Cellules souches : les conservateurs religieux américains bloquent l’avancement de la science

8 09 2010

Souffrez-vous de maladies comme le diabète, l’Alzheimer ou le Parkinson? Je ne sais pas si vous vous en souvenez mais en 2001, Georges W. Bush – pour des raisons morales et religieuses – avait interdit le financement par l’État des recherches fédérales publiques sur de nouvelles lignées de cellules souches embryonnaires humaines. Ces dernières étaient destinées à remplacer des cellules endommagées ou malades et à permettre la reconstitution de tissus ou d’organes. Les scientifiques pensent pouvoir les transformer en n’importe quelles cellules du corps, cardiaques, pancréatiques ou cérébrales, pour remplacer des cellules endommagées ou malades et permettre la reconstitution de tissus ou d’organes. Loin d’être vues comme une avancée scientifique, ces recherches, aux États-Unis, font débat sur un tout autre ordre d’idée. Pour les conservateurs religieux, la vie commence dès la conception. Ils s’opposent en conséquence à toute recherche qui aboutirait à la destruction d’embryons.

Barack Obama avait fait du financement fédéral de la recherche sur les CSE son cheval de bataille lors des dernières élections. En mars 2009, il autorise donc la recherche financée par l’État fédéral sur ces cellules jugées très prometteuses. Il renversait ainsi le décret de son prédécesseur George W. Bush d’interdire le financement de telles recherches dans le secteur public.

Des groupes de contestation – surtout les conservateurs religieux – ont émis dès lors un avis selon lequel la législation Obama violerait un amendement fédéral qui interdit les travaux sur des embryons mis en péril par les expériences. Ce que bien évidemment nie la Maison blanche. Cet amendement appelé « amendement Dickey Wicker » a été voté au Congrès en 1995, et signé par l’ancien président Bill Clinton. Il interdit au département de la santé et des services humains d’utiliser des fonds pour la création des embryons humains (HHS) à des fins de recherche ou dans le cadre de recherches au cours desquelles des embryons humains sont détruits.

Par suite d’une injonction interdisant le financement public des recherches sur les cellules souches embryonnaires, le 23 août dernier, par le magistrat Royce Lamberth, du tribunal fédéral de Washington, l’administration américaine annonçait aussitôt – soit le 31 août – vouloir faire appel de cette décision. L’avis du magistrat, détaillé en 15 pages, est l’aboutissement d’un procès intenté par James L. Sherley du Boston Biomedical Research Institute et Theresa Deisher d’AVM Biotechnology contre le National Institutes of Health (NIH), le principal organisme de financement public de la recherche en biologie et médecine. Les plaignants étaient soutenus par la Christian Medical Association ainsi que par Nightlight Christian Adoptions.

Washington redoutait un « préjudice irréversible aux millions de personnes très gravement malades ou blessées qui pourraient bénéficier de cette recherche, mais aussi à l’État fédéral, à la communauté scientifique et aux contribuables qui ont déjà dépensé des centaines de millions de dollars dans ce domaine de recherche ».

Ce mardi, Royce Lamberth a refusé à nouveau de lever l’interdiction, qu’il avait imposée en août, relative au financement public des recherches sur les cellules-souches. L’administration Obama avait demandé au juge de revenir sur sa décision, afin d’éviter la suppression d’un millier d’emplois. Il a maintenu l’injonction de mener des recherches publiques sur les cellules souches embryonnaires humaines. Selon l’avis de ce tribunal, une telle suspension irait à l’encontre de la volonté du Congrès stipulée dans l’amendement Dickey-Wicker, compris dans le cadre des lois de dépenses fédérales. Cette injonction ne vise pas les recherches financées par des fonds privés ou non fédéraux, lesquelles peuvent continuer. Et les dizaines de projets de recherche qui utilisent des cellules souches embryonnaires humaines financées par des fonds fédéraux pourront, pour l’heure, se poursuivre. Toutefois, une majorité des projets de recherche, représentant environ 54 millions de dollars, devront être arrêtés parce que les financements n’ont pas encore été débloqués.

Le juge Royce Lamberth le précisait bien dans sa décision de maintenir l’injonction : « Si l’une des étapes d’un projet de recherche sur les cellules souches embryonnaires résulte de la destruction d’un embryon, le projet tout entier est écarté du financement fédéral par l’amendement Dickey-Wicker ». L’honorable juge, nommé par Ronald Reagan, en 1987, va plus loin dans sa décision lorsqu’il prend position sur un débat qui reste scientifique : « Pour faire de la recherche sur des cellules souches embryonnaires, ces cellules doivent être prélevées sur un embryon, le processus aboutissant à ce prélèvement conduit à la destruction de l’embryon, donc la recherche sur les cellules souches embryonnaires dépend de la destruction d’un embryon humain ».

Comme nous pouvons nous en douter, cette décision satisfait pleinement les conservateurs religieux, notamment la Christian Medical Association ainsi que par Nightlight Christian Adoptions, selon lesquels l’administration Obama a tenté de contourner la loi en expliquant que ces fonds ne finançaient la recherche qu’une fois les embryons détruits. Ils s’opposent donc à toute recherche aboutissant à la destruction d’embryons.

La décision du juge Lamberth a entraîné la consternation au sein de la communauté scientifique qui juge incontournables les travaux sur les cellules souches embryonnaires humaines. Le directeur des Instituts nationaux de la santé (NIH), Francis Collins, a déclaré, dans une entrevue au New York Times, que cette décision pouvait affecter sérieusement l’un des domaines de recherche biomédicale les plus prometteurs. Pour le Dr Kurt Civin, directeur du Centre de biologie des cellules souches à l’Université du Maryland (est), cité par l’AFP, il s’agit d’« un sérieux revers et une politisation idiote » de la recherche sur les cellules souches embryonnaires dont le potentiel médical est énorme.

Comme l’indique Genethique, en France, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst) rendait public un rapport visant à faciliter les recherches sur les cellules souches embryonnaires, en passant du régime dérogatoire à un système d’autorisation sous condition. Si la révision de la loi sur la bioéthique du 6 août 2004 n’est pas adoptée d’ici le mois de février 2011, l’agence de Biomédecine ne pourra plus autoriser aucun autre projet de recherche.

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