Les soldats meurent en Afghanistan « par égards pour les États-Unis »

6 12 2010

L’image est dévastatrice. Qui croit encore qu’il est possible de faire de l’Afghanistan un grand pays démocratique? Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a prévenu l’ambassadeur des États-Unis en Belgique que l’Union européenne ne croyait plus en un succès en Afghanistan et que les forces européennes y demeuraient « par égards pour les États-Unis ». Ce commentaire a été transmis dans une note diplomatique, dévoilée par Wikileaks, à Washington par l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Howard Gutman. Les soldats qui y perdent la vie, pour défendre une cause insensée, ont-ils droit aux mêmes égards?

Les États-Unis, embourbés dans un combat impossible contre le terrorisme, sont bien isolés. Hillary Clinton a dû admettre que des millions de dollars affluent sans entrave de pays arabes du golfe Persique vers des groupes extrémistes à travers le monde. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar sont les principaux soutiens financiers d’organisations terroristes. À ce propos, le Qatar serait « le pire dans la région » pour la lutte contre le financement du terrorisme et le Koweït ferait office de « point de transit-clé ».

Karl Eikenberry est ambassadeur des États-Unis en Afghanistan. Il a lui aussi transmis à Washington des notes dévastatrices sur la corruption au plus haut niveau du gouvernement et un sévère jugement sur le président Hamid Karzaï. Il a transmis à Washington des notes dévastatrices sur la corruption au plus haut niveau du gouvernement et un sévère jugement sur Karzaï. Selon le diplomate, Hamid Karzaï est un individu paranoïaque et faible auquel manquent les bases nécessaires pour comprendre comment s’édifie un État (…). Dans un même temps, le président afghan est un « homme politique toujours rusé, qui se considère comme un héros nationaliste. Selon les télégrammes rendus publics par Wikileaks, la personnalité de Hamid Karzaï est une source d’inquiétude pour ses propres ministres. Enfin, Karzaï est décrit comme un homme extrêmement faible qui n’écoute pas les faits mais peut au contraire être facilement influencé par quelqu’un lui rapportant des histoires pourtant farfelues, ou des projets de complots contre lui.

Par suite de ces révélations de Wikileaks, le sénateur John Kerry, qui préside la puissante commission des affaires étrangères, a reconnu qu’il y aurait peut-être des retombées. Karl Eikenberry pourrait être muté par Washington à d’autres fonctions, ailleurs dans le monde. « Nous allons devoir déplacer certains de nos meilleurs éléments parce qu’ils ont osé dire la vérité sur le pays où ils travaillent », a remarqué un haut responsable de la sécurité nationale cité par The Daily Beast.

Mais que fait donc le Canada en Afghanistan? Encore une fois, les réponses tardent. Sous la gouverne de Stephen Harper, le Canada vole au plus bas et sa réputation ne cesse de se dégrader. Stephen Harper n’a rien d’un leader qui, une fois la parole donnée, la respecte jusqu’au bout. Harper a décidé, sans en débattre devant le parlement, de maintenir en Afghanistan 950 soldats et membres du personnel de soutien afin de former les troupes afghanes pendant trois ans, dans la région de Kaboul, à partir de 2011. Depuis l’arrivée des troupes canadiennes en Afghanistan en 2002, on recense la perte de 157 Canadiens, soit 153 militaires, 2 travailleuses humanitaires, 1 journaliste et 1 diplomate. Pourquoi?

Les libéraux ont montré une réelle lâcheté en chambre sur cette question de la présence du Canada en Afghanistan au-delà de 2011. Selon Bob Rae, nonobstant l’opinion publique, le Canada doit rester en Afghanistan, parce qu’il a l’obligation internationale de contribuer à faire de ce pays un endroit plus sûr, justifiant ainsi l’appui de son parti à la décision controversée du gouvernement conservateur de prolonger la mission des militaires canadiens.

Le mardi 30 novembre dernier, le Bloc québécois présentait, devant le parlement d’Ottawa, une motion condamnant la décision du gouvernement conservateur de Stephen Harper de prolonger la présence canadienne en Afghanistan jusqu’en 2014 pour former l’armée afghane. Les membres de l’opposition officielle libérale présents ont en effet appuyé les conservateurs pour forcer le rejet de la motion par un vote de 209 contre 81. La motion visait en réalité à « condamner la décision unilatérale du gouvernement de prolonger la mission canadienne en Afghanistan jusqu’en 2014, renonçant ainsi à deux promesses faites à la population : l’une à la Chambre des communes, le 10 mai 2006, réitérée dans le discours du Trône de 2007, de soumettre au vote du Parlement tout déploiement militaire; et la promesse faite le 6 janvier 2010, que la mission en Afghanistan soit strictement civile après 2011, sans présence militaire, à l’exception de la sécurité pour garder l’ambassade ».

Le Collectif Échec à la guerre est appuyé par quelque 70 groupes, dont la Fédération des femmes du Québec, le parti Québec Solidaire et plusieurs organisations étudiantes et syndicales. Selon le Collectif, les gouvernements occidentaux poursuivent la guerre en Afghanistan contre la volonté de leurs propres populations. Son porte-parole, Raymond Legault, estime également que l’OTAN est une organisation anti-démocratique qui, depuis la fin de la Guerre Froide, sert simplement de bras armé à l’expansion de l’empire américain dans le monde. En conséquence, le Canada devrait, comme le déclarait, le 21 novembre dernier, Raymond Legault, non seulement retirer ses troupes de l’Afghanistan mais il devrait aussi quitter l’organisation de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Un message que se refuse d’entendre Stephen  Harper, préoccupé de bien servir les intérêts des États-Unis au détriment de ceux du Canada. Et du côté libéral, des députés ont averti Michael Ignatieff que la décision de prolonger la présence du Canada en Afghanistan était impopulaire auprès de l’électorat libéral et que cela pourrait nuire au parti lors de prochaines élections. Dans son programme en matière de politique étrangère, intitulé Le Canada dans le monde, Ignatieff énonçait déjà, en juin 2010, que le « le Canada devrait assumer, pendant une période fixe après la fin de sa mission de combat, un rôle axé sur la formation du personnel policier et militaire dans un collège d’état-major basé à Kaboul ».

Les Canadiens se souviendront-ils de cette rebuffade de leurs leaders politiques aux prochaines élections?

 


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