Qu’ont en commun le Vatican et la Chine?

4 10 2010

Qu’ont en commun le Vatican et la Chine? Lorsqu’il s’agit de nobeliser un candicat qui n’a pas ou qui n’adopte pas leur orthodoxie, leurs dirigeants ont la fâcheuse tendance de menacer ou de condamner le comité Nobel. Dans un premier cas, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, président de l’Académie pontificale pour la vie en charge des questions éthiques et de défense de la vie accuse Robert Geoffrey Edwards, à qui vient d’être décerné le prix Nobel de médecine, d’être à l’origine d’un vaste marché d’ovocytes dans le monde : « Sans Edwards, il n’y aurait pas un marché où sont vendus des millions d’ovocytes » et sans ses travaux, « il n’y aurait pas dans le monde un grand nombre de congélateurs remplis d’embryons. Dans le meilleur des cas, ceux-ci attendent d’être transférés dans des utérus mais plus probablement ils finiront par être abandonnés ou par mourir ». Dans un deuxième cas, la Chine a mis en garde le directeur de l’institut Nobel, Geir Lundestad, de ne pas attribuer le prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo, comme elle l’avait fait par le passé lorsqu’un autre dissident, Hu Jia, était en lice. « Ce serait contraire aux principes du prix Nobel », a annoncé le ministère des affaires étrangères chinois. La porte-parole du ministère, Jiang Yu a ajouté : « Cette personne a été jugée pour avoir violée la loi chinoise. L’honorer, ce serait envoyer le mauvais message au monde ». La Chine a également fait savoir que l’attribution du prix à Lui Xiaobo influencerait les relations entre Pékin et Oslo. Geir Lundestad a rejeté la mise en garde, soulignant que le comité est indépendant du gouvernement norvégien.

Le professeur Martin Johnson, de l’Université de Cambridge, cité par l’AFP, a dit regretter que ce prix arrive si tard dans la carrière de celui qui fut son mentor. Évoquant le souvenir d’un homme «extraordinaire, toujours optimiste », Martin Johnson raconte que, « malgré des années de dénigrement, Robert Edwards a réussi à amener l’obstétrique et la gynécologie à l’âge moderne ». Pour le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, chargé des questions éthiques et de défense de la vie, « Edwards n’a pas résolu le problème de l’infertilité qui est un problème grave, ni du point de vue pathologique ni du point de vue épidémiologique ». Le Vatican refuse de reconnaître les travaux du physiologiste britannique qui ont rendu possible le traitement de la stérilité, une affection médicale qui touche plus de 10 % des couples du monde. La fécondation in vitro (FIV) permet à un ovule d’être fécondé hors du corps de la femme puis réimplanté dans l’utérus. Aujourd’hui, quelque quatre millions de personnes ont vu le jour grâce à cette technique de fertilité.

En Chine, Lui Xiaobo avait été condamné à 11 ans de prison pour avoir participé à l’écriture de la Charte 08, un manifeste signé par plus de 300 intellectuels chinois qui appelle à la démocratie et aux droits de l’homme dans ce pays. La « Charte 08 » s’inspirait de la « Charte 77 », qui a ébranlé la Tchécoslovaquie communiste. Selon Li Fanping, avocat de dissidents chinois, cité par l’AFP, « depuis plus de 20 ans, depuis 1989, la société civile chinoise est passée par de grands changements et les militants et défenseurs des droits de l’Homme chinois ont payé un prix très lourd pour faire avancer la démocratie et l’État de droit ». Plus de 100 intellectuels chinois et internationaux comme Vaclav Havel, l’ancien président de république Tchèque, et le lauréat du prix Nobel Desmond Tutu avaient appuyé la nomination de Liu Xiaobo pour le prix Nobel de la Paix. Parmi les candidats dont les noms ont été annoncés publiquement : outre Liu Xiaobo, les dissidents chinois Chen Guangcheng et Gao Zhisheng, la militante russe des droits de l’Homme Svetlana Gannouchkina et l’organisation Memorial avec laquelle elle travaille.

Dans une lettre ouverte au Comité Nobel et « à tous les européens », Xu Youyu, philosophe, professeur et chercheur à l’Académie des Sciences Sociales, a appelé de ses vœux l’attribution du prix Nobel de la Paix à. Le philosophe écrit : « Dans la nuit du 3 au 4 juin, j’étais sur la place Tiananmen, près du monument aux héros : Liu Xiaobo et trois autres intellectuels participaient à une grève de la faim, et ce sont eux qui à l’aube du 4 juin, ont convaincu les étudiants de quitter la place, et ont négocié avec l’armée venue les réprimer, permettant que l’évacuation de la place se passe sans problème. Le comportement de Liu Xiaobo pendant le mouvement pour la démocratie de 1989 montre que ce critique culturel s’est alors transformé en intellectuel public et militant des droits de l’homme concerné par les problèmes politiques et sociaux. Les caractéristiques de son action et de son comportement en 1989 ont marqué toutes son action par la suite ».

Pour Pékin, la chose est impensable : « attribuer le Nobel à cet ancien professeur de philosophie «constituerait un acte inamical qui aura des conséquences négatives pour les relations entre la Chine et la Norvège». La personne que vous mentionnez a été condamnée à de la prison. Ses actions vont totalement à l’encontre des objectifs du prix Nobel ». L’épouse de Liu Xiaobo, Liu Xia, ne cache pas son pessimisme. Elle estime que les pressions du gouvernement chinois réussiront à priver son mari du Nobel.

Advertisements

Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :