La Palestine siégera-t-elle aux Nations Unies, un jour ?

24 09 2010

Barack Obama a, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, émis l’hypothèse que les membres pourraient accueillir d’ici un an un nouveau membre s’ils appuient ses efforts de paix au Proche-Orient : « Quand nous reviendrons ici l’année prochaine, nous pourrions avoir un accord qui nous mènera à accueillir un nouveau membre des Nations unies : un État de Palestine indépendant, vivant en paix avec Israël ». Pour réaliser cet objectif, très audacieux, Barack Obama a exhorté ses homologues du monde entier à mettre fin à leurs divisions sur le conflit pour favoriser la paix. Les négociations ont repris le 2 septembre dernier, sous l’égide des États-Unis, après vingt mois d’interruption.

Dans une formule choc, le président américain a explicité son point de vue : « Ceux d’entre nous qui sont des amis d’Israël doivent comprendre que la vraie sécurité pour l’État juif requiert une Palestine indépendante. Et ceux d’entre nous qui sont amis des Palestiniens doivent comprendre que les droits du peuple palestinien ne seront conquis que par des moyens pacifiques, dont une véritable réconciliation avec un Israël en sécurité ».

Du côté de l’Autorité palestinienne, le président Mahmoud Abbas croit que les négociations ont « une chance d’aboutir » avec le soutien de la communauté internationale. Le seul obstacle à cette réussite, toutefois, selon M. Abbas, serait la reprise de la colonisation juive en Cisjordanie occupée, à l’expiration, dimanche 26 septembre, d’un moratoire en place depuis dix mois. Environ 300.000 Israéliens vivent dans 120 colonies officiellement reconnues en Cisjordanie. Et 192.000 autres sont implantés à Jérusalem-Est. Pour monsieur Abbas, « Le monde entier considère que la colonisation est illégale donc il faut qu’elle cesse. Nous ne demandons que l’arrêt de la colonisation pour donner une chance aux négociations, faute de quoi il sera extrêmement difficile de les poursuivre ». Notons qu’une centaine d’autres colonies non autorisées et non reconnues par Israël seraient également installées en Cisjordanie. L’armée israélienne a, de son côté, fixé l’échéance au 30 septembre à minuit.

Pour chercher des appuis à ce dialogue direct entre Israël et l’Autorité palestinienne, Hillary Clinton s’est adressée à l’émir du Qatar, Hamad Al-Thani, au ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, et au comité de suivi de la Ligue arabe. Le Quartette pour le Proche-Orient est également intervenu pour qu’Israël prolonge le moratoire sur la colonisation en Cisjordanie. Devant l’Assemblée générale des Nations Unies, Barack Obama a rappelé la position américaine, identique à celle du Quartette pour le Proche-Orient, de l’Union européenne ou encore de l’Égypte, médiateur dans ce dossier : « Le moratoire sur les colonies juives a changé les choses sur le terrain et a amélioré l’atmosphère des discussions. Notre position sur cette question est bien connue. Nous pensons que le moratoire doit être prolongé ». […] Pour le président américain : « Les pourparlers actuels doivent se poursuivre jusqu’à leur aboutissement ».

Le représentant du Quartette, Tony Blair, a estimé dans Le Monde qu’il y avait « de bonnes chances d’arriver à un accord de paix » : « Et ce pour deux raisons. La première, c’est que Barack Obama a fait du Proche-Orient l’une de ses priorités. La deuxième, c’est que l’ensemble de la région y est favorable ». Selon le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, le Quartette devrait adopter une position plus active afin d’appuyer les négociations entre Palestiniens et Israéliens. Sergueï Lavrov, en visite de travail à Paris, a dit souhaiter que le Quartette – (Russie, États-Unis, Union européenne et Onu) – soit directement impliqué dans l’organisation de ce dialogue. Les Nations unies et l’Union européenne ont ajouté leur voix pour un gel de la colonisation.

Benyamin Netanyahou refuse toujours de prolonger le moratoire. Hillary Clinton a indiqué clairement qu’elle espérait une prolongation de ce moratoire, comme l’a demandé le président américain Barack Obama. Danny Ayalon, le vice-ministre israélien des affaires étrangères, a évoqué la possibilité d’une solution de « juste milieu », comme une reprise limitée de la colonisation. Les Israéliens demeurent toujours divisés sur la création d’un État palestinien. Le président égyptien Hosni Moubarak est intervenu sur cette même question en indiquant qu’il s’aligne sur la position américaine et il demande « d’arrêter la colonisation durant trois ou quatre mois » supplémentaires, dans le but « de parvenir à un accord de paix dans trois ou six mois ».

