5… 4… 3… 2… 1… Premier septembre, nous nous retrouverons.

31 08 2008

Heureux comme pas un. Fatigué comme dix. En forme comme vingt. Je fourbis mes plumes. Mon encre est prête. Avant qu’elle ne sèche irrémédiablement. Le verbe pointe, le mot en est jaloux, le silence boude, lui qui se croyait gardien pérenne des lieux. Premier septembre, à l’aube d’un automne qui inquiète, « fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous », comme le chantait Jean-Pierre Ferland.

Bien le bonjour chez vous.

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École buissonnière

14 08 2008

Mes amies et mes amis

En raison de la période intense de rédaction, je ferai relâche aujourd’hui et vendredi. Il ne reste que peu d’heures pour dormir. Je vous écris ce billet à 04h00 du matin. Je vais me coucher, tenter de sommeiller et me lever dès 09h00 pour une conférence téléphonique.

Bien le bonjour chez vous.





Une question d’intérêt national : l’enfant devait bien passer devant la caméra

13 08 2008

L’une était jolie. L’autre moins. L’une chantait moins bien. L’autre mieux. Deux fillettes ont montré au monde entier jusqu’où la tricherie pouvait aller dans l’idéal olympique.

Résumons. Au cours de l’ouverture des Jeux Olympiques, rendez-vous que j’ai raté volontairement, les télévisions ont transmis l’image de Lin Miaoke, toute menue et toute jolie, qui a chanté l’Ode à la mère patrie. « Je me sentais si belle dans ma robe rouge », a déclaré l’enfant au China Daily. Et le Journal s’enorgueillit du fait que : « On Saturday, she appeared on the cover of the New York Times ».

Sauf que… ce n’est pas Lin Miaoke qui a chanté. C’était plutôt Yang Peiyi. La première est jolie. Elle a passé à l’écran en mimant de chanter. La seconde n’est pas jolie, selon les canons des officiels chinois, donc elle a chanté sans être montrée. L’enfant à la dentition tordue, Yang Peiyi, n’était pas assez mignonne. Mais sa voix a été considérée selon Chen Qigang, célèbre compositeur chinois contemporain et citoyen français, comme la plus belle.

Lin Miaoke, neuf ans, « star montante », selon les médias chinois. Encore faut-il qu’elle puisse chanter la mignonne mignonnette. La supercherie n’a guère intéressé la presse chinoise mais le sujet fait parler les internautes.

Chen Qigang l’a dit et redit : « C’était une question d’intérêt national. L’enfant devait bien passer devant la caméra, être expressive ».

Ce qui devait être un esthétisme époustouflant connaît, par suite de certaines révélations et admissions, des ratés gênants. « Le programme télévisé de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin comportait des images truquées et prémontées de feux d’artifice », a avoué le vice-président du Comité d’organisation des Jeux, Wang Wei. « Il se peut que des images de pieds précédemment tournées aient été utilisées en raison de la mauvaise visibilité », a reconnu Wang Wei.

L’esprit olympique. Jacques Rogge devra expliquer le principe de tricherie qui s’applique, dans le cas de la Chine, ailleurs que dans les questions de dopage. Par exemple, Internet. Les sites qui font référence à tout ce qui touche le Tibet, le Dalaï-Lama, Taiwan et le massacre survenu à la Place Tiananmen, sont bloqués. Wang Wei, toujours ce brave homme, explique que les sites bloqués menaçaient la sécurité nationale et pouvaient être néfastes pour la jeunesse chinoise. Je crois rêver. Associer deux enfants innocents à une tricherie d’État ne constitue pas un exemple néfaste pour la jeunesse chinoise ?

Jacques Rogge, le président du CIO, déclare tout bonnement que ce dossier de la censure sera étudié plus en profondeur à la fin des Jeux et qu’un rapport sur la question sera publié. À la fin des jeux ? « On m’a demandé des excuses, mais je n’en donnerai pas. Ce n’est pas le CIO qui gère Internet en Chine », a riposté Jacques Rogge. S’il nous indiquait d’où viennent les milliards de dollars que le CIO engrange depuis Juan Antonio Samaranch ?

Bien le bonjour chez vous.





A l’écoute des vents solaires

12 08 2008

Dans les années 1980, deux découvertes avaient marqué ma culture musicale. Baigné que j’étais dans le baroque et l’époque classique, je suis tombé par hasard sur un disque vinyle qui allait bouleverser toutes mes convictions et mes connaissances de la musique. J’ai, dans un premier temps, découvert David Hykes et son célèbre « A l’écoute des vents solaires. De ce point de découverte, David Hykes m’a fait fréquenter les chants sacrés du Tibet et les chants diphoniques de Mongolie.

Sans être profondément religieux, cette musique des harmonies célestes m’avait pleinement rejoint. David Hykes déclarait en 2006 : « Les harmoniques du son sont aussi universelles que la lumière, la gravité, la chaleur et l’espace. J’essaie de transmettre et partager le Chant Harmonique depuis ces 30 ans comme une musique cosmologique, à la fois personnelle et spirituelle ».

Au hasard de mes explorations sur Internet, j’ai redécouvert les chants diphoniques de Mongolie qui m’ont rappelé ma deuxième découverte des années 1980. De la Mongolie, il n’y avait qu’un pas à franchir pour retrouver la musique du Tibet.

Après une très longue fréquentation avec les époques de la Renaissance, du Baroque et du Classique, je sentais bien naître une certaine lassitude accompagnée d’un vide que ne comblaient plus ces grandes œuvres du répertoire musical. Lorsque mon oreille a, dans les années 1980, apprivoisé les chants diphoniques, je n’avais pas senti, très certainement par paresse intellectuelle, l’urgence d’approfondir la technique de ces chants en consultant de savants exposés. Ces chants me comblaient et le seul effort que je voulais bien consentir était d’accroître davantage ma capacité d’écoute pour me baigner dans un monde qui m’était alors totalement inconnu.

Dans mes périodes intenses d’écriture de ces dernières semaines, j’ai renoué avec ces chants d’un autre monde. Ils ont été, pour l’heure, un compagnon qui m’a guidé dans ce travail laborieux d’écriture institutionnelle. Je suis contraint de jouer avec les mots. Les mots, parfois les maux, sont une matière qui peut déboucher sur un produit particulièrement détestable. L’écriture est comme la meule que fait tourner le potier pour faire sortir de la terre une œuvre d’art. Je suis si éloigné des œuvres d’art qu’il me faut doubler, à tous les jours, d’efforts pour fuir la catastrophe épistolaire.

Samedi soir, au hasard de ma nouvelle quête d’émotions et en raison d’un curieux retour aux sources, j’ai découvert non sans émotions un documentaire de la Société Française d’Ethnomusicologie sur les chants harmoniques. Un documentaire produit en 1989. Dans cette même décennie qui a suivi de près ma quête de ce patrimoine musical étranger qui n’était pas toujours accessible au jeune trentenaire que j’étais.

Imaginez. Ce n’est trente ans plus tard que j’ai pu apprendre ce qu’était réellement le chant diphonique. Je ne connaissais pas Tran Quang Hai, ingénieur à l’INRS. Ce documentaire m’a, par l’image et le son d’un autre temps, donné accès à son enseignement. Est-ce l’âge, est-ce la sagesse, toujours est-il que j’avais, ce samedi soir, peu de résistance à recevoir l’enseignement de ce professeur d’origine vietnamienne.

De ces chants diphoniques, j’ai eu soudainement le goût incontrôlable de retrouver mes sources musicales. Petites recherches sur Internet et dans ma discothèque lourde de 3.500 CdRoms. Retour donc à David Hykes. Première surprise, il est encore actif. Nouvelles émotions. David Hykes est installé en France. Son centre d’enseignement est situé à Pommereau, entre Orléans et Blois, à 20 minutes au nord de Beaugency (45) et la Loire. Logé dans un grand corps de ferme cistercien datant du 12e siècle au milieu d’un parc de 5 hectares entouré de forêts domaniales, de lacs, de faune et de flore. Plutôt bucolique.

Après avoir parcouru le site de David Hykes, mes sentiments étaient plutôt mitigés. La tonalité « nouvel âge » de l’endroit m’a tout de même gêné et m’a fait craindre le pire. Je fus un peu surpris de découvrir David Hykes sur un site de MySpace. Étrange que tout cela. Étrange aussi l’image qui reste, après tant d’années, d’un homme qui vous a montré les chemins d’une musique céleste, d’accents harmoniques sans mots dire, et qui resurgit soudainement devant vous.

Dimanche soir, de retour sur ce curieux cheminement vers le passé, je recherche quelques documents vidéo sur David Hykes. J’ai trouvé Gravity Waves sur DailyMotion. Après quelques écoutes itératives, au cours de la journée d’hier, j’ai compris que ces souvenirs avaient vieilli. En même temps que moi. Mais différemment. Il est bon de revoir ses souvenirs et il est bon de les voir repartir.

Aujourd’hui, je me remettrai au travail. Comme hier. Et qui sait. Peut-être reviendrai-je, cette fois, aux concertos si divinement légers d’Albinoni.

Bien le bonjour chez vous.





La guerre du pipeline

11 08 2008

Que connaissez-vous du pétrole ? Pour ma part, rien. Si ce n’est ce yoyo incessant dans le prix du baril. Imaginez. Les prophètes de malheur prédisaient qu’il atteindrait les 200 $ avant la fin de 2008. De 147,3 USD qu’il était le 11 juillet, le baril est passé à environ 115 USD ces jours derniers.

Je n’ai pas de voiture. Pas de permis de conduire. Une rareté. Je suis une rareté. Jamais n’ai-je déposé les mains sur un volant. Je n’aime pas l’automobile. Cela remonte à mon enfance. Voyager en automobile signifiait, chaque fois, être malade. J’avais en horreur l’automobile. Sa senteur. Sa lenteur (mon père, âgé, conduisait trop prudemment et il conduisait à contresens, à ma plus grande stupéfaction). Tout était réuni pour que je déteste viscéralement ce transport motorisé.

Le pétrole. Mal du siècle incontournable. L’or noir accuse une baisse de 21%. Le brut devrait osciller entre 80 et 100 USD le baril à la fin de l’année. Baisse qui n’est pas sans conséquences. L’once d’or est passée de 1.000 à 800 dollars. Mais pourquoi cette baisse ? À cause des automobilistes. Une baisse de la consommation en Europe, en France en particulier, mais aussi aux États-Unis serait responsable de cet effondrement. Il paraît que, selon la formule entendue, les automobilistes américains ont conduit plus prudemment et plus lentement. Pire. Ils ont conduit trois fois moins qu’à leur habitude.

Au garage les bolides, les Hummers de ce monde.

Tout cela est bien beau. Mais est-ce que les consommateurs ont profité de cette chute ? Je ne crois pas. Il m’est difficile de le confirmer, je ne fais pas de plein d’essence.

L’euphorie passée, les économistes, ces vieilles corneilles annonciatrices de malheur, nous préviennent. L’explosion économique de l’Inde et de la Chine pourraient relancer la demande. A demande croissante prix croissant, dit-on. Un observateur – qui ne manque pas d’humour – se plaisait à imaginer les Chinois et les Indiens se privant de voitures et de frigos pour éviter une explosion du prix du baril de pétrole. Qu’à cela ne tienne. La Chine avait annoncé avoir constitué des stocks importants de pétrole en prévision des Jeux olympiques. Rendez-vous que j’ai raté, je me répète, je le sens.

Non seulement le pétrole est l’objet d’une guerre des prix en approvisionnement, mais il est également la source de conflits qui conduisent à des guerres sanglantes. C’est devenu un lieu commun que de citer l’Irak.

La Géorgie, maintenant. Elle ne produit pas de pétrole. Elle a le malheur d’être située entre l’Iran et les oléoducs et gazoducs sous monopole russe. L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, inauguré en 2006 et long de 1.774 km (BTC), transite sur ses terres. Capacité : 1,2 million de barils par jour.

La Russie et la Géorgie montrent qu’elles ont des relations plutôt crispées, voire hostiles, c’est le moins qu’on puisse dire. L’Ossétie du Sud, soutenue par Moscou, veut son indépendance de la Géorgie. Tbilissi veut reprendre le contrôle de la région qui devrait être, de facto, indépendante depuis la chute de l’URSS en 1991.

Vladimir Poutine, premier ministre, veille au grain. Il est à Vladikavkaz, capitale de la république russe d’Ossétie du Nord. Il prévient Tbilissi. Il sera difficile à la Géorgie, après son opération « criminelle » contre l’Ossétie du Sud, de rétablir sa souveraineté sur le territoire. « Il est difficile de s’imaginer comment il serait possible après tout ce qui s’est passé (…) de convaincre l’Ossétie du Sud de faire partie de l’État géorgien », a soutenu Vladimir. Sauf qu’encore une fois, il a omis de commenter la propre intervention de la Russie – qualifiée d’invasion par la Géorgie – qui a bombardé des objectifs « stratégiques, économiques, civils et militaires », tels le port de Poti sur la Mer noire et la ville de Gori proche de l’Ossétie du Sud. Le contrôle de la région qui permet l’acheminement du pétrole entre la Mer Caspienne et la Mer Noire sans passer par la Russie est au cœur du litige. Le pétrole et les pétro-dollars. Qu’ont à dire les populations au centre de cette guerre pour l’acheminement du pétrole ? Que dalle, dirait mon copain de Caën, sinon de subir. Dmitri Medvedev, a déclaré, de Moscou, par voie de communiqué : « La partie géorgienne a commis une agression contre des habitants pacifiques et des soldats russes chargés du maintien de la paix ». Dmitri sort peu. Il n’était pas à Pékin. Vladimir l’a remplacé.

Bernard Kouchner est dans la région. La présidence française de l’UE, dans une mise en garde inattendue, a prévenu Moscou par écrit que ces opérations militaires sur le territoire géorgien affecteraient leur relation. Nicolas Sarkozy se rendra donc à Moscou. Pour dénoncer, courageusement, cet acte d’agression de Moscou à l’encontre de Tbilissi. Washington accuse Moscou de vouloir faire tomber le président géorgien pro-occidental, Mikheïl Saakachvili. Ballet diplomatique habituel.

Pour l’heure, les fortes tensions opposant la Russie à la Géorgie en Ossétie du Sud n’ont pas eu, jusqu’à ce jour, semble-t-il, d’impact sur les cours pétroliers, si ce n’est, par contre, la chute d’environ 6% des actions russes sur les places boursières. La Géorgie compte prendre tous les moyens pour importer du gaz d’Iran, d’Azerbaïdjan et d’Asie centrale pour réduire sa dépendance énergétique de Moscou après la récente forte augmentation du prix du gaz russe. Bruxelles a prévenu Moscou sur son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières actuelles reconnues par l’ensemble de la communauté internationale. La Russie a répété au cours du week-end qu’elle n’a pas l’intention d’envahir la Géorgie. Le gazoduc que l’Arménie et l’Iran ont construit en dépit de l’opposition de Moscou et de Washington inquiète tout de même la Russie qui craint de perdre son monopole. Et si l’Amérique pouvait ravir une parcelle de ce monopole à Moscou ? Ballet diplomatique habituel.

Je m’étais promis de ne plus me lancer, pendant cette période intense d’écritures institutionnelles, dans les grandes analyses géopolitiques. Chassez le galop, il revient au trot. Je reviens donc à mon point de départ. Le pétrole.

Il y a cette déclaration forte de Barack Obama : « J’accuse les sociétés américaines d’avoir constamment lutté contre toutes les tentatives d’amélioration de la consommation des véhicules ». C’était en mai 2007. Il a changé d’idée depuis. Les lobbies veillent. Barack Obama a proposé la semaine dernière de puiser dans les réserves pétrolières stratégiques du pays afin de faire baisser les prix de l’essence. Important revirement sur sa politique énergétique puisqu’en juin, lorsqu’il avait présenté ses propositions en la matière, il s’était déclaré défavorable à l’utilisation de ces réserves, sauf en cas d’extrême urgence. Il s’agit, selon son camp, d’une mesure à court terme destinée à atténuer la crise énergétique.

En mai 2008, Nicolas Sarkozy avait, devant la flambée des prix du pétrole, soulevé l’hypothèse de suspendre la fiscalité, pour la part TVA, sur le prix du pétrole. Le brave président n’a pas développé davantage cette hypothèse de poser la question à ses partenaires européens : « Pour décider, il faut l’unanimité, donc il n’est pas question de le promettre ». Sagesse toute chinoise…

Pourquoi je vous parle aujourd’hui du pétrole? En raison du hasard qui m’a mené sur ces pages de MailOnLine. Je n’ai pas lu le texte : « la guerre du pipeline ». Manque de temps. Seules les photos ont attiré mon attention. C’est le prix du pétrole. Et cliquez sur ce lien pour voir ce qui est qualifié de dommage collatéral. Huffington traite mieux que je ne saurais le faire de la stratégie géopolitique dans la région. À lire. Si vous avez le cœur solide. Il y a aussi le New York Times qui analyse de plus près les intérêts pétroliers régionaux. J’arrête ici.

Combien payez-vous votre litre d’essence, déjà ?

Bien le bonjour chez vous.





L’insoutenable légèreté de l’être.

10 08 2008

Kundera. L’insoutenable légèreté de l’être. Sentiment qui me traverse avant de jeter quelques phrases sur le papier. Je me sens tout drôle d’écrire, que dis-je, de parsemer sur papier, pas tout à fait, sur l’écran de mon ordinateur, devrais-je dire, quelques phrases que je trouve, à la fin, liées par une logique, mais très légère. L’improvisation, je ne l’aurais jamais imaginé, exige une rigueur égale à l’écriture sur l’actualité. Celle-ci nous propose un fil conducteur. Celle-là, l’improvisation, nous donne un fil pour nous perdre.

Étant peu familier avec l’art de l’improvisation, je vais donc me raccrocher à un fait divers qui a émaillé ma journée de samedi. J’ai pris congé. J’ai fui ma table de travail. J’ai en réalité fui l’écriture institutionnelle pour une improvisation. Loin de la discipline de l’écriture. La marche. Ultime plaisir du vagabond. Marcher sans but aucun. Ultime joie de l’anonymat au sein de la grande ville. Je n’ai rencontré, à mon étonnement, personne. Douce retraite qui fait que vous disparaissez progressivement des réseaux de ceux-là ou de celles-là qui vous avaient tant à l’œil, hier, pour une foule de petites raisons ou de bons prétextes à vous solliciter une quelconque faveur. Elle est bien belle, la vie.

Un fait divers, disais-je? Il vient. En improvisant ainsi, je mets de l’ordre dans mon fourbi de mots. Petite radio à piles dans mes poches, casque d’écoute couvrant  mes oreilles, je me suis laissé inonder, en cours de marche, par la douceur de Beethoven. La Pastorale. C’est peu ordinaire d’écouter dans les clameurs et les bruits de la ville, frôlant et côtoyant tant d’anonymes, comme moi, une musique composée par une célébrité qui atteignait une surdité avancée! Je pourrais lui ressembler, pourquoi pas : sourd aux bruits de la ville mais en éveil aux accents des trilles et des volutes des cordes que m’envoie cette symphonie transcendante.

Trois heures de marche. Mes pieds m’ont lancé un signal de fatigue. Ils ne peuvent pas se taire et me laisser goûter les images kaléidoscopiques de la rue et les sons de mon environnement électro-portable ? Je m’impose un arrêt. Un petit café crème me redonnera l’énergie qu’il faut pour me remettre sur la route du pèlerin urbain que je suis. Je ferme ma radio, j’enlève mon casque d’écoute. Mes yeux tombent sur le quotidien étalé sur une table. Je réalise tout de go ce qu’écrivait Françoise hier. « Difficile d’y échapper, n’est-ce pas ? » En effet.

Là, en première page, la question fondamentale est posée : « Ouverture des Jeux : où est Stephen Harper ? » Ce n’est pas vrai. Dire que si je n’avais eu ce contrat d’écriture institutionnelle, je me serais senti obligé d’épiloguer sur la question. Pire. D’y chercher une réponse. Chercher, documenter, valider (Bis repetita non placent). En raison de cette nouvelle légèreté de l’être,  très circonstancielle, faut-il le préciser, je me sens libre de ne pas répondre. Je me sens libre de dire, comme ces gamins dans leur langue si particulière : « et après ? ». D’autres gamins, Amérique impose, diraient : « So What ? » Ben oui, quoi. Et après ?

Bizarre comme une question me fournit une certitude au lieu du doute. Harper n’est pas là où se trouvent tous les autres. La question me suffit. Inutile de lire l’article. Cela ne m’intéresse pas. Je dépose le journal. Je termine mon café. Mes pieds me signalent qu’ils peuvent me supporter encore pour une heure ou deux. Pourquoi ai-je le sentiment de la joie ? Au lieu de me laisser turlupiner par cette banale question, je m’en détache totalement parce qu’elle m’a donné une certitude et éliminé un doute. Où qu’il soit, Harper n’est pas là où la logique politique aurait exigé qu’il soit. Un petit doute toutefois : peut-être, me dis-je, que mon premier ministre est plus sympathique que je ne le croyais.

