Inviteriez-vous un diplomate américain à votre table?

30 11 2010

Voilà. C’est fait. Un quart de million de câbles diplomatiques américains confidentiels sont coulés par le site Wikileaks. C’est troublant, très troublant, même. Mais faut-il se surprendre de ce que nous révèlent ces notes diplomatiques? D’abord, elles n’ont de diplomatie que le nom. Leur contenu reste d’une profonde trivialité. Du mâle dominant (alpha-male) que serait Vladimir Poutine aux yeux des diplomates américains à l’irresponsable, imbu de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne comme l’apparaît Sylvio Berluconi, dans les notes de la chargée d’affaires américaine à Rome Elizabeth Dibble, Wikileaks nous révèle en quelque sorte que le monde diplomatique vole très bas dans ses appréciations d’autrui.

Que le ministre Sarkozy soit allé à Washington exprimer son admiration à George Bush, contre l’avis du président français d’alors, montre la hauteur réelle des états d’âme du président de la France. En sommes-nous vraiment surpris? En toute gratitude, les États-Unis qualifient aujourd’hui ce même Sarkozy de « susceptible et autoritaire ». Qu’Angela Merkel craigne le risque et fasse rarement preuve d’imagination, selon des analyses encore une fois américaines, que le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, se méfie de tout le monde et qu’il soit entouré d’un cercle de conseillers qui le flattent tout en le méprisant, que le roi Abdallah d’Arabie saoudite ait exercé des pressions directes sur les États-Unis pour que ces derniers daignent enfin « couper la tête du serpent » auquel il compare l’Iran et qu’il ait souligné que travailler avec les États-Unis pour combattre l’influence iranienne en Irak était une priorité stratégique de son gouvernement, montrent là des discussions d’officines qui parfois établissent les grandes règles de gouvernance du monde.

Et à propos des déclarations du roi Abdallah, inutile de préciser qu’Israël s’est montré ravi de cette prise de position très claire sur le danger régional que représenterait l’Iran avec son programme de développement nucléaire. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad n’en rate jamais une. Il s’inscrit bien dans la réalité de ces trivialités que révèlent ces câbles diplomatiques. Selon ce dernier, les révélations de Wikileaks ne sont qu’une machination du pouvoir américain : « Les pays de la région sont tous amis les uns avec les autres. Pareille sottise n’aura aucun impact sur les relations de ces pays ». Sever Plotzker, éditorialiste du Yediot Ahronot, écreit que les fuites de WikiLeaks montre une « image claire et nette: le programme nucléaire iranien sème la panique dans le monde entier ». « Tout cela est très négatif. Ce n’est pas bon pour bâtir la confiance », a réagi un conseiller gouvernemental saoudien.

La France n’est pas en reste aux plans des commentaires formulés au plus bas niveau du ton diplomatique. Le conseiller diplomatique de l’Elysée, Jean-David Levitte, estime que l’Iran est un Etat « fasciste » et qualifie le président vénézuélien Hugo Chavez de « fou » qui transforme son pays en nouveau Zimbabwe.

Cinq journaux ont, depuis des semaines, lu et analysé les télégrammes que publie Wikileaks, The New York Times aux États-Unis, The Guardian en Grande-Bretagne, Der Spiegel en Allemagne, El Pais en Espagne et Le Monde en France. Cent vingt journalistes de cinq pays ont étudié les télégrammes, partagé informations et expertises, nous apprend le quotidien Le Monde. Environ 90% des télégrammes diplomatiques couvrent une période allant de 2004 à mars 2010 (les autres remontent jusqu’en 1966). WikiLeaks a reçu 250 000 télégrammes diplomatiques, venus du département d’État à Washington et de 270 ambassades et consulats américains dans le monde.

La conclusion à tirer de ces revues de presse est troublante et tire sa source des révélations du quotidien Le Monde : « Les télégrammes diplomatiques éclairent le rôle des agents diplomatiques et consulaires américains, encouragés, puisqu’ils appartiennent officiellement à l’IC, à collecter des informations confidentielles et personnelles, y compris sur les amis de Washington ».  Comme le révèle le quotidien français, « le mémo 219058, adressé à l’ambassade des États-Unis à l’ONU, à New York, éclaire à quel point les diplomates sont encouragés à ne respecter aucune règle de l’immunité diplomatique, sans parler de respect de la vie privée. Le secrétaire général des Nations unies, son secrétariat et ses équipes, les agences de l’ONU, les ambassades étrangères et les ONG présentes à Manhattan, sont ainsi, sans même présumer du travail des agences de renseignement, soumis au regard intrusif de la mission diplomatique américaine ».

Le Monde s’interroge avec beaucoup de pertinence sur ces méthodes peu diplomatiques des États-Unis pour obtenir des informations à vil prix : « Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, et ses collaborateurs savent-ils que les diplomates américains avec lesquels ils déjeunent ont reçu l’ordre de noter leurs numéros de cartes de crédit personnelles, ou que ceux avec lesquels ils voyagent doivent transmettre leurs numéros de cartes de fidélité des compagnies aériennes ? Et qu’ils sont encouragés à mémoriser les mots de passe de leurs ordinateurs ? »  Der Spiegel en vient à cette conclusion inconto8urnable qui mettra à mal les diplomates américains eux-mêmes : « « For the first time, there was an official government document connected to the National Humint Collection Plan, which formally documents the use of dark methods by the US administration. In the face of the newly released evidence, it will be hard for US diplomats to deny their activities. It gives too much detail on the scope of the interests of American foreign policy ».

Tout y passe. Parmi les pays visés par ces opérations d’espionnage, on retrouve des alliés comme la Grande-Bretagne, la France et Israël et d’autres pays comme le Pakistan, la Chine et l’Arabie saoudite : « « les rapports doivent inclure les informations suivantes, précise la directive : noms, titres et autres informations contenues sur les cartes de visite ; numéros de téléphone fixe, cellulaire, de pagers et de fax ; annuaires téléphoniques et listes d’emails ; mots de passe Internet et intranet ; numéros de cartes de crédit ; numéros de cartes de fidélité de compagnies aériennes ; horaires de travail… ». « Y a-t-il une vie pour les diplomates après les mégarévélations de WikiLeaks? », s’interroge le quotidien Le Temps, de Suisse. « Alors que le site continue de déballer, au goutte à goutte, les 251 287 câbles diplomatiques plus ou moins secrets originaires des ambassades américaines, voilà la diplomatie mondiale convertie en un immense territoire de ragots ».

La Maison-Blanche a condamné « dans les termes les plus forts » la publication « irresponsable et dangereuse » de ces documents, affirmant que l’initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus. Notre conclusion serait quelque peu différente : évitez tout simplement d’inviter chez vous un diplomate américain pour le repas familial. Quel rapport fera-t-il de vos talents gastronomiques?

Voici comment l’Inde a traité l’affaire des télégrammes diplomatiques. Autre perspective sur un sujet qui ne cessera d’être débattu dans le monde entier : 





Une génération d’idées pour le Québec de demain

29 11 2010

Les 26, 27 et 28 novembre se réunissaient à Montréal près de 400 personnes pour réfléchir sur le Québec., Ces personnes étaient constituées surtout De jeunes âgés de 20 à 35 ans provenant de tous les coins du Québec. Génération d’idées est une organisation à but non lucratif, indépendante et non partisane créée en 2008. Sa mission est d’offrir aux Québécois(es) âgé(e)s de 20 à 35 ans un espace propice à l’expression d’idées porteuses, à l’image de la relève, en vue de faire face aux défis à venir de notre société.

« Au Sommet Génération d’idées, il n’est aucunement question que des conférenciers expérimentés et académiques viennent nous ronronner leur connaissance. Nous avons développé une formule de participation unique qui place chaque individu dans le rôle potentiel de leader, d’idéateur » a indiqué Sébastien Boyer co-porte-parole du sommet et membre actif du comité de mobilisation. La particularité de ce Sommet a été de faire appel, également, à des mentors. De Jacques Languirand à Anik Trudel, de Bernard Descôteaux à Emmanuel Bilodeau, près d’une vingtaine de personnalités issues de milieux différents ont rehaussé de leur présence ce Sommet. Leur mandat consistait à contribuer aux discussions en les ponctuant de leurs connaissances et de leurs expériences. À la fin de chaque atelier, les participants étaient appelés à discuter en groupe des pistes de solutions et à déterminer 4 ou 5 idées qui ont été priorisées lors de la dernière journée du Sommet, soit dimanche. Plus de 70 textes ont servi à établir les bases de la discussion. Plutôt que d’assister passivement aux présentations de leurs aînés, les jeunes étaient invités à s’impliquer  dans l’un des 25 thèmes abordés au cours du Sommet et à contribuer au plan d’action qui le suivra.

Suite à ce sommet, un mémoire sera remis au gouvernement afin de présenter des solutions concrètes en matière d’environnement, de santé, d’économie et de bien d’autres enjeux.

