Une autre crise au sein du Parti québécois

7 06 2011

«Je ne pense pas que Mme Marois est la femme que les gens veulent suivre pour fonder un pays», déclarait mardi le député démissionnaire du Parti québécois, Jean Martin Aussant. Tant de choses ont été dites depuis lundi. Montées aux barricades, démissions, dénonciations, déceptions, la palette complète des commentaires a été servie au bon peuple québécois. La dévastation est gigantesque.

Le congrès

Il faut vraiment ignorer les rouages d’un congrès politique pour croire que le vote de 93 pour cent recueilli par madame Pauline Marois correspond à la réalité. L’ultime objectif de ce vote était de préserver les acquis vers la prise de pouvoir. Au prix de combien de compromissions. Derrière les portes closes, tractations et menaces allaient bon train. Promesses en tout genre également. «Je te donne, tu me donnes. Tu me donnes, je te donne». Tout pour préserver l’unité et le vilain artifice que tout va bien dans l’Auberge du Parti québécois.

Mais voilà. Obtenir 93 pour cent lors d’un plébiscite au cours d’un congrès politique ne signifie en rien que ce vote mènera à une victoire majoritaire à une élection générale. La question est plus fondamentale. La population québécoise se retrouve-t-elle dans les idées et dans le style de Pauline Marois?

Pauline Marois avait, en avril 2001, réussi à écarter l’aile radicale de son parti. Pourtant, un an auparavant, la chef du Parti québécois avait, en mars 2010, défendu l’idée que le PQ était fondé sur le concept de «liberté» et que c’était un lieu où doit s’exprimer une «multiplicité» de points de vue. Comme l’indiquait le journaliste chroniqueur du Devoir : «Pour Marc Laviolette, l’expulsion de SPQ Libre signifie le retour de la «pensée unique» au PQ. L’objectif étant selon lui de récupérer le vote de l’ADQ, notamment les 700 000 qui ne se sont pas présentés aux urnes à la dernière élection. Mais le syndicaliste a dit douter que cette stratégie — qu’il a qualifiée d’«électoraliste et provincialiste» — puisse fonctionner». Marc Laviolette avait, au congrès d’avril 2011, réclamé puis échoué dans sa tentative de faire en sorte que la Loi 101 soit restaurée dans sa totalité. «Je suis devenu souverainiste parce qu’au Québec, ma langue était devenue opprimée», avait-t-il plaidé.

«Est-ce que le congrès est souverain ou bien c’est juste un exercice de style? » avait questionné Pierre Dubuc qui était à l’origine, avec Marc Laviolette, d’une proposition, adoptée avec une faible majorité, sur l’affichage unilingue français obligatoire. La députation péquiste avait mis tout son poids pour faire renverser cette proposition qui risquait de diviser le parti et d’indisposer la population québécoise.

Le projet de loi privé 204

Dans son exposé, lundi, Lisette Lapointe expliquait en ces termes sa démission du caucus du Parti québécois : «Depuis un certain temps déjà, en effet, je suis très mal à l’aise avec certaines orientations et positions prises par la direction du parti et avec la façon dont elles nous sont imposées. Un bel exemple est le projet de loi Maltais-Labeaume. Je dirais que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Aucune consultation, aucun préavis au caucus des députés. Je l’ai appris par la radio. L’idée de retirer un droit de recours à un citoyen va à l’encontre de mes convictions. D’ailleurs, de nombreux citoyens, et vous le voyez ici, de nombreux citoyens m’ont dit leur désaccord et même, dans certains cas, leur colère».

Agnès Maltais, par son entêtement et le fait d’avoir entraîné dans son sillage, sa chef, Pauline Marois, aura beau tenté de convaincre la population du Québec du bien-fondé de sa démarche. Nul n’est dupe. Démarche électoraliste à la petite semaine qui montre une courte vision d’un Parti politique qui ne vise rien de moins que l’indépendance du Québec. Combattons une fois pour toutes ce malentendu : aucun sondage à la grandeur du Québec ne vient appuyer les prétentions de madame Maltais selon lesquelles la population appuie avec une large majorité sa démarche à l’Assemblée nationale. Madame Maltais, dont les arguments et les tons de voix ressemblent étrangement au maire Labeaume, ne convaincra personne que sa démarche protège la démocratie. Et le tort sera considérable. Madame Maltais gagnera peut-être la course dans sa circonscription, mais le parti québécois risquera, lui, de perdre sa course à la grandeur du Québec.

Est-ce par faiblesse ou calcul électoral que madame Pauline Marois s’est laissé guidé dans ces méandres qui limitent un droit fondamental de contester devant les tribunaux la décision d’un gouvernement municipal?

Forte de son plébiscite d’avril 2011, madame Marois a-t-elle vu trop grand ou s’est-elle laissé griser par ce pouvoir qui corrompt en se convainquant de son invincibilité. Pour Pierre Curzi : « cette décision va à l’encontre d’un principe fondamental de la vie démocratique qui permet à tout citoyen de contester, y compris devant les tribunaux, une décision gouvernementale. (…) Mon seuil de tolérance éthique personnel a été atteint. Je respecte mes collègues parlementaires qui pensent autrement».

Et que dire de cette réflexion profonde de Louise Beaudoin qui, en elle-même, dénonce le comportement de madame Pauline Marois depuis son arrivée à la tête du parti québécois : «c’est à mon retour en 2008, peut-être parce qu’une pause de cinq ans m’a permis de voir les choses autrement, que j’ai commencé à m’interroger sur la partisannerie qui souvent rend aveugle, qui nous force à toujours être dans la certitude, jamais dans le doute, sur le ton guerrier que l’on se croit obligés d’employer, sur la manière de se comporter avec des adversaires que l’on a tendance à considérer comme des ennemis, sur l’unanimisme imposé et sur la rigidité implacable de la ligne de parti: des maux dont la politique, je crois, est en train de mourir ici et ailleurs».

Le député Claude Cousineau s’est dit en accord avec les opposants au projet de loi 204 : «Je ne peux être d’accord avec l’idée de soustraire des droits de contestation à des citoyens. Rappelons-nous qu’il y a moins d’un an nous avons légiféré pour que les municipalités du Québec se dotent d’un code d’éthique et qu’elles produisent et déposent au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire les processus d’appels d’offres pour tout contrats ou ententes. Le projet de loi qui est devant nous va à l’encontre de ces principes et je ne peux donc l’endosser».

Le jeune député Jean-Martin Aussant siégera lui aussi comme indépendant, aux côtés de Louise Beaudoin, Liseette Lapointe et Pierre Curzi. Il a osé dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas : «Je ne pense pas que Mme Marois est la femme que les gens veulent suivre pour fonder un pays».

Au dernier instant, après avoir ironisé sur la décision de ses députés démissionnaires, la chef péquiste Pauline Marois a convenu «avoir fait une erreur au départ» en appuyant le projet de loi sur l’amphithéâtre de Québec sans avoir consulté ses députés. Une fois ce message bien lancé, comme un acte de contrition auquel ont été habitués les québécois de vieille souche, les députés sont ressortis de leur caucus ragaillardis. Le leadership de madame Marois est solide.

Solide? Auprès de qui? De la population du Québec? J’en doute. La langue de bois a repris ses droits. Faire la politique autrement, comme le souhaitait Louise Beaudoin? Un vœu pieux rapidement balayé sous le tapis. «Je vais faire la preuve que la souveraineté est au cœur de notre action et que nous allons faire le pays», a-t-elle répondu au député démissionnaire Jean-Martin Aussant. Pour réaliser cet objectif, il faut de la part de la population québécoise une bonne dose de confiance envers la classe politique. Et lien de confiance est sérieusement compromis.

