population, en répondant aux questions et aux inquiétudes de cette dernière, en mesurant les impacts environnementaux de l’exploitation des gaz de schiste, nous ne serions pas face à un terrible gâchis.

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5 responses

5 09 2010
Robert Pelletier

Le terrible gâchis dans notre société d’aujourd’hui : ce sont nos journalistes, avides de popularité, qui utilisent la réputation de ceux qui réussissent pour se faire une soi-disant réputation, en utilisant les réponses et les articles de tout le monde pour faire comprendre aux citoyens leur mépris aux investisseurs. La réussite dans la société n’est pas facile quand on est honnête et que l’on se fait torpiller par des journalistes assoiffés de popularité et indignes de notre économie. Pour eux, tous les sujets sont bons pour leurs articles.
Je suis actionnaire de plusieurs Cies de la formation Shale d’Utica au Québec et je participe avec risque à l’économie du Québec. Aujourd’hui, je suis outré de voir que toute les Cies de la province de Québec ne font rien pour revendiquer leur droit. Ce sont les Cie de Junex, Gasterm, Petrolia, Quester, etc qui sont les pionniers de la découverte du Shale. Je les comprends : que faire avec des journalistes qui sont payés pour démolir notre économie! !! Aujourd’hui, on nous parle de moratoire par le gouvernement (opposition-PQ), ça va faire, c’est nous les actionnaires qui avons investi et du jour au lendemain un moratoire! C’est quoi l’affaire… il est impératif que nous mettions en branle un processus de revendication à l’échelle commerciale pour nos droits légitimes; une économie forte et la création d’emploi.
L’exploration, l’exploitation et le développement de nos ressources naturelles du Québec sont très bien encadrés. Le problème : c’est nos journalistes qui sont avides de popularité et de marasme économique et qui sont le cancer de l’opinion populaire. Quand les journalistes comprendront que construire c’est vraiment plus difficile que détruire, nous aurons une économie a la hauteur de nos investissements. Mais, que dire, conclusion : c’est comme se battre les mains nues avec quelqu’un qui est armé! La solution : retiré ses capitaux et investir à l’étranger!!!!…. Pas sur!

Robert Pelletier

7 09 2010
Pierre Chantelois

Monsieur Pelletier

Votre point est partagé par plusieurs investisseurs. Je n’en doute pas. Ce que je reproche au débat actuel est l’absence d’éthique de l’industrie qui se pointe sans avertissement dans une ville, un village, une terre, une propriété privée, et qu’elle procède sans explications à des forages pour de l’exploration. Un tel comportement est irresponsable et démontre un mépris complet envers une population qui exprime des craintes légitimes à l’égard de leur environnement. En termes de leçons aux journalistes, monsieur Pelletier, vous devriez d’abord vous pencher sur les mensonges d’une entreprise comme BP qui a délibérément manqué à ses devoirs pour favoriser la cupidité des actionnaires. Les résultats dans le golfe du Mexique sont éloquents et je peux comprendre les craintes de la population québécoise qui voit à quel point le gouvernement actuel est pieds et mains liés avec l’industrie du pétrole et du gaz.

Pierre R. Chantelois

15 09 2010
Monique Grenier

Madames et messieurs les investisseurs.

Comme dit Monsieur Pierre R. Chantelois

« Si le gouvernement avait fait ses devoirs avant d’émettre des permis en consultant la population, en répondant aux questions et aux inquiétudes de cette dernière, en mesurant les impacts environnementaux de l’exploitation des gaz de schiste, nous ne serions pas face à un terrible gâchis. »

Ce gouvernement a agit en catimini dans plusieurs dossiers, préférant prendre les intérêts des amis du parti Libéral du Québec plutôt que ceux de la population. Il a pourtant le mandat en tant que premier ministre de veiller aux intérêts de la province laquelle appartient à sa population et non uniquement aux actionnaires et propriétaires d’entreprises. La société québécoise inclus les plus démunis autant que les plus riches, les assisté-sociaux autant que les hauts salariés, les propriétaires de dépanneurs autant que les dirigeants de multinationale. Une société équilibré est équitable envers tous et chacun. Malheureusement on assiste de plus en plus à une indifférence totale pour les pauvres et la classe moyenne. On dirait que nos riches administrateurs ont manqué leurs cours d’économie. Ne savent-ils pas que les plus démunis ont des besoins? Plus ces derniers ont de la difficulté à rejoindre les deux bouts, plus il couperont sur leurs dépenses. Ils achèteront leurs linges aux friperies plutôt qu’aux magasins. ils achèteront du usagés plutôt que du neufs. Finalement c’est vos investissements qui rapporteront moins, vous serez donc moins riches. Plus vous investissez à l’étranger plus vous vous tirez dans le pied à long terme. Les chinois l’ont vite réalisé, en effet si le monde n’a pas d’argent qui achètera leur production. Il devront cessé de produire donc ils seront plus pauvres. Et voilà l’effet de domino qui est reparti.

C’est la même chose pour gaz, vous aurez du gaz stocké et des actions stockés.

Comme les ressources appartiennent au peuple québécois il est normal que ces-derniers en profitent de façon équitable autant qu’il est normal que les exploitant fassent des bénéfices. L’économie est une roue qui doit rouler pour tous.

C’est ça du véritable partenariat-public-privé!

Monique Grenier
Gestionnaire en approvisionnement.
Rédactrice du Comité Action Civique (C’est assez!)

Comité voué à l’implication des citoyens dans la vie active de leur pays depuis 1997

http://www.comiteactioncivique.com

15 09 2010
Monique Grenier

Je suis d’accord avec vous Monsieur Chantelois sur tous les points.

Les compagnies ont traité les agriculteurs comme des minables qui n’ont qu’à ce fermer la gueule et se laisser faire. Agissant comme s’ils étaient chez-eux partout ayant tous les droits parce qu’ils ont des permis. Si les américains et les canadiens se laissaient ainsi dominé c’est leurs affaires. Les plus vieux permis date des années 70 pour l’exploration gazière et pétrolière, puis il eu un boum en 2003. Ils avaient le temps pour des audiences du BAPE ainsi que pour des études, ils avaient le temps de bien expliquer leurs exploitations aux citoyens, ils ont préférés passé outre.

Très peu de compagnie offre de l’information explicative sur leurs activités d’explorations et d’exploitations à l’intention des citoyens. La seul information disponible concerne les rendements financier et les projets et s’adresse uniquement au investisseurs et la plupart des sites sont uniquement en anglais.

P.R. est l’abréviation anglaise de « Public relation » et non l’abréviation française de « Pauvre relation ». Faudrait peut-être que leurs agences de relation publique comprennent ça. C’est pas une fois qu’on est assis dans le salon d’un étranger qu’on doit lui demander si on peut entré.

Et si des citoyens demandaient des permis non pas sur la propriété du Parlement ou sur les plaines d’Abraham mais sur les terrains des résidences de ces administrateurs tous comme ils l’on fait pour les agriculteurs. Accepteraient-ils que ceux-ci s’installent ainsi?

Est-ce que Monsieur Paul Desmarais actionnaire de GDF Total accepterait que l’on fasses de l’exploration sur le vaste terrain de son Domaine de Sagard?

Y a t-ils des volontaires parmi ces compagnies? Il y a peut-être de l’or ou du gas!
La loi donne se droit pourquoi pas en profiter?

Sommes nous tous égaux devant la loi?

Pourquoi n’y a t-il pas d’exploration sur les réserves autochtone?

Si c’est pas dangereux pour l’environnement, pourquoi n’y a t-il pas d’exploration sur les réserves fauniques?

Mais il en aura sur l’ile de Montréal.

Mes plus sincères salutations.

Monique Grenier
Rédactrice
Comité Action Civique (C’est assez!)

Comité voué à l’implication des citoyens dans la vie active de leur pays depuis 1997.

http://www.comiteactioncivique.com

15 09 2010
Pierre Chantelois

Monique Grenier

Merci d’apporter à cette chronique une importante contribution sur cette question qui ne cesse d’inquiéter la population québécoise. Ce mardi, Équiterre demandait un moratoire dans l’attente d’obtenir des éclaircissements sur les effets réels de ce gaz au Québec.

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