Wikileaks… un début de vérité et la fin de certains mensonges

25 10 2010

Les États-Unis, face à l’Irak, affirment qu’ils n’avaient qu’un but : déloger le tyran Saddam Hussein tout en instaurant la démocratie dans ce pays. Depuis cette invasion, que d’encre a coulé pour dénoncer cette vision unilatérale des États-Unis. Vous souvenez-vous, dans un premier temps, des 237 mensonges entourant cette invasion ? « Les 237 déclarations trompeuses peuvent être divisées en 4 groupes », écrivait Le Monde Diplomatique. « Les 5 dirigeants (le président Bush, le vice-président Cheney, le secrétaire à la défense Rumsfeld, le secrétaire d’État Powell et la conseillère pour la sécurité Rice) ont fait 11 déclarations prétendant que l’Irak représentait une menace à traiter d’urgence ; 81 exagéraient ses capacités nucléaires ; 84 surévaluaient son arsenal chimique et biologique ; et 61 caractérisaient de façon inexacte [misrepresented] ses liens avec Al-Qaida ». Les premiers mensonges ont été faits au moins un an avant le déclenchement des hostilités en Irak, soit en mars 2003, et ont continué jusqu’au 22 janvier 2004. Puis, dans un second temps, deux organisations, Center for public integrity et Fund for independence in journalism, ont, en 2008, recensé au moins 935 fausses déclarations de hauts responsables de l’administration sur la menace de l’Irak de Saddam Hussein pour la sécurité nationale. Ces mensonges énoncés volontairement avaient pour seul but de justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Qui pourrait, aujourd’hui, soutenir que ces mensonges ont cessé depuis?

Tout récemment, Tony Blair a révélé qu’il aurait engagé son pays dans la guerre en Irak même s’il avait su que Bagdad n’avait pas d’armes de destruction massive. Et d’ajouter le plus simple du monde:  « Évidemment, nous aurions employé et développé des arguments différents quant à la nature de la menace ». C’est oublier trop rapidement que ce même Tony Blair déclarait, en mars 2003, que Saddam Hussein disposait d’ADM qu’il pouvait déployer en 45 minutes. En 2003, embarrassé par la mort du scientifique David Kelly, spécialiste des armes chimiques, ancien inspecteur pour l’ONU en Irak, qui avait accusé, par journaliste interposé, le gouvernement d’avoir exagéré la menace irakienne, Tony Blair en avait appelé au « jugement de l’Histoire » et il avait reconnu qu’il n’y avait pas d’accusation plus grave contre lui que celle d’avoir lancé le royaume dans la guerre avec des arguments fallacieux.

Les États-Unis, comme la Russie, Israël et la Chine, ont toujours refusé de ratifier le Statut de Rome depuis 1998. La principale raison est la crainte de voir la Cour Pénale Internationale (CPI) être utilisée contre eux à des fins politiques. Si la création d’une Cour pénale internationale constituait, lors de son adoption, un progrès majeur vers une meilleure mise en œuvre du droit international humanitaire et un pas en avant manifeste dans la lutte contre l’impunité, force est de constater qu’il n’en va pas ainsi pour États les plus puissants du monde.

Julian Assange s’est attribué la mission de révéler les scandales cachés de la planète sur un site emblématique, Wikileaks. Cet Australien de 39 ans montre une facilité déconcertante pour accéder à des documents classifiés secret défense, surtout des documents compromettant la sécurité des États-Unis d’Amérique. Douze semaines après avoir mis en ligne 77.000 documents secrets sur la guerre en Afghanistan, Wikileaks vient de récidiver en publiant, cette fois, près de 400 000 documents secrets de l’armée américaine sur la guerre en Irak, rédigés, de janvier 2004 à fin 2009, pour la plupart par des soldats sur le terrain. Une première publication de documents secret défense avait déclenché aux États-Unis la colère du Pentagone qui avait accusé Wikileaks d’irresponsabilité et de mettre en danger militaires et civils. En avril dernier, Wikileaks avait rendu public une vidéo qui montrait le raid d’un hélicoptère de l’armée américaine provoquant, il y a trois ans, la mort de deux employés de l’agence Reuters et de plusieurs autres personnes.

Les médias ont mis l’accent sur un élément sensationnel de ces documents : au moins 109.000 personnes, dont 63% de civils, ont été tuées en Irak depuis l’invasion de mars 2003 jusqu’à fin 2009. Sur les 66.000 morts civils, 15.000 cas n’avaient jamais été révélés. Encore une fois, le Pentagone est sur ses gardes. Après avoir refusé de confirmer l’authenticité des documents diffusés par Wikileaks, il vient d’embaucher plus de 100 analystes américains pour passer en revue les documents secrets déjà publiés.

Comme l’indique le site d’actualité et de géopolitique, Les Yeux du Monde, « à la lecture des rapports publiés par Wikileaks, on comprend à quel point l’instauration d’une démocratie dans l’Irak post- Saddam Hussein était difficile, voire impossible. A la dictature du rais ont succédé des mois de chaos, de meurtres, d’assassinats, d’attentats dans tous les coins du pays. Le plus grave, peut-être, pour les Etats-Unis, c’est la révélation d’actes de torture (voire pire), sur des détenus irakiens. L’affaire d’Abou Ghraib avait ébranlé l’administration Bush il y a quelques années. Les rapports de Wikileaks ne font que confirmer ce que l’on savait déjà, mais sur une ampleur bien plus importante. La plupart de ces tortures sont passées sous silence, la plupart des rapports se concluant par un simple « no further investigation required ».

Le vice-Premier ministre britannique, Nick Clegg, connu pour son opposition à l’engagement de Londres dans la guerre en Irak, a réagi à ces faits à la BBC : « Nous pouvons déplorer la manière dont ces fuites ont eu lieu mais je pense que la nature des allégations faites est extraordinairement sérieuse ». Selon Le Temps, de Suisse, « mis bout à bout, ces documents offrent une vision quasi apocalyptique de l’invasion américaine de l’Irak et de ses conséquences. Pendant les mois les plus meurtriers, quelque 3.000 civils irakiens mouraient dans ce conflit, dont les rapports «routiniers» détaillent la sauvagerie. Selon l’organisation indépendante The Iraq Body Count, dont le travail avait permis d’établir une première estimation du nombre de victimes de la guerre, les révélations de WikiLeaks obligent à accroître leur bilan de 15.000 morts de civils supplémentaires. Selon cette association, si l’on tient notamment en compte l’offensive contre Falluja dont les conséquences humaines ne sont pas encore clairement établies, la guerre d’Irak aurait ainsi provoqué la mort d’au moins 150.000 personnes, dont 80% de civils ».

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Manfred Nowak, a appelé le président américain Barack Obama à lancer une enquête sur les cas de torture révélés par les documents, une demande également formulée par l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch. Pour l’organisation Amnesty International, citée par l’Express, la divulgation de ces documents conduit à se demander si les autorités américaines ont respecté les conventions internationales sur la guerre en transférant la garde de détenus aux forces irakiennes, connues pour commettre des sévices d’une ampleur véritablement choquante.

Je laisse à Georges Malbrunot le soin de conclure : « Les fuites de WikiLeaks ne font que confirmer ce que nombre de journalistes avaient constaté en couvrant l’après-guerre américaine en Irak : c’est-à-dire l’absence de transparence dans tout ce qui a trait au bilan des victimes du conflit, et à l’ampleur de la torture pratiquée par les soldats américains et leurs alliés irakiens dans les prisons notamment ».

Combien de mensonges restent encore inconnus des populations?

 


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