Avdeï Ter-Oganian pourra exposer au Louvre

2 10 2010

La démocratie viendra-t-elle en Russie par ses artistes ? Il semblerait qu’il soit encore difficile de changer les mentalités dans l’ancienne capitale soviétique. Avdeï Ter-Oganian, d’origine russe, est un réfugié politique depuis onze ans en République Tchèque. Il est catalogué dans les artistes contestataires. Avdeï Ter-Oganian vit en exil parce qu’il est sous le coup de poursuites pénales dans son pays. Son crime? Il a découpé en public des icônes orthodoxes lors d’une foire artistique en 1998. Comme l’explique Ria Novosti, lors de la foire Art-Moscow, Avdeï Ter-Oganian a exposé des icônes orthodoxes sur lesquelles, moyennant une somme symbolique, il portait des inscriptions et des dessins obscènes, puis il s’est employé à les écraser avec une hache. Une heure plus tard, son stand a été fermé, et l’artiste a dû passer plusieurs heures au poste. Après l’ouverture d’une enquête judiciaire à son encontre, il a quitté le pays et vit depuis sept ans à l’étranger. Il n’a depuis jamais pris le risque de revenir.

Du 14 octobre 2009 au 31 janvier 2011, dans le cadre de l’année croisée France-Russie, le Louvre présentera une exposition d’art contemporain russe : « Contrepoint » qui doit réunir une quinzaine d’artistes, choisis par Marie-Laure Bernadac, conservateur général, chargée de l’art contemporain au Louvre. L’artiste Avdeï Ter-Oganian Avdeï Ter-Oganian devait envoyer quatre œuvres, dont un tableau appelé : Radical abstractionnisme n°8, un rectangle noir sur fond rouge au-dessus d’un petit cercle blanc porte la légende : « Cette œuvre appelle à commettre un attentat contre l’homme d’Etat V.V. Poutine dans le but d’arrêter son activité étatique et politique ». Moscou n’a pas apprécié. Andreï Boussyguine, un vice-ministre russe de la Culture, a une opinion bien arrêtée sur l’œuvre d’Avdeï Ter-Oganian : « les toiles abstraites d’un artiste contestataire interdites d’exposition au Louvre pourraient inciter à la haine et à la violence. Les oeuvres d’Avdeï Ter-Oganian représentent des toiles abstraites (…) avec des inscriptions qui pourraient être comprises comme des appels à un coup d’État et l’incitation à la haine ethnique et religieuse ».

L’artiste ainsi incriminé expose déjà ses toiles au Musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne, et au centre d’art contemporain russe Garage. Par une décision de Moscou, Avdeï Ter-Oganian n’aurait pu exposer au Louvre. Ce dernier a aussitôt riposté en adressant une lettre à la commissaire de l’exposition, Marie-Laure Bernadac, accusant les autorités russes et l’aile droite de l’Église orthodoxe de s’en prendre régulièrement aux artistes, notamment ceux qui s’essaient à critiquer la religion. Par suite de la décision de Moscou, sept artistes avaient déclaré qu’ils ne participeraient pas à l’exposition en solidarité avec Avdeï Ter-Oganian qui leur avait adressé une lettre ouverte. Ce qui faisait dire à l’artiste censuré, sur son blogue, que le boycott de l’exposition « va accentuer un conflit absurde entre l’art et le pouvoir. Mes œuvres ont été créées pour cela et ont illustré l’idiotie des idiots ».

Anatoli Korolev, commentateur politique RIA Novosti, écrivait déjà en février 2005 : « Soixante-dix ans de censure soviétique ont créé l’environnement psychologique du tabou absolu: tabou sur l’érotique, tabou sur la satire, tabou sur tout ce qui portait atteinte au prestige du pays. Impossible de les énumérer tous. Et c’est cet héritage d’innombrables tabous qui a fini par se retrouver dans le collimateur des maîtres contemporains qui se délectent en faisant de l’épate. Si à Paris ou à New York un acte artistique extrême n’étonne guère, en Russie toute désinvolture tourne au scandale, et fait de l’artiste le héros des journaux et de la télévision, mais aussi des instances judiciaires ».

Après des pourparlers entre Paris et Moscou, les autorités russes ont, ce vendredi, donné leur feu vert pour que le Louvre expose finalement l’œuvre d’Avdeï Ter-Ogania. Embarrassé mais décidé à tenir bon, tout indique que le Louvre avait engagé des discussions pour parvenir à débloquer la situation et obtenir que la totalité des œuvres soit présentée, C’était un « tout ou rien ».

Le site Louvre pour tous rappelle un épisode similaire, en 2007, qui s’était déroulé à l’exposition Sots Art : « À l’époque, la censure émanait du ministre russe de la Culture Alexandre Sokolov qui avait qualifié d’ordurières les œuvres incriminées signées d’artistes qu’on retrouvera au Louvre comme les fameux Blue Noses. Depuis, le ministre jugé trop rétrograde a laissé la place à Alexandre Avdeev, francophile et ancien ambassadeur de Russie à Paris qu’on disait plus libéral (déjà dans la maison lors de l’affaire Farewell à l’époque soviétique). Aujourd’hui, celui-ci brille étrangement par son absence ».

Les relations franco-russes en matière d’art ne cessent de faire jaser les milieux spécialisés. Encore une fois, Louvre pour tous en fait état : « La France se retrouve prise dans ses contradictions. La realpolitik d’un côté, avec des marchés à la clef, de l’autre son aura de pays de liberté, élément que rappelle Ter-Oganian dans sa lettre. Pourtant, on ne peut pas vraiment dire que la France se soit montrée digne de cet héritage ces derniers mois. Ainsi, en cette année d’amitié franco-russe dans le domaine culturel, on aura vu Nicolas Sarkozy remettre, sur sa réserve personnelle, la Légion d’Honneur à Zourab Tsereteli, le pire des artistes russes, aussi médiocre que proche du pouvoir et régnant comme un empereur sur la vie culturelle russe. Celui-ci aura été omniprésent dans les manifestations en France comme il le fait dans tous les pays, suivant le pouvoir dans tous ses déplacements, manière de placer partout ses sculptures immondes et d’asseoir un peu plus sa notoriété imméritée ».


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