Benyamin Netanyahou pourrait être tenté de négocier une prolongation de ce moratoire en sollicitant des États-Unis un geste de bonne volonté destiné à faire accepter à sa coalition une prolongation du gel de la colonisation. Il demanderait rien de moins que la libération de l’Américain Jonathan Pollard, condamné à la prison à vie, aux États-Unis, en 1987, pour espionnage au profit d’Israël. Selon la radio militaire israélienne, un émissaire aurait été chargé par le premier ministre de sonder l’Administration Obama sur ce sujet. Le cabinet de Benyamin Nétanyahou a refusé de confirmer l’information. Les responsables du renseignement américains seraient farouchement opposés à une telle mesure de clémence à l’égard de celui qu’ils qualifient de l’un des pires espions de l’histoire des États-Unis. Nétanyahou avait déjà demandé la grâce de Jonathan Pollard à Bill Clinton en 1998.

Un groupe israélien de gauche, Peace Now a emmené des élus, des journalistes et des photographes à bord d’un avion pour survoler la Cisjordanie. Le but était de montrer que la colonisation israélienne continue et que le territoire sera bientôt indivisible, ce qui éliminera ainsi la possibilité de créer deux États distincts.

Une ONG américaine luttant en faveur de la paix au Proche-Orient, Americans for Peace Now (APN), a mis au point, technologie oblige, une application, à partir d’une carte Google, pour les téléphones multimédia iPhone et les tablettes numériques iPad qui permet de suivre l’avancée de la colonisation israélienne en Cisjordanie. « N’importe qui, n’importe où, peut désormais se connecter et voir la réalité du terrain », a déclaré dans un communiqué Debra DeLee, présidente et directrice exécutive de l’ONG. Cette application, dénommé «  Facts on the Ground : the APN Map Project », est en réalité une carte géopolitique interactive qui représente des années de collecte d’informations.

Encore une fois, les négociations directes dépendront de la bonne volonté des uns et des autres. Benyamin Netanyahou et le président palestinien Mahmoud Abbas se sont engagés à se rencontrer toutes les deux semaines. Comme rien n’est simple au Proche-Orient, Abbas a prévenu qu’il ne négocierait pas « un seul jour » avec Israël si ce dernier reprenait la colonisation dans les territoires palestiniens occupés. De son côté, tout indique que Benyamin Netanyahou n’a pas changé de position sur cette question : « il n’y a aucune décision de prolonger le moratoire au-delà de la date prévue ». M. Netanyahou aurait consulté le « forum des sept » principaux ministres qui a décidé de ne pas prolonger le gel partiel de la colonisation. Et pour compliquer davantage la situation, selon un sondage publié par le quotidien Yédiot Aharonot, une majorité d’Israéliens (51%) estime que le Premier ministre Benjamin Netanyahou doit ordonner la reprise de la construction à l’issue du moratoire, le 26 septembre. 39% sont favorables à la poursuite du gel partiel de la colonisation et 10% sont sans opinion.

Selon un autre sondage, celui-là émanant du Jerusalem media and communications centre (JMCC), un centre de médias et de communication palestinien, cité par Le Figaro, les Palestiniens sont en majorité (54,3%) favorables à la reprise des négociations de paix avec Israël et opposés à la lutte armée, mais ils ne croient pas que ces pourparlers déboucheront sur un accord. Selon le même sondage, près de 60% des personnes interrogées sont hostiles à des « opérations militaires contre des cibles israéliennes ». 30% y sont favorables. Un sondage israélien récent montrait que les Israéliens sont plus sceptiques, 71% ne croyant pas que les discussions directes déboucheront sur un accord de paix.

Qui veut la paix au Proche-Orient ?

Nassif Hitti est ambassadeur de la Ligue arabe. Il se montrait pessimiste au micro de RFI : « Nous avons toujours appelé à des négociations directes, mais des négociations directes avec le bon cadrage, un calendrier précis et que tous les enjeux qui font le conflit israélo-arabe soient mis sur la table. Malheureusement, il n’y a eu jamais cela. Nous attachons toujours une grande importance à ces négociations, mais en même temps, je ne peux être que sceptique. Je trouve très difficile sur le terrain de maintenir une politique de colonisation très active, – actuellement où il y a plus de 500 000 colons entre Jérusalem-Est et la Cisjordanie -, d’une part et négocier l’avenir des territoires et l’établissement d’un État palestinien viable d’autre part. Je vois mal comment on peut avancer ».

Sans accord, disait Barack Obama, devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, « cette Terre sainte resterait un symbole de nos différences, au lieu d’être celui de notre humanité commune », et « plus de sang sera versé ».

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