Le déclin du Canada dans le monde

13 10 2010

Le Canada vient de subir une sévère rebuffade. Depuis la création de l’ONU, le Canada, septième pays donateur, réussissait, à tous les dix ans, à décrocher un siège au Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans. L’Allemagne, l’Afrique du Sud, la Colombie, l’Inde et le Portugal ont été élus mardi membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, sauf le Canada qui n’a pas eu un nombre suffisant de scrutins. Le Conseil de sécurité est composé de quinze membres, dont cinq permanents avec un droit de veto: les États-Unis, la Chine, la France, la Russie, la Grande-Bretagne. Les dix autres sont élus pour des mandats de deux ans. L’Allemagne, le Canada et le Portugal se disputaient deux sièges. Le Canada a échoué dans sa tentative d’occuper l’un de ces sièges. Au premier tour, l’Allemagne avait obtenu 128 voix; le Canada, 114 voix; et le Portugal, 122. Au deuxième tour, ni le Canada ni le Portugal n’avaient obtenu les deux tiers des votes des pays membres de l’ONU, soit 128 voix. Le Canada avait obtenu 78 voix contre 113 pour le Portugal. Devant l’échec du second scrutin, le Canada s’est retiré de la course face au Portugal. C’est la première fois dans l’histoire que le Canada échoue en briguant un siège au Conseil de sécurité.

Le gouvernement de Stephen Harpeur, conservateur dur et intransigeant, ne se sent nullement responsable de ce cuisant échec. La faute en revient à l’opposition. Nul besoin d’un examen de conscience de la part des élus canadiens. Il faut blâmer son voisin en se servant du bâton. Devant la presse, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a critiqué le leader de l’opposition libérale, Michael Ignatieff, pour avoir fait en sorte que le pays « ne parle pas d’une seule voix » et « indiqué clairement que le Canada ne méritait pas un siège pour sa politique étrangère ».

Depuis 1948, le Canada a toujours décroché un siège non permanent au Conseil de sécurité à chacune de ses candidatures. Cette fois-ci, les positions controversées du gouvernement Harper dans les dossiers des changements climatiques et de la défense des droits de la personne semblent avoir nui à ses chances. Qui plus est, des États membres ont peu apprécié l’appui sans concession du Canada à Israël, en 2006, lors de son attaque du Liban, ou sa politique d’alignement avec les États-Unis. Le Canada avait négligé les 57 pays musulmans dont plusieurs avaient l’habitude de voter en sa faveur.

Quand ils tracent leur croix sur le bulletin de vote, rapporte Agnes Gruda, de Cyberpresse, les ambassadeurs à l’ONU sont influencés par deux grands facteurs. Comme l’explique Paul Heinbecker, ancien ambassadeur du Canada aux Nations unies, qui a dirigé la dernière opération de charme du pays devant l’ONU, il y a 12 ans : « l’attitude du « pays candidat » face aux Nations unies et son attitude face aux questions internationales qui comptent aux Nations unies. Or, dans les dernières années, le Canada a failli sur les deux plans ».

Lorsque le Canada prétend défendre « les grandes valeurs canadiennes que sont la liberté, la démocratie, le respect des droits de la personne et de la primauté du droit », il cache sous le boisseau ses mensonges et sa conduite en Afghanistan à propos du traitement des prisonniers afghans transférés par les forces canadiennes aux autorités afghanes. Il y était fortement question de tortures et de maltraitance. Dans ce pays, le Canada a délaissé son rôle traditionnel de maintien de la paix pour adopter un rôle de combat. Le Canada évite aussi de discourir sur le sort réservé à Omar Khadr, l’enfant-soldat, toujours emprisonné à Guantanamo. Le gouvernement Harper ne se rappelle plus de son refus d’adhérer à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 13 septembre 2007.

Depuis deux ans, le Canada a défendu, bec et ongle, sa candidature à un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Et les dernières semaines ont été particulièrement intensives. Et notre ministre des Affaires étrangères, drapées de vertu et de bonnes intentions, a déclaré, depuis les Nations Unies : « Je ne vois pas ça comme une répudiation de notre politique étrangère. On a fait une campagne selon nos principes. On est un pays démocratique, de liberté, qui appuie les droits de la personne et la primauté du droit. Certains disent qu’en raison de notre attachement à ces valeurs, on a peut-être perdu notre siège. Si c’est vrai, qu’il en soit ainsi ».

Il s’en trouve beaucoup au Canada qui voit dans cette décision de rejet un juste retour du bâton à l’égard de l’inaction du gouvernement à l’égard d’une politique ferme des Affaires étrangères et de son comportement négligent à l’égard de l’institution. Le gouvernement Harper, incapable qu’il est d’un réel examen de conscience, lance tous azimuts les coups de bâton : « Le fait que le Canada n’ait pas été uni derrière la candidature a certainement nui. Les autres pays ont pu utiliser cet argument dans leur campagne. Ignatieff a voulu marquer des points politiques, c’est très bas de sa part », a dit Lawrence Cannon.

La canadienne, Louise Fréchette, a été vice-secrétaire générale de l’ONU de 1998 à 2006. Elle réfute, dans une entrevue au quotidien Le Devoir, cette position du gouvernement canadien : « Les autres pays ne suivent pas à ce point la politique intérieure du Canada. Je suis triste du résultat et si le gouvernement ne fait que rejeter la faute sur Ignatieff, il va passer à côté du vrai examen de conscience qu’il a besoin de faire sur sa politique étrangère ».

Pour sa part, Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l’Université de Montréal, dans un commentaire au quotidien La Presse, rejette également ces raisons évoquées par le ministre Lawrence Cannon : « ce résultat met surtout en relief la lente perte d’influence du Canada dans le système international, un déclin amorcé depuis plusieurs années face à d’autres pays qui prennent leur place dans le monde. Les résultats des élections au Conseil de sécurité depuis 20 ans le révèlent. En 1988, le Canada avait été élu avec 127 votes sur 159 pays présents. Dix ans plus tard, il avait obtenu 131 votes sur 185 pays présents. Malgré cette belle victoire, c’était un premier tassement. Mardi, au premier tour, les votes se sont partagés presque équitablement entre les trois concurrents avec un léger avantage pour l’Allemagne, mais au deuxième tour, la candidature du Canada s’est littéralement effondrée. […] Quelque chose ne passe plus entre le Canada et une bonne partie du monde. Au-delà des attaques partisanes, le gouvernement a maintenant le devoir et la responsabilité de rétablir le lien ».

Stephen Harper, et son gouvernement, ont un sérieux examen à s’imposer. C’est ce même Stephen Harper qui, il y a un an, avait préféré assister à un événement commercial canadien plutôt qu’au discours du président Barack Obama à l’Assemblée générale des Nations unies. Aujourd’hui, il blâme le chef de l’Opposition. C’est ce même Stephen Harper qui, à Copenhague, avait fait du Canada la risée générale en proposant des objectifs inférieurs à ce que son pays avait promis en adoptant le protocole de Kyoto. Il faut se rappeler que « Kyoto est essentiellement un complot socialiste qui vise à soutirer des fonds aux pays les plus riches », a déjà écrit Stephen Harper.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper devrait revoir ce reportage de Radio-Canada qui, en 1980, définissait les relations qui existaient entre l’Organisation des Nations Unies et son pays.

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