Grillez-moi ce nègre!

10 11 2010

Mumia Abu Jamal est un des condamnés américains les plus célèbres du monde. Agé de 56 ans, cet ancien président de l’Association des journalistes noirs de Philadelphie a été condamné à mort en 1982 pour le meurtre d’un policier blanc qu’il nie avoir commis. Aux premières heures du 9 décembre 1981, s’interpose dans une altercation entre un policier blanc, Daniel Faulkner, et son jeune frère. Le policier est tué de deux balles et Mumia est blessé à la poitrine. Il arrêté pour le meurtre de l’officier Daniel Faulkner. Mumia est condamné à mort le 3 juillet 1982. Il est dans le couloir de la mort depuis près de 30 ans.

Selon Amnisty International, Mumia Abu-Jamal, ancien membre du Black Panther Party (BPP, Panthères noires), était surveillé dans le cadre du programme COINTELPRO de contre-espionnage du FBI. Avant son arrestation, Abu-Jamal travaillait comme journaliste et avait écrit des articles très critiques sur les autorités de Philadelphie. En juin 1999, un ancien tueur à gages, Arnold Beverly, confesse à l’une des avocates de Mumia avoir tué l’officier Faulkner dans le cadre d’un contrat mêlant police corrompue et mafia. Bien que corroborés par un faisceau d’éléments et de témoignages concordants, ces aveux n’ont jamais été entendus par la justice au prétexte qu’ils sont « hors des délais de la procédure ».

Pour Amnisty International, les autorités américaines ont, à plusieurs reprises, violé les garanties juridiques internationales par leur recours permanent à la peine capitale. Parmi ces violations, on compte l’exécution de personnes déficientes mentales, de délinquants mineurs et de personnes qui n’ont pas bénéficié d’une assistance juridique adéquate. Par ailleurs, la majorité des condamnés à mort sont issus d’un milieu pauvre et de minorités ethniques et raciales. Et Amnesty International a dénombré 70 raisons de rejuger le fond de l’affaire.

Le juge Albert F. Sabo a présidé le procès de Mumia Abu-Jamal. Ses liens avec les services de police ont soulevé des inquiétudes quant au choix de ce juge. Albert Sabo fut, seize années durant, shérif adjoint de la ville de Philadelphie, avant de devenir juge en 1974. Sur une période de 14 ans, Albert Sabo en tant que président du tribunal, condamna à mort 31 prévenus dont 29 appartenaient à des minorités ethniques. Et c’est ce juge qui s’exclama à la fin du procès : « Je vais les aider à faire frire ce nègre ». Il faut lire cette analyse – Anatomy of a Racist Frame Up – pour se convaincre du racisme manifeste démontré par ce juge.

Parmi les nombreuses irrégularités qui ont jeté un discrédit sur le procès de Mumia, Amnisty International relate le témoignage d’un gardien de sécurité de l’hôpital et d’un policier, selon lequel Mumia aurait hurlé : « J’ai tiré sur ce fils de pute et j’espère que ce fils de pute va mourir ». Un autre policier, Gary Wakshul, certifia plus tard à la cour d’appel avoir également entendu ces propos. Or, aucun autre des nombreux policiers présents dans la chambre de Mumia n’a entendu cet « aveu ». Les médecins présents à ses côtés ont déclaré que Mumia était « au bord de l’évanouissement », et qu’ils ne l’ont pas entendu prononcer une quelconque confession. En outre, les trois témoins n’ont affirmé avoir entendu ces propos que plus de deux mois après l’événement.

Le Fraternal Order of Police (FOP), syndicat important qui regroupe plus de 283 000 membres et qui représente les forces de police, a, explique Amnisty International, fait campagne de façon constante pour l’exécution de Mumia, réagissant violemment aux demandes d’ouverture d’un nouveau procès. En août 1999, ils ont même appelé au boycot économique de tous les particuliers et des entreprises qui exprimaient leur soutien à la libération de Mumia. Le FOP a des liens étroits avec les autorités judiciaires qui ont rejeté l’appel de Mumia.

L’Humanité a fait sien le combat pour la justice que mène Mumia Abu-Jamal. Pour le quotidien, il ne fait aucun doute qu’Abu-Jamal est un prisonnier de conscience. Il dénonce les rouages d’une justice à deux vitesses. Il critique également les inégalités sociales et les discriminations fondées sur la couleur de peau, inhérentes de la société états-unienne. Aujourd’hui encore, il importune. Est-ce pour cela que le président Barack Obama est resté sourd aux interpellations de personnalités, dont plusieurs prix Nobel de la paix et de littérature, lui enjoignant d’intervenir en faveur de la révision du procès?

Danielle Mitterrand, présidente de la Fondation, France Libertés, s’interrogeait en ces termes dans les pages de l’Humanité : « Comment, aujourd’hui, les autorités américaines et tous les démocrates peuvent-ils accepter l’idée qu’un détenu puisse être mis à mort après vingt-neuf années de prison? […] Je ne comprends pas que l’on puisse infliger un tel traitement lorsqu’on est une grande nation, un peuple civilisé qui se veut à la pointe de la recherche. Je l’ai dit à l’ancien gouverneur de Pennsylvanie, lequel pour toute réponse m’a reproché avec une violence terrible de perdre mon temps à soutenir un voyou ».

À deux occasions, la vie de Mumia Abu-Jamal a été sauvée par des millions de militants et de personnalités dans le monde. À ce jour, 3.261 personnes se trouvent dans les couloirs de la mort aux États-Unis, dont 42% de Noirs (alors qu’ils ne représentent que 12% de la population). 35 États pratiquent la peine de mort et le Texas vient en tête avec 16 exécutions en 2010. Le site Bellaciao a joint sa voix aux nombreuses organisations dans le monde qui demande la libération pure et simple de Mumia Abu Jamal. « Abu Jamal devrait être honoré par un Prix Nobel de la Paix pour avoir osé défendre avec des mots et des articles, la cause des afro-américains enclin au racisme et à la ségrégation ordinaire pratiquée notamment dans les états du sud des USA. Mumia Abu Jamal est aujourd’hui l’un des plus anciens et le plus célèbre prisonnier politique du monde, il vient de dépasser de 2 ans les 27 années d’emprisonnement de Nelson Mandela. Ce dernier, comme des milliers de militants de par le monde, a aussi demandé à Barak Obama d’intervenir pour que ce procès soit équitable ».

Une pétition internationale en ligne lancée en janvier pour demander au président américain Barack Obama de se prononcer contre la condamnation à mort de Mumia Abu Jamal a recueilli plus de 29.000 signatures à ce jour, parmi lesquelles l’ancienne Première dame de France Danielle Mitterrand, l’écrivain allemand Günter Grass, ou le linguiste américain Noam Chomsky. Le prix Nobel de la Paix se montrera-t-il sensible à cette pétition?

Des pays du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont demandé à Washington d’abolir la peine de mort dans le cadre d’une série de recommandations sur la situation des droits de l’homme aux Etats-Unis. D’autres pays ont demandé aux autorités américaines de réduire la surpopulation carcérale, de ratifier des traités internationaux sur les droits des femmes et des enfants et de prendre des mesures supplémentaires pour lutter contre le profilage racial. Pour les États-Unis, la peine de mort est autorisée par le droit international et il n’est donc pas question de l’abolir. Des pays comme l’Iran, le Venezuela, Cuba et la Corée du Nord sont membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.


Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :