Les citoyens chinois ont le droit de connaître les côtés sombres du parti au pouvoir

14 10 2010

La Chine est toujours furieuse. Elle s’excite. Elle gesticule. Elle agit. Elle bouge. Ce qui pourrait être risible pour une autre dictature devient un malaise sérieux, s’agissant d’un pays qui se veut une grande puissance émergente. Naoto Kan, le premier ministre japonais, vient de lancer un appel pour que soit libéré Liu Xiaobo. Ce qui met à mal le prestige de la Chine. Le Japon, malgré un léger rapprochement ces dernières semaines avec son ennemi de toujours, a osé demander, par la voix de son premier ministre, la libération du dissident Nobel de la paix.

Pour tenter de mettre le couvercle sur les interférences que n’apprécie vraiment Pékin, les autorités chargent davantage Liu Xiaobo : « c’est un criminel condamné pour avoir violé la loi chinoise. Attribuer le prix Nobel de la paix à une telle personne équivaut à encourager les crimes en Chine. Et cela constitue également une violation de la souveraineté de la justice », a déploré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ma Zhaoxu. Le monde occidental n’est pas la Chine et la Chine n’est pas le monde occidental. Notre liberté de pensée et d’opinion nous autorise à ne pas croire les mensonges de Pékin. Et les autorités chinoises se comportent comme si nous devions tenir pour acquises les opinions de ces dernières. Trop de mensonges nous écartent de la vérité.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ma Zhaoxu s’est interrogé sur les intentions du Japon de soutenir ainsi la libération de Liu Xiaobo : « Je me demande quelle est leur réelle intention. Est-ce parce qu’ils craignent le chemin du développement de la Chine et détestent le système politique chinois? » Pourquoi Hu Jintao serait-il plus crédible que Naoto Kan ? D’un côté, nous assistons au renforcement des moyens de pression. De l’autre, nous accueillons la déclaration d’un premier ministre d’un pays démocratique.

À deux ans de la fin du mandat des dirigeants suprêmes, ce prix Nobel tombe bien mal. Il risque de rendre plus transparente, aux yeux de l’Occident, cette lutte fratricide entre réformateurs et conservateurs. Ce vendredi, se réunira à Pékin le plénum du Parti communiste chinois qui doit prendre des décisions sur ses dirigeants et son orientation. Entre temps, vingt-trois anciens responsables du Parti communiste et de médias chinois, signataires d’une lettre ouverte au gouvernement chinois, lui demandant de lever les restrictions qui pèsent sur le contenu des livres et des médias d’information : « Les citoyens chinois ont le droit de connaître les côtés sombres du parti au pouvoir ». Parmi ces derniers, figurent Li Rui, ancien secrétaire personnel de Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine, et Hu Jiwei, un ex-rédacteur en chef du Quotidien du peuple, l’organe de presse officiel du PCC.

«The truth can’t be blocked; now the letter has spread », a déclaré Xin Ziling, un des signataires de cette lettre ouverte qui a été rapidement censurée par les autorités chinoises mais qui peut être lue ici. Comme l’indique à nouveau Xin Ziling au quotidien The Guardian : « There are people [in the leadership] who object to the idea of reforms, and their power is not small, but they are not big enough to control the whole society and such a big country ».

Et les signataires dénoncent, entre autre censure, la décision des « mains noires invisibles » de museler la presse et d’avoir censuré une allocution du Premier ministre, Wen Jiabao, qui appelait à une plus grande ouverture politique. Selon toujours ces mêmes signataires : « Lors de la fondation de notre nation en 1949, notre peuple a crié sa joie d’avoir été libéré, sa joie de pouvoir être son propre maître. Mais maintenant, 61 ans après la proclamation de notre République et après 30 ans d’ouverture et de réformes, nous n’avons toujours pas atteint le niveau de liberté d’expression et de la presse qui était celui de Hong Kong sous l’emprise coloniale ».

Comme le montre l’hebdomadaire Le Point, Wen Jiabao, le premier ministre chinois, avait, le 21 août dernier, prononcé un discours dans la ville de Shenzhen, demandant lui-même l’ouverture politique. « Nous devons non seulement pousser les réformes économiques, mais aussi promouvoir les réformes politiques. Sans la protection que permettent les réformes politiques, les gains que nous avons obtenus des réformes économiques risquent d’être perdus et nous ne pourrons pas réaliser notre objectif de modernisation ». Or la dépêche de l’agence officielle Chine nouvelle, faisant état de ce discours-clé, avait coupé ce passage sur la réforme politique. Et le 3 octobre dernier, Wen Jiabao avait accordé une interview à la chaîne américaine CNN. « La liberté de parole est indispensable à toutes les nations. La Constitution chinoise prévoit de doter le peuple de la liberté de parole. On ne peut faire obstacle à la demande du peuple pour la démocratie », avait-t-il déclaré.


Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :