La police d’assurance de Julian Assange (Wikileaks)

7 12 2010

Qu’y a-t-il de plus malsain que de dire la vérité ou d’être le porteur d’une vérité? La conjugaison des efforts des grands pays amis des États-Unis pour neutraliser Wikileaks montre à quel point toute vérité n’est pas bonne à dire. Amazon et Paypal sont des entreprises établies aux États-Unis. La Bibliothèque du Congrès américain bloque l’accès à Wikileaks. Des États comme la France et la Suisse montrent leur grande servitude à l’égard de l’Oncle Sam.

Postfinance, la filiale bancaire de la Poste suisse, a fermé le compte du fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, en raison de fausses indications sur son lieu de domicile. Paypal justifie sa décision ainsi : « Notre service ne peut en aucun cas servir à des activités qui encouragent, promeuvent, facilitent une activité illégale ou donnent pour instruction à d’autres de s’y engager ». Pour la France, Wikileaks est une « menace pour la démocratie ». « Je crois que Assange devrait être assassiné », a affirmé, sur les ondes de CBC, le professeur de science politique à l’Université de Calgary, Tom Flanagan, qui s’est excusé depuis. Tom Flanagan est proche du pouvoir canadien. En effet, on le dit près du premier ministre Stephen Harper ayant été un de ses principaux organisateurs politiques jusqu’en 2006.

Des organisations de défense de la liberté d’expression et d’informer tels que Reporters sans frontières et La Quadrature du Net ont exprimé leur soutien à WikiLeaks. Reporters sans frontières note à juste titre que c’est la première fois que nous observons une tentative de censure à l’échelle internationale d’un site dont la vocation première est la transparence. Nous ne pouvons qu’être sidérés par le fait que des pays comme la France et les États-Unis alignent soudain leur politique en matière de liberté d’expression sur celle de la Chine.

Face aux efforts internationaux pour anéantir Wikileaks et pour traduire en justice son fondateur, Julian Assange, des internautes se mobilisent pour monter des sites miroir afin de faire échec à toute tentative de faire disparaître Wikileaks. Selon ZDNet, en date de dimanche soir, il y aurait 208 sites miroir « résistants officiels à la censure » localisés principalement en Allemagne, en Angleterre, Canada, aux États-Unis, en Suède et en France. À Paris, le ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique a demandé au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) de trouver des moyens d’interdire l’hébergement de WikiLeaks en France. Wikileaks est hébergé sur les serveurs du français OVH (IP 213.251.145.96). En réaction à cet état de fait, Eric Besson écrit, dans sa lettre, qu’on ne peut héberger des sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d’autres États en raison d’atteintes qu’ils portent à leurs droits fondamentaux.

Devant cette décision intempestive du ministre Besson, le directeur général d’OVH, Octave Klaba, a aussitôt réagi : « Compte tenu de dernières déclarations politiques, et de pressions qui commencent réellement à se sentir, même ici à Roubaix Valley, nous avons décidé de saisir le juge en référé afin qu’il se prononce sur la légalité ou pas de ce site sur le territoire français ». L’entreprise OVH n’a pas souhaité participer à cette guerre que se livrent les pays démocratiques contre Wikileaks : « Ovh est une entreprise qui fournit les infrastructures, le fameux cloud computing disponible en quelques heures …, et notre rôle est d’assurer cette prestation technique. C’est tout. On n’a pas demandé d’héberger ce site ou ne pas l’héberger. Maintenant qu’il est chez nous on assure le contrat. C’est notre boulot. Il est fonctionnel ».

Le site Defensa.org soulève dans ce jeu du chat et de la souris un pan de cette problématique qui peut paraître inextricable : « La situation est extraordinaire : on fait la chasse à la sorcière Wikileaks et les journaux peuvent publier les mêmes documents sans être inquiétés, et, même, se sentent de plus en plus obligés de les publier pour défendre la fameuse liberté de l’information. (Il faut noter également que Wikileaks cible de plus en plus et élargit ses relais, lesquels n’ont aucune raison de refuser son matériel ; comme, par exemple, le matériel concernant le sabotage US de l’offre Gripen contre le JSF en Norvège, transmis au quotidien suédois Aftenbladet.) ».

FoxNews annonce que Julian Assange se donnerait une police d’assurance pour protéger sa personne et son organisation. Une bombe en forme de document crypté qui nécessite,  pour l’ouvrir, un mot de passe. Cette bombe contiendrait des révélations sulfureuses de nature très nuisibles contre plusieurs pays alliés des États-Unis, ainsi que des informations sur la Bank of America. « Julian Assange, the WikiLeaks founder, has circulated across the internet an encrypted “poison pill” cache of uncensored documents suspected to include files on BP and Guantanamo Bay ».

Jim Jarvis, chroniqueur au site The Huffington Post, en arrive à conclure, avec une certaine lucidité, que : « Now, in WikiLeaks, we see a new concern: that secrecy dies. It does not; secrecy lives. But it is wounded. And it should be. Let us use this episode to examine as citizens just how secret and how transparent our governments should be. For today, in the internet age, power shifts from those who hold secrets to those who create openness. That is our emerging reality ».

Entre temps, les étudiants de la très prestigieuse Columbia University’s School of International and Public Affairs ont été avertis par le Pentagone de ne pas entreprendre de discussions, sur les réseaux sociaux comme Facebook, avec Wikipeaks. Nul doute que Wikileaks vient d’être inscrits dans les nouveaux axes du mal de Barack Obama, Prix Nobel de la paix.


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30 01 2011
Les liens de la semaine : piraterie, bidonvilles et Wikileaks | Sur Le Feu

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