Le déclin du Canada dans le monde

13 10 2010

Le Canada vient de subir une sévère rebuffade. Depuis la création de l’ONU, le Canada, septième pays donateur, réussissait, à tous les dix ans, à décrocher un siège au Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans. L’Allemagne, l’Afrique du Sud, la Colombie, l’Inde et le Portugal ont été élus mardi membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, sauf le Canada qui n’a pas eu un nombre suffisant de scrutins. Le Conseil de sécurité est composé de quinze membres, dont cinq permanents avec un droit de veto: les États-Unis, la Chine, la France, la Russie, la Grande-Bretagne. Les dix autres sont élus pour des mandats de deux ans. L’Allemagne, le Canada et le Portugal se disputaient deux sièges. Le Canada a échoué dans sa tentative d’occuper l’un de ces sièges. Au premier tour, l’Allemagne avait obtenu 128 voix; le Canada, 114 voix; et le Portugal, 122. Au deuxième tour, ni le Canada ni le Portugal n’avaient obtenu les deux tiers des votes des pays membres de l’ONU, soit 128 voix. Le Canada avait obtenu 78 voix contre 113 pour le Portugal. Devant l’échec du second scrutin, le Canada s’est retiré de la course face au Portugal. C’est la première fois dans l’histoire que le Canada échoue en briguant un siège au Conseil de sécurité.

Le gouvernement de Stephen Harpeur, conservateur dur et intransigeant, ne se sent nullement responsable de ce cuisant échec. La faute en revient à l’opposition. Nul besoin d’un examen de conscience de la part des élus canadiens. Il faut blâmer son voisin en se servant du bâton. Devant la presse, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a critiqué le leader de l’opposition libérale, Michael Ignatieff, pour avoir fait en sorte que le pays « ne parle pas d’une seule voix » et « indiqué clairement que le Canada ne méritait pas un siège pour sa politique étrangère ».

Depuis 1948, le Canada a toujours décroché un siège non permanent au Conseil de sécurité à chacune de ses candidatures. Cette fois-ci, les positions controversées du gouvernement Harper dans les dossiers des changements climatiques et de la défense des droits de la personne semblent avoir nui à ses chances. Qui plus est, des États membres ont peu apprécié l’appui sans concession du Canada à Israël, en 2006, lors de son attaque du Liban, ou sa politique d’alignement avec les États-Unis. Le Canada avait négligé les 57 pays musulmans dont plusieurs avaient l’habitude de voter en sa faveur.

Quand ils tracent leur croix sur le bulletin de vote, rapporte Agnes Gruda, de Cyberpresse, les ambassadeurs à l’ONU sont influencés par deux grands facteurs. Comme l’explique Paul Heinbecker, ancien ambassadeur du Canada aux Nations unies, qui a dirigé la dernière opération de charme du pays devant l’ONU, il y a 12 ans : « l’attitude du « pays candidat » face aux Nations unies et son attitude face aux questions internationales qui comptent aux Nations unies. Or, dans les dernières années, le Canada a failli sur les deux plans ».

Lorsque le Canada prétend défendre « les grandes valeurs canadiennes que sont la liberté, la démocratie, le respect des droits de la personne et de la primauté du droit », il cache sous le boisseau ses mensonges et sa conduite en Afghanistan à propos du traitement des prisonniers afghans transférés par les forces canadiennes aux autorités afghanes. Il y était fortement question de tortures et de maltraitance. Dans ce pays, le Canada a délaissé son rôle traditionnel de maintien de la paix pour adopter un rôle de combat. Le Canada évite aussi de discourir sur le sort réservé à Omar Khadr, l’enfant-soldat, toujours emprisonné à Guantanamo. Le gouvernement Harper ne se rappelle plus de son refus d’adhérer à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 13 septembre 2007.

Depuis deux ans, le Canada a défendu, bec et ongle, sa candidature à un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Et les dernières semaines ont été particulièrement intensives. Et notre ministre des Affaires étrangères, drapées de vertu et de bonnes intentions, a déclaré, depuis les Nations Unies : « Je ne vois pas ça comme une répudiation de notre politique étrangère. On a fait une campagne selon nos principes. On est un pays démocratique, de liberté, qui appuie les droits de la personne et la primauté du droit. Certains disent qu’en raison de notre attachement à ces valeurs, on a peut-être perdu notre siège. Si c’est vrai, qu’il en soit ainsi ».

Il s’en trouve beaucoup au Canada qui voit dans cette décision de rejet un juste retour du bâton à l’égard de l’inaction du gouvernement à l’égard d’une politique ferme des Affaires étrangères et de son comportement négligent à l’égard de l’institution. Le gouvernement Harper, incapable qu’il est d’un réel examen de conscience, lance tous azimuts les coups de bâton : « Le fait que le Canada n’ait pas été uni derrière la candidature a certainement nui. Les autres pays ont pu utiliser cet argument dans leur campagne. Ignatieff a voulu marquer des points politiques, c’est très bas de sa part », a dit Lawrence Cannon.

La canadienne, Louise Fréchette, a été vice-secrétaire générale de l’ONU de 1998 à 2006. Elle réfute, dans une entrevue au quotidien Le Devoir, cette position du gouvernement canadien : « Les autres pays ne suivent pas à ce point la politique intérieure du Canada. Je suis triste du résultat et si le gouvernement ne fait que rejeter la faute sur Ignatieff, il va passer à côté du vrai examen de conscience qu’il a besoin de faire sur sa politique étrangère ».

Pour sa part, Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l’Université de Montréal, dans un commentaire au quotidien La Presse, rejette également ces raisons évoquées par le ministre Lawrence Cannon : « ce résultat met surtout en relief la lente perte d’influence du Canada dans le système international, un déclin amorcé depuis plusieurs années face à d’autres pays qui prennent leur place dans le monde. Les résultats des élections au Conseil de sécurité depuis 20 ans le révèlent. En 1988, le Canada avait été élu avec 127 votes sur 159 pays présents. Dix ans plus tard, il avait obtenu 131 votes sur 185 pays présents. Malgré cette belle victoire, c’était un premier tassement. Mardi, au premier tour, les votes se sont partagés presque équitablement entre les trois concurrents avec un léger avantage pour l’Allemagne, mais au deuxième tour, la candidature du Canada s’est littéralement effondrée. […] Quelque chose ne passe plus entre le Canada et une bonne partie du monde. Au-delà des attaques partisanes, le gouvernement a maintenant le devoir et la responsabilité de rétablir le lien ».

Stephen Harper, et son gouvernement, ont un sérieux examen à s’imposer. C’est ce même Stephen Harper qui, il y a un an, avait préféré assister à un événement commercial canadien plutôt qu’au discours du président Barack Obama à l’Assemblée générale des Nations unies. Aujourd’hui, il blâme le chef de l’Opposition. C’est ce même Stephen Harper qui, à Copenhague, avait fait du Canada la risée générale en proposant des objectifs inférieurs à ce que son pays avait promis en adoptant le protocole de Kyoto. Il faut se rappeler que « Kyoto est essentiellement un complot socialiste qui vise à soutirer des fonds aux pays les plus riches », a déjà écrit Stephen Harper.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper devrait revoir ce reportage de Radio-Canada qui, en 1980, définissait les relations qui existaient entre l’Organisation des Nations Unies et son pays.

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La Chine gronde, Liu Xiaobo triomphe !

12 10 2010

La Chine est furieuse et tel un gamin ou une gamine, elle le fait savoir. De grandeur et de noblesse, elle montre qu’elle en a peu. La Chine boude. La Chine gronde. La Chine grommelle. Et c’est ce grand pays qui voudrait que le reste du monde la considère comme une nation adulte qui a atteint l’apogée de sa puissance. Les contrariétés, elle ne supporte pas. La Chine peut se montrer vindicative, mesquine et belliqueuse. Très mal partie pour susciter une admiration mondiale et une reconnaissance internationale. Elle est fortunée? Soit. Cela lui confère-t-elle tous les droits de refouler à ses pieds les opinions contraires de son gouvernement? Et cette fâcheuse tendance de replier ainsi les divergences de point de vue se transmet auprès d’une certaine couche de ses admirateurs et afficionados.

Liu Xia, la femme de Liu Xiaobo, nouveau prix Nobel de la paix, serait, selon The Guardian, assignée à résidence depuis le 8 octobre : « Police officers have told me not to go out, not to visit friends. If I want to see my parents or buy food, I can only go in their car. I don’t even talk to my neighbours because I don’t want to get them into trouble ». Liu Xia évite de rencontrer ses voisins pour ne pas les placer dans une situation embarrassante face au pouvoir intrusif et coercitif du gouvernement chinois.

La Chine blâme sévèrement le gouvernement norvégien pour la décision du Comité Nobel dont les membres, s’ils sont désignés par le Parlement norvégien, sont indépendants du gouvernement et de la chambre. Et en matière d’humiliation, la Chine sait faire. Elle en maitrise tous les mécanismes. Et le ridicule ne tue pas ses dirigeants. Loin de là. Le gouvernement chinois vient d’annuler les représentations d’une comédie musicale norvégienne qui traite des possibilités et des droits des personnes handicapées. Rien, absolument rien, ne restreint les frustrations des dirigeants chinois. Et comme pour bien marquer sa mauvaise humeur, Pékin a annulé de la manière la plus grossière deux rencontres officielles avec la ministre norvégienne de la Pêche, Lisbeth Berg-Hansen.

Nonobstant la montée en puissance et le développement extraordinaires de ce pays de l’Orient, pourquoi nous sentirions-nous obligés à l’aplatventrisme devant le fait que la Chine, qui se comporte comme une gamine frustrée, exerce une vaste censure de l’attribution du prix Nobel dans le pays ? Catherine Tasca, sénatrice PS, s’est interrogée à juste titre sur le fait que ni Nicolas Sarkozy ni François Fillon n’ont jugé utile de s’exprimer sur l’attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, pas plus qu’ils n’ont appelé à sa libération. Ont-ils été à ce point traumatisés par Pékin au point de ne plus intervenir lorsqu’il s’agit de dénoncer la Chine? La France sait fort bien que la Chine aurait à l’égard de sa politique d’immigration une riposte sanglante et que Pékin rappellerait à cette dernière ses propres dérives en ce qui a trait à sa gestion des droits de la personne.

Les journalistes chinois ont reçu une directive du Bureau de la propagande de taire la nouvelle. Et la Chine, qui a mis en place un journal de langue anglaise, Global Times, veut séduire le reste du monde avec des informations contrôlées, biaisées, parfois fausses, qui ne sont pas accessibles aux Chinois eux-mêmes? Non mais qui va croire cette dithyrambe : « Il semble qu’à la place de la paix et l’unité en Chine, le comité Nobel voudrait voir le pays déchiré par la division idéologique, ou mieux, s’effondrer comme l’Union Soviétique » ? Ce n’est pas sur Global Times que le lecteur occidental pourra lire cette dernière déclaration de Liu Xiaobo, prononcée lors de son procès et avant sa condamnation à onze années de prison (citée par Le Monde) : « j’espère être la dernière victime de l’inquisition intellectuelle sans fin en Chine et qu’après cela plus personne ne sera jamais emprisonné pour ses prises de position ».

Laissons à Liu Xiaobo le mot de la fin : « Ce prix est dédié aux âmes perdues du 4 juin ». Rappel lancé plus de 21 ans après la sanglante répression en juin 1989 du mouvement démocratique sur la plus grande place de la capitale chinoise. Personne n’oubliera Tiananmen. Et aux occidentaux qui ont l’insulte facile à l’égard des détracteurs de la Chine, je dirai ceci : « On ne vit pas en Chine, avec la police au coin de la rue ou au bas de notre porte ». Notre liberté de pensée et de parole vaut l’hommage que nous rendons à Liu Xiaobo.





Liu Xiaobo, prix Nobel, le triomphe de David sur Goliath

8 10 2010

Si la nouvelle de l’attribution du prix Nobel de la Paix a fait le tour du monde, elle était sans surprise censurée sur les principaux sites internet en Chine. Le dissident chinois Liu Xiaobo, 54 ans, est le lauréat du prix Nobel de la paix 2010. « Je tiens à féliciter Liu Xiaobo qui a remporté le prix Nobel de la paix pour son engagement en faveur de la démocratie et des droits de l’Homme », a déclaré Jens Stoltenberg, le Premier ministre norvégien, dans un communiqué de presse.

La Chine avait mis en garde le directeur de l’institut Nobel, Geir Lundestad, de ne pas attribuer le prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo, comme elle l’avait fait par le passé lorsqu’un autre dissident, Hu Jia, était en lice. « Ce serait contraire aux principes du prix Nobel », a annoncé le ministère des affaires étrangères chinois. La porte-parole du ministère, Jiang Yu a ajouté : « Cette personne a été jugée pour avoir violée la loi chinoise. L’honorer, ce serait envoyer le mauvais message au monde ». La Chine a également fait savoir que l’attribution du prix à Lui Xiaobo influencerait les relations entre Pékin et Oslo. Geir Lundestad a rejeté la mise en garde, soulignant que le comité est indépendant du gouvernement norvégien.

En Chine, Lui Xiaobo avait été condamné à 11 ans de prison pour avoir participé à l’écriture de la Charte 08, un manifeste signé par plus de 300 intellectuels chinois qui appelle à la démocratie et aux droits de l’homme dans ce pays. La « Charte 08 » s’inspirait de la « Charte 77 », qui a ébranlé la Tchécoslovaquie communiste. Selon Li Fanping, avocat de dissidents chinois, cité par l’AFP, « depuis plus de 20 ans, depuis 1989, la société civile chinoise est passée par de grands changements et les militants et défenseurs des droits de l’Homme chinois ont payé un prix très lourd pour faire avancer la démocratie et l’État de droit ». Plus de 100 intellectuels chinois et internationaux comme Vaclav Havel, l’ancien président de république Tchèque, et le lauréat du prix Nobel Desmond Tutu avaient appuyé la nomination de Liu Xiaobo pour le prix Nobel de la Paix. Parmi les candidats dont les noms ont été annoncés publiquement : outre Liu Xiaobo, les dissidents chinois Chen Guangcheng et Gao Zhisheng, la militante russe des droits de l’Homme Svetlana Gannouchkina et l’organisation Memorial avec laquelle elle travaille.

Dans une lettre ouverte au Comité Nobel et « à tous les européens », Xu Youyu, philosophe, professeur et chercheur à l’Académie des Sciences Sociales, avait appelé de ses vœux l’attribution du prix Nobel de la Paix à. Le philosophe écrivait : « Dans la nuit du 3 au 4 juin, j’étais sur la place Tiananmen, près du monument aux héros : Liu Xiaobo et trois autres intellectuels participaient à une grève de la faim, et ce sont eux qui à l’aube du 4 juin, ont convaincu les étudiants de quitter la place, et ont négocié avec l’armée venue les réprimer, permettant que l’évacuation de la place se passe sans problème. Le comportement de Liu Xiaobo pendant le mouvement pour la démocratie de 1989 montre que ce critique culturel s’est alors transformé en intellectuel public et militant des droits de l’homme concerné par les problèmes politiques et sociaux. Les caractéristiques de son action et de son comportement en 1989 ont marqué toutes son action par la suite ».

Pour Pékin, la chose était impensable : « attribuer le Nobel à cet ancien professeur de philosophie «constituerait un acte inamical qui aura des conséquences négatives pour les relations entre la Chine et la Norvège». La personne que vous mentionnez a été condamnée à de la prison. Ses actions vont totalement à l’encontre des objectifs du prix Nobel ». L’épouse de Liu Xiaobo, Liu Xia, ne cachait plus son pessimisme. Elle estimait que les pressions du gouvernement chinois réussiront à priver son mari du Nobel.

Teng Biao, militant et juriste de la mouvance des weiquan, commentait ainsi l’attribution du Nobel de la Paix à son ami Liu Xiaobo, malgré les réticences de Pékin, à l’Hebdomadaire L’Express : « La colère des autorités chinoises va être terrible. Ils vont accentuer la pression sur tous ceux qui, au sein du peuple, font entendre une voix discordante. Ils vont renforcer le contrôle de l’information. Ils vont aussi être beaucoup plus durs avec les défenseurs des droits. Cela dit, ce prix Nobel est une nouvelle très importante pour la Chine. Et je pense que c’est excellent pour les progrès de la démocratie en Chine ».

Deux liens à consulter pour en connaître plus : Géographie du Monde (Bruno Judde de la Rivière) et Mediapart (Jean-Pierre Béja).





La liberté de presse au Maroc, selon Mohammed VI

7 10 2010

Le ministre de la communication du Maroc, M. Khalid Naciri, déclarait, à la fin du mois de septembre, lors de la cérémonie de clôture de la réunion du bureau exécutif de la Fédération des journalistes africains (FJA), que le Maroc dispose d’une presse indépendante et permet aux journalistes étrangers de travailler en toute liberté sur son territoire. Tout en précisant toutefois que le Royaume est en droit d’exiger des médias étrangers « le respect de la déontologie de la profession lorsqu’il s’agit de traiter de questions allant à l’encontre des orientations » du pays. C’est ce même ministre qui n’a pas hésité à abuser de son pouvoir pour exiger la libération de son fils après une violente altercation et qui a fait l’objet d’une dénonciation de la presse marocaine. Khalid Naciri, écrit CityDZ, est particulièrement connu pour ses interventions dans les médias étrangers pour justifier la censure et l’emprisonnement des journalistes « pour non-respect de la loi ». L’incident a été diffusé sur … Youtube!

Mustapha Iznassni, journaliste, membre du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) soulignait, lors du séminaire « Société civile UE-Maroc sur la liberté de la presse », son organisme, en tant qu’institution nationale de protection et de promotion des droits de l’homme, n’a cessé d’accorder à la liberté de la presse une importance accrue en s’appuyant sur les dispositions de la Constitution relatives à la liberté d’expression et d’opinion, les principes et standards internationaux des droits de l’homme et sur les engagements internationaux du Royaume. Monsieur Iznassni a rappelé que le Maroc connaît, depuis quelques années, des transformations profondes en matière d’édification démocratique et de promotion des droits de l’homme, ce qui a eu pour conséquence l’élargissement des espaces des libertés.

Selon le diplomate européen, Eneko Landaburu, la démocratie, les libertés et la confiance sont autant de valeurs qui constituent désormais un dénominateur commun entre le Maroc et l’Union Européenne. Ce sont également autant de principes et de valeurs qui ont permis au Maroc, d’être le premier pays du sud méditerranéen à bénéficier d’un statut avancé auprès de l’Union Européenne. Cependant, selon d’autres sources, l’UE reste préoccupée par l’état de la liberté d’expression et de la presse au Maroc et de la lenteur de la réforme de la justice.

Dans ce concert qui semble faire unanimité, tout un chacun omet de dire que trois sujets bousculent au Maroc ces beaux principes de liberté et de démocratie : la royauté, la presse et le Sahara. Si vous vous aventurez à commenter de travers l’un de ces trois sujets, gare à vous. Le Maroc vit sous une épouvantable hypocrisie d’ouverture et de liberté.

Le Maroc fait partie des pays qui n’ont pas de loi sur la protection du secret des sources des journalistes. Revendiquée depuis 1994, le législateur ne juge pas nécessaire d’enchâsser cette protection dans le code de la presse. Si des fonctionnaires, des militaires ou des journalistes diffusent une information sans autorisation préalable ou publient des informations classées « confidentielles » ou « secrètes », ils sont passibles d’emprisonnement.

Le 14 octobre prochain, le Conseil de gouvernement devrait débattre d’un projet de loi sur l’accès à l’information. À cette occasion, le ministre de la modernisation des secteurs publics, Mohamed Saad Alami, soumettra un projet de loi organique pour garantir le droit d’accès à l’information. Que contiendra ce projet de loi ? Cette loi pourrait, selon des sources marocaines, ne va pas concerner que les médias et les journalistes mais l’ensemble des citoyens désireux d’obtenir une information d’une administration (ministère, agence étatique, wilaya, commune, conservation foncière,…) sans oublier les entrepreneurs et investisseurs nationaux et internationaux.

Et que se passe-t-il dans les faits ? Comme l’indique Rue89, Nichane, le premier magazine arabophone au Maroc, a fermé ses portes le vendredi 1er octobre. Ce support moderniste crée en 2006 comme la version arabophone du magazine TelQuel, était connu pour l’indépendance de sa ligne éditoriale, et ses positions souvent critiques vis-à-vis du pouvoir. C’est le boycott publicitaire depuis au moins un an, après avoir tenté en 2009 de publier, avec Tel Quel et le quotidien français Le Monde, un sondage de la population marocaine sur les dix ans de règne de Mohammed VI, qui a étouffé Nichane en faisant chuter considérablement ses recettes. Selon le rédacteur en chef de Nichane, Ahmed Réda Benchemsi, « la monarchie ne peut être mise en débat, même par la voie d’un sondage ». Comme l’indique également Reporters sans Frontières : « Il est clair que depuis sa création en 2006 Nichane dérangeait avec sa ligne éditoriale souvent critique et son indépendance de ton. Avec la fermeture de ce journal, c’est un nouvel espace d’exercice de la liberté d’expression qui disparaît, comme tel avait été le cas suite à la fermeture du Journal hebdomadaire en janvier dernier. Le pouvoir a orchestré l’asphyxie financière de Nichane. Cette pratique est abjecte, alors même que le Maroc est en train de négocier avec le Conseil de l’Europe le statut de partenaire avancé pour la démocratie. Nous exhortons les instances européennes à soutenir de manière active la presse indépendante au Maroc ».

Depuis déjà plusieurs années, l’Organisme de justification de la diffusion des journaux (OJD), qui a vu le jour en juin 2004, à Casablanca, contrôle les diffusions de toutes les publications Au Maroc. Organisme tripartite regroupant les éditeurs de presse, les annonceurs et les agences de publicité, sa mission est de certifier la diffusion de la presse payante marocaine. Les résultats de ses contrôles constituent une référence essentielle, par exemple, pour l’élaboration des tarifs de publicité des supports certifiés. Les chiffres de l’OJD Maroc peuvent servir aussi, dans de nombreux cas, de base de référence pour les pouvoirs publics, l’administration, les tribunaux, etc… lorsque se pose la question de connaître avec exactitude la diffusion des supports de presse payante, peut-on lire sur le site de l’organisme de contrôle. La mésaventure de l’hebdomadaire Nichane a tout lieu d’être investiguée en profondeur puisque cette publication faisait partie du peloton de tête des publications les plus diffusées. L’OJD est-il inféodé au pouvoir ? Poser la question revient à y répondre, en quelque sorte.

Il faut savoir que le boycott publicitaire trouve sa source dans une décision du holding royal ONA/SNI (société de gestion Omnium nord-africain et la Société nationale d’Investissement). Comme le montre le groupe TelQuel, cité par le quotidien maghrébin, Marakech, la disparition de Nichane n’est qu’un épisode de plus de la grave détérioration de la liberté de la presse au Maroc. C’est à partir de 2009, que la lutte déterminée des autorités marocaines contre les journaux indépendants a connu une accélération remarquée. Le Groupe TelQuel rappelle également que des journaux ont été fermés illégalement par les autorités, d’autres ont été acculés à vendre leur mobilier pour payer des amendes disproportionnées. Plusieurs journalistes ont été harcelés par la police et la justice, alors que certains ont été contraints à l’exil et un journaliste a même été emprisonné pendant sept mois, en 2010.

Après ces commentaires, l’hebdomadaire TelQuel va-t-il connaître le même sort que sa version arabophone le magazine Nichane ?

Quelques exemples qui ne font pas honneur au Maroc : en octobre 2009, deux journalistes d’Al-Michaal Hebdo, Rachid Mahamid et Mustapha Hayrane, ont été condamnés à trois mois de prison ferme pour des articles publiés en septembre sur la santé du roi Mohammed VI. Le directeur de la publication a pour sa part été condamné à un an de prison. En novembre 2009, Rachid Nini, le directeur du quotidien marocain arabophone Al Massae – le plus fort tirage de la presse quotidienne au Maroc (plus de 154.000 exemplaires/jour) – a été condamné à une peine de trois mois d’emprisonnement et le journaliste auteur de l’article incriminé, Saïd Laâjal, a pour sa part été frappé de deux mois fermes pour avoir publié une « fausse information » liée au démantèlement, le 17 août, d’un important réseau de trafic de drogue au Maroc, une filière baptisée « Triha », du nom de son chef présumé.

Amnesty International a, en juin dernier, lancé un appel peu après la condamnation d’un journaliste à une peine d’emprisonnement de six mois et alors qu’un autre journaliste doit être jugé sur la base d’accusations manifestement motivées par des considérations politiques. Taoufik Bouachrine, journaliste et rédacteur en chef du quotidien Akhbar al Youm al Maghribyaa été condamné à une peine de six mois d’emprisonnement et à une amende, le 10 juin, après avoir été reconnu coupable d’escroquerie par le tribunal de première instance de Rabat. Il avait précédemment été acquitté en 2009 mais l’affaire a ensuite été rouverte par les autorités judiciaires, peut-être pour des raisons à caractère politique du fait de ses écrits critiques à l’égard du gouvernement. Ali Amar, autre journaliste à s’être montré critique de la monarchie, doit comparaître pour escroquerie et vol au titre de l’article 505 du Code pénal. Son arrestation et l’interrogatoire mené par la police ont été entachés d’irrégularités. Il a été arrêté le 4 juin 2010 en même temps que Zineb El Rhazoui, par des policiers venus perquisitionner le domicile de celle-ci à Casablanca, sans produire de mandat comme l’exige pourtant la loi marocaine. Ali Amar et Zineb El Rhazoui ont été conduits au poste de police et interrogés pendant 12 heures, notamment sur leurs écrits, avant d’être libérés. Cependant, trois jours plus tard, Ali Amar a été arrêté à Rabat, ramené à Casablanca et placé en détention pendant 24 heures avant d’être inculpé dans le cadre d’une affaire de vol d’ordinateur. Lors de cette détention, il a été interrogé par la police et les forces de sécurité sur ses voyages à l’étranger, en Espagne et en France, ses liens avec des organisations de défense des droits humains et ses écrits en tant que journaliste.

Zineb El Rhazoui, journaliste et co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI), a également fait l’objet de harcèlement de la part des autorités dans le passé en raison de ses activités pacifiques.

Un autre journaliste, Omar Radi, qui écrit pour l’hebdomadaire Le Temps, aurait été frappé et insulté par des policiers à Rabat le 20 juin 2010, au cours d’une manifestation pacifique qu’il couvrait pour son journal. Au moins neuf autres personnes qui participaient à la manifestation auraient été agressées physiquement par des policiers. L’ancien journal de Taoufik Bouachrine, Akhbar Al Youm, a été fermé par les autorités au moment de sa condamnation le 30 octobre 2009 – en même temps que Khader Gueddar, caricaturiste – pour outrage au drapeau national et non-respect dû à un membre de la famille royale ; les deux hommes ont été condamnés à quatre ans de prison avec sursis.

 

Et la liste s’allonge.





Les parcours de Chavez

6 10 2010

Juan Carlos Besance Zugasti et Xavier Atristain Gorosabel , deux membres présumés d’ETA, sont espagnols. Le Venezuela sert-il de base d’entraînement à des membres de l’ETA ? C’est ce qu’ont soutenu Zugasti et Gorosabel, selon un document de la justice. Pour la deuxième fois en moins d’un an, Caracas est épinglée par l’Espagne sur cette question sensible de l’ETA. Les deux étarras auraient reçu des « cours de formation » en juillet et août 2008 au Venezuela sous la responsabilité notamment d’un fonctionnaire d’origine basque mais naturalisé vénézuélien. Ce n’est pas la première fois que Caracas est l’objet de graves accusations de complicité avec l’ETA ou la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Le ministre de l’Intérieur espagnol, Alfredo Perez Rubalcalba, croit vraisemblable le fait que des membres de l’ETA puissent s’entraîner ainsi au Venezuela. Il s’empresse toutefois de préciser qu’il ne peut suspecter pour autant le gouvernement Chavez de complicité. Pour sa part, l’ambassadeur du Venezuela à Madrid, Julian Isaias Rodriguez Diaz, a émis de sérieux doutes sur le fait que ces déclarations, aussi fausses et malhonnêtes qu’elles puissent être, aient été faites de manière totalement volontaire. « Cette supposée confession a pu être extorquée de manière irrégulière et dans ce cas, elle n’aurait aucune valeur de preuve », a déclaré l’ambassadeur.

Pour Hugo Chavez, il ne fait aucun doute qu’avec ces déclarations absurdes, ces deux délinquants cherchent à atténuer les peines qui pèsent contre eux. « On ne peut pas donner de la crédibilité à ces témoignages apportés par des criminels sanguinaires dépourvus de qualités humaines et morales », a déclaré le Lider.

L’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), a été créée en 2004 par Cuba et le Venezuela et elle regroupe, en plus de ces deux pays, la Bolivie, l’Équateur, le Nicaragua, le Honduras, la Dominique, Saint-Vincent et Antigua-et-Barbuda. Hugo Chavez a appelé jeudi dernier les peuples de l’Alba à défendre le président équatorien Rafael Correa, qui a dénoncé une tentative de coup d’État contre lui. Après avoir multiplié les programmes sociaux dans un pays où 38% de la population vit sous le seuil de pauvreté, Rafael Correa, réélu en avril 2009 dès le premier tour, a vu sa popularité chuter ces derniers mois. Les policiers, qui protestaient contre l’annulation de leurs augmentations de salaire, ont, la semaine dernière, rudoyé le président Rafael Correa. Des parlementaires ont affirmé avoir été eux aussi attaqués physiquement durant l’insurrection des policiers du jeudi 30 septembre, qui a fait huit morts et 294 blessés.

Le président Correa a été retenu pendant près d’une demi-journée dans un hôpital de la police à Quito après avoir essuyé des gaz lacrymogènes. Il a été séquestré par des policiers avant d’être libéré par l’armée. Ces derniers avaient également occupé le Congrès pour le forcer à renoncer à une loi réduisant les primes à l’ancienneté des fonctionnaires. « La rébellion a mis en lumière la vulnérabilité » du chef de l’État, a pour sa part estimé la directrice de l’Observatoire politique de l’université catholique de Quito, Patricia de la Torre. « La crise révèle aussi des lacunes en matière de dialogue social », estime pour sa part Hernan Reyes, politologue à l’Université andine de Quito.

Voulait-il imiter Hugo Chavez lorsque Rafael Correa a affronté les policiers en vociférant : « Si vous voulez tuer le Président, me voici devant vous, tuez-moi si vous en avez envie, tuez-moi si vous en avez le courage au lieu d’être cachés lâchement parmi la foule » ?

Loin de voir un conflit intérieur en Équateur, Hugo Chavez stigmatise à nouveau les États-Unis pour cette tentative de coup d’État. Après avoir félicité le président socialiste équatorien, qui a résisté aux belligérants, Chavez a accusé aujourd’hui les États-Unis d’être derrière la rébellion de milliers de policiers. Cette situation sert bien les intérêts de Chavez qui est, encore une fois, en délicatesse avec son voisin du nord. Hugo Chavez refuse en effet d’accréditer l’ambassadeur désigné par les États-Unis, Larry Palmer. Le 3 août dernier, M. Palmer avait évoqué la démoralisation des Forces armées vénézuéliennes et la montée de l’influence de Cuba dans un questionnaire destiné au Sénat américain, pour l’acceptation de sa candidature au poste d’ambassadeur. Ce qui n’avait vraiment pas plu à Hugo Chavez : « Cet homme est disqualifié. Si les États-Unis décident de ne pas envoyer un ambassadeur, ne l’envoyez pas, et s’ils veulent retirer notre ambassadeur, ils n’ont qu’à le faire. Nous sommes une nation indépendante, alors qu’ils agissent avec une grossièreté impériale ».

La semaine prochaine, Hugo Chavez se rendra en Russie, au Belarus, en Chine et en Iran, quatre pays avec lesquels il a resserré les liens politiques et diplomatiques ces dernières années. Sa visite en Russie pourrait coïncider avec le démarrage des opérations d’une banque d’investissement russo-vénézuélienne, un projet décidé il y a deux ans lors d’une visite du président russe Dmitri Medvedev à Caracas. La Chine s’est aussi engagée à investir 16 milliards de dollars dans l’exploration de gisements de brut lourd dans la région de l’Orénoque, dans l’est du Venezuela, premier producteur pétrolier d’Amérique latine.

Avant de quitter pour son périple, Hugo Chavez avait fustigé le blocus de Cuba. « Seuls les États-Unis, Israël et les îles Palau appuient le blocus criminel de Cuba. Quelle pourrait être la raison pour mettre tout un peuple en butte à ce blocus. Beaucoup de gens ne savent pas les implications de cela : médicaments, aliments, besoins, sanctions. Ils poursuivent les maigres ressources économiques de Cuba » a-t-il déclaré. « Notre position en faveur de Cuba est bien connue ».

Qui en douterait ?





Israël n’apprécie pas la dissidence et la condamne sans réserve

5 10 2010

Chomsky, âgé de 81 ans, est professeur au Massachusetts Institute of Technology et il est considéré comme un des universitaires les plus éminents au monde. Le linguiste juif américain, Noam Chomsky, avait fait l’objet, en mai dernier, d’une interdiction de fouler la terre d’Israël. Dimanche 16 mai, alors qu’il arrivait d’Amman (Jordanie) en compagnie de sa fille Aviva et de deux amis, Noam Chomsky est retenu plusieurs heures par les autorités israéliennes. Il était invité par le Département de philosophie de Bir Zeit. Il prévoyait de passer quatre jours en Cisjordanie et de donner deux conférences. Noam Chomsky s’identifie avec la gauche radicale et critique souvent les politiques israéliennes et étasuniennes. À la frontière jordanienne du pont Allenby, il apprend que le gouvernement lui refuse l’entrée en Israël et en Cisjordanie.

Quand il demanda à un inspecteur israélien pourquoi il n’avait pas reçu l’autorisation d’entrer en Israël, c’est à cause de ses écrits qui ne sont pas au goût du gouvernement israélien, lui aurait-on répondu. « Je leur ai proposé d’essayer de trouver un seul gouvernement au monde qui aime ce que je dis », a répliqué le linguiste. L’inspecteur a demandé à Chomsky pourquoi il n’avait pas un passeport israélien. « J’ai répondu que j’étais un citoyen Américain » a dit Chomsky. « Apparemment ils n’aimaient pas le fait que j’étais prévu pour une conférence dans une université palestinienne et pas en Israël », avait déclaré Chomsky à Reuters depuis Amman. L’Association pour les Droits Civils en Israël (ACRI) avait, à l’époque, fustigé le Ministère de l’intérieur pour « l’emploi de la détention et de la déportation pour empêcher un homme d’exprimer son opinion », le qualifiant de « caractéristique d’un régime totalitaire ». Chomsky avait déclaré à Haaretz que le comportement d’Israël aujourd’hui lui rappelait celui de l’Afrique du Sud dans les années 1960.

En 1976, Mairead Corrigan Maguire remporte le prix Nobel de la paix pour ses efforts visant à mettre fin aux violences interconfessionnelles en Irlande du Nord. Figure internationale, elle consacre aujourd’hui une bonne partie de son temps à la cause palestinienne. Le 30 septembre 2009, Mairead Maguire est bannie d’Israël, par le ministère israélien de l’Intérieur, pour une durée de dix ans pour avoir embarqué sur l’Orion, le premier navire qui tentait de briser le blocus de la bande de Gaza. La militante interjette appel auprès de la Cour suprême israélienne pour contester cet ordre. En juin dernier, Mme Maguire faisait partie des 19 passagers d’un bateau humanitaire irlandais, le Marmara, qui tentait de briser symboliquement le blocus maritime de la bande de Gaza. Des commandos israéliens avaient pris d’assaut le ferry turc, Mavi Marmara, navire amiral d’une flottille humanitaire internationale. Deux semaines après cet abordage qui fit neuf morts, Mairead Maguire participe à nouveau au voyage du Rachel Corrie qui tente lui aussi de mouiller dans le port de Gaza-City.

Le 28 septembre dernier, retour de madame Maguire, 66 ans, qui est appréhendée à sa descente d’avion à l’aéroport Ben Gourion, de Tel-Aviv, où elle arrivait pour une visite d’une semaine, et qui est placée en détention. Elle devait prendre part à une activité avec des militantes pacifistes internationales en Israël et dans les territoires palestiniens. Les autorités israéliennes avaient immédiatement ordonné une nouvelle expulsion. Mairead Maguire a refusé de remonter à bord de l’appareil. En vertu du droit aérien, le commandant de bord a refusé de donner suite aux injonctions de la police des frontières. Elle a donc été écrouée dans une cellule de l’aéroport Ben Gourion. Vendredi, un tribunal de rang inférieur avait maintenu l’ordonnance d’expulsion. Lundi, madame Maguire comparait devant la Cour suprême d’Israël. Elle déclare qu’elle n’était pas au courant de la mesure de bannissement dont elle est l’objet. Mme Maguire a appelé Israël à mettre fin à ce qu’elle a qualifié d’« apartheid » contre le peuple palestinien : « La paix régnera un jour dans ce pays, je crois, mais seulement lorsque Israël mettra fin à son apartheid et à l’épuration ethnique des Palestiniens », a déclaré madame Maguire. Le juge Asher Grunis a répliqué que la cour n’était « pas un endroit pour faire de la propagande ». L’audience a pris fin peu de temps après. La Cour suprême israélienne rejette l’appel. Son expulsion peut donc intervenir à n’importe quel moment. Entre temps, à Gaza, le taux de chômage est supérieur à 50%, deux habitants sur trois vivent sous le seuil de pauvreté et deux habitants sur trois vivent de l’aide alimentaire.