Je rallume ma radio. Je repère immédiatement la seule station de musique classique de Montréal. La seule station qui ignore l’actualité.  Elle tourne le dos à l’actualité pour que je puisse l’ignorer à mon tour. Je remets mon casque d’écoute. Pedibus cum jambis, je reprends ma quête de l’harmonie (par la musique) dans le fatras visuel urbain. Avec davantage de légèreté de l’être. Plus soutenable maintenant. À la radio, In Abendrot. Au crépuscule.

« Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est » – (Marcel Proust).

Bien le bonjour chez vous.





J’ai su ce que je ne voulais pas entendre

9 08 2008

J’habite un quartier dont la population est tissée serrée. Toute québécoise qu’elle soit, catholique, qui s’est éloignée de l’Église, je vois, à l’occasion, poindre dans la rue une couleur, un geste inhabituel, un regard étrange, parfois sous un voile, plus souvent sans voile.

Il existe dans mon quartier, comme ailleurs au Québec, des petits commerces qui ont pour seul objectif de dépanner. Cigarettes, bières, boissons, croustilles, repas rapides en conserves, et quoi d’autre. Je leur attribuais la fonction de dépanner. La langue québécoise a eu le génie d’appeler ces petits commerces des « dépanneurs ».

Hier avant-midi, je me suis rendu au dépanneur de mon quartier. De bonne tenue. Propret. Le propriétaire est chinois. Il parle français. Rareté à Montréal. Son épouse également. Double rareté. Son fils aussi. Triple rareté. Tous trois sont très gentils. Nous fraternisons si furtivement qu’il n’y aucune place à une possible dissension entre nous. Sous ses traits asiatiques, le proprio, moins de quarante ans, m’a expliqué un jour venir de Chine, et non de Corée. La confusion est si courante. La banlieue de Pékin. Moins d’un million d’habitants. Je ne me rappelle plus du nom. Trop compliqué à retenir.

Donc, hier avant-midi, je me rends chez mon dépanneur du quartier pour me procurer le strict nécessaire, question d’accompagner un repas frugal. Pas de temps. L’écriture bouffe mon énergie. Et je bouffe de l’écriture. Elle est chronophage, également. Le proprio, comme cela est son habitude, me salue avec gentillesse. Parfois, en raison de la neige sur mon toit, je le trouve par trop obséquieux. Orient oblige.

Mais pourquoi diable je vous parle de mon dépanneur chinois. Je me souviens. Ce rendez-vous raté. Monsieur Lee (ce n’est pas son vrai nom car je suis incapable de me rappeler du sien : trop compliqué) m’explique qu’il s’est levé très tôt. À six heures trente, pour être précis. Il ne voulait pas rater le rendez-vous du siècle. Ah bon! Il me prend à témoin : c’était beau n’est-ce pas? Les cérémonies venaient de se terminer. Il était midi à Montréal. Minuit à Pékin.

Avec gentillesse et obséquiosité à mon tour, je lui ai répondu que j’avais été dans l’impossibilité de me joindre au rendez-vous. Je n’ai pas de télé, voyez-vous. Le pauvre homme. Comment se peut-il qu’un Québécois, Canadien, Nord-Américain n’ait pas la télé? C’est comme cela, lui ai-je répondu.

Attristé à l’idée que je n’aie pu être au rendez-vous, il prend son courage à deux mains pour me décrire, à grands traits, les moments émouvants, à ses yeux, de cette rencontre du troisième type. Je l’ai écouté. Pour lui faire plaisir car il est heureux de sa liberté d’expression. Et je souris à cette liberté avec laquelle il me décrit ces événements qui ont marqué sa journée.

Dix minutes plus tard, je quitte mon dépanneur, encore tout déconfit à l’idée que je ne puisse avoir chez moi de poste de télé. Je reviens aussitôt à la maison. Ma radio était branchée à Radio-Canada. Je l’ai fermée. J’ai su ce que je ne voulais pas entendre. Je me remets à l’écriture.

Bonjour chez vous.