La Chine gronde, Liu Xiaobo triomphe !

12 10 2010

La Chine est furieuse et tel un gamin ou une gamine, elle le fait savoir. De grandeur et de noblesse, elle montre qu’elle en a peu. La Chine boude. La Chine gronde. La Chine grommelle. Et c’est ce grand pays qui voudrait que le reste du monde la considère comme une nation adulte qui a atteint l’apogée de sa puissance. Les contrariétés, elle ne supporte pas. La Chine peut se montrer vindicative, mesquine et belliqueuse. Très mal partie pour susciter une admiration mondiale et une reconnaissance internationale. Elle est fortunée? Soit. Cela lui confère-t-elle tous les droits de refouler à ses pieds les opinions contraires de son gouvernement? Et cette fâcheuse tendance de replier ainsi les divergences de point de vue se transmet auprès d’une certaine couche de ses admirateurs et afficionados.

Liu Xia, la femme de Liu Xiaobo, nouveau prix Nobel de la paix, serait, selon The Guardian, assignée à résidence depuis le 8 octobre : « Police officers have told me not to go out, not to visit friends. If I want to see my parents or buy food, I can only go in their car. I don’t even talk to my neighbours because I don’t want to get them into trouble ». Liu Xia évite de rencontrer ses voisins pour ne pas les placer dans une situation embarrassante face au pouvoir intrusif et coercitif du gouvernement chinois.

La Chine blâme sévèrement le gouvernement norvégien pour la décision du Comité Nobel dont les membres, s’ils sont désignés par le Parlement norvégien, sont indépendants du gouvernement et de la chambre. Et en matière d’humiliation, la Chine sait faire. Elle en maitrise tous les mécanismes. Et le ridicule ne tue pas ses dirigeants. Loin de là. Le gouvernement chinois vient d’annuler les représentations d’une comédie musicale norvégienne qui traite des possibilités et des droits des personnes handicapées. Rien, absolument rien, ne restreint les frustrations des dirigeants chinois. Et comme pour bien marquer sa mauvaise humeur, Pékin a annulé de la manière la plus grossière deux rencontres officielles avec la ministre norvégienne de la Pêche, Lisbeth Berg-Hansen.

Nonobstant la montée en puissance et le développement extraordinaires de ce pays de l’Orient, pourquoi nous sentirions-nous obligés à l’aplatventrisme devant le fait que la Chine, qui se comporte comme une gamine frustrée, exerce une vaste censure de l’attribution du prix Nobel dans le pays ? Catherine Tasca, sénatrice PS, s’est interrogée à juste titre sur le fait que ni Nicolas Sarkozy ni François Fillon n’ont jugé utile de s’exprimer sur l’attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, pas plus qu’ils n’ont appelé à sa libération. Ont-ils été à ce point traumatisés par Pékin au point de ne plus intervenir lorsqu’il s’agit de dénoncer la Chine? La France sait fort bien que la Chine aurait à l’égard de sa politique d’immigration une riposte sanglante et que Pékin rappellerait à cette dernière ses propres dérives en ce qui a trait à sa gestion des droits de la personne.

Les journalistes chinois ont reçu une directive du Bureau de la propagande de taire la nouvelle. Et la Chine, qui a mis en place un journal de langue anglaise, Global Times, veut séduire le reste du monde avec des informations contrôlées, biaisées, parfois fausses, qui ne sont pas accessibles aux Chinois eux-mêmes? Non mais qui va croire cette dithyrambe : « Il semble qu’à la place de la paix et l’unité en Chine, le comité Nobel voudrait voir le pays déchiré par la division idéologique, ou mieux, s’effondrer comme l’Union Soviétique » ? Ce n’est pas sur Global Times que le lecteur occidental pourra lire cette dernière déclaration de Liu Xiaobo, prononcée lors de son procès et avant sa condamnation à onze années de prison (citée par Le Monde) : « j’espère être la dernière victime de l’inquisition intellectuelle sans fin en Chine et qu’après cela plus personne ne sera jamais emprisonné pour ses prises de position ».

Laissons à Liu Xiaobo le mot de la fin : « Ce prix est dédié aux âmes perdues du 4 juin ». Rappel lancé plus de 21 ans après la sanglante répression en juin 1989 du mouvement démocratique sur la plus grande place de la capitale chinoise. Personne n’oubliera Tiananmen. Et aux occidentaux qui ont l’insulte facile à l’égard des détracteurs de la Chine, je dirai ceci : « On ne vit pas en Chine, avec la police au coin de la rue ou au bas de notre porte ». Notre liberté de pensée et de parole vaut l’hommage que nous rendons à Liu Xiaobo.


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