Selon Bernard Drainville, «il ne fait aucun doute que le parti doit changer pour survivre. Si on veut sauver le Parti québécois, il va falloir changer le Parti québécois. Parce que ça reste un grand parti. Alors moi, je fais le choix de travailler de l’intérieur pour le changer». Il faut souhaiter bonne chance à Bernard Drainville. Il pourra toujours s’appuyer sur Maka Kotto qui a qualifié les démissionnaires de «fossoyeurs de la souveraineté». Madame Marois a clairement laissé entendre, à l’issue de son caucus de mardi, qu’elle n’avait pas l’intention de se plier aux attentes des députés qui souhaitent des changements dans son entourage.

En conclusion, que se passera-t-il lors du prochain vote sur le projet de loi privé 204? Il faudra s’amuser à compter le nombre de députés péquistes absent en raison de besoins urgents incontrôlables (les toilettes parlementaires sont un haut lieu de refuge pour dissimuler sa dissidence). Un trop grand nombre de ces députés risquerait d’affaiblir le leadership de madame Marois. Un petit nombre la conforterait dans cette crise qu’elle pourrait qualifier de passagère. Et les députés absents reviendront et reprendront leur siège le cœur et le corps plus légers.

Madame Maltais soutient qu’il faut écouter la population de la région de Québec. «Les gens de Québec savent ce qu’ils font, ils veulent cette entente, ils veulent le gestionnaire qui est là [Quebecor], ils font confiance en leur ville, en leur maire. […] L’appui des gens de Québec est massif». Puis-je rappeler à madame Maltais qu’avec un investissement public de 200 millions de dollars du gouvernement du Québec, c’est la population entière qu’il faut consulter et écouter? Et qu’il appartient au Parti québécois de remettre les pendules à l’heure? Je rappellerai à madame Maltais, qui n’a de vision que sa réélection dans la la région de Québec, que le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, a dénoncé le projet de loi privé 204 : «Non seulement on autorise tout, mais on interdit les droits de recours». Un an seulement après l’adoption de nouvelles règles d’octroi des contrats municipaux et de règles visant la transparence et l’éthique, «à la première occasion venue, on règle ça entre nous», a-t-il souligné. «C’est quoi le signal qu’on est en train de donner?»

Jean Charest annonce qu’il reportera le vote sur le projet de loi 204 à l’automne. «Nous prendrons le temps de faire le travail comme il faut. Nous reviendrons au mois de septembre pour le faire correctement». Quel magnifique croc-en-jambe servi au Parti québécois et à sa chef, Pauline Marois. La sagesse vient de Jean Charest et la tempête trouve son origine chez les stratèges du Parti québécois, Agnès Maltais en tête, qui n’ont pas su voir venir la position de l’habile adversaire. Faire l’indépendance du Québec avec si peu de clairvoyance et ce brin d’amnésie? Peut-être serait-il sage que madame Maltais rejoigne les rangs des députés indépendants si elle avait l’humilité de reconnaître cet énorme gâchis.

Selon Cyberpresse, madame Marois se retrouve perdante sur toute la ligne depuis ce plébiscite d’avril 2011 : « Près des deux tiers des Québécois (62%) estiment que Mme Marois devrait quitter son poste «à la lumière des événements d’aujourd’hui» (la démission des députés Beaudoin, Curzi et Lapointe, lundi), mais 38% croient au contraire qu’elle devrait rester. Chez les électeurs souverainistes, 56% souhaitent qu’elle jette l’éponge, un point de vue que partagent seulement le tiers (35%) des électeurs péquistes ».


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14 06 2011
Léon

Bonjour Pierre, je vous ai envoyé un mail sur Yahoo, mais je crains que vous ne consultiez pas cette messagerie.
J’ai été averti que vous aviez mis un lien vers Disons c’est ainsi que j’ai su que vous étiez vivant .
Est-ce que tout va bien ?
Bien cordialement

Léon

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