Liste des enjeux:

  1. Cynisme et perte de confiance envers le politique
  2. Politique budgétaire du Québec
  3. Éducation et le financement des universités
  4. Politiques énergétiques du Québec
  5. Choc démographique
  6. Politiques environnementales du Québec
  7. Responsabilité sociale de l’entreprise
  8. Développement durable
  9. Culture
  10. Santé
  11. Urbanisme et beauté du Québec
  12. Transports collectifs
  13. Identité culturelle et diversité
  14. Agriculture
  15. Gestion de l’eau
  16. Innovation
  17. Travail atypique et équilibre vie-travail
  18. Gestion des ressources naturelles
  19. Discrimination et inclusion
  20. Politique budgétaire du Québec
  21. Le rôle, la concentration et l’indépendance des médias

La question fondamentale qu’il faut se poser est la suivante : un tel sommet fera-t-il naître une nouvelle génération de leaders politiques qui redonneront à la population du Québec confiance dans ses institutions et dans les personnes politiques qui auront à cœur de promouvoir les défis de l’avenir et mettre de côté leur enrichissement?





Pour des dizaines de millions d’Américains, le rêve est brisé

28 11 2010

Aux Etats-Unis, 31 pour cent des enfants entre 6 et 12 ans veulent un iPad pour Noël, selon un sondage de l’institut Nielsen, mené en octobre dernier. Selon ce même sondage, 29 pour cent des enfants désirent recevoir à Noël un iPod Touch. Pour termniner cette liste de cadeaux sous le sapin de Noël, Nielsen nous révèle que 20 pour cent des enfants interrogés veulent IPhone. Autre temps autres moeurs, les consoles de jeux ne seraient plus en si fortes demandes auprès des jeunes : si Nintendo (25 pour cent) et la PS3 de Sony (21 pour cent) s’en sortent bien, malgré tout, la XBox 360 de Microsoft chute à 12 pour cent des sondés qui en veulent sous le sapin de Noël.

Selon une étude de Harvard, les maladies ou les factures médicales ont contribué en 2007 à 62% des faillites totales des familles aux Etats-Unis (contre 50% en 2001). Selon Arianna Huffington, citée par Le Monde, près de 100 millions d’Américains vivent dans des familles aux revenus inférieurs à ceux de leurs parents au même âge. Les enfants de parents fortunés qui ne font pas d’études ont plus de chance d’être riches que les enfants de parents pauvres qui, eux, ont entrepris des études. Un crédit immobilier sur 8 mène à la saisie. Un Américain sur 8 vit de bons alimentaires. Chaque mois, plus de 120 000 familles se déclarent en faillite. La crise économique a balayé plus de 5 000 milliards de fonds de retraite et d’économies ! « Je ne comprends pas que Washington n’ait pas conscience de l’urgence absolue d’agir… […] Oui, pour des dizaines de millions d’Américains, le rêve est brisé. ».





Jean Charest aime-t-il les biscuits?

27 11 2010

Embauché en janvier 2009 à la suite de la fusion des conseils de santé en une seule entité, Stephen Duckett, un économiste australien, est un homme connu en Alberta. Moins connu au Québec. Sauf depuis l’histoire d’un biscuit. Stephen Duckett occupait jusqu’à jeudi le poste de président de Services de santé Alberta. Il gérait un budget annuel de 13 milliards de dollars. Son salaire de base était de 575 000$. Il avait droit à des bonis de performance pouvant représenter jusqu’à 25 pour cent de son salaire. Il recevait également une allocation annuelle de 18 000 $ pour sa voiture, de même que 10 000$ par année pour « développement professionnel » et 15 000$, annuellement, pour des bénéfices d’ordre personnel. Monsieur Duckett a été congédié. En conséquence, il recevra des indemnités de départ totalisant près de 700 000$, correspondant à un an de salaire, ainsi que les dépenses relatives à son retour en Australie.

Un biscuit qui coûte très cher à l’État albertain. En effet, parce que le docteur Duckett a refusé de répondre à des journalistes qui lui demandaient à quel moment le temps d’attente dans les urgences serait réduit, sous prétexte qu’il « mangeait un biscuit ». Cet incident, banal en soi, s’est retrouvé sur YouTube et la province est devenue la risée du monde entier. Un reporter l’interpelle à nouveau sur une question secondaire, et on le voit alors tendre en face du visage de la journaliste la moitié de son biscuit déjà entamé. Le docteur Duckett ne s’est pas montré à la hauteur de ses hautes fonctions au sein de l’appareil d’État albertain. Le premier ministre de la province, Ed Stelmach, a qualifié son attitude de « très offensante ». De leur côté, les trois partis d’opposition à l’Assemblée législative réclamaient le départ de M. Duckett.

M. Charest rencontrait Nicolas Sarkzoy et le premier ministre François Fillon vendredi matin. Il a fui pour quelques heures le Québec. Il ne répond plus aux demandes du peuple et de l’opposition qui demandent la tenue d’une enquête publique sur le financement des partis politiques et sur les liens au sein de la construction. Jean Charest et Nicolas Sarkozy ont pris biscuits et thé en tête à tête pour se réconforter mutuellement des périodes difficiles qu’ils traversent tous deux. Les sondages sont dévastateurs à leur égard. Au Québec, quatre personnes interrogées sur cinq ne font pas confiance au chef libéral pour redresser la situation à la suite des révélations sur les liens entre la mafia et le milieu de la construction. Et deux tiers des personnes interrogées n’ont pas confiance en Pauline Marois pour faire le ménage dans la construction malgré ses appels répétés pour la tenue d’une commission d’enquête. Quatre personnes sur 10 estiment qu’il n’y a aucun chef de parti politique au Québec qui est honnête et en qui elles peuvent avoir confiance.

En Alberta, un fonctionnaire perd la tête pour un biscuit. Au Québec, un premier ministre défend son « pot de biscuits » envers et contre tous.





Le Québec ne se souvient plus!

26 11 2010

Fondation Lionel-Groulx

« Le Québec ne se souvient plus! » C’est sous ce titre que la Fondation Lionel-Groulx publiait les résultats d’une étude sur la piètre situation des cours d’histoire du Québec au niveau collégial. Moins de cinq pour cent des étudiants du cégep ont suivi un cours d’histoire du Québec en 2008-2009. Les trois quarts des cégeps n’offrent plus de cours d’histoire sur la Belle Province. Conséquence : plus de 75 pour cent des cégépiens termineraient leurs études sans avoir suivi aucun de cours d’histoire. Parmi la faible proportion (23,7%) d’étudiants qui ont eu un cours d’histoire parce qu’ils ont choisi les sciences humaines, la plupart suivent le cours général «Histoire de la civilisation occidentale», et non celui qui porte sur le Québec.

Les données recueillies dans l’étude ont été fournies par 296 enseignants en histoire dans tous les cégeps de la province au courant de l’été 2010.

Selon Gilles Laporte, chercheur et professeur d’histoire au cégep du Vieux-Montréal, et sa collègue, Myriam D’Arcy, y, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal, qui ont mené cette étude, parmi les douze grandes compétences que doivent acquérir les jeunes inscrits au cégep, aucune ne fait référence au bagage historique du Québec. Pour Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx : « Quelqu’un a déjà dit qu’un peuple qui ne connaît pas son histoire est appelé à la répéter. La majorité des professeurs du collégial estiment que leurs étudiants sont mal outillés pour exercer leur devoir de citoyen. Parce que le cégep ne sert pas seulement à produire des travailleurs formés ».

Les jeunes ne connaissent donc pas leur histoire et pourront de moins en moins s’identifier comme des Québécois.





Gilles Vaillancourt et les «intérêts supérieurs» de Laval

25 11 2010

Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, annonçait par voie de communiqué qu’il se retirerait temporairement du conseil d’administration d’Hydro-Québec. Après avoir été, expressément, invité par le gouvernement du Québec à offrir ainsi généreusement son retrait. Par voie de communiqué, il a dit avoir pris cette décision pour protéger les «intérêts supérieurs» de la société d’État.

Toutefois, rien ne semble prévu que monsieur Vaillancourt puisse également se retirer temporairement de la mairie de Laval. Il n’y aurait pas lieu, dans ce cas précis, de protéger les «intérêts supérieurs» de sa ville. Il convient, en de telles circonstances, de rappeler ce constat de Louis de Bonald : Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n’est pas de faire son devoir, mais de le connaître.





«N’enterrez pas l’Amérique trop vite»

24 11 2010

Obama a prévenu : «N’enterrez pas l’Amérique trop vite, n’enterrez pas l’industrie automobile trop vite, n’enterrez pas les ouvriers américains trop vite, ne nous enterrez pas trop vite» (So here’s the lesson : Don’t bet against America. (Applause.) Don’t bet against the American auto industry. Don’t bet against American ingenuity. Don’t bet against the American worker. Don’t bet against us. (Applause.) Don’t bet against us. (Applause.).

Le président se félicite d’avoir sauvé l’industrie automobile mais il n’a pas réussi à sauver la grandeur de l’Amérique lorsqu’il s’est agi de redonner à son pays l’espoir d’un nouveau respect des droits humains. J’entends aussi dans ses paroles un certain écho : « N’enterrez pas Guantanamo trop vite!»

S’agissant des tribunaux civils pour juger les prisonniers de Guantanamo, il faut compter sur Liz Cheney, fille de Dick Cheney, pour perpétuer le déni de justice que représente Guantanamo aux États-Unis : elle a appelé Barack Obama à mettre fin to this reckless experiment. Reverse course. Use the military commissions at Guantanamo that Congress has authorized