Qu’ont en commun le Vatican et la Chine?

4 10 2010

Qu’ont en commun le Vatican et la Chine? Lorsqu’il s’agit de nobeliser un candicat qui n’a pas ou qui n’adopte pas leur orthodoxie, leurs dirigeants ont la fâcheuse tendance de menacer ou de condamner le comité Nobel. Dans un premier cas, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, président de l’Académie pontificale pour la vie en charge des questions éthiques et de défense de la vie accuse Robert Geoffrey Edwards, à qui vient d’être décerné le prix Nobel de médecine, d’être à l’origine d’un vaste marché d’ovocytes dans le monde : « Sans Edwards, il n’y aurait pas un marché où sont vendus des millions d’ovocytes » et sans ses travaux, « il n’y aurait pas dans le monde un grand nombre de congélateurs remplis d’embryons. Dans le meilleur des cas, ceux-ci attendent d’être transférés dans des utérus mais plus probablement ils finiront par être abandonnés ou par mourir ». Dans un deuxième cas, la Chine a mis en garde le directeur de l’institut Nobel, Geir Lundestad, de ne pas attribuer le prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo, comme elle l’avait fait par le passé lorsqu’un autre dissident, Hu Jia, était en lice. « Ce serait contraire aux principes du prix Nobel », a annoncé le ministère des affaires étrangères chinois. La porte-parole du ministère, Jiang Yu a ajouté : « Cette personne a été jugée pour avoir violée la loi chinoise. L’honorer, ce serait envoyer le mauvais message au monde ». La Chine a également fait savoir que l’attribution du prix à Lui Xiaobo influencerait les relations entre Pékin et Oslo. Geir Lundestad a rejeté la mise en garde, soulignant que le comité est indépendant du gouvernement norvégien.

Le professeur Martin Johnson, de l’Université de Cambridge, cité par l’AFP, a dit regretter que ce prix arrive si tard dans la carrière de celui qui fut son mentor. Évoquant le souvenir d’un homme «extraordinaire, toujours optimiste », Martin Johnson raconte que, « malgré des années de dénigrement, Robert Edwards a réussi à amener l’obstétrique et la gynécologie à l’âge moderne ». Pour le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, chargé des questions éthiques et de défense de la vie, « Edwards n’a pas résolu le problème de l’infertilité qui est un problème grave, ni du point de vue pathologique ni du point de vue épidémiologique ». Le Vatican refuse de reconnaître les travaux du physiologiste britannique qui ont rendu possible le traitement de la stérilité, une affection médicale qui touche plus de 10 % des couples du monde. La fécondation in vitro (FIV) permet à un ovule d’être fécondé hors du corps de la femme puis réimplanté dans l’utérus. Aujourd’hui, quelque quatre millions de personnes ont vu le jour grâce à cette technique de fertilité.

En Chine, Lui Xiaobo avait été condamné à 11 ans de prison pour avoir participé à l’écriture de la Charte 08, un manifeste signé par plus de 300 intellectuels chinois qui appelle à la démocratie et aux droits de l’homme dans ce pays. La « Charte 08 » s’inspirait de la « Charte 77 », qui a ébranlé la Tchécoslovaquie communiste. Selon Li Fanping, avocat de dissidents chinois, cité par l’AFP, « depuis plus de 20 ans, depuis 1989, la société civile chinoise est passée par de grands changements et les militants et défenseurs des droits de l’Homme chinois ont payé un prix très lourd pour faire avancer la démocratie et l’État de droit ». Plus de 100 intellectuels chinois et internationaux comme Vaclav Havel, l’ancien président de république Tchèque, et le lauréat du prix Nobel Desmond Tutu avaient appuyé la nomination de Liu Xiaobo pour le prix Nobel de la Paix. Parmi les candidats dont les noms ont été annoncés publiquement : outre Liu Xiaobo, les dissidents chinois Chen Guangcheng et Gao Zhisheng, la militante russe des droits de l’Homme Svetlana Gannouchkina et l’organisation Memorial avec laquelle elle travaille.

Dans une lettre ouverte au Comité Nobel et « à tous les européens », Xu Youyu, philosophe, professeur et chercheur à l’Académie des Sciences Sociales, a appelé de ses vœux l’attribution du prix Nobel de la Paix à. Le philosophe écrit : « Dans la nuit du 3 au 4 juin, j’étais sur la place Tiananmen, près du monument aux héros : Liu Xiaobo et trois autres intellectuels participaient à une grève de la faim, et ce sont eux qui à l’aube du 4 juin, ont convaincu les étudiants de quitter la place, et ont négocié avec l’armée venue les réprimer, permettant que l’évacuation de la place se passe sans problème. Le comportement de Liu Xiaobo pendant le mouvement pour la démocratie de 1989 montre que ce critique culturel s’est alors transformé en intellectuel public et militant des droits de l’homme concerné par les problèmes politiques et sociaux. Les caractéristiques de son action et de son comportement en 1989 ont marqué toutes son action par la suite ».

Pour Pékin, la chose est impensable : « attribuer le Nobel à cet ancien professeur de philosophie «constituerait un acte inamical qui aura des conséquences négatives pour les relations entre la Chine et la Norvège». La personne que vous mentionnez a été condamnée à de la prison. Ses actions vont totalement à l’encontre des objectifs du prix Nobel ». L’épouse de Liu Xiaobo, Liu Xia, ne cache pas son pessimisme. Elle estime que les pressions du gouvernement chinois réussiront à priver son mari du Nobel.