Harper et Ignatieff ou la traversée du désert

20 12 2010

Au plan législatif, le bilan est mince. Très mince. Au plan des idées, le bilan est pauvre. Très pauvre. L’année 2010 n’aura pas été fructueuse pour la population canadienne. Son parlement, qui lui coûte très cher, n’aura servi qu’à peu de choses. Harper gère les secrets. Ignatieff gère les crises. L’un et l’autre ont atteint le bout de la route.

Harper doit son confort à Ignatieff. Ignatieff doit son inconfort à Harper. C’est en fin de session qu’Ignatieff brandit la menace de nouvelles élections. Et dire que le chef libéral a laissé passer, comme une couleuvre, l’épineux dossier de l’Afghanistan. Le va-t-en-guerre Ignatieff n’a pas su imposer la moindre ligne de conduite au gouvernement canadien. Il faut admettre que nous sommes loin, très loin, des audacieuses prises de position de Pierre Elliot-Trudeau.

Ignatieff n’a pas su prendre au vol les dépenses insensées du G8 et du G20 (un milliard de dollars). Il n’a pas su ébranler le gouvernement et ramener derrière lui l’opinion publique sur ses scandaleuses dépenses pour deux rencontres qui n’ont mené qu’à un constat d’échec.

Ignatieff n’a pas su remettre à l’ordre le gouvernement de Stephen Harper qui a fait piètre figure aux Nations Unies et sur les scènes internationales où il est question d’environnement. Ignatieff a préféré se promener en bus à travers le Canada pour rehausser l’image de sa personne. Il a fait chou blanc.

Faut-il se surprendre de la morosité du peuple canadien devant une classe politique qui s’essuie les pieds sur le paillasson de l’indifférence? Selon un récent sondage, s’il y avait des élections à court terme, le peuple canadien élirait un autre gouvernement minoritaire. Michael  Ignatieff croit qu’au moment de faire leur choix, les Québécois chercheront une « alternative » aux conservateurs et se tourneront vers le Parti libéral, plutôt que vers le Bloc québécois. Cette analyse, pour peu qu’elle le serve bien, se situe bien loin de la réalité. Selon un récent sondage La Presse Canadienne/Harris-Décima, le Bloc québécois domine toujours avec 44 pour cent des intentions de vote. Les libéraux sont loin derrière avec 23 pour cent de la faveur populaire. Quant aux conservateurs, ils traînent de la patte avec 11 pour cent des intentions de vote, pratiquement à égalité avec le NPD, à 10 pour cent.

De nouvelles élections? Pourquoi donc, diantre!

Publicités




Afghanistan, le baroud d’honneur de Barack Obama

16 12 2010

La plus grande puissance militaire du monde ne parvient pas à mater l’insurrection en Afghanistan. Un an après avoir accepté d’envoyer 30 000 hommes supplémentaires sur place, Barack Obama se fait dire, dans une lettre ouverte signée par quarante-trois des plus éminents spécialistes de la région, qu’il est urgent d’abandonner la stratégie militaire pour entamer des négociations avec les Taliban. Le constat qu’en tirent ces experts est clair : les offensives militaires ont tourné à l’échec et seul un accord avec les dirigeants de l’insurrection permettrait aux Américains de se retirer tout en préservant leurs intérêts. Barack Obama émet pour sa part un avis contraire : dans une lettre adressée mercredi à des parlementaires, le président américain a estimé que sa stratégie afghane produisait des progrès graduels et que les forces de la coalition continueraient de suivre son approche. Que pouvait-il dire d’autre? Et rien n’indique une remise en cause de la volonté d’Obama de rapatrier une partie des troupes envoyées en renforts à compter de juillet prochain.

C’est le célèbre journaliste d’investigation Bob Woodward, connu pour son rôle dans le scandale du Watergate, qui avait attribué cette citation à Richard Holbrooke, qui vient de nous quitter : « S’il y a dix issues possibles en Afghanistan, neuf d’entre elles sont mauvaises ».

Ces experts font un autre rappel, douloureux celui-là : Depuis début 2010, 692 soldats et officiers des contingents de l’Otan, de l’ISAF et des États-Unis ont été tués dans le pays, la guerre coûte 120 milliards de dollars par an au seul budget américain et, surtout, sur le terrain, la situation empire pour les forces de la coalition. La force est constituée de 150 000 soldats dont les deux tiers sont américains. Selon l’Onu, 1.271 civils ont perdu la vie au premier semestre 2010 en Afghanistan, en hausse de 21% par rapport à 2009. Comme si cette guerre ne pouvait entrevoir de fin, le général Josef Blotz, porte-parole de la force internationale de l’Otan en Afghanistan (Isaf), prévenait depuis Kaboul que les soldats étrangers engagés dans ce conflit seront confrontés en 2011 à plus de violence des talibans. « Il y aura toujours des combats, et nous devons maintenir la pression sur les talibans ». Le commandant en chef américain des forces internationales en Afghanistan, David Petraeus, a estimé que 2014, date annoncée pour le passage de relais de la sécurité du pays aux forces afghanes, était une « perspective raisonnable », mais qu’il n’y avait « rien de certain ».

À cette stratégie de l’ISAF, les experts répondent : « A cause de la violence des opérations militaires, nous (y) perdons la bataille des cœurs et des esprits. Et les pertes rebelles sont compensées par des nouvelles recrues souvent plus radicales que leurs prédécesseurs ». Selon ces derniers, les Occidentaux n’ont et n’auront d’autre choix que de « trouver un accord » avec le commandement taliban – d’autant plus que celui-ci a selon eux « affiché une volonté de discuter » – qui permettrait aux Américains « de se retirer tout en préservant leurs légitimes intérêts sécuritaires ».

Selon un sondage réalisé par ABC News, BBC, ARD et le quotidien Washington Post, et rapporté par Ria Novosti, seulement 36% de personnes afghanes interrogées se sont déclarées confiantes en la capacité des États-Unis et de l’Otan à assurer la paix et la stabilité dans le pays, ce qui représente une baisse de 12% par rapport aux résultats du sondage de 2009 et de 31% par rapport à ceux de 2006. Et 73% de personnes interrogées sont pour le début de négociations avec les talibans, soit 13% de plus que l’année 2008. Une autre enquête réalisée en août par la chaîne de télévision CNN montre que 57% des Américains se disent « opposés » à la guerre en Afghanistan contre 54% il y a un mois, 48% au mois de mai et 46% au mois d’avril. Et 36% estiment que les États-Unis sont en train de perdre cette guerre. Seuls 42% des personnes interrogées se disent désormais « favorables » à la guerre, un point de plus que le mois dernier (41%), mais moins que les 50% du mois de mai et les 53% du mois d’avril. Qui plus est, 62% des personnes interrogées estiment que la guerre n’est pas en train d’être gagnée par les États-Unis, un chiffre légèrement inférieur à celui du mois de février 2009 (64%).

En France, 70 % de la population sont opposés à l’intervention militaire française dans ce pays. Et 58% sont pour le retour de la France, entre 27 et 37% contre, et 21% sans opinion. À cela, le président Sarkozy répond : « La France restera engagée en Afghanistan, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan ». Contrairement aux États-Unis ou à la Grande-Bretagne, la France ne compile pas de statistiques officielles sur la détresse de ses soldats de retour d’Afghanistan. Et pourtant, selon le lieutenant-colonel François-Xavier Marchand qui dit regretter cet état de fait, la proportion de militaires français qui souffrent de problèmes psychologiques est la même qu’aux États-Unis. En revanche, le nombre de suicides dans l’armée reste chez nous inférieur à celui des civils.

Wikileaks frappe fort. Fin 2008 l’ancien Premier ministre australien, Kevin Rudd, considérait que la contribution de l’Allemagne et de la France dans la lutte contre les talibans en Afghanistan se résumait à « organiser des festivals de danse folklorique », comme l’ont montré des télégrammes diplomatiques diffusés par le site. Aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, monsieur Rudd s’était à l’époque montré impitoyable : « Dans le sud-est, les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et les Pays-Bas faisaient le dur boulot, alors que dans le nord-ouest, plutôt tranquille, les Allemands et les Français organisaient des festivals de danse folkloriques ».





Aux « clowns antichinois », les « clowns anti-occidents » !

10 12 2010

L’Afghanistan, l’Arabie saoudite, la Colombie, Cuba, l’Égypte, l’Irak, l’Iran, le Kazakhstan, le Maroc, le Pakistan, les Philippines, la Russie, la Serbie, le Sri Lanka, le Soudan, la Tunisie, l’Ukraine, le Venezuela et le Vietnam sont-ils des pays indépendants? La Serbie a annoncé sa décision de boycotter la cérémonie parce que les relations avec Pékin relèvent de l’intérêt national et que la Chine est l’un des partenaires bilatéraux les plus importants du pays. Décision qui a entraîné la réprobation de la Commission européenne : « Nous attendons d’un pays aspirant à rejoindre l’UE qu’il partage les valeurs de l’Union ». Tous ces pays sont-ils des colonies de la Chine? Ont-ils, pour des raisons de pressions politiques et économiques, cédé à la Chine en ne se présentant pas à la cérémonie de la remise du prix Nobel de la paix à Oslo, en Suède? Pékin, qui n’a pas hésité à qualifier mardi les membres du comité Nobel de « clowns antichinois », n’a pas su trouver un miroir pour constater le reflet dégradant qu’elle diffuse d’elle-même. Aux « clowns antichinois », nous pourrions opposer les « clowns anti-occidents ».  Sur les 65 pays représentés par une ambassade à Oslo qui ont été invités, 44 seront présents. Et que dire du fait que ces pays ont été prévenus par Pékin que tout soutien à Liu Xiaobo serait considéré comme un affront, qui aura « des conséquences ».  Nous sommes face à une intolérable corruption de pouvoir de la part des autorités chinoises. Les puissances émergentes, à la fois partenaires mais aussi rivales de la Chine, comme l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, ont apparemment su résister aux pressions de Pékin. Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jiang Yu, dans une réthorique propre à la Chine, a déclaré sans fondement que « plus de 100 pays et organisations ont exprimé un soutien explicite à l’opposition de la Chine à ce prix Nobel de la paix, ce qui montre clairement que la communauté internationale rejette la décision du comité Nobel ». Rien n’est épargné pour travestir les faits : seuls les 65 pays représentés par une ambassade à Oslo ont été invités à la cérémonie.





Palper vos couilles montre-t-il que vous êtes un terroriste potentiel?

9 12 2010

Aux États-Unis, le mouvement de protestation continue à prendre de l’ampleur. Alors qu’au Canada, le mouvement d’indignation est bien vite retombé. « Don’t touch my junk! » a fait le tour des États-Unis. Ce slogan entend dénoncer la Transportation Security Administration (TSA). Actuellement, 315 scanners corporels sont installés dans 65 aéroports américains. CBS a réalisé un sondage dont les résultats en disent long sur l’obsession et la paranoïa américaines : sur 1000 personnes interrogées, huit Américains sur dix se disent d’accord avec la présence de ces scanners corporels indiscrets dans les aéroports. 15 % y sont en revanche opposés. John Tyner, un informaticien de 31 ans, est devenu, en novembre dernier, le héros d’un jour. Il a refusé qu’un agent de la Transportation Security Administration (TSA) palpe ses parties intimes. « Don’t touch my junk! », a-t-il répliqué à l’agent. «&nbspIf you touch my junk I’ll have you arrested ». Des groupes de défense des libertés civiles poursuivent par ailleurs la TSA en cour fédérale afin qu’elle cesse d’utiliser les scanners corporels. La question que se pose le site américain Slate est pertinente : « Does the TSA Ever Catch Terrorists? » Slate apporte un début de réponse : « In May, the Government Accountability Office released a report noting that SPOT’s annual cost is more than $200 million and that as of March 2010 some 3,000 behavior detection officers were deployed at 161 airports but had not apprehended a single terrorist ». Madame la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, interrogée récemment sur CBS pour savoir si elle accepterait une palpation, a répondu : « Non, pas si je peux l’éviter ».

Au Canada, selon des données obtenues par La Presse canadienne avec la Loi d’accès à l’information, l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) a reçu 1520 plaintes en 2009-2010 de la part de passagers indisposés notamment par les fouilles, des comportements rudes, la confiscation de certains articles et l’utilisation de scanners corporels.





À Toronto, des mesures de guerre pour assurer la sécurité du G20

8 12 2010

André Marin est le protecteur du citoyen de l’Ontario. Il vient de publier son rapport sur les tragiques événements qui marqué la tenue de ce Sommet de la honte. En une phrase dévastatrice, l’ombudsman conclut : « le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels a discrètement promu le recours à un règlement probablement illégal pour accorder des pouvoirs «  extravagants » à la police à la veille du sommet du G20.

Le protecteur du citoyen s’est montré très critique, dans son rapport intitulé Pris au piège de la Loi, envers le secret qui a entouré l’adoption du décret : une mesure controversée – le Règlement 233/10, adopté en vertu de la Loi sur la protection des ouvrages publics (LPOP), vieille de 71 ans – «  était d’une légalité douteuse et tout à fait inutile ». Elle a entraîné une violation massive des droits civils. Le Service de police de Toronto, qui avait demandé ce Règlement car il devait assurer le maintien de l’ordre aux abords du périmètre de sécurité du G20, au centre-ville de Toronto, a aggravé la situation par ses erreurs de communication sur la portée des pouvoirs exceptionnels conférés par cette réglementation.

Plus d’un millier de personnes ont été arrêtées puis détenues par les policiers lors des manifestations antimondialisation tenues les 26 et 27 juin dernier. La plupart d’entre elles n’ont jamais été accusées. Plusieurs journalistes et des photographes de presse ont également été encerclés par les policiers antiémeutes lors de la tenue du Sommet. Ils ont été gardés captifs pendant des heures, et ce, même s’ils avaient en leur possession l’accréditation jaune qui les identifiait comme des membres des médias. Dans sa hâte d’appliquer la loi et l’ordre, Stephen Harper, gouvernement minoritaire de droite, avait répliqué en ces termes à ce comportement inexcusable des forces de l’ordre : «  Nous déplorons les gestes de ces quelques voyous. Mais ces gestes justifient les dépenses en sécurité ». Plus de 20 000 policiers avaient été déployés dans la Ville Reine et le coût de la sécurité pour les deux sommets du G8 et du G20 est évalué à près d’un milliard de dollars.

L’ombudsman de l’Ontario vient d’émettre un point de vue différent du Premier ministre du Canada, dont l’application des droits de la personne n’est pas au premier rang de ses priorités : appliquer la Loi sur la protection des ouvrages publics (LPOP) – une «  mesure de guerre » qui accorde «  des pouvoirs policiers extravagants » pour arrêter et fouiller les gens au nom de la protection des ouvrages publics – était «  opportuniste et inapproprié » dans ce contexte. «  En 2010, la province de l’Ontario a conféré aux policiers, en temps de paix, des pouvoirs faits pour les temps de guerre. Cette décision n’aurait certes pas dû être été prise à la légère, ni entourée de secret, surtout pas maintenant que nous avons la Charte canadienne des droits et libertés ».

Six plaintes de brutalité policière portées par des manifestants lors du Sommet du G20 de Toronto ont été rejetées par un organisme indépendant qui supervise le travail des policiers en Ontario. En raison de l’anarchie qui régnait, l’Unité des enquêtes spéciales (UES) n’a pas été en mesure d’identifier les policiers qui ont commis les agressions captées, au loin, par des caméras. Toutefois, l’UES a indiqué que des policiers ont fait usage de force excessive dans deux cas où des hommes de 19 et 27 ans ont subi des fractures au visage. Lors d’une entrevue accordée à la radio de la CBC, le chef de la police de Toronto, William Blair, avait mis en doute l’utilisation de la vidéo précédente par l’Unité des enquêtes spéciales de l’Ontario (UES), pour se raviser par la suite. L’agence s’était servie de cet enregistrement dans son enquête. Selon monsieur Blair :«  it appeared the recording had been « tampered with » since about five seconds of audio and video were missing ».

Par bonheur, le protecteur du citoyen de l’Ontario s’est plus attaché aux évènements qu’à une question de secondes manquantes sur une vidéo prise de bonne par un citoyen de Toronto : «  Le Ministère a tout simplement donné au Service de police de Toronto des pouvoirs démesurés, sans faire le moindre effort pour s’assurer que ces pouvoirs ne seraient pas mal interprétés ». Les simples citoyens ont été stupéfaits de découvrir que la police était en droit d’interpeller et de fouiller les gens même quand ils ne cherchaient pas à franchir la clôture de sécurité ou quand ils préféraient quitter les lieux après avoir refusé de montrer des papiers d’identité. «  À l’exception d’initiés au gouvernement de l’Ontario, seuls les membres du Service de police de Toronto savaient que les règles du jeu avaient changé et qu’ils avaient maintenant en main les cartes ‘Allez directement en prison’ ».

Comme l’indique en terminant l’ombudsman, le dérapage vient principalement du fait que le Ministère a omis de s’assurer que les policiers étaient adéquatement formés à ce Règlement, ce qui a contribué en partie «  au chaos et à la confusion » qui ont régné dans les rues de la ville durant le sommet. «  Le Ministère a tout simplement donné au Service de police de Toronto des pouvoirs démesurés, sans faire le moindre effort pour s’assurer que ces pouvoirs ne seraient pas mal interprétés ».

Dernière heure

Selon la Presse canadienne, le premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty, refuse de présenter ses excuses pour le rôle de son gouvernement dans ce que l’ombudsman de la province qualifie de violation massive des droits civils lors du sommet des pays membres du G-20, en juin dernier, à Toronto.

« Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal » (Hannah Arendt)





La police d’assurance de Julian Assange (Wikileaks)

7 12 2010

Qu’y a-t-il de plus malsain que de dire la vérité ou d’être le porteur d’une vérité? La conjugaison des efforts des grands pays amis des États-Unis pour neutraliser Wikileaks montre à quel point toute vérité n’est pas bonne à dire. Amazon et Paypal sont des entreprises établies aux États-Unis. La Bibliothèque du Congrès américain bloque l’accès à Wikileaks. Des États comme la France et la Suisse montrent leur grande servitude à l’égard de l’Oncle Sam.

Postfinance, la filiale bancaire de la Poste suisse, a fermé le compte du fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, en raison de fausses indications sur son lieu de domicile. Paypal justifie sa décision ainsi : « Notre service ne peut en aucun cas servir à des activités qui encouragent, promeuvent, facilitent une activité illégale ou donnent pour instruction à d’autres de s’y engager ». Pour la France, Wikileaks est une « menace pour la démocratie ». « Je crois que Assange devrait être assassiné », a affirmé, sur les ondes de CBC, le professeur de science politique à l’Université de Calgary, Tom Flanagan, qui s’est excusé depuis. Tom Flanagan est proche du pouvoir canadien. En effet, on le dit près du premier ministre Stephen Harper ayant été un de ses principaux organisateurs politiques jusqu’en 2006.

Des organisations de défense de la liberté d’expression et d’informer tels que Reporters sans frontières et La Quadrature du Net ont exprimé leur soutien à WikiLeaks. Reporters sans frontières note à juste titre que c’est la première fois que nous observons une tentative de censure à l’échelle internationale d’un site dont la vocation première est la transparence. Nous ne pouvons qu’être sidérés par le fait que des pays comme la France et les États-Unis alignent soudain leur politique en matière de liberté d’expression sur celle de la Chine.

Face aux efforts internationaux pour anéantir Wikileaks et pour traduire en justice son fondateur, Julian Assange, des internautes se mobilisent pour monter des sites miroir afin de faire échec à toute tentative de faire disparaître Wikileaks. Selon ZDNet, en date de dimanche soir, il y aurait 208 sites miroir « résistants officiels à la censure » localisés principalement en Allemagne, en Angleterre, Canada, aux États-Unis, en Suède et en France. À Paris, le ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique a demandé au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) de trouver des moyens d’interdire l’hébergement de WikiLeaks en France. Wikileaks est hébergé sur les serveurs du français OVH (IP 213.251.145.96). En réaction à cet état de fait, Eric Besson écrit, dans sa lettre, qu’on ne peut héberger des sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d’autres États en raison d’atteintes qu’ils portent à leurs droits fondamentaux.

Devant cette décision intempestive du ministre Besson, le directeur général d’OVH, Octave Klaba, a aussitôt réagi : « Compte tenu de dernières déclarations politiques, et de pressions qui commencent réellement à se sentir, même ici à Roubaix Valley, nous avons décidé de saisir le juge en référé afin qu’il se prononce sur la légalité ou pas de ce site sur le territoire français ». L’entreprise OVH n’a pas souhaité participer à cette guerre que se livrent les pays démocratiques contre Wikileaks : « Ovh est une entreprise qui fournit les infrastructures, le fameux cloud computing disponible en quelques heures …, et notre rôle est d’assurer cette prestation technique. C’est tout. On n’a pas demandé d’héberger ce site ou ne pas l’héberger. Maintenant qu’il est chez nous on assure le contrat. C’est notre boulot. Il est fonctionnel ».

Le site Defensa.org soulève dans ce jeu du chat et de la souris un pan de cette problématique qui peut paraître inextricable : « La situation est extraordinaire : on fait la chasse à la sorcière Wikileaks et les journaux peuvent publier les mêmes documents sans être inquiétés, et, même, se sentent de plus en plus obligés de les publier pour défendre la fameuse liberté de l’information. (Il faut noter également que Wikileaks cible de plus en plus et élargit ses relais, lesquels n’ont aucune raison de refuser son matériel ; comme, par exemple, le matériel concernant le sabotage US de l’offre Gripen contre le JSF en Norvège, transmis au quotidien suédois Aftenbladet.) ».

FoxNews annonce que Julian Assange se donnerait une police d’assurance pour protéger sa personne et son organisation. Une bombe en forme de document crypté qui nécessite,  pour l’ouvrir, un mot de passe. Cette bombe contiendrait des révélations sulfureuses de nature très nuisibles contre plusieurs pays alliés des États-Unis, ainsi que des informations sur la Bank of America. « Julian Assange, the WikiLeaks founder, has circulated across the internet an encrypted “poison pill” cache of uncensored documents suspected to include files on BP and Guantanamo Bay ».

Jim Jarvis, chroniqueur au site The Huffington Post, en arrive à conclure, avec une certaine lucidité, que : « Now, in WikiLeaks, we see a new concern: that secrecy dies. It does not; secrecy lives. But it is wounded. And it should be. Let us use this episode to examine as citizens just how secret and how transparent our governments should be. For today, in the internet age, power shifts from those who hold secrets to those who create openness. That is our emerging reality ».

Entre temps, les étudiants de la très prestigieuse Columbia University’s School of International and Public Affairs ont été avertis par le Pentagone de ne pas entreprendre de discussions, sur les réseaux sociaux comme Facebook, avec Wikipeaks. Nul doute que Wikileaks vient d’être inscrits dans les nouveaux axes du mal de Barack Obama, Prix Nobel de la paix.





Les soldats meurent en Afghanistan « par égards pour les États-Unis »

6 12 2010

L’image est dévastatrice. Qui croit encore qu’il est possible de faire de l’Afghanistan un grand pays démocratique? Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a prévenu l’ambassadeur des États-Unis en Belgique que l’Union européenne ne croyait plus en un succès en Afghanistan et que les forces européennes y demeuraient « par égards pour les États-Unis ». Ce commentaire a été transmis dans une note diplomatique, dévoilée par Wikileaks, à Washington par l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Howard Gutman. Les soldats qui y perdent la vie, pour défendre une cause insensée, ont-ils droit aux mêmes égards?

Les États-Unis, embourbés dans un combat impossible contre le terrorisme, sont bien isolés. Hillary Clinton a dû admettre que des millions de dollars affluent sans entrave de pays arabes du golfe Persique vers des groupes extrémistes à travers le monde. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar sont les principaux soutiens financiers d’organisations terroristes. À ce propos, le Qatar serait « le pire dans la région » pour la lutte contre le financement du terrorisme et le Koweït ferait office de « point de transit-clé ».

Karl Eikenberry est ambassadeur des États-Unis en Afghanistan. Il a lui aussi transmis à Washington des notes dévastatrices sur la corruption au plus haut niveau du gouvernement et un sévère jugement sur le président Hamid Karzaï. Il a transmis à Washington des notes dévastatrices sur la corruption au plus haut niveau du gouvernement et un sévère jugement sur Karzaï. Selon le diplomate, Hamid Karzaï est un individu paranoïaque et faible auquel manquent les bases nécessaires pour comprendre comment s’édifie un État (…). Dans un même temps, le président afghan est un « homme politique toujours rusé, qui se considère comme un héros nationaliste. Selon les télégrammes rendus publics par Wikileaks, la personnalité de Hamid Karzaï est une source d’inquiétude pour ses propres ministres. Enfin, Karzaï est décrit comme un homme extrêmement faible qui n’écoute pas les faits mais peut au contraire être facilement influencé par quelqu’un lui rapportant des histoires pourtant farfelues, ou des projets de complots contre lui.

Par suite de ces révélations de Wikileaks, le sénateur John Kerry, qui préside la puissante commission des affaires étrangères, a reconnu qu’il y aurait peut-être des retombées. Karl Eikenberry pourrait être muté par Washington à d’autres fonctions, ailleurs dans le monde. « Nous allons devoir déplacer certains de nos meilleurs éléments parce qu’ils ont osé dire la vérité sur le pays où ils travaillent », a remarqué un haut responsable de la sécurité nationale cité par The Daily Beast.

Mais que fait donc le Canada en Afghanistan? Encore une fois, les réponses tardent. Sous la gouverne de Stephen Harper, le Canada vole au plus bas et sa réputation ne cesse de se dégrader. Stephen Harper n’a rien d’un leader qui, une fois la parole donnée, la respecte jusqu’au bout. Harper a décidé, sans en débattre devant le parlement, de maintenir en Afghanistan 950 soldats et membres du personnel de soutien afin de former les troupes afghanes pendant trois ans, dans la région de Kaboul, à partir de 2011. Depuis l’arrivée des troupes canadiennes en Afghanistan en 2002, on recense la perte de 157 Canadiens, soit 153 militaires, 2 travailleuses humanitaires, 1 journaliste et 1 diplomate. Pourquoi?

Les libéraux ont montré une réelle lâcheté en chambre sur cette question de la présence du Canada en Afghanistan au-delà de 2011. Selon Bob Rae, nonobstant l’opinion publique, le Canada doit rester en Afghanistan, parce qu’il a l’obligation internationale de contribuer à faire de ce pays un endroit plus sûr, justifiant ainsi l’appui de son parti à la décision controversée du gouvernement conservateur de prolonger la mission des militaires canadiens.

Le mardi 30 novembre dernier, le Bloc québécois présentait, devant le parlement d’Ottawa, une motion condamnant la décision du gouvernement conservateur de Stephen Harper de prolonger la présence canadienne en Afghanistan jusqu’en 2014 pour former l’armée afghane. Les membres de l’opposition officielle libérale présents ont en effet appuyé les conservateurs pour forcer le rejet de la motion par un vote de 209 contre 81. La motion visait en réalité à « condamner la décision unilatérale du gouvernement de prolonger la mission canadienne en Afghanistan jusqu’en 2014, renonçant ainsi à deux promesses faites à la population : l’une à la Chambre des communes, le 10 mai 2006, réitérée dans le discours du Trône de 2007, de soumettre au vote du Parlement tout déploiement militaire; et la promesse faite le 6 janvier 2010, que la mission en Afghanistan soit strictement civile après 2011, sans présence militaire, à l’exception de la sécurité pour garder l’ambassade ».

Le Collectif Échec à la guerre est appuyé par quelque 70 groupes, dont la Fédération des femmes du Québec, le parti Québec Solidaire et plusieurs organisations étudiantes et syndicales. Selon le Collectif, les gouvernements occidentaux poursuivent la guerre en Afghanistan contre la volonté de leurs propres populations. Son porte-parole, Raymond Legault, estime également que l’OTAN est une organisation anti-démocratique qui, depuis la fin de la Guerre Froide, sert simplement de bras armé à l’expansion de l’empire américain dans le monde. En conséquence, le Canada devrait, comme le déclarait, le 21 novembre dernier, Raymond Legault, non seulement retirer ses troupes de l’Afghanistan mais il devrait aussi quitter l’organisation de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Un message que se refuse d’entendre Stephen  Harper, préoccupé de bien servir les intérêts des États-Unis au détriment de ceux du Canada. Et du côté libéral, des députés ont averti Michael Ignatieff que la décision de prolonger la présence du Canada en Afghanistan était impopulaire auprès de l’électorat libéral et que cela pourrait nuire au parti lors de prochaines élections. Dans son programme en matière de politique étrangère, intitulé Le Canada dans le monde, Ignatieff énonçait déjà, en juin 2010, que le « le Canada devrait assumer, pendant une période fixe après la fin de sa mission de combat, un rôle axé sur la formation du personnel policier et militaire dans un collège d’état-major basé à Kaboul ».

Les Canadiens se souviendront-ils de cette rebuffade de leurs leaders politiques aux prochaines élections?