De retour le 15 août 2008

21 07 2008

Bonjour

Merci à toutes et à tous de votre fidélité. Je m’absenterai jusqu’au 15 août en raison d’un important mandat que je viens d’accepter. Je me joins à une équipe de rédaction chevronnée pour la préparation d’un important document d’entreprise.

Je trouverai toutefois le temps de visiter les blogues amis afin de ne pas trop me faire oublier au cours de cette absence.

Merci

À bientôt

Pierre R. Chantelois





Giuliano Berretta, d’Eutelsat, ferme la seule fenêtre d’accès à la libre information pour des millions de Chinois

18 07 2008

New Tang Dynasty Television (NTDTV) est un réseau chinois indépendant basé à New York depuis 2001. Chaîne de télévision à but non lucratif établie par des Chinois vivant à l’étranger, NTDTV diffuse ses programmes par satellite 24 h sur 24, couvre l’Amérique du Nord, l’Asie, l’Europe et l’Australie et peut toucher plus de 200 millions de personnes. Sur le site du réseau NTDTV, on peut y lire : « alors qu’un grand nombre de médias restent muets sur des sujets comme la persécution du Falun Gong, les chrétiens qui pratiquent en secret, les dissidents politiques et autres violations des droits de l’homme en Chine, NTDTV n’hésite pas à en parler. Lorsque des millions de personnes ont commencé à démissionner du Parti communiste chinois (PCC) en 2004, NTDTV a été la seule chaîne chinoise à couvrir les faits ».

Il n’est pas difficile d’imaginer que les autorités de Pékin, dans leur souci de transparence, ne voient pas d’un bon œil un réseau de télévision de langue chinoise, basée aux États-Unis, diffuser des émissions indépendantes de la ligne officielle du Parti communiste. Qui plus est à la veille des Jeux olympiques. Hu Jintao doit résoudre la quadrature du cercle : éviter de censurer les médias étrangers qui seront présents à Pékin mais, en même temps, ne pas contaminer le peuple chinois par des reportages incendiaires qui viendraient de pays étrangers mal intentionnés.

Ainsi va la vie. Depuis le 17 juin dernier, la diffusion par satellite de New Tang Dynasty Television (NTDTV) en Asie est interrompue après plus de quatre ans de diffusion. À quelques semaines de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, des millions de foyers en Chine, équipés d’antennes paraboliques, ne captent plus les signaux satellite du réseau indépendant NTDTV. Il faut dire que depuis 2004, les autorités de Pékin exercent des pressions importantes Eutelsat, l’opérateur français du satellite W5, celui-là même qui rend disponible le signal de NTDTV aux chinois. Pékin aurait ordonné à maintes reprises à Eutelsat de « mettre fin à cette diffusion immédiatement ». Face à la mobilisation de parlementaires et d’associations, Eutelsat a, jusqu’en juin dernier, choisi de continuer la diffusion du réseau indépendant. « NTDTV a été conventionnée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) et émet en toute légalité. Nous sommes nombreux au sein des Assemblées parlementaires françaises et européennes à souhaiter que ces émissions continuent », avait déclaré, en 2005, Pierre Lequiller, président de la délégation pour l’Union européenne de l’Assemblée nationale.

En juillet 2003, un autre opérateur, New Skies Satellite, avait été menacé par Pékin de subir d’importantes pertes commerciales s’il n’interrompait pas le signal de NTDTV. Ce qu’il avait fait sans coup férir. Contraintes commerciales obligent.

Cette fois-ci, c’est au tour de l’opérateur Eutelsat de s’exécuter. Selon Reporters sans frontières, la décision aurait été prise par le PDG d’Eutelsat, Giuliano Berretta. L’entreprise européenne prend prétexte d’un problème technique pour justifier cette interruption. Toutefois, un cadre d’Eutelsat, enregistré par RSF, croyant s’adresser à un représentant du ministère de la Propagande chinois, a révélé l’existence d’un système de secours pouvant rétablir les signaux satellite. « Ceci est de l’information très, très privée, qui ne peut pas être annoncée à l’extérieur. Si les États-Unis obtiennent cette information, notre compagnie ne pourra pas supporter une telle pression. Si les gens apprenaient que nous en avons toujours un de rechange, ce serait terrible », aurait déclaré le cadre en question.

Reporters sans frontières accuse nettement l’entreprise Eutelsat : « A quelques semaines des Jeux olympiques, la suspension de NTDTV, une chaîne qui dérange le gouvernement de Pékin car elle peut être reçue librement par des dizaines de millions de foyers chinois, apparaît comme une faveur d’Eutelsat pour obtenir de nouveaux marchés ». Et pour appuyer ses accusations, RSF s’appuie sur cette conversation déjà citée avec un cadre d’Eutelsat à Pékin qui aurait déclaré : « C’est le PDG de notre société en France qui a pris la décision de faire cesser la diffusion de NTDTV. (…) Nous pouvons choisir de débrancher ce transpondeur [un transmetteur de signaux des programmes]. Et nous pouvions choisir de ne pas le débrancher, bien entendu. (…) C’est parce que nous avons reçu des plaintes et des rappels du gouvernement chinois ».

La version de l’entreprise est différente, il va sans dire. Eutelsat a déclaré que le satellite W5 a subi de graves problèmes techniques qui l’ont obligée à suspendre la diffusion de plusieurs chaînes, en réduisant le nombre de transpondeurs. Giuliano Berreta a cependant refusé d’expliquer pourquoi les transpondeurs vers l’Asie sont tombés en panne à l’exception de celui transmettant le signal de Voice of America. En 2005, c’est ce même Beretta qui avait initialement refusé de renouveler le contrat avec NTDTV après avoir fait des affaires avec le Parti communiste chinois (PCC).

Comme le précise RSF, Eutelsat et Thales, le fabricant du satellite, ont de plus en plus d’intérêts commerciaux en Chine. Eutelsat a signé un contrat avec les autorités chinoises pour que la fusée « Longue Marche » soit utilisée dans des lancements de satellites de l’entreprise. Comme l’écrivait le Wall Street Journal en avril 2008 : « Eutelsat essaie depuis des années de trouver un chemin pour pénétrer le marché chinois, et la signature de contrats est vue comme un moyen de réussir cet objectif ». Qui plus est, Eutelsat se plaint d’être lésé par rapport à son principal concurrent, l’américain Intelsat, lequel vient de signer un contrat d’un milliard de dollars (environ 630 millions d’euros) avec le gouvernement chinois. Ceci explique cela, quoi. « Selon les experts de l’industrie, le vaste plan de lancement des satellites par Eutelsat dans les années à venir ne peut que suggérer que l’opérateur fera fréquemment appel à l’industrie spatiale chinoise », conclut le Wall Street Journal.

Selon le site La Grande Époque, à la bourse Euronext de Paris, l’action Eutelsat Communication était, le 11 juillet dernier, évaluée à 16,97 euros, soit une baisse de plus de 12% depuis l’annonce de l’interruption du signal.

Selon le site IFEX, Eutelsat doit respecter ses obligations de non-interférence dans le contenu des chaînes qu’il diffuse. Elle doit respecter les principes d’égalité dans l’accès, le pluralisme et la non-discrimination précisés dans l’article 3 de la Convention qui régit cette entreprise de droit français. Depuis quatre ans, New Tang Dynasty Television diffusait des programmes en chinois qui tranchent singulièrement avec les chaînes officielles chinoises. Les problèmes des droits de l’homme y sont largement évoqués, notamment la répression au Tibet et les violations à l’encontre des groupes religieux comme le Falungong et les Eglises chrétiennes interdites.

Aujourd’hui la Chine constate avec réalisme que : « Après le célèbre exemple Yahoo, le camp peu glorieux des entreprises prêtes à tout pour pénétrer le marché chinois s’est élargi d’un nouvel arrivant : l’européen Eutelsat qui a décidé de stopper la diffusion d’une chaîne jugée dérangeante par Pékin ». Aujourd’hui la Chine poursuit : « Rien d’étonnant donc qu’à quelques semaines des JO, l’administration de la radio, du film et de la télévision ait voulu se débarrasser de cette chaîne gênante reçue librement par une dizaine de millions de foyers chinois ».

En conclusion, à la veille des Jeux olympiques, alors que la population chinoise a plus que jamais besoin d‘information non censurée, Giuliano Berretta a condamné la seule fenêtre d‘accès à la libre information pour des millions de Chinois. Et cela, à la demande des autorités de Pékin.

(Sources : La Grande Époque, IFEX, AFP)

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Barack Obama en militant islamiste, et son épouse Michelle avec une Kalachnikov en bandoulière.

17 07 2008

Début juin. Sentant de si près la victoire sur sa rivale, Hillary Clinton, le candidat démocrate et sénateur de l’Illinois, Barack Obama, se veut l’agent du changement aux États-Unis. « Amérique, ceci est notre moment, ceci est notre heure, le temps de tourner la page sur les politiques du passé ».

Quelques jours à peine avant cette victoire, le Boston Globe avait publié une liste des erreurs de parcours et des déceptions que chaque champ dressait l’un à l’encontre de l’autre. Une telle liste ne faisait pas le poids et n’était pas sérieuse tant les remarques nettement partisanes se démarquaient des faits réels.

La campagne présidentielle passionne les américains. Selon une étude du Pew Research Center, 72% des 2.004 Américains interrogés assurent qu’ils suivent de près l’élection présidentielle. Et selon ce même sondage, Obama serait en tête avec 48% d’intentions de vote contre 40% pour son rival John McCain. La répartition des intentions de vote est significative : 81% des Noirs, et près d’une majorité de Blancs (49%) estiment qu’une présidence McCain favoriserait les riches. Cela explique peut-être la raison qui fait que Barack Obama bénéficie d’une opinion favorable chez 83% des Noirs mais seulement 31% des Blancs. Un blanc sur cinq (22%) met en doute le patriotisme d’Obama, alors que 62% de Noirs le trouvent « très patriote ».

Malgré l’intérêt de ces sondages, Barack Obama éprouve beaucoup de difficultés à se défaire d’une image que ses adversaires souhaiteraient bien lui accoler de manière permanente, celle d’un islamiste « qui nie en être un ». Ce n’est pas faute d’essayer de corriger cette fâcheuse image. Accusé d’élitisme par ses détracteurs et boudé par l’électorat ouvrier pendant les primaires, le sénateur sorti de Harvard met en avant son enfance modeste dans la classe moyenne.

Autant Obama souhaite « tourner la page » avec les rumeurs sur son appartenance à l’Islam reviennent le hanter. En janvier 2008, Daniel Pipes traitait cette question sur son blogue éponyme. Et la conclusion, qu’il tirait, était la suivante : « Obama is now what Islamic law calls a murtadd (apostate), an ex-Muslim converted to another religion who must be executed ». Faut-il se surprendre que, pour pour 10 % des Américains, Barack Obama serait un « musulman caché », chiffre qui atteint 16 % chez les évangéliques et 19 % chez les électeurs ruraux Pew Research Center)? Selon Newsweek, 26 % des Américains sont convaincus que le sénateur de l’Illinois a été élevé comme un musulman, 39 % croient qu’il a étudié dans une école islamique et 12 % qu’il a prêté serment au Sénat sur le Coran.

Faut-il croire que cette rumeur est tenace ? Il faut voir la page couverture de l’hebdo The New Yorker pour s’en convaincre. Qualifiée du « plus mauvais goût et nettement offendante » par le clan Obama, cette page couverture véhicule pour la énième fois les stéréotypes sur un sénateur illinois qui cache son appartenance à l’Islam. Barack Obama en militant islamiste, et son épouse Michelle avec une Kalachnikov en bandoulière, échangent un « fist bump ». Sur le mur, une photo d’Oussama ben Laden. Pour comprendre ce qu’est un « fist bump » échangé entre le couple, ce que le très sérieux New York Times a préféré qualifier de « closed-fisted high-five », il faut voir la vidéo qui est à l’origine d’une polémique toute américaine. Ce geste, si simple, est un signe d’encouragement et de partage dans le monde sportif ou dans le monde musical. De voir ainsi un couple en démarche de candidature présidentielle s’échanger un signe aussi familier a fait sortir les rumeurs et analyses de toutes sortes des chaumières. Certaines âmes bien pensantes n’y ont vu qu’un « Terrorist fist jab », rien de moins. Notamment Fox News qui s’est interrogé sur la signification de ce « body language ». Le réseau a, par la suite, dû présenter ses excuses pour avoir associé ce geste à un « acte terroriste ».

Et c’est toujours le même Fox News qui interprète ainsi la page couverture de l’hebdo The New Yorker : « Mrs. Obama is portrayed as a militant radical, while Obama appears foreign. The image reflects, some might say mocks, the rumors that have plagued the couple over the last 18 months ». Pour le caricaturiste Barry Blitt, l’intention était toute autre. Il s’agissait en fait de dénoncer, sous forme caricaturale, la campagne de désinformation qui sévit contre le sénateur de l’Illinois. Et l’excellent reportage de Ryan Lizza risque d’être relégué au second rang en raison même de l’attention démesurée accordée à cette caricature.

Cette nouvelle a généré plus de 340 commentaires sur le site de Fox News. Deux commentaires, parmi ces derniers, traduisent les réactions des Américains face à ces communications à répétition d’une image que d’aucuns jugent fausse et que d’autres jugent fondée. Premier commentaire, bref et concis : « Best cover page we have seen to date. It is what we will get if we put this man in the White House (8h36) ». Deuxième commentaire, plus dénonciateur de cette operation : « The New Yorker Magazine’s July cover of Barack Obama and Michelle Obama must be causing the McCain camp to not only fist bump but to roll on the floor with glee. In a shocking effort at cleverness you have reinforced the caustic rumors of those who would never vote for anyone of a different hue than they are, pink and white. Shame on you New Yorker! »

Parallèlement à ces campagnes médiatiques sur le candidat Obama, une certaine presse d’analyse s’interroge de plus en plus sérieusement sur les nombreux revirements du sénateur de l’illinois. Bob Herbert, du New York Times, reconnaît à Barack Obama des qualités inhabituelles chez un politicien : « plus honnête, moins cynique et moins calculateur que la plupart d’entre eux ». Mais le journaliste constate également que les partisans du sénateur s’expliquent mal l’appui de ce dernier au « Electronic Surveillance Bill ». George W. Bush a promulgué la semaine dernière une nouvelle loi codifiant les écoutes antiterroristes, après son adoption définitive par le Congrès. Le texte accorde une immunité aux compagnies de télécommunications qui ont, dans le passé, participé aux écoutes. Sans cette immunité, Bush menaçait la loi de veto présidentiel. Si Obama a voté contre cette immunité, il s’est rangé en faveur du texte. Aussi incroyable que cela puisse paraître, John McCain n’a pas pris part au vote.

Grande déception des défenseurs des droits de l’Homme qui voit dans cette volte-face d’Obama un virage dangereux et risqué à droite. Le sénateur de l’Illinois, l’homme qui annonce le changement, s’aligne, à la première occasion, avec beaucoup de témérité derrière une politique maintes fois dénoncée de Georges W. Bush : un Américain peut toujours être écouté si la communication est entre l’étranger et les États-Unis. L’attitude de Barack Obama a été vertement critiquée par le Wall Street Journal.

Au début du mois, Linda Feldman, du Christian Science Monitor, qualifiait Barack Obama de risque « pour tous ces jeunes électeurs, qui se sont rangés derrière Obama et qui pourraient être désillusionnés par sa politique de style traditionnelle ». Plusieurs observateurs inclinent de plus en plus à croire que le « troisième mandat de Georges W. Bush » que Barack Obama attribue à John McCain, s’il était élu, pourrait également au sénateur démocrate. Le Wall Street Journal donne pour exemple le fait que Barack Obama a appuyé le financement par l’État de programmes sociaux « basés sur la foi ».

Un jour, Obama, au cours des primaires, dénonce le libre échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Récemment, dans une entrevue qu’il accordait au magazine Fortune, le sénateur démocrate revient sur sa parole. « J’ai toujours été un défenseur du libre échange », déclare-t-il tout en reconnaissant le fait que le débat sur cette question était allé trop loin.

Barack Obama avait annoncé, voire même claironné, qu’il préférait un financement public à celui, plus occulte, du secteur privé. Cette option est maintenant chose du passé. Il préfère maintenant revenir et recourir à la générosité de ses nombreux donateurs. La raison ? Le dysfonctionnement du financement public. Bien voyons. « Ce n’est pas une décision facile, parce que j’ai toujours défendu un système robuste de financement public des élections. Mais le système […] ne fonctionne pas et nous faisons face à des concurrents qui sont passés maîtres dans l’art de le déjouer ». Fin avril, il avait levé plus de 265 millions de dollars, dont près de 10 pour l’élection générale, destinés aux dépenses d’après la convention d’août. L’incomparable Karl Rove, ancien conseiller du président Bush, s’interroge, dans le Wall Street Journal, à savoir si le sénateur de l’Illinois peut acheter la démocratie, relativement à ce dernier revirement.

Plus tôt, dans un discours fort controversé devant le lobby pro-israélien de l’AIPAC, Barack Obama avait déclaré que Jérusalem était indivisible et que la ville sainte « resterait la capitale de l’Etat d’Israël ». Par la suite, le sénateur de l’Illinois a multiplié les démarches pour minimiser les impacts de ses déclarations et se montrer, soudainement, ouvert au dialogue (mot à la mode) sur la création d’un État palestinien. L’embarras est que si l’Etat juif présente Jérusalem comme sa capitale éternelle et indivisible, ce statut n’a jamais été reconnu sur le plan international. D’où le faux pas de Barack Obama. Tentant de corriger le tir, le candidat démocrate a déclaré : « Nous voulions simplement indiquer que nous ne souhaitons pas voir des barbelés à travers Jérusalem, un peu comme avant la guerre de 1967, qu’il est possible à notre sens de créer une Jérusalem qui ait de la cohésion et de la cohérence ».

Selon le politologue Costas Panagopoulos, de la Fordham University (New York, nord-est), interrogé par l’agence France-Presse : « C’est typique dans les campagnes présidentielles, de mener la bataille des primaires avec des positions extrêmes et puis de dériver doucement vers le centre afin d’attirer le plus grand nombre d’électeurs à l’élection générale ». Ce à quoi répond le Wall Street Journal : « La plupart des candidats à la présidentielle adaptent leur message une fois obtenue l’investiture de leur parti, mais M. Obama n’est pas simplement en train d’orienter son discours vers le centre (…) il veut un troisième mandat Bush ». La question est également posée sur le Huffington Post : « Is Barack Obama an extension of George W. Bush’s foreign policy? ».

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Stephen Harper, dans l’affaire d’Omar Khadr, est la honte du Canada dans le monde

16 07 2008

Opinion

Qui sont ces agents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) qui se sont rendus à Guantanamo pour interroger dans la plus parfaite violation des droits de l’Homme Omar Khadr. Pourquoi seraient-ils protégés contre les lois de ce pays puisque leur interrogation s’inscrit en violation flagrante des conventions internationales auxquelles a adhéré le Canada ? J’espère en mon âme et conscience qu’ils vivent bien cet épisode de leur vie. Devoir accompli. Sans responsabilités aucunes pour avoir donné au Canada l’image qu’il mérite aujourd’hui.

Qui est ce grand patron du SCRS qui a laissé de tels abus se poursuivre et se répéter, autant dans l’affaire Maher Arar que dans celle d’Omar Khadr ? Pourquoi n’est-il pas imputable de sa gestion comme devrait l’être tout sous-chef d’un organisme d’État ? Pourquoi deux gouvernements ont-ils permis à cet organisme et à son gestionnaire d’en arriver à un pareil gâchis qui met à mal la réputation du Canada à l’égard du respect des droits de ses ressortissants à l’étranger ? J’espère que ce grand patron du SCRS, qui a vécu grassement des deniers canadiens, vit sans trop de remords cette incompétence notoirement dénoncée par les tribunaux et les organismes voués à la défense des Droits de l’Homme.

Qui est ce représentant des Affaires extérieures qui a assisté à cet interrogatoire bidon, avec la bienveillance des États-Unis qui ont préparé « le sujet », et qui s’est enfermé dans un silence complice pendant toutes ces années ? J’espère en mon âme et conscience que ce fonctionnaire vit bien cet épisode de sa vie. Devoir accompli. Lui aussi n’assume aucune responsabilité pour avoir donné au Canada l’image qui circule dans le monde entier.

Qui était le ministre libéral, responsable du SCRS, au moment de l’emprisonnement d’Omar Khadr à Guantanamo ? N’a-t-il rien à dire pour expliquer son silence, sa complicité avec les États-Unis d’Amérique qui ont créé Guantanamo que pour une seule raison : soustraire des êtres humains à leurs droits à un procès juste et équitable ? Pourquoi ce ministre libéral de l’époque ne s’exprime-t-il pas aujourd’hui pour faire un mea culpa face à cette incurie inacceptable ?

Comment croire le Parti libéral du Canada, qui dénonce l’actuel gouvernement conservateur, et qui est incapable de faire un examen de ses propres responsabilités dans ce dossier qui relève des violations flagrantes des droits humains ? Comment croire le Parti libéral du Canada qui s’est aligné également sur les États-Unis d’Amérique pour priver un enfant-soldat d’un procès juste et équitable ? Stéphane Dion a déclaré qu’il n’était pas au courant de ces mauvais traitements avant d’en être informé par les médias. Pourquoi les ministres, dont Stéphane Dion, présents au sein du cabinet du gouvernement libéral, sont incapables de reconnaître aujourd’hui leur propre turpitude dans ces dérapages inacceptables et pourquoi ce parti discrédité se donne-il aujourd’hui le rôle de donneur de leçon ?

Pourquoi les députés de la Chambre des Communes du Parlement d’Ottawa ne présentent-ils pas une motion exigeant le rapatriement immédiat d’Omar Khadr de Guantanamo, comme l’ont fait tous les pays occidentaux qui avaient des ressortissants emprisonnés dans cet enfer de Cuba ? La Cour suprême des États-Unis a reconnu que l’article 3 commun aux Conventions de Genève ne doit pas être ignoré dans le contexte de la lutte contre Al-Qaeda : « l’expression garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés contenue dans l’article 3 commun aux Conventions de Genève n’est pas définie, mais elle doit être comprise comme comprenant au moins des garanties minimales lors d’un procès, reconnues par le droit international coutumier ».

Pourquoi les députés de la Chambre des Communes du Parlement d’Ottawa se contentent-ils de remettre la faute sur le voisin alors qu’ils sont eux-mêmes impuissants et incapables de renverser un gouvernement minoritaire qui met au rang le plus bas le respect des droits de l’Homme et qui ment effrontément à la population canadienne ?

Stephen Harper, vous êtes la honte du Canada. Ce reproche, que vous adressiez si aisément à Louise Arbour, je vous le renvoie aujourd’hui en raison de votre comportement inhumain, froid, calculateur et intransigeant à l’égard d’un enfant capturé depuis l’âge de seize ans, soumis à la torture des États-Unis d’Amérique, citoyen canadien, qui vit sans procès depuis six ans à Guantanamo. Vous êtes la honte du Canada et l’image du Canada à l’étranger est de votre fait seulement.

Stephen Harper, vous êtes récipiendaire du médaillon d’or du Conseil international B’nai Brith pour avoir lutté contre la discrimination et promu les droits de la personne au Canada et à l’étranger. Vous ne méritez pas cet honneur. Vous vous faites le complice des États-Unis d’Amérique dans un comportement dénoncé par la Cour suprême de ce pays. Vous vous faites le complice d’un président menteur, fourbe, qui n’a eu de cesse de violer, par ses politiques, maintes fois dénoncées, les droits de l’Homme.

Stephen Harper, vous avez dénoncé Robert Mugabe pour s’être livré à cette « laide perversion de la démocratie ». Stephen Harper, vous vous livrez vous aussi à une « laide perversion de la démocratie » en vous alignant béatement sur un pays qui ne cesse de violer les droits de l’Homme. Vos propres tribunaux, ici même au Canada, vous l’ont reproché sévèrement.

Vous reprochez à un dictateur africain de violer sa constitution. Et vous tolérez que soit violée la Charte des droits et libertés du Canada. Vous restez sourd au fait qu’un juge de la Cour fédérale du Canada a statué que le traitement réservé par les autorités militaires américaines au jeune Omar à la base de Guantanamo allait à l’encontre des lois internationales sur la torture.

Stephen Harper, savez-vous ce que signifie la torture ? Et pourtant, vous avez-vous aussi menti à votre population en soutenant qu’Omar Khadr était bien traité à Guantanamo. Nous avons maintenant la preuve que vous mentiez effrontément. Et vous vous permettez de vous ériger en donneur de leçon et de moralité au sein du G8.

Stephen Harper, savez-vous ce qui circule dans le monde entier sur Omar Khadr ? Cela vous importe peu, obnubilé que vous êtes à vous dépêtrer de vos propres scandales. Voici un exemple des commentaires que commencent à diffuser la presse mondiale : « Contrairement à tout ce que le public canadien a entendu sur Omar Khadr, on ne voit pas du tout sur ces enregistrements un terroriste dangereux mais plutôt un jeune Canadien blessé, effrayé, qui exhorte les représentants canadiens à l’aider ».

Stephen Harper, revoyons brièvement ces scandales, comme le rappelait Manon Corneillier, du quotidien Le Devoir : « L’affaire Mulroney-Schreiber, l’affaire Cadman — du nom de ce député mourant à qui les conservateurs auraient offert une assurance vie en échange de son vote pour défaire le gouvernement Martin –, l’affaire Bernier-Couillard, la perquisition au quartier général du Parti conservateur dans le cadre d’une enquête d’Élections Canada sur les dépenses électorales de la formation, la fuite d’une note diplomatique mettant le candidat démocrate à la présidence américaine Barack Obama dans l’embarras, le projet de loi menaçant le financement de productions audiovisuelles, la dénonciation croissante du sort réservé à Omar Khadr détenu à Guantánamo… ».

Stephen Harper, que vous importe que la défense et des juristes internationaux ont fait valoir à maintes reprises qu’Omar Khadr devrait être traité comme un enfant-soldat ? Avec vos habits de cow-boy, vous avez promis, dimanche, au Stampede de Calgary plus d’actions pour le maintien de la loi et de l’ordre. Vous avez promis de vous attaquer au « problème criant de la violence criminelle chez les jeunes ». C’est ce discours d’extrême-droite qui vous guide dans votre choix de ne pas donner une chance à Omar Khadr d’avoir au Canada un procès juste et équitable.

Stephen Harper, le message que vous envoyez à Omar Khadr, un enfant soldat, est le même que celui que vous avez adressé à la jeunesse canadienne lors de votre visite au Stampede de Calgary : « Nous devons envoyer le message que les jeunes qui enfreignent la loi seront tenus responsables de leurs gestes. C’est ce que nous comptons faire au cours de la prochaine session ».

Stephen Harper, puissions-nous souhaiter que vous viviez bien avec votre conscience, avec vos scandales, avec votre absence de compassion, avec vos leçons de moraliste d’une droite complètement anachronique. Puissions-nous souhaiter que la population canadienne se souvienne, très prochainement, que votre gouvernement prend prétexte de fausses garanties des États-Unis d’Amérique, sur le traitement accordé à Omar Khadr, pour le maintenir en détention à Cuba.

Stephen Harper, vous ne défendez pas vos citoyens et vos citoyennes, vous défendez les intérêts des États-Unis d’Amérique. La population devrait s’en souvenir. Vous saviez. Vous saviez que les responsables américains avaient indiqué au représentant canadien que l’adolescent avait été privé de sommeil pendant trois semaines, afin qu’il soit plus docile lors des interrogatoires. « Toutes les trois heures, il est transféré dans une autre cellule, le privant ainsi de sommeil ininterrompu », précisait le compte-rendu officiel canadien.

Stephen Harper, vous saviez. Le juge canadien, Richard Mosley, avait, dans son jugement, indiqué que les méthodes employées par les instances militaires américaines pour préparer Omar Khadr en vue d’interrogatoires, en présence de représentants du gouvernement du Canada, et telles que décrites dans un document remontant à 2004, n’avaient pas respecté les lois sur les droits de la personne, notamment la Convention de Genève. « Il sera bientôt placé en isolement et interviewé à nouveau », avait précisé Scott Heatherington, le directeur de la division de renseignements étrangers des Affaires étrangères dans sa note du 20 avril 2004.

Conscient qu’une telle initiative causerait du tort aux relations entre le Canada et les Etats-Unis, le juge canadien, Richard Mosley, a déclaré que ces répercussions seraient contrebalancées par le fait que les techniques d’interrogatoires des autorités militaires à Guantanamo relèvent maintenant du domaine public et font l’objet de débats. C’est également la première fois que le Canada est directement impliqué dans des actes de torture.





La diplomatie française a-t-elle marqué des points ?

15 07 2008

Faut-il se réjouir du succès remporté par le président de la France sur son projet de l’Union pour la Méditerranée  ? Cela ne fait aucun doute. Oui, mais. Ce projet d’envergure, tout méritoire qu’il soit, tout prometteur d’avenir que lui souhaiteraient les autorités françaises, il lui faudra parcourir une longue route avant que des résultats ne soient réellement tangibles et palpables.

Au plan intérieur, il faudra surtout observer la réaction du peuple français à l’égard de l’exploit diplomatique de son président. Le suivra-t-il dans cette prétention qu’il adresse à l’humanité de vouloir rétablir la paix au Moyen-Orient  ? Une fois les événements décantés, qu’en restera-t-il  ? Les Français retourneront à leur boulot, à leurs difficultés économiques de tous les jours, à leurs attentes dont les réponses tardent. Entretemps, explorons quelques pistes pour baliser davantage notre réflexion sur les succès diplomatiques et médiatiques du président Sarkozy.

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Était-ce nécessaire de réunir cet aréopage la veille du 14 juillet 2008 pour parler de l’Union pour la Méditerranée  ?

Était-ce nécessaire d’inviter tous ces chefs d’État et de gouvernement à la fête des Droits de l’Homme  ?

Était-ce nécessaire de se livrer à ces élans oratoires sur la paix au Moyen-Orient devant des chefs d’État qui ne respectent ni les Droits de l’homme ni la paix dans leur région propre ?

Était-ce nécessaire de prétendre que : « À travers nous, près de huit cent millions d’humains se retrouvent en paix. A travers nous, un rêve est en passe de se réaliser, celui d’un projet collectif de développement économique, de paix, de droit et de solidarité : l’Union pour la Méditerranée », alors que, depuis 1995, le processus de Barcelone n’y est jamais parvenu ?

Était-ce nécessaire de feindre que parmi une majorité de ces invités de marque la notion même des droits de l’homme est pure abstraction tant sont prioritaires les seules prérogatives des détenteurs du pouvoir ?

Était-ce nécessaire d’imposer une chape de plomb du silence sur les nombreuses violations des droits de l’homme commises par quelques uns des dignitaires invités au cours des festivités du 14 juillet ?

Est-ce nécessaire de faire du respect des droits de l’homme et de la démocratie une priorité si, à la première occasion donnée, elle est mise au rancart des rappels pour violation ?

Est-ce nécessaire de prétendre que l’Union pour la Méditerranée est au cœur du processus de paix au Proche-Orient alors qu’il en va tout autrement ?

Était-ce nécessaire de taire l’assassinat de l’ancien Premier libanais Rafic Hariri pour éviter de déplaire et d’indisposer un pays invité ?

Était-ce nécessaire d’interpeller Robert Ménard pour vérification d’identité  ? Faut-il comprendre que, devant un aréopage de chefs d’État qui nient les droits de l’homme, manifester son désaccord en scandant des slogans : « Liberté en Syrie » n’est plus un acte citoyen, en France ?

Était-ce nécessaire de qualifier brutalement d’amateurs les armées françaises, après le drame de Carcassonne  ? « Vous êtes tous des amateurs, pas des professionnels ».

Était-ce nécessaire de bouder une tradition donnée en l’honneur des troupes qui défilent sur les Champs-Elysées  ?

Est-ce plus séant de lever un toast à la santé des pires dictateurs de la planète ?

Est-ce que le général Jean-Louis Georgelin, grand officier de la Légion d’Honneur, sera ostracisé pour avoir déclaré sur Europe 1, dans l’affaire « Surcouf » : « Je ne veux pas de chasse aux sorcières dans les armées, je connais trop l’histoire de l’institution militaire pour savoir les dégâts qu’ont causés des actions similaires dans le passé » ?

Était-ce nécessaire, pour l’Elysée, de laisser planer l’information selon laquelle la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD) a mandat de trouver des coupables dans les rangs de l’État-major des armées ?

Est-ce que ces questions sans réponse ne sont pas de nature à minimiser les impacts réels du projet cher à la France de mettre en place une Union pour la Méditerranée qui soit une voie nouvelle vers la paix et la prospérité ?

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Le 14 juillet 2008

14 07 2008





Deux amis indignes : Mbeki et Mugabe

11 07 2008

Thabof Mvuyelwa Mbeki a en commun, avec Nelson Mandela, le fait de parler la même langue maternelle et d’avoir appartenu au même parti politique, le Congrès national africain. En 1996, Mbeki devient le vice-président d’Afrique du Sud et se voit confier par le président de la République, Nelson Mandela, l’ensemble des pouvoirs de l’exécutif. En 1999, il accède à la présidence de l’État.

Thabo Mvuyelwa Mbeki se veut l’émissaire de la réconciliation au Zimbabwe. « Le pays a une dette (envers lui) pour ses efforts infatigables visant à promouvoir l’harmonie et la paix au Zimbabwe », a déclaré M. Mugabe lors de sa prestation de serment. Alors que la communauté internationale qualifie de simulacre le second tour de la présidentielle qui a reconduit Robert Mugabe au pouvoir, Thabo Mbeki se montre d’une absolue discrétion. Il pratiquerait une « diplomatie discrète », dit-on dans les milieux bien informés.

Ne sachant si le compliment est honorable, Robert Mugabe salue en Mbeki sa stature d’homme d’État. Investi d’un rôle de médiateur par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), Mbeki ne ménage, semble-t-il, aucun effort pour réconcilier le pouvoir et l’opposition. C’est ce même homme d’État qui niait l’existence d’une crise au Zimbabwe. Ce n’est qu’en juin qu’il s’est montré, avec une prudence maniaque, inquiet de la situation qui prévalait dans le pays, notamment causée par des incidents violents et par l’interruption des activités électorales.

Pendant que Mbeki joue les émissaires de la paix, en Afrique du Sud, vieux pays d’immigration, 150 000 étrangers sont refoulés sans ménagement vers les frontières du Zimbabwe. Au cours du seul mois de mai, la crise sociale sud-africaine a fait plus de 40 morts, plusieurs centaines de blessés, et près de vingt mille personnes ont été déplacées et dépossédées de leurs biens. La chasse à l’étranger s’est faite à la machette et à l’arme à feu.

Retour d’ascenseur. Sur le dos des populations de plus en plus appauvries. Thabo Mbeki est derrière Robert Mugabe parce que Robert Mugabe a aidé Thabo Mbeki et son parti, le Congrès National Africain, qui voulaient en finir avec l’apartheid de l’Afrique du Sud. Et Mugabe, le héros, est celui-là même qui a chassé le régime raciste blanc de l’ancienne Rhodésie du Sud.

L’Afrique du Sud n’est plus la « Rainbow Nation », ce vieux pays de l’immigration, dont nous parlions précédemment. Il est vrai que l’apartheid a libéré le pays du joug blanc, sauf que, depuis, un million de Sud-Africains blancs, en grande partie des travailleurs qualifiés, ont fui le pays. La xénophobie est maintenant au cœur de l’actualité sud-africaine. Des dizaines de Zimbabwéens ont été massacrés par des Zoulous, Xhosas, Tswanas, Swatis et autres Basothos qui les rendent responsables de leur misère. Et s’il n’y avait que les Zimbabwéens ! L’Afrique du Sud pourrait glisser inexorablement vers cette xénophobie zimbabwéenne qui veut que ce soit le Blanc qui soit à nouveau la source de tous les maux. C’est la piètre image qu’envoie au monde entier ce pays qui sera l’hôte de la Coupe du monde de football en 2010 !

Thabo Mbeki est montré du doigt. Il s’est préoccupé davantage de la libéralisation de l’économie que de l’efficacité des programmes sociaux. Il fait le trajet entre les capitales pour concilier les parties qui se querellent au Zimbabwe mais il est incapable de réconcilier les factions qui lézardent, chez lui, l’ANC. Aux prises avec des dissensions internes entre son camp et celui du nouveau président du parti, Jacob Zuma, Thabo Mbeki est incapable de mettre fin aux pannes d’électricité croissantes qui compromettent la sécurité énergétique du pays.

Quatorze années d’espoirs déçus, disent certains. Ceci expliquerait cela : les attaques xénophobes contre des citoyens du Zimbabwe, du Malawi, de la Zambie, ainsi que contre ceux de l’Ouganda, du Ruanda, du Burundi, de la Mozambique, en plus des autres immigrants africains en situation irrégulière. Pour bien comprendre la situation qui prévaut en Afrique du Sud et l’opinion de plus en plus négative des sud-africains à l’égard de leur président Mbeki, il faut consulter d’abord le site Surviving et ZimStallion.

La réputation de plus en plus écorchée de Thabo Mbeki dépasse maintenant largement les frontières de l’Afrique du Sud. À la fin de mai, le Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR) avait invité le gouvernement sud-africain à faire face à la situation des Zimbabwéens vivant illégalement sur son sol. Selon le Haut Commissaire, Yusuf Hassan, de nombreux ressortissants zimbabwéens, compris entre un et trois millions, vivant en Afrique du Sud, sont sans papier.

Pendant ce temps-là, en juin, l’ambassadeur d’Afrique du Sud aux Nations Unies, Dumisani Kumalo, bloque l’adoption d’un projet de déclaration qui aurait affirmé que les résultats de l’élection du 27 juin ne pouvaient avoir « ni crédibilité ni légitimité » et que les résultats des élections du 29 mars devaient donc « être respectés ». Pour l’opposition, le président sud-africain Thabo Mbeki abandonne le peuple du Zimbabwe en agissant comme s’il protégeait un Etat voyou. Pour l’ambassadeur d’Afrique du Sud, cette résolution revenait à déclarer que Tsvangirai, le chef de l’opposition, était le vrai président du Zimbabwe. Et Tsvangirai a réagi : « Un gouvernement d’union nationale ne répondrait pas aux problèmes que rencontre le Zimbabwe et ne refléterait pas la volonté du peuple zimbabwéen ».

Les pays du G8 viennent de servir un camouflet au président Thabo Mbeki. Le G8 a d’abord exprimé sa grave inquiétude face aux violences au Zimbabwe. Il a ensuite menacé de prendre des sanctions financières contre les dignitaires du régime. Il recommandé enfin la nomination d’un envoyé spécial de l’ONU. Mais selon les dernières informations, six membres du Conseil de sécurité – Afrique du sud, Chine, Indonésie, Libye, Russie et Vietnam – sont hostiles à l’implication même du Conseil dans la crise zimbabwéenne.

Mbeki, si les Nations Unies donnent suite à cette recommandation, ne sera plus le seul interlocuteur de la communauté internationale auprès de Robert Mugabe. Celui qui se disait en pouvoir d’obtenir un accord négocié entre le pouvoir et l’opposition au Zinbabwe vient d’être, pour ainsi dire, écarté du jeu. Comment Mbeki, qui a perdu la confiance de l’opposition zimbabwéenne, le Mouvement pour un Changement Démocratique (MDC), peut-il réunir les adversaires pour les inviter à la réconciliation ? Morgan Tsvangirai, refuse d’ouvrir un dialogue avec le pouvoir tant que les violences contre ses partisans se poursuivront. Les rencontres entre Robert Mugabe et Thabo Mbeki se déroulent en l’absence de Morgan Tsvangirai. Le MDC et la Zanu-PF ont pleinement raison d’être en désaccord avec les bases et le cadre du dialogue proposé par Mbeki : Robert Mugabe exige au préalable d’être reconnu comme le chef de l’Etat, ce que l’opposition refuse catégoriquement. Une aile dissidente du MDC participait par contre à cet entretien. Mais là est une autre histoire.

Mugabe est furieux. Son gouvernement et ses porte-paroles invectivent, du haut de leur autorité usurpée, les pays du G8 pour leur position. C’est du « racisme international », lance le ministre de l’information, Sikhanyiso Ndlovu. « Il n’est prévu nulle part dans la loi internationale qu’un groupe de pays réunis en un club privé puisse décider de la légitimité des gouvernements d’Etat souverains (…) C’est du racisme international ». Et son adjoint, Bright Matonga, ajoute : « Ils sont racistes, ils pensent que seuls les blancs pensent de manière juste ».

Comme un camouflet ne vient jamais seul, l’Université d’Edimbourgh de Grande-Bretagne vient de retirer à Mugabe son diplôme honorifique, en prétextant de présumées violations des droits de l’Homme par son gouvernement. Diplôme que cette institution lui avait conféré en 1984. Le ministre de l’information, Sikhanyiso Ndlovu, très occupé par les temps qui courent, a déclaré qu’il est malheureux qu’une telle institution puisse prendre une telle décision sous la pression du gouvernement britannique et d’étudiants sous-informés de son campus. « Nous savons que les pressions de certains milieux britanniques qui ne supportent pas le programme de réforme agraire au Zimbabwe sont à l’origine du retrait de ce diplôme », n’a pas hésité à affirmer le ministre de l’information.

Entre temps, l’économie du pays est au plus mal : l’inflation atteint officiellement 165 000 % en mai et la population recourt au troc pour survivre. Comme l’indiquait le Nouvel Observateur, une miche de pain, dans un supermarché, coûtait deux milliards de dollars zimbabwéens (12 centimes d’euro au taux de change officiel) ou 15 milliards de dollars zimbabwéens (près d’un euro) sur le marché noir, où les prix de produits peu abondants peuvent gonfler jusqu’à dix fois. Beurre, gâteaux, ou viande de bœuf connaissent eux aussi une flambée des prix, tandis qu’une batterie de voiture coûtait lundi 2.400 millions de dollars zimbabwéens (152 euros), soit dix fois plus que deux semaines plus tôt.

Il ne reste qu’à souhaiter que l’opération si importante aux yeux de Mugabe, l’opération Murambatsvina, s’applique un jour à son auteur et à tous ceux qui l’entourent de près ou de loin : « Nettoyez la crasse ».

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