Mes meilleurs voeux pour l’année 2009 qui vient. Bonne et heureuse année.

30 12 2008
Mes meilleurs voeux vous accompagnent en 2009

Mes meilleurs voeux vous accompagnent en 2009

Puissions-nous léguer aux générations futures paix et bonheur.

Puissions-nous léguer aux générations futures paix et bonheur.





Combien de jours durera la lune de miel de Barack Obama ?

29 12 2008

Barack Obama veut proposer à la population des États-Unis un « new New Deal ». Pour cela, il convie l’Amérique à s’unir pour « faire tourner la roue de l’Histoire » et surmonter ensemble la crise économique. Confiant, le président désigné a déclaré, dans son message de Noël : « je sais que nous pourrons faire en sorte que les gens retrouvent du travail et mener le pays dans la bonne direction ».

En peu de mots, Barack Obama a, le plus simplement, défini le défi qui l’attend : « Au milieu des bienfaits de la foi et de la famille, nous savons que des millions d’Américains n’ont pas d’emploi. Beaucoup d’autres luttent pour payer leurs factures ou pour pouvoir garder leurs maisons. Pour des étudiants mais aussi des retraités, l’avenir semble incertain ». Le 20 janvier, Barack Obama deviendra officiellement le 44ième président des États-Unis.

Le défi incommensurable qui attend Barack Obama est d’abord de redonner aux États-Unis « une stature morale ». Voilà plus de six semaines qu’il planche tambour battant sur la formation de son cabinet. Son « équipe est déjà au travail ». Sur la base du principe qu’il n’y a qu’un seul président en poste aux États-Unis, Barack Obama doit se battre contre la dégradation du temps : deux guerres interminables, ruineuses, impopulaires et la plus grave crise économique depuis la Grande Dépression de 1929. Mais il n’est pas encore au pouvoir. Il n’a pas encore le pouvoir. Il sait qu’il lui faut être patient. Et il sait que le peuple américain est pour sa part très impatient. Selon un sondage du Washington Post, près de la moitié des personnes sondées croit qu’il sera en mesure d’améliorer leur situation après son arrivée aux affaires. Pour l’heure, Barack Obama culmine à 82 pour cent de satisfaction selon cet autre sondage CNN/Opinion Research. Et 80 pour cent approuvent ses nominations.

En entrevue sur ABC, Joe Biden, le vice-président, prépare le terrain en distillant des messages dont l’objet ne fait aucun doute : l’économie américaine est dans un « état bien pire » que ce qu’il imaginait. « Nous allons hériter du déficit le plus important dans l’histoire des États-Unis d’Amérique ». Ce qui a été confirmé par la Maison Blanche. « La taille du déficit budgétaire, quel que soit le chiffre… je ne suis pas en mesure de prédire si ce sera mille milliards ou moins que ça. (Le déficit) va être grand. Et ce sera un chiffre très important », a commenté Tony Fratto.

La priorité des priorités, avant toute autre décision politique, sera, pour Barack Obama, de créer des emplois et d’investir dans les infrastructures pour remettre l’économie sur des rails. L’objectif n’est plus de créer 2,5 millions d’emplois en deux ans, comme cela avait été annoncé il y a un mois, mais trois millions d’emplois. Le coût ? 850 milliards de dollars. Ce plan musclé est destiné à contrer les nouvelles catastrophiques qui s’amoncellent sur le pupitre du président désigné : un taux de chômage de 6,7 % en novembre et une prévision de pertes de 3 à 4 millions d’emplois en 2009. Et comme si cela ne suffisait pas, il faut compter un PIB qui devrait chuter de 4,5 % au quatrième trimestre et un taux de chômage qui pourrait passer le cap des neuf pour cent (9 %) à la fin de 2009.

Barack Obama centrera toute son action sur la famille : « Mon administration sera totalement dévouée à l’avenir de la classe moyenne et aux familles qui travaillent ». Joe Biden devra, pour atteindre cet objectif, conduire un groupe de travail (un « White House Task Force on Working families ») essentiellement dévoué à cette tâche. Ce groupe sera composé des secrétariats responsables du Travail, de la Santé, des Services humains, de l’Éducation et du Commerce. Se joindront également au groupe le Conseil national économique, le Bureau de gestion et du budget, le Conseil de politique intérieur et le Conseil des conseillers économiques.

Les républicains, évidemment, s’interrogent. Que peuvent-ils faire d’autres ? Le représentant Eric Cantor se demande d’où viendra l’argent pour financer un tel plan de relance ? Certainement pas des économies réalisées par l’administration de Georges W. Bush. Pendant que la tempête ne cesse de s’élever à l’horizon, Dick Cheney, dans une indifférence proverbiale, déclare qu’il est très à l’aise avec ce bilan et avec ce que l’administration de Georges W. Bush a réalisé. « Je pense que nous serons jugés favorablement par l’Histoire », a déclaré le vice-président sur Fox News.

Le FMI et l’OCDE estiment qu’il faut des investissements de 1.240 milliards de dollars pour sortir du marasme dans lequel est plongée l’économie mondiale. Dominique Strauss-Kahn, du Fonds monétaire international, se montre peu optimiste. « Je suis spécialement préoccupé par le fait que nos prévisions, déjà très sombres (…) seront encore plus sombres s’il n’y a pas assez de mesures d’incitation budgétaire ». Selon le directeur général du Fonds : « Nous anticipons une très mauvaise année 2009, avec une récession pour la plupart des économies développées et une baisse de la croissance pour les économies émergentes ». Strauss-Kahn précise : « Je ne suis pas réputé pour être laxiste en matière de politique fiscale. Mais nous sommes au milieu de la plus grande crise que nous ayons connue ces 60 ou 70 dernières années et nous devons prendre cela en compte ».

Le message a été entendu aux États-Unis. Pour Barack Obama : « A moins que nous n’ayons une approche audacieuse, on pourrait voir l’économie continuer à décliner plutôt rapidement et ce n’est pas acceptable pour moi et je ne pense pas que cela soit acceptable pour le peuple américain ».

Si Barack Obama entend accorder une priorité aux affaires domestiques du pays, il ne fait aucun doute qu’il prépare soigneusement sa politique des étrangères affaires. Sortir de l’Irak et combattre en Afghanistan résumeraient assez bien sa position maintes fois exprimée lors de la campagne présidentielle américaine. Et pour bien marquer le pas, il a reconduit à son poste Robert Gates, secrétaire à la Défense, et nommé le général James Jones à la tête du Conseil de sécurité nationale.

Une grande partie de la problématique de combattre le terrorisme en Afghanistan est aussi entre les mains des pays alliés. Obama saura-t-il les convaincre d’investir davantage dans une cause qui peine à trouver sa légitimité ? Après l’ovation et l’engouement pour le nouveau président américain, il faudra bien, un jour, s’asseoir à la table des négociations et prendre des décisions.

La force internationale en Afghanistan compte 65 000 soldats étrangers. S’il n’en tient qu’à la Grande Bretagne, les deux tiers des Britanniques sont favorables à un départ d’Afghanistan. Au Canada, le gouvernement Harper a été sollicité par Robert Gates pour qu’il maintienne ses troupes au-delà de l’échéance de 2001.

Selon l’armée américaine, 30 000 soldats supplémentaires pourraient être déployés dans l’est du pays afin de lancer un projet pilote qui consisterait à armer des combattants des zones tribales afin de lutter contre les talibans. Le ministre de la Défense nationale du Canada, Peter MacKay, n’est pas chaud à cette idée qui n’a, par ailleurs, pas fait l’objet d’une entente chez les dirigeants des pays ayant des troupes dans le sud de l’Afghanistan.

Chris Patten, ancien commissaire européen, s’interrogeait dans le quotidien Le Monde : « Que répondrons-nous lorsqu’Obama viendra nous demander notre détermination, notre argent, notre solidarité et nos troupes ? (…) La nostalgie du tandem Bush-Cheney nous saisira peut-être. Il était si facile d’être partisan du multilatéralisme à Bruxelles, quand Washington était dirigé par un président unilatéraliste ».

Déjà qu’en prévision d’une fermeture de Guantanamo, l’accueil de prisonniers en sol européen ne fait pas l’unanimité. Luis Amado, ministre portugais des Affaires étrangères, a beau exhorter ses collègues européens de donner un signal clair d’une certaine volonté d’aider le gouvernement des États-Unis à résoudre le problème de Guantanamo, il ne parle qu’en son nom. Amnistie internationale a également beau de relayer le message en incitant l’UE à suivre « l’exemple courageux » du Portugal, le message ne reçoit pas l’enthousiasme attendu.

Si les pays européens applaudissent à l’idée de fermer Guantanamo, ils se montrent plus réservés sur l’éventualité d’accueillir des détenus. Pour l’heure, les Pays-Bas n’accueilleront pas de prisonniers de Guantanamo. Le Danemark a également rejeté cette possibilité. Pour la Suède, les États-Unis ont la responsabilité de leurs prisonniers. Aux Pays-Bas, le constat est lapidaire : « S’ils ne doivent plus être jugés mais ne peuvent pas rentrer dans leur pays, c’est avant tout de la responsabilité du pays qui les a arrêtés et les a mis en prison : les États-Unis ».

La question se pose malgré tout : le gouvernement de Barack Obama cherchera, normalement, à renvoyer un maximum de détenus dans leur pays d’origine. Qu’arrivera-t-il de ces prisonniers menacés de persécution dans leur patrie, comme les Chinois ouïgours, les Algériens ou les Libyens ? La porte risque de se fermer rapidement en Europe. Bernard Kouchner estime que l’accueil de ces prisonniers en Europe devait faire l’objet de « consultations » et d’une « réponse concertée » entre Européens. Que sous-tend ce message de la France ?

Mirek Topolanek, l’actuel Premier ministre tchèque, va assurer, à compter du 1er janvier prochain et pour six mois, la présidence tournante de l’Union européenne. Derrière le Premier ministre se profile le chef de l’État tchèque, Vaclav Klaus, qui, fort de ses tirades europhobes, pourrait mener une guérilla de nuisance. Comme pour rassurer ceux qui doutent, les analystes commentent en ces termes le prochain semestre de l’UE : « Durant les six prochains mois, le pouvoir de nuisance du président tchèque sera « terrible ». Mirek Topolanek, dans une entrevue à Euronews, déclarait : « Nos divisions internes portent surtout sur l’ampleur du processus d’intégration, sur le projet européen dans son ensemble, et ses perspectives. Mais les Tchèques ne sont pas hostiles à l’Union européenne, à la communauté européenne ».

L’Union européenne devra mener des négociations délicates avec les États-Unis relativement aux nouveaux plans stratégiques qu’entend adopter Barack Obama en matière de politique étrangère. Malgré tout le mérite qui lui revient pour sa gestion des crises, Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à imposer l’idée qu’il puisse continuer à présider l’UE au niveau de la zone euro. Il appartiendra à Mirek Topolanek de poursuivre l’héritage du président français : « Nous avons essayé d’organiser toute notre action autour de deux convictions : le monde a besoin d’une Europe forte ; il ne peut pas y avoir d’Europe forte si l’Europe est désunie ». Pour le Premier ministre tchèque : « Nicolas Sarkozy, quand une solution tarde plus de cinq minutes, il montre son vrai tempérament et prend lui-même les choses en main. Moi, cela n me dérange pas. Je suis un peu comme lui. Cela dit, il faut bien avouer que les Français ont une certaine tendance à essayer de prolonger leur présidence ». Il n’en demeure pas moins que Mirek Topolanek assurera, au nom de son pays, la première présidence de l’UE avec un gouvernement très faible. Et Nicolas Sarkozy veillera au grain : « il n’entend pas rester muet dans son coin ». Barack Obama devra-t-il affronter une chorale qui chante d’une seule voix ou une cacophonie à l’européenne ?

Il ne fait aucun doute que l’année 2009 sera, à plus d’un point de vue, une année particulière et singulière aux plans des émotions individuelles et collectives. De grandes joies se mêleront à de grandes déceptions. Monsieur Obama aura beaucoup de fronts à gérer. Le premier, interne. Le second, externe, avec une Europe moins unie que ne le souhaiterait Nicolas Sarkozy.

(Sources : AFP, EasyBourse, Presse canadienne, Washington Post, CNN/Opinion Research, Fox News, Le Monde, Euronews)





Pour les États-Unis, Gaza, ce n’est que des voyous !

28 12 2008

Six mois. Que six mois, pourrions-nous dire. Le cessez-le-feu n’aura duré que six mois à Gaza, trêve, conclue sous les auspices de l’Égypte, qui avait tout de même contribué à freiner les violences avant son expiration. Des menaces circulaient de part et d’autre des frontières. « Nous demandons à Israël qu’il respecte les conditions de l’accalmie et concrétise ses engagements, en particulier qu’il cesse toute forme d’agression et ouvre les points de passage », avait déclaré à l’AFP Mahmoud Zahar. Le jour de Noël, une visite de la ministre israélienne des affaires étrangères, Tzipi Livni, en Égypte, pour discuter avec le président Hosni Moubarak, n’aura somme toute donné aucun résultat.

« Le Hamas est responsable de ces tirs, et il paiera le prix fort », avait menacé le ministre israélien de la défense, Ehoud Barak.

Pour le Hamas, ses tirs de barrage constituaient des représailles à la mort de trois de ses combattants la semaine dernière alors qu’ils allaient poser des explosifs devant les barbelés délimitant la frontière. Puis ce fut, en riposte à des tirs de roquettes, un raid aérien israélien qui a causé la mort d’un activiste du Hamas, dans la bande de Gaza. « 80 roquettes et obus de mortier ont été tirés en une seule journée de la bande de Gaza sur des civils israéliens », déclarait Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères. Pour Israël, c’est l’aboutissement d’une certaine exaspération maintes fois manifestée ces derniers jours : fermeture des points de passage qui relient la bande de Gaza et pénuries de carburant et de biens de première nécessité dans le territoire assiégé.

Samedi, Israël a procédé à une attaque massive contre des installations du Hamas dans la bande de Gaza. Tel-Aviv vient de sortir l’artillerie et bombarde Gaza. Opération « plomb durci » ! Soixantaine appareils israéliens ont bombardé une cinquantaine de sites du mouvement islamiste. Bilan encore provisoire : 225 morts et plus de 700 blessé. C’est le plus lourd depuis 60 ans. Pour Tzipi Livni, ces raids menés contre le Hamas sont justifiés : « Il n’y a pas d’autre option qu’une opération militaire ». Pour passer en revue les préparatifs de cette attaque massive, il vous faudra lire Haaretz qui relate les faits saillants qui ont marqué cette intervention militaire à Gaza.

La voix des États-Unis a dénoncé, prudemment d’abord : « Les États-Unis tiennent le Hamas pour responsable de la violation du cessez-le-feu et du regain de violences à Gaza », a déclaré Condoleezza Rice. Ce qu’elle n’a pas osé dire franchement est venu de Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche, qui a dénoncé plus bruyamment : « Ces gens (le Hamas) ne sont rien d’autre que des voyous et Israël défend son peuple contre les terroristes comme le Hamas » (completely unacceptable. These people are nothing but thugsNew York Times). Pour Gordon Johndroe : « Le Hamas doit mettre fin à ses activités terroristes s’il veut jouer un rôle dans l’avenir du peuple palestinien ».

La riposte, du côté arabe, ne s’est pas fait attendre. Mahmoud Abbas, a qualifié l’attaque israélienne de « criminelle ». Le Hamas a fait vœu de déchaîner « l’enfer » pour venger ses morts. « Nous appelons à une Intifada contre l’ennemi. La résistance va se poursuivre par des opérations suicide », a lancé Khaled Mechaal sur la chaîne Al-Jazira. L’ensemble des pays arabes et l’Organisation de la conférence islamique (OCI), basée en Arabie saoudite, ont condamné les bombardements israéliens, les qualifiant de « crime de guerre ». Kadhafi a contacté les dirigeants arabes pour que soit adoptée une position « ferme et sérieuse, après la boucherie qui a eu lieu aujourd’hui à Gaza ». La Ligue arabe convoque les ministres arabes des Affaires étrangères pour une réunion d’urgence, ce dimanche, au Caire.

Ban Ki-moon s’est déclaré « profondément inquiet » et a appelé à un « arrêt immédiat des violences ». Il a condamné « le recours excessif à la force, qui fait des morts et des blessés parmi les civils ». L’Union européenne n’a pas hésité à parler d’un « usage disproportionné de la force ». Le président américain élu, Barack Obama, n’a pas commenté les raids israéliens de samedi. « il y a un seul président à la fois », a rappelé son porte-parole pour la sécurité nationale, Brooke Anderson. Selon le porte-parole de la Maison Blanche, le roi Abdullah d’Arabie Saoudite s’est entretenu, samedi, par téléphone, avec Georges W. Bush : « Superpowers should take responsibility to stop these attacks. The attack was a continuation of Israeli policies of occupation and mistreatment of Palestinians. Major countries should shoulder their responsibilities to stop this Israeli attack and save the lives of the innocent and remaining infrastructure in the Palestinian territories », a déclaré le Roi.

Faut-il rappeler que Gaza, c’est une population civile d’un million et demi de personnes qui vit sur 356 km2.

Comme le rapporte France Info, des organismes comme Oxfam International, Care International, CAFOD, Diakonia, Medico International et World Vision, se disent « particulièrement préoccupées des conséquences de l’intervention militaire et préviennent qu’une catastrophe humanitaire est à prévoir ». L’offensive militaire « pourrait détruire entièrement les infrastructures essentielles pour le traitement des eaux usées, l’approvisionnement en eau potable et en électricité, y compris pour les hôpitaux », selon Jeremy Hobbs, Directeur d’Oxfam International.

Michel Bôle-Richard, du quotidien Le Monde, cite le dernier rapport de l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) : « le chômage est passé de 32 % il y a un an à 49 %. La moitié des habitants de la ville de Gaza n’ont de l’eau qu’une fois par semaine pour quelques heures, et 80 % de cette eau n’est pas potable. Depuis plusieurs mois, certains Gazaouis ont recours à un sédatif puissant, le tramadol, appelé tramal afin de calmer leur anxiété et leur mal-être ». Le correspondant du quotidien ajoute : « 50 % à 70 % des produits que l’on trouve dans les magasins proviennent d’Égypte. Tout ou presque passe par les tunnels y compris l’essence, la viande, les ordinateurs ». Les Gazaouis ont creusé des tunnels, des centaines de tunnels. Il y en aurait plus de mille aujourd’hui. Mille cordons ombilicaux par lesquels passent tous les produits possibles et imaginables.

Selon l’Unicef, en novembre, « en moyenne, 6 camions seulement entraient chaque jour, contre 123 en octobre ». Conséquences directes du blocus : une pénurie de carburant et une consommation limitée d’électricité. La moitié de la population ne reçoit de l’eau qu’une seule fois par semaine. 20% du réseau est hors d’usage, le reste fonctionne avec irrégularité. 80% de l’eau disponible n’est pas aux standards internationaux.

Selon LCI, « les banques de Gaza sont fermées. Sur leurs devantures, une affichette explique qu’elles n’ont plus de liquidité pour payer les salaires. Israël bloque en effet les transferts de fonds, y compris ceux de l’Autorité palestinienne de Ramallah. Devant les distributeurs automatiques, on peste en consultant son compte inutilisable. D’autant que c’est bientôt l’Aïd Al Adha, la Fête du Sacrifice où l’on égorge le mouton, l’on s’offre des cadeaux, notamment des beaux habits aux enfants ».

Le quotidien Le Monde rappelle que la marine israélienne a intercepté, lundi 1er décembre, un bateau libyen chargé de 500 tonnes d’huile, de 750 tonnes de lait, de riz, de farine de blé, de médicaments. Le Al-Marwa a été contraint de rebrousser chemin. « L’acheminement de l’aide humanitaire doit se faire en coordination avec les autorités israéliennes. La Libye est un pays hostile », rappelle Igal Palmor, porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères.

Filippo Grandi, commissaire adjoint de l’Unrwa, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, soutient que « plus de 50 % des familles vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté ». Maxwell Gaylard, coordinateur humanitaire de l’ONU pour les territoires palestiniens, également cité par le quotidien Le Monde, a qualifié la situation de « violation massive des droits de l’homme ».

Michel Bôle-Richard, du quotidien Le Monde, rappelle simplement que « la bande de Gaza s’enfonce dans la misère, la pénurie et la détresse ». Le correspondant du quotidien cite Dov Weissglass, un conseiller d’Ehoud Olmert, qui qualifiait en ces termes, en février 2006, cette politique des sanctions : « C’est une diète. Les Palestiniens vont perdre un peu de poids mais ils ne vont pas mourir ».

« Ces gens ne sont rien d’autre que des voyous et Israël défend son peuple contre les terroristes comme le Hamas », rappelait Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche.





Canada – Les frères Kohail risquent la décapitation en Arabie Saoudite

27 12 2008

Les frères Mohammed et Sultan Kohail sont d’origine palestinienne mais ils sont citoyens canadiens depuis 2005. Ils sont depuis retournés, avec leurs parents, en Arabie saoudite, où ils ont grandi. Mohammed Kohail, 23 ans, emprisonné dans ce pays depuis le printemps 2007, est condamné à la peine de mort par décapitation à la suite du décès, il y a deux ans, de Munzer al-Haraki, un étudiant Syrien âgé de 19 ans. Le jugement a été rendu par un tribunal islamique, appliquant la Charia. Une altercation, dans une cour d’école, est le point de départ de ce drame qui touche deux familles. Mohamed, aurait été accusé d’avoir insulté une jeune femme, Raneem Haraki. Il est intervenu, accompagné de Muhanna Ezzat, Jordanien, âgé de 22 ans, dans une bagarre qui a fait plusieurs blessés et qui s’est terminée par le décès du jeune Munzer al-Haraki.

Mohamed Kohail a été condamné à la décapitation et tous les recours pour en appeler de cette sentence sont épuisés. La Cour de cassation a confirmé les peines de mort prononcées par le tribunal correctionnel de Djeddah contre Mohamed Kohail et le Jordanien Mehanna Ezzat, jugés responsables de la mort d’un jeune ressortissant syrien, rapportait, en novembre dernier, le quotidien saoudien Al-Riyad. Son dernier appel a été rejeté au début du mois de novembre. Son dossier se trouve maintenant entre les mains du roi saoudien.

Sultan, le jeune frère âgé de 18 ans, lui aussi impliqué dans la bagarre, avait, à l’issue d’un premier procès, été condamné à 200 coups de fouet et à un an de prison. Les 200 coups de fouet pouvaient être donnés en plusieurs séances, en public ou à l’intérieur d’une prison. Décision rejetée. La partie adverse a obtenu la permission qu’il soit jugé comme adulte.

La semaine dernière, les trois mêmes juges qui ont condamné à mort Mohamed Kohail ont procédé à l’audition du procès. Sultan était mineur au moment des faits reprochés. Il risque la même sentence que son frère, Mohamed, soit la décapitation. L’enjeu est de savoir si le procès de Sultan doit être considéré comme une affaire privée ou publique. S’il est jugé d’intérêt public, Sultan Kohail pourra implorer le pardon royal. Les avocats de Sultan Kohail ont demandé que de nouveaux juges soient assignés afin d’éviter que ce dernier soit jugé par ceux-là même qui ont condamné Mohamed Kohail.

En janvier 2006, l’Arabie saoudite avait déclaré au Comité des droits de l’enfant (chargé de la mise en œuvre de la Convention des droits de l’enfant par les États) qu’aucun mineur, âgé de moins de dix-huit ans, n’avait été exécuté depuis l’entrée en vigueur de la Convention dans le royaume, en février 1996.

Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 158 personnes en 2007 ; parmi elles, 76 étaient de nationalité étrangère, indique Amnistie Internationale. Au moins 82 personnes, dont près de la moitié ressortissantes d’autres pays, ont été exécutées depuis le début de l’année 2008. Pour la section canadienne francophone de l’organisme, il apparaît clairement que le procès du jeune Kohail a été l’objet d’un « processus judiciaire complètement en deçà de toutes les normes internationales de présomption d’innocence, de recours à un avocat, de processus d’appel ». « En Arabie Saoudite, rien de tout ça n’est garanti », a déclaré Anne Sainte-Marie, porte-parole canadienne de l’organisme.

Le système judiciaire de ce pays ne répond pas aux normes internationales. « Il faut insister pour que l’Arabie Saoudite réponde aux normes internationales de justice. Pour l’instant, c’est un système tellement arbitraire! Le roi peut se lever le matin et décider de châtier ou de pardonner… Les parents des victimes peuvent effacer une sentence, moyennant une somme d’argent… Il n’y a pas de présomption d’innocence, le recours à un avocat n’est pas reconnu, même que dans certains cas les avocats sont blâmés pour avoir défendu les accusés. De plus, les aveux sont couramment obtenus sous la torture », a expliqué la porte-parole d’Amnistie.

Ce qu’il faut savoir est le fait que la procédure d’appel est très compliquée en Arabie saoudite. Le condamné pourrait payer le « prix du sang », une procédure en vertu de laquelle sa famille peut payer un dédommagement à la famille lésée. En vertu de la charia, la famille de la victime a le droit d’exiger le « Qisas » (ou châtiment équivalent au délit). Elle peut en revanche accorder son pardon sans aucune compensation ou bien exiger la « Diya » (ou prix du sang versé).

Mohamed Kohail aurait été battu dans le but de lui faire signer des aveux. La torture est une pratique courante en Arabie saoudite, où les tribunaux appliquent la loi coranique. L‘avocat de Mohamed Kohail s’était vu dans l’obligation de quitter le tribunal, sous menace de voir son droit de pratique révoqué, lorsqu’il avait tenté de faire appel de la sentence de son client, rapportait Nelson Wyatt, de la Presse canadienne.

En mars dernier, le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, avait mandaté trois hauts fonctionnaires afin de solliciter la clémence des autorités saoudiennes. Plus tôt, au cours de 2008, le gouvernement canadien avait refusé d’intervenir dans le cas de Ronald Allen Smith, originaire de l’Alberta, condamné à mort au Montana, pays du président Georges W. Bush, pour un double meurtre.

La peine de mort a été abolie au Canada en 1976. Lorsqu’un citoyen canadien est condamné à l’étranger à la peine de mort, il est de tradition que le Canada intervienne pour solliciter du pays qui a prononcé une telle sentence que cette dernière soit commuée en emprisonnement à vie. Ce qu’avait refusé de faire Stephen Harper à l’égard des États-Unis dans le cas de Ronald Allen Smith. Les conservateurs avaient alors laissé savoir qu’ils n’entendaient plus intervenir dans le cas de Canadiens reconnus coupables au terme d’un procès équitable dans un État de droit.

Toutefois, sous la pression de l’opinion publique, Sécurité publique Canada émettait un communiqué informant la population canadienne des démarches du ministre Stockwell Day qui était, les 25 et 26 mars derniers, de passage en Arabie saoudite. Monsieur Day a rencontré le Prince Mohammed bin Nayef, sous-ministre saoudien de l’Intérieur, ainsi que le Prince Muqrin bin Abdul Aziz Al Saud, le chef de la Présidence du Service des renseignements. Le ministre a fait connaître le point de vue du gouvernement canadien et il a demandé que soit effectué un examen de la décision de la magistrature saoudienne afin que soit respecté le droit fondamental de Mohamed Kohail à un procès impartial. « Nous exhortons le gouvernement saoudien à annuler la condamnation à mort », a déclaré le ministre.

Depuis, il semble que la situation n’a pas évolué très rapidement. La famille est inquiète car les délais d’exécution sont proches. Entre le 20 et le 23 décembre, des responsables canadiens se sont entretenus avec leurs homologues saoudiens. Selon Béatrice Vaugrante, directrice générale de la section francophone d’Amnistie internationale Canada, les démarches diplomatiques se font dans un contexte difficile. Selon madame Vaugrante, en entrevue à Radio-Canada, il faut encourager le gouvernement, ainsi que la population canadienne, à dénoncer le système judiciaire saoudien.

Selon la presse canadienne, la famille Kohail refuse de laisser Mohamed et Sultan admettre leur responsabilité, estimant qu’ils n’y sont pour rien dans le décès de M. al-Haraki. La famille de la victime a de son côté dénoncé l’intervention du Canada dans ce dossier et prévenu qu’aucun pardon ne sera possible tant que les deux frères n’auront pas reconnu leur culpabilité.

La famille Kohail pourrait se plier à certaines des exigences de la famille de la victime en versant une compensation financière et en présentant même des excuses publiques.

(Sources : Canoë, Presse canadienne, Radio-Canada)

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Arthur, surnommé le grand bouleau, s’en est allé (un petit conte tristounet).

26 12 2008

C’était un bon jack, comme on dit dans notre terroir. La cinquantaine accomplie, cheveux blancs, raviné par l’alcool, Arthur c’était l’exemple parfait de celui qui ne subit aucune contrainte et qui assume sa liberté. Il est itinérant.

Ce qui fascine chez Arthur, c’est sa grande capacité de rester lucide. Comment fait-il, après quelques litres de vin mêlés à de la bière, nul ne sait. Mais il reste debout, cause intelligemment, ne sombre pas dans le bégaiement et la bêtise verbale. C’est une vraie force de la nature.

Depuis combien de temps est-il itinérant ? Nul ne sait. Il y a des parts d’ombre qu’il faut éviter de scruter avec Arthur. D’ordinaire volubile, lorsque la conversation glisse vers le questionnement, il se retranche derrière une léthargie. Il feint de dormir. Il ferme les yeux. En fermant ses yeux, il n’entend plus les questions. Il peut ainsi les ignorer.

Ce grand bouleau d’Arthur dissimulait mal, ces derniers temps, ses difficultés à se tenir droit.

Ce grand bouleau d’Arthur dissimulait mal, ces derniers temps, ses difficultés à se tenir droit. Lui si fier n’acceptait que rarement de se courber. Je pense l’avoir vu une seule fois se courber devant Sœur Berthe, de la Mission pour itinérants qui distribue une si bonne soupe. Nous avions parié avec Sœur Berthe qu’elle n’arriverait pas à le faire se courber sous aucun prétexte devant elle. Elle avait tenu le pari.

Arthur se présente à la Mission pour déguster sa soupe. Avant de passer à la table, Sœur Berthe le tire par la manche de son vieux manteau enneigé. Elle lui glisse à l’oreille quelques mots. Stupeur dans les yeux d’Arthur. Nous pouffons de rire. Il fait de grands signes manifestant par là son désaccord complet au propos que lui a glissé Sœur Berthe. Elle « tapoche » sa main. Comme un ange du ciel qui se glisse à côté de vous. Arthur se calme. Soudain, il joint ses mains quelques secondes, puis incline la tête. Aussitôt fait, aussitôt terminé. Sœur Berthe a gagné. Mais que lui a-t-elle demandé, que diable ? Elle a fait plier, si peu, le grand bouleau. La légende vivante s’est inclinée devant Sœur Berthe. Nous étions émerveillés.

Arthur a quitté Sœur Berthe, un peu gêné, et s’est dirigé vers les chaudrons fumants. Il avait faim, le gaillard. Un émissaire, choisi par le groupe, s’est levé tout discrètement et s’est enquis auprès de Sœur Berthe pour connaître le secret de sa victoire. Il est revenu. Le message de Sœur était le suivant : « il ne faut jamais parier sur une prière. Si courte soit-elle. Entre temps, vous aurez de petits travaux à exécuter dans la Mission pour payer votre dette ».

L’émissaire, après nous avoir transmis le message, était rouge de gêne. Hein ? Seulement cela ? Tu nous reviens avec une histoire de prière ? Non mais… qui rit de qui ? Et notre gêne fut décuplée lorsqu’on vit Sœur Berthe pleurer… à chaudes larmes, tellement elle riait. Si si. Sœur Berthe nous avait tous roulés dans la farine. Elle était forte, elle aussi, Sœur Berthe.

Toujours est-il que, comme je l’expliquais plus tôt, Arthur ne se sentait pas très en forme, depuis quelques jours. Sa démarche était hésitante. La légende vivante, le grand boulot de six pieds, chancelait. Cela faisait un peu pitié. Nous étions bouleversés. On a beau vieillir mais tout ne se déroule pas si vite, tout de même. Personne ne comprenait. Notre émissaire avait beau interroger Sœur Berthe. Rien. Bouche cousue.

Arthur, un jour, se présenta à la Mission. Il éprouvait vraiment de plus en plus de difficultés. Sœur Berthe le retint quelques instants, lui glissa quelques mots, et Arthur lui fit un signe négatif. Tout allait bien, il ne voulait rien. Fier de ne rien demander, Arthur se contentait de cette bonne soupe quotidienne que la Mission voulait bien lui offrir. Aussitôt mangé, Arthur quittait. Sans mot dire.

Ce jour-là, Arthur saisit une assiette pour qu’une religieuse lui verse sa soupe. Arthur nous avait si peu habitués à nous préoccuper de lui que lorsqu’il échappa l’assiette, ce fut un silence mortel. L’éclat fut dramatique. Arthur venait de tomber par terre. Il s’était effondré. Le bouleau venait de ployer sous la douleur. Il gisait par terre. Ce fut une panique instantanée.

Sœur Berthe a exigé que nous nous écartions d’Arthur pour lui permettre de respirer un peu. Nous l’étouffions de notre attention. Nous ne contrôlions pas notre panique. Sœur Berthe, dans un calme olympien, avisa Arthur qu’il serait transporté à l’hôpital. Elle lui a simplement dit : « c’est maintenant le temps ».

Le temps ? Mais le temps de quoi ? Murmures et chuchotements parmi les habitués et habituées de la Mission. Peur et stupéfaction. Arthur grimaçait un peu. Il restait calme. Comment pouvait-il faire ? C’est vrai que ce grand bouleau avait développé une maitrise de soi qui nous apparaissait, nous, pauvres bougres, hors du commun. Le temps est parfois une éternité. Presque tout le monde avait perdu l’appétit. Sœur Berthe nous invita à terminer notre soupe. C’est dire qu’elle n’avait plus le goût de la veille.

Je connaissais peu Arthur. Nos fréquentations se résumaient à cette heure de la soupe au quotidien. Deux fois par jour. Le midi et le soir. À l’extérieur de la Mission, nous allions chacun de notre côté. J’imaginais dans ce grand bouleau d’Arthur un vieux fonds de sagesse. Il ne parlait pas comme tout le monde. Il utilisait, malgré lui, parfois, des mots que nous maitrisions mal. Des mots savants. Lorsque l’occasion se présentait, Arthur était gêné d’avoir ainsi donné liberté à une belle phrase pleine de poésie. Il savait si bien recourir aux mots précis que tout n’était qu’image qui se déroulait sous nos yeux lorsqu’il se laissait aller à l’un de ses monologues.

Il parlait de tout. Très peu longtemps parce que tout était contenu dans moins d’une dizaine de phrases. Tantôt, il répondait à un voisin qui s’interrogeait sur le mode de transport public. Tantôt, il ajoutait un grain de sel à une conversation qui avait capté son attention. Il ne s’imposait jamais. Mais il savait que nous sentions à quel point nous étions privilégiés lorsqu’il daignait, simplement, d’ajouter un point de vue aux banalités que nous échangions. De banalités, tout devenait alors une conversation entre gens du monde. Ne vous moquez pas. C’est ainsi que nous nous sentions.

Dans l’attente des services d’urgence, nous n’avions guère le cœur à la conversation. Tout s’est soudainement déroulé en sourdine. Plus d’éclats de voix. Que des brides chuchotées pour éviter de fatiguer le grand bouleau. Dans le milieu, nous avions côtoyé plus d’une fois des chutes, des évanouissements éthyliques, des pertes de conscience. Nous savions que l’alcool y était pour beaucoup. Mais là, de voir le bouleau par terre, les yeux hagards, qui évitait de bouger, sur les conseils de Sœur Berthe, c’était une vraie pitié.

Il est plus facile, je crois, d’entrevoir la fin dernière d’une personne grabataire que chez une autre qui est taillée comme un bouleau. Comprenez-moi bien. Facile ne veut pas dire insensible. Je ne me suis jamais habitué à lire la nécrologie toujours bien garnie dans mon milieu. On meurt plus vite parce qu’on brûle la vie par les deux bouts. C’est connu. Je ne vais pas commencer à égrener les clichés sur les itinérants.

Je suis brusqué dans mes réflexions. Quelqu’un vient, par accident, de me bousculer pour faire place à la civière. En d’autre temps, en d’autres lieux, j’aurais encaissé plutôt mal cette bousculade. Mais là, c’était pour le grand bouleau. Parce qu’il occupe une grande place, c’est normal d’être un peu bousculé.

Les préposés ont préparé Arthur et l’ont placé lentement sur la civière. Bizarrement, malgré la situation tragique, rien ne nous prédisposait à la tristesse. Tout n’était qu’un accident qui ne serait, grâce au réseau de la santé, que passager. Sœur Berthe nous a demandé de nous déployer d’un côté de la pièce pour permettre la libre circulation, sans entraves, de la civière. Arthur a sorti la main de dessous des couvertures et nous a fait, avec calme et sérénité, un petit signe qui se voulait rassurant. Il reviendra.

La salle était vide. Sans le bouleau, nous étions un peu égarés. Sœur Berthe nous a demandé de rester un peu autour d’elle. Nous avons rejoint nos places. Personne n’a touché aux ustensiles.

Sœur Berthe s’est levée. Elle nous a simplement dit à quel point Arthur était apprécié. Elle savait qu’il avait su gagner, auprès de nous tous, une certaine admiration. Il s’en était ouvert à son amie. Il se sentait gêné de cette considération qu’il croyait déplacée. Un itinérant reste un itinérant, disait-il. Sœur Berthe lui avait fait comprendre que parfois il s’en dégageait dans le lot pour servir de guide. Image biblique. Arthur se refusait d’être le guide de qui que ce soit.

Pourquoi Sœur Berthe nous racontait-elle, sur un ton si posé, cette histoire ? Elle a senti notre questionnement. Elle nous a simplement dit : « je crois qu’Arthur ne reviendra plus. Depuis quelques semaines, il se sentait en phase terminale mais refusait de se faire soigner. Il voulait mourir dans la rue. C’était sa maison. C’était son milieu. C’était son monde ». Sœur Berthe nous a fait comprendre, dans des mots accessibles, que le bouleau Arthur avait terminé sa route. Il l’avait voulu ainsi. Aucun apitoiement. Il ne voulait aucun apitoiement.

Sœur Berthe a terminé son propos. Court, concis, direct. « Depuis trente ans », a dit Sœur Berthe, « j’ai vu beaucoup d’entre vous partir. Mais peu l’ont fait comme Arthur. Arthur est un cas spécial. Une force de la nature qui arrive à la croisée des routes ». Sœur Berthe nous a révélé qu’Arthur lui avait glissé, sans émotions intenses, cette petite phrase de Baudelaire : « Ô mort, vieux capitaine, levons l’ancre ».

Sœur Berthe nous a transmis ses vœux, malgré les circonstances, et nous a invités à laisser la joie entrer dans chacun de nous. Il y a toujours une petite place pour un peu de joie ici-bas.

Nous n’avons plus jamais revu Arthur.





Joyeux Noël

25 12 2008
Un moment de grâce qu'il faut saisir au vol

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Une crêche sous la neige

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Que la paix soit avec vous

Que la paix soit avec vous

Paix et liberté pour toutes et tous

Paix et liberté pour toutes et tous





Canada – La culture n’est pas au rang des priorités du premier ministre Stephen Harper

24 12 2008

L’affaire fait grand bruit. Les Posuto ont traité l’affaire sur leur site, en France. De quelle affaire s’agit-il? De l’envoi d’un quarante cinquième livre au Premier ministre Stephen Harper, au 80, rue Wellington, à Ottawa. L’expéditeur est Yann Martel, écrivain, auteur du roman L’histoire de Pi. Pour ce dernier, le Premier ministre conservateur néglige la culture et les arts. Rien de moins. Il semble qu’il ait raison : les envois n’ont fait l’objet, à l’exception du premier, d’aucun accusé de réception. Lettre morte.

« Les arts ne sont pas prioritaires aux yeux de Stephen Harper », explique Yann Martel. De simple boutade au début, la rigueur et la discipline auxquelles s’astreint Yann Martel sont devenues de plus en plus lourdes à gérer. L’écrivain doit choisir le livre, le lire et le relire afin de le maitriser dans les plus menus détails pour, à la fin, rédiger, à l’intention de Stephen Harper, une lettre explicative résumant l’ouvrage.

Le dernier envoi, fait d’Angleterre, en raison de la présence de Yann Martel dans ce pays, devrait faire connaître au premier ministre du Canada « les fictions » de Jorge Luis Borges. Chaque envoi fait l’objet d’un suivi sur le site web de Yann Martel : en français ici, et en anglais, .

Yann Martel s’interroge à propos de Stephen Harper : « Qui est cet homme? Qu’est-ce qui le mobilise? Il ne fait aucun doute qu’il est occupé. Aucun doute que cette activité débordante est porteuse pour lui de grandes illusions. Aucun doute que d’être Premier ministre accapare toute son attention et mousse à son comble son sens de l’importance de son activité. Aucun doute qu’il a l’air et qu’il gouverne comme quelqu’un qui se préoccupe peu ou prou des arts. Mais il doit bien avoir des moments de quiétude. Alors voici ce que je propose: non pas de l’instruire — ce serait arrogant — mais moins que ça, de faire des suggestions à sa quiétude ».

Nous sommes face à un premier ministre de droite pour qui les arts n’occupent qu’une place mineure dans les priorités de son gouvernement. Selon la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), après avoir consulté les entreprises culturelles canadiennes et québécoises, en vient à la conclusion que :

  • 3395 représentations prévues seront annulées;
  • les compagnies des arts de la scène perdront plus de 24,8 millions de dollars en revenus générés par la vente de billets;
  • des centaines de techniciens et d’artistes seront touchés soit par la perte de leur emploi, soit par l’annulation ou par l’abrégement d’un contrat;
  • les équipes techniques et les artistes perdront plus de 8,9 millions de dollars en salaires et cachets.

Ces chiffres ne sont qu’un aspect des conséquences de l’abolition des programmes PromArt et Routes commerciales sur l’activité des entreprises culturelles à l’étranger. Et pour le président de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), Alain Paré, « le Québec sera la province la plus touchée, car nos compagnies sont celles qui tournent le plus à l’étranger. Le Québec s’est toujours démarqué par la force de ses compagnies liées aux arts de la scène, alors que l’Ontario reçoit plus de subventions dans le domaine du cinéma ou de la littérature ».

Pour cet homme qui ne répond pas aux livres que lui envoie gratuitement Yann Marte, pour cet homme qui fait passer les arts au rang de sous-catégorie de l’activité économique, pour cet homme pour qui la survie culturelle du Québec ne trouve aucune grâce à ses yeux, la décision de son gouvernement est non seulement injustifiable économiquement, comme l’explique CINARS, mais elle précipitera des pertes d’emplois dans des organismes culturels déjà menacés par la crise, nuira de façon irréversible à la compétitivité de nos artistes à l’étranger et minera la confiance de nombreux partenaires étrangers.

Carole Lavallée, critique du Bloc québécois (BQ) en matière de culture, déclarait, face aux pertes importantes de l’ordre de 25 millions de dollars dans le secteur de la culture, déclarait : « Tout ce qu’on souhaite, c’est que M. Harper entende raison et fasse des concessions d’ici le dépôt de son nouveau budget. Le rétablissement des programmes était une condition sine qua non pour le maintien de la coalition, et M. Ignatieff devra négocier cela s’il veut obtenir notre appui pour le budget ». La coalition aurait présenté plusieurs demandes, dont certaines au chapitre de la culture. Il faudra voir la suite que donnera à ces demandes le gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper.

Il faudra attendre et voir comment le chef libéral Michael Ignatieff négociera le retour des programmes de financement de la culture dans le prochain budget conservateur. L’homme de culture, l’universitaire, l’homme de rigueur, l’érudit cèdera-t-il aux concessions politiques pour gagner du temps avant le déclenchement d’élections générales au pays ?

Dans son premier envoi – La mort d’Ivan Illitch de Léon Tolstoï – Yann Martel allait droit au but dans sa lettre à Stephen Harper. Son propos était émouvant. « Je sais que vous êtes très occupé, Monsieur Harper. Nous sommes tous occupés. Les moines qui méditent dans leur cellule sont occupés. C’est le sort de la vie d’adulte, pleine jusqu’au plafond de choses à faire. (On dirait qu’il n’y a que les enfants et les vieillards qui ne sont pas affligés d’un manque de temps — et voyez comme ils jouissent de leurs lectures, comme leur vie illumine leur regard.) Mais chacun dispose d’un espace, près de là où il ou elle va poser la tête pour dormir, que ce soit sur un bout d’asphalte ou une jolie table de nuit. À cet endroit, le soir, un livre peut briller. Et dans ces moments d’éveil tranquille, quand nous commençons à lâcher prise des tracas du jour, voilà venu l’instant parfait pour prendre un livre et devenir quelqu’un d’autre, de se trouver ailleurs, le temps de quelques minutes, le temps de quelques pages, avant de nous endormir. Et il y a bien sûr d’autres possibilités. Sherwood Anderson, l’écrivain américain bien connu pour son recueil de nouvelles intitulé Winesburg, Ohio a écrit ses premières histoires au cours de ses trajets quotidiens en train. On dit que Stephen King ne manque jamais d’apporter un livre à lire pendant les intermèdes de ses chères parties de baseball. C’est vraiment une question de choix ».

Et à cet homme de pouvoir qui n’a guère le temps de répondre à l’expéditeur de ces 45 livres, Yann Martel, comme dans une prémonition, rappelle : « La terre chinoise, de Pearl S. Buck, demeure cependant une excellente introduction à la Chine de naguère et une parabole convaincante sur la fragilité de la bonne fortune, la perte possible de ce qu’on a gagné, la destruction facile de ce qu’on a construit. Vous n’allez pas manquer de remarquer cela, pris comme vous l’êtes au cœur d’une tempête politique. Le sort d’un homme politique est terriblement incertain. Pearl Buck est une habituée de toutes les librairies de livres d’occasion. On continue de la lire beaucoup. Son nom rappelle de beaux souvenirs. Tandis que des hommes politiques, quand ils partent, quand ils quittent la scène, en résistant parfois bruyamment, partent véritablement, ils disparaissent. Et bientôt les gens se creusent la tête pour essayer de se souvenir quand, exactement, ils ont été au pouvoir et ce qu’ils ont accompli ».