Tony Blair ne regrette rien. C’est regrettable

14 09 2010

Si les États-Unis voulaient rendre la situation plus complexe, ils ont réussi. Le National Constitution Center, de Philadelphie, vient de décerner à l’ancien premier ministre britannique Tony Blair la Liberty Medal pour son engagement en faveur des droits de l’Homme. Très apprécié aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, ce dernier est de plus en plus dénigré dans son pays. Cette remise concorde en tout point avec le lancement de ses mémoires. Elle lui sera donnée par l’ancien président, Bill Clinton, et sera accompagnée d’un chèque de 100 000 $.

Tony Blair, 57 ans, est le mal-aimé dans son pays. Il a, à la dernière minute, reporté, la semaine dernière, la soirée de lancement de son autobiographie en raison de menaces lancées par des protestataires. En effet, une soirée gala devait avoir lieu mercredi dernier à la Tate Modern de Londres pour souligner le lancement de ses Mémoires, « À Journey ». À Dublin, alors qu’il arrivait dans une librairie pour une séance de dédicace, Tony Blair fut conspué par quelque 200 manifestants qui lui ont lancé … des œufs et scandé des slogans hostiles l’accusant d’avoir « sang sur les mains ». Le livre pourrait avoir de bonnes chances de se vendre aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Europe, poussant les ventes au total vers le million d’exemplaires, avant même une sortie en poche. L’à-valoir de 5,6 millions d’euros que Tony Blair a reçu pour écrire son livre, ainsi que les futures royalties, vont être consacrés à la construction d’un centre sportif pour les blessés de guerre britanniques. Tony Blair versera à la Royal British Legion les dividendes perçus. Les contestataires anglais qualifient ce cadeau d’argent sale, d’argent du sang. Et de l’autre côté de l’Atlantique, le Washington Post s’étonne de la cinglante réponse des Anglais à l’offre de Blair.

Au passage, pour être en mesure de verser une telle somme, encore faut-il que Tony Blair en ait les moyens. Il aurait gagné en trois ans 18 millions d’euros. Il est sous contrat – 2,4 millions d’euros par an – avec la banque américaine JPMorgan en tant que consultant. Ainsi qu’avec la banque suisse Zurich Financial. Il facture à prix d’or, en général 120.000 euros, ses interventions publiques en tant que conférencier. Tony Blair serait le mieux payé au monde avec des cachets qui pourraient même aller jusqu’à plus de 400.000 euros. En tout, selon le Telegraph, ce business lui aurait déjà rapporté 11 millions d’euros. Tony Blair, l’astucieux, a mis au point un montage financier extrêmement complexe – mais tout à fait légal – lui permettant de ne pas dévoiler l’ensemble de ses gains.

Ce qui est remarquable chez cet homme est la vision qu’il propose de son action en politique étrangère. Dans un entretien diffusé à la BBC, et cité par Radio-Canada, Tony Blair a rejeté les allégations selon lesquelles les interventions de troupes étrangères en Irak et en Afghanistan avaient entraîné une radicalisation dans le monde musulman. Il a ajouté que « la plus grande menace » en matière de sécurité internationale était ce « mouvement radicalisé », « assez similaire au communisme révolutionnaire ». Selon lui, l’extrémisme lié à Al-Qaïda est un « mouvement idéologique mondial » soutenu par l’Iran. Tony Blair, le va-t-en-guerre, se montre dur, très dur à l’égard de l’Iran : « Je pense qu’il est totalement inacceptable pour l’Iran d’avoir une installation nucléaire militaire, et je crois que nous devons être prêts à les contrecarrer, y compris militairement. Je crois qu’il n’y a pas d’alternative s’ils continuent de mettre au point des armes nucléaires. Ils doivent recevoir le message haut et fort ». Blair, qui n’en est pas à un amalgame près, déclarait à The Guardian : « Ce qu’il y avait de choquant avec le 11 septembre, c’est que 3 000 personnes sont mortes en un jour, mais ça aurait été 300 000 s’ils avaient pu le faire. C’est pourquoi j’ai bien peur que, à propos de l’Iran, je ne prendrais pas le risque de les laisser acquérir des capacités nucléaires » (The reason for that, let me explain it, is that in my view what was shocking about September 11 was that it was 3,000 people killed in one day but it would have been 300,000 if they could have done it. That’s the point).

Sur la guerre en Irak, Jeune Afrique rappelle un épisode qui en dit long sur les désapprobations qui étaient clairement signifiées au Premier ministre de l’époque, Tony Blair. En 2003, Nelson Mandela s’était publiquement opposé à l’invasion de l’Irak. Ses déclarations laissaient alors sentir que Tony Blair était tombé bien bas dans son estime. Il l’avait désigné par le titre peu flatteur de « ministre des affaires étrangères des États-Unis ». Et dans cette brique de 800 pages, Tony Blair revient sur la vision anti-américaine de Jacques Chirac qui a refusé de participer à la guerre en Irak : « Son attitude envers les Américains s’apparentait à une caricature de Français, de haut en bas. Il les analysait avec une sorte de détachement, les considérait tel un sénateur romain à la fin de l’Empire face aux Wisigoths : puissants certes, mais qui n’en demeuraient pas moins des Barbares ». Jacques Chirac a déclaré ne pas aimer la gastronomie anglaise et a affirmé « qu’on ne pouvait faire confiance à des gens dont la nourriture est aussi mauvaise », rapporte Tony Blair dans ses Mémoires.

L’homme, Tony Blair, ne s’est pas trompé dans son choix de partir en guerre aux côtés de Georges W. Bush : « Je ne saurais regretter la décision d’entrer en guerre. (…) Sur la base de ce que nous savons vraiment maintenant, je reste persuadé que laisser Saddam au pouvoir se serait révélé un risque plus important pour notre sécurité que le renverser. Malgré les conséquences terribles de la guerre, la réalité d’un pays laissé aux mains de Saddam ou de ses fils aurait été sans doute bien pire ». Et du même souffle, Tony Blair ajoute : « Je regrette de toutes les fibres de mon être la perte de ceux qui sont morts […] mais sur la base de ce nous savions, je reste persuadé que laisser Saddam au pouvoir était un risque plus important pour notre sécurité que de le renverser ». Ce passage est révélateur de l’homme : « Je ne peux pas m’excuser avec des mots », écrit-il. « Je ne peux qu’espérer me racheter un peu de ces morts par les actions que je mène dans ma vie, qui, elle, continue ». À propos de Georges W. Bush, Tony Blair n’a que de bons mots pour l’homme : « L’une des caricatures les plus grotesques à propos de George, c’est qu’il serait un illustre crétin arrivé à la présidence par hasard. (…) J’en suis venu à l’aimer et à l’admirer. (…) C’était, d’une façon bizarre, un véritable idéaliste, (…) d’une grande intégrité ».

Advertisements